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QUINZIÈME LETTRE

Les histoires étrangères.

Mon cher ami,

autre objet d'études historiques, très-intéressant enît très-important, aujourd'hui surtout, c'est l'histoire ations européennes. Je dis aujourd'hui surtout ; car

dans le système d'équilibre politique qui a prévalu en Europe, et où les rapports de toutes les nations occidentales sont tels, je le répète, que toutes les grandes questions deviennent facilement des questions générales, il est difficile à un homme, qui veut être de son temps et savoir réellement rhistoire, de rester enfermé dans celle de son pays ; d'ailleurs, l'histoire de France se mêle à celle de tous les peuples voisins ; il y a donc grand avantage, même pour bien savoir l'histoire de France, à connaître aussi, dans une certaine mesure, l'histoire des nations étrangères : d'Angleterre, d'Italie, d'Espagne, d'Allemagne, de Prusse, de Pologne, de Russie. C'est donc là encore un nouveau sujet d'étude et un nouveau sujet de reproche pour les hommes du monde qui ne lisent pas, ou ne lisent que des futilités.

Ici, évidemment, le cercle des études s'ouvre et s'agrandit. Un homme qui, après avoir fait sur l'histoire de son pays les lectures que j'ai conseillées, se sentira sollicité à étudier aussi l'histoire de quelques-uns des autres peuples de l'Europe, est un homme déjà gagné à l'étude et au travail sérieux. Je puis donc, en faveur de ceux qui en sont là, — et il y en a, j'aime à le supposer, plus d'un encore parmi nous; — je puis étendre mes indications, et signaler ici, bien que sommairement, sur l'histoire des différentes nations étrangères, les ouvrages réputés les plus intéressants et les meilleurs.

Je donc recueilli ici mes souvenirs ; et de plus, n'ayant pas lu ni pu lire moi-même un nombre si grand d'ouvrages historiques, j'ai consulté les hommes les plus compétents, et c'est sur leur autorité que je parlerai là où je n'aurai pas lu par moi-même.

La meilleure Histoire d'Angleterre que j'aie lue est celle de Lingard. D'ordinaire, Lingard est un modèle de science, d'impartialité, de clarté: les recherches et les innombrables

publications de Térudition contemporaine n'ont porté aucune atteinte à sa légitime autorité. On a du reste, pour le compléter, V Histoire de la Révolution cT Angleterre ^ par M. Guizot^ qui s'est arrêté h la mort de Charles II : c'est peut-être l'ouvrage le plus remarquable de son auteur. On peut continuer avec lord Macaulay, historien éloquent, mais chez qui Tidolàtrie des whigs et la passion anticatholique se font perpétuellement sentir. Son histoire inachevée n'embrasse que seize ans, de 1685 à 1701.

Les ouvrages de Kemble et de Palgrave, sur les Anglo- Saxons et les Anglo-Normands, ont renouvelé la face de l'histoire sur les époques reculées.

Le Richard 11^ de M. Wallon, est un épisode parfaitement bien traité.

Sur l'Irlande, trois excellents ouvrages, celui de M. Gustave de Beaumont, celui du P. A. Perraud, et les Lettres fur le catholicisme en Irlande^ qui ont révélé l'Irlande catholique à la France, en 1830 et 1831, sont indispensables à étudier.

Je conseille particulièrement les deux volumes intitulés : Persécutions religieuses de V Angleterre : sous Elisabeth^ pour le premier volume ; et sous les Sluarts, pour le second, par M. Tabbé Destombes, de Douai. Pour le fond et pour la forme, c'est excellent.

Le meilleur ouvrage, dit-on, sur l'Ecosse ancienne, quoique rédigé pour des enfants , s'appelle les Contes d'un 9Tand-père, par Walter Scott ; mais chez lui, comme chez tous les auteurs anglicans, les préventions anticatholiques jouent un grand rôle.

