LETTRE XXV. — ÉTUDE DE L'APOLOOÉTIQUE
aujourd'hui beaucoup moins chrélien qu'au xvii« siècle.
Entre le siècle où vivait d'Aguesseau et le nôtre, il y a eu Voltaire et les encyclopédistes, et on sait ce qui en reste encore chez certaines gens parmi nous. Et quoiqu