‹ De la haute éducation intellectuelle (volume 3)Chapitre 28 sur 103 · LETTRE VIII. — CONDUITE DBS ÉTUDES LITTÉRAIRES · texte numérisé non relu

LETTRE VIII. — CONDUITE DBS ÉTUDES LITTÉRAIRES

quelque temps à Cette satutaire disciptine, à une singulière facilité d'analyse; et c'est alors une puissance terrible contre les œuvres médiocres, qui ne supportent guère cette épreuve, et aussi une force admirable pour Tesprit qui a su s*en munir.

!<" J'ajoute un conseil capital, relatif à lk bibliothèque. Il faut se faire, avec le plus extrême soin, sa bibliothèque ; son pas immense, mais en rapport avec le plan d'études qu'on a adopté; avoir là non-seulement les livres qu'on étudie, mais aussi ceux qui peuvent vous aider dans vos éludes et vos recherches : de bonnes grammaires, de bons diciionnaires, grecs, latins, français, italiens, allemands, anglais.

On dit qu'il suffît de regarder une bibliothèque pour connaître un homme; cela est vrai, comme aussi il suffit de voir ce qui supplée, dans son cabinet, à une bibliothèque, pour le juger.

J'avoue que je ne puis, sans estime et même sans respect, voir un jeune homme, dans sa chambre de travail, entouré de bons livres, d'ouvrages sérieux et utiles, et qui ne sont pas là devant lui comme des meubles vains, pour le seul ornement du lieu, mais comme les amis et les compagnons de sa retraite, et les nobles instruments de ses études.

Mais par contre, que penser, lorsqu'entrant chez un autre jeune homme, on ne voit, appendus aux murs, au lieu de livres, que des cannes, que des pipes plus ou moins gracieuses ou grotesques, que des fouets, des cravaches, cors de chasse, cornes de cerf ou autre gibier, que des instruments de vénerie, de courses ou de vain divertissement, avec un journal, et quel journal I sur une table, puis le dernier mélodrame ou le dernier roman ? Malgré moi, devant cette ornementation, cette élégance abaissée, et ce genre de vie, les paroles du fabuliste me reviennent à la mémoire :

Pulchrum caput, cerebrum non habet! Ce sanctuaire est digae de celui qui Thabite '.

5° Ce que je viens de demander plus haut, c'est lb tra* YÂiL PERSONNEL qu'il faut faire sur ses lectures. Mais il y a d'autres travaux, infiniment utiles, qu'il est nécessaire de faire aussi, à r occasion et au moyen de ses lectures, pour en tirer un sérieux profit.

J'ai parlé de la traduction et des extraits ; je n'y reviens pas ici : vous en avez reconnu la nécessité. Mais je veux dire aussi quelque chose sur un point capital, la Compost' lion. De môme que je conseille à tout le monde de lire et d'étudier, je conseille aussi à tout le monde d'écrire. Vous vous récriez ? Mais entendons-nous ; comprenez-moi bien«

Je n'entends pas, en disant ceci, faire de chacun un au* teur, et ce que je dis ne signifie pas : « Ecrivez pour le public. » Mais il est nécessaire au moins que chacun écrive et compose pour soi-même. C'est le travail de la composition qui donne le plus d'activité et de fécondité à l'esprit ; c'est aussi en écrivant qu'on apprend le mieux à parler.

Mais il est capital de bien entendre ce conseil. Le travail de la composition^ comme celui de la lecture, ne sera rien, ou ne sera qu'une effusion stérile, s'il n'est pas bien conduit et bien gouverné.

Pour composer utilement, que faut-il donc? Plusieurs conditions que je vais simplement exposer ici.

a. Il faut d'abord choisir un sujet de composition, vrai, simple naturel, qui soit pris dans un ordre de choses et de pensées où votre esprit entre facilement, qui aille à vos habitudes intellectuelles, à la trempe de votre caractère.

* Pas n'est pas besoin de redire ici que je n'entends nullement condamner la chasse, ni les chasseurs. Ce que je blâme, c'est la chasse de- Tenant l'occupation dominante et le travail d'une \ie, comme chez ceux dont parle Bossuet, d'après un ancien : Quorum venatus maximus /ahor est.

Page 1