Il est un autre pays, dont la destinée a été sans cesse mêlée à la nôtre, dès avant les temps de Pépin et de Charlemagne: c'est lltalie. Ici nous avons un excellent dcerowé^, l'Histoire des Italiens, par M. Cantù.

Cet historien résume et analyse admirablement les travaux de ses devanciers, tout en y joignant ses recherches et ses découvertes. Il excelle dans le tableau des progrès de la littérature, de la philosophie, de Tinstruction publique ; dans la peinture des mœurs, dans rappréciation des institutions et des constitutions de tous les peuples. Esprit sagace et modéré, il repousse les paradoxes historiques de récole qui nie les faits pour n'y trouver que des symboles et des légendes. 11 est éminemment chrétien et catholique.

Je n'indique pas, à cause de son mauvais esprit, VHis^ toire des Révolutions italiennes , par Sismondi ; mais Je crois pouvoir nommer sans inconvénient VHistoire de Florence^ par M. Delécluse.

Nous avons pour l'Espagne une excellente histoire, de ravis des meilleurs juges : c'est celle de D. Antonio Cavanilles, qui a paru dans ces derniers temps à Madrid, en cinq volumes. Malheureusement, l'auteur, qui vient de mourir, n'a pu aller plus loin que la fin du règne de Philippe II. Cet ouvrage n'est pas encore, que nous sachions, traduit en français; il importerait qu'il le fût. On m'a surtout vanté VHistoire de la Fuente, qui a en outre publié, dit-on, une très-bonne Histoire de VEglise d'Espagne en trois volumes. — Je ne mentionne ici l'ouvrage du fougueux protestant, M. Rosseuw Saint-Hilaire, que pour en détourner.

M. de Gerlache a publié, sur le règne de Philippe II des études dont on dit beaucoup de bien.

Antonio Ferez et Philippe II, et Charles-Quint au monastère de Yuste, sont des épisodes de l'histoire d'Espagne, écrits avec le plus grand talent par M. Mignet.

On lira encore avec intérêt Philippe II et Don Carlos, par M. de Mouy;

Et aussi VHistoire de Ximénès, par Héfelé.

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Od dit très-intéressanle VHistoire des Maures^ par M. Alert deCircourt (trois vol.), jusqu'à leur expulsion enlière e TËspagne.

Deux autres ouvrages me sont signalés comme excellents ir l'Espagne, c'est VHistoire de Ferdinand et Isabelle par pescott, en anglais, et VHistoire de Philippe 11^ par le éme, non achevée.

Prescott est, dit-on, un écrivain hors ligne, tout à fait ipérieur : le moins anti-catholique des protestants. Il a irfaitement compris et rendu Tenthousiasme religieux et itional dont la grande Isabelle a été le type si accompli. VHistoire de la conquête de Grenade, par Washingtonving, est un ouvrage intéressant, mais moins sûr que le recèdent. Quant aux Histoires des Maures et des Arabes en spagne, par Viardot, elles ne jouissent d'aucun crédit.

VHistoire de l'insurrection espagnole contre Napoléon, par ^ comte de Toreno, est un ouvrage capital, mais à contrôler ar l'histoire des guerres de la Péninsule du général Foy, lUi a peut-être besoin d'être contrôlé à son tour.

Ce qu'il y aurait de mieux sur le Portugal est l'ouvrage l'un Allemand nommé Schœffer, qu'on dit pauvrement traluit en français, mais savant et impartial.

On lira aussi avec intérêt VHistoire du schisme portugais bns les Indes, par M. de Bussières.

Enfin, je ne dois pas oublier, quoique ce ne soit guère que e récit d'un seul événement, VHistoire des révolutions du Portugal, par l'abbé de Vertot.

Pour rhistoire si compliquée de l'Allemagne, on me sitiale, du professeur Léo, son cours de 4854, sur les oriines des peuples et de l'empire germanique : c'est, m'asure-t-on, très-remarquable. — On ne peut pas ne pas Mentionner ici l'histoire de Pfeffel, qui est sur le modèle ie l'ouvrage du président Hénault, mais plus détaillée,

Pfeffel se recommande par Tordre, la méthode et la clarté, qualités que n'ont pas toujours ses compatriotes. Cet oa** vrage est classique en Allemagne. Du reste, je n'ai jamais lu d'histoire générale d'Allemagne ; je ne connais ni celle de Schmidt, composée vers la fin du siècle dernier et très-estimée alors; ni celle de Philips^ qui passe pour un bon ouvrage, écrit dans l'esprit catholique; ni celle enfin deWolfgang Menzel, dont l'esprit est autre, dit-on, sans manquer toutefois d'impartialité.

V Histoire moderne des Allemands^ de Charles- Adolphe Menzel, — malheureusement elle a douze volumes, — passe pour un bon ouvrage,ainsi que V Histoire de Gustave-Adolphe^ par Gfrœrer (mort catholique vers ^860); c'est le contre-poison de Schiller.

Il y a un ouvrage très-intéressant sur Frédéric-le-Granit par Otto Kloppe, Prussien et protestant, qui cependant démolit très-justement ce funeste grand homme.

Si Ton ne considérait que le mérite littéraire, je placerai avant tout VHistoire des Suisses^ par Mûller ; de tous les historiens modernes, c'est lui, dit-on, qui a le plus approché des grands historiens de l'antiquité. Du moins, on Tt nommé le Thucydide de VEelvéiie, 11 a été traduit et continué, dit-on, par le professeur Monnard, de Lausanne.

Sur la Pologne, nous avons VHistoire de la Pologne avant et sous Sobieski^ par M. de Salvandy, ouvrage plus éloquent que savant ;

Rulhiore, Histoire de V anarchie et du démembrement delà Pologne, ouvrage inachevé.

M. Chevé, ancien rédacteur de Y Ami de la Religion^ di^vtblié en 4863 une histoire de la Pologne, en deux volumes, qui peut être lue avec fruit et sans danger.

Lelewel ne peut être lu qu'avec de grandes précautions. U a gâté sa science très-réelle par de sots et violents prëju-

jgés contre TËglise et contre la chevaleresque aristocratie e son pays. Celle-ci a commis bien des fautes cruellement Kpiées; mais quoi de plus ridicule que de reprocher aux obles polonais, comme le pire des crimes, de n'avoir pas }mpris, du xi*' au xvii^ siècle, Téquilibre parlementaire et iS instincts du xix' ?

Je signale à ceux qui voudraient faire des études plus ;endues les admirables collections des Monumenta^ du . Theiner : ils méritent d'être indiqués au moins à ceux ni veulent approfondir. 11 a versé des torrents de lumière or la conspiration permanente des Moscovites contre les 'olonais, et sur les efforts tentés par le Saint-Siège pour •réserver la Pologne et TEurope de cette horreur.

Je dois indiquer aussi le livre très-curieux et très-doulou- •eux du P. Lescœur, sur la Persécution de VEglise catholiju en. Pologne.

J'indique encore les excellentes publications du prince Augustin Galitzin, bien qu'elles rentrent un peu dans la sphère delà curiosité. Sous le litre dQliibliotlièque russe et folonaise, il a publié, de 1858 à 4863, douze à quinze petits volumes très-intéressants. Ses Mélanges sur la Russie m'oat paru aussi plein d'intérêt.

Sur la Russie, il y a la grande histoire de Karamsitie; saisies faits y sont souvent dénaturés:

l'Histoire du Danemark, par Mallet du Pan, a vieilli; Mais Dahlmann n'étant pars traduit, c'est encore, dit-on, ce <iue nous avons de mieux. On pourrait y joindre les travaux <i'Edelestan du Méril, sur les antiquités Scandinaves; ceux de Léouzon-le-Duc, sur la Suède, la Russie, la Norwége^ le î^anemark.

Mais une histoire qui devrait surtout, selon moi, avoir de

Tatlrait pour un homme du monde, c'est celle des Élate- Unis d'Amérique.

J'indique d'abord VHistoire de Washington, écrite par M. de Witt, avec une préface de M. Guizot; le grand et célèbre ouvrage de M. de Tocqueville, la Démocratie en Amérique; la Correspondance de Jefferson, traduite aussi, par M. de Witt; et enfin VHistoire des Etats-Unis, par M. Edouard Laboulaye, dont le tome premier seul a para: espérons que les tomes deux et trois pourront incessamment paraître, malgré la douloureuse infirmité dont l'élo- '. quent auteur souffre en ce moment.

J'indique ensuite, et d'une manière toute spéciale, lei deux excellents volumes de M. Cochin sur YAboUUon ii l'esclavage.

Quant à l'tiistoire des républiques sorties de l'Amérique espagnole, on pourrait, je crois, se borner à ce qui se trouve dans la continuation de VArt de vérifier les dates.

On me dit que VHitoire du Brésil, par Ferdinand Deny«t mérite une mention particulière. — Je ne sache aucune histoire des contrées de l'extrême Orient qui puisse être id désignée. 11 importe toutefois de connaître les événements dont l'Inde a été le théâtre depuis le milieu du siècle dernier, et je recommanderai, à ce titre, l'histoire trèsestimée de Barchou de Pcnhoën, ainsi que les deux essais si remarquables de lord Macaulay sur lord Clive, le fondateur de la grandeur britannique dans l'Indostan, et sur Warren Hastings. Sir John Malcolm a publié de très-intéressants mémoires sur l'Indostan, en même temps qu'une histoire de Perse, classique en Angleterre.

Je n'achèverai pas cette lettre, mon ami, sans vous dire

qui'lques mots sur Tètude de la géographie et des voyages.

La géographie est à l'histoire ce que le cadre est au la-

lau; mais c'est un cadre animé. £n effet, la géographie ne borne pas à décrire Taspect matériel du sol ; elle s'attat aussi à peindre les mœurs des peuples, à distinguer les ts particuliers qui caractérisent leur diverses physionois.

a géographie marche avec le progrès des sciences huines et les découvertes des voyageurs. Quelle différence reles notions géographiques de Ptolémée ou de Strabon, ailes de Walkenaer, de Malte-Brun *, ou môme de Danel Le XV* siècle ouvre une ère nouvelle pour la géograe. Les Ghrisiophe Colomb et les Vasco de Gama se fraient rs des roules inconnues vers des mondes nouveaux. L'Alîque est presque aussitôt conquise que découverte. Les es de rinde, jusque-là plutôt devinées qu'explorées, se ivrent successivement de colonies portugaises, françaises, i;laises. La Chine et le Japon^ fermées longtemps à notre amerce, s'ouvrent à nos missionnaires que nul danger ne ; reculer, que nul obstacle n'arrête. Dans le dernier siè- » les îles de l'Australie et un continent tout entier, la Qvelle-Hollande, se peuplent d'émigrants anglo-saxons, bagne de forçais, Sydney, devient, en moins de soixante s, une des villes les plus industrieuses et les plus opuites du monde.

\u XV® siècle, les deux tiers de notre globe terrestre dent inconnus à la science géographique. Aujourd'hui, 1 rivages les plus lointains ont été visités. Pour ne parler e des Français, nous citerons les Bougainville, les La rouse, les Freycinet, Duperré, Dumont-d'Urville, etc. Les iglais ont également montré leurs pavillons sur toutes les îrs, depuis les glaces du pôle boréal jusqu'à celles du le austral.

Les Annales de voyages de Malte-Brun ont été continuées par les )licatioDS périodiques des sociétés géographiques de Londres et de is.

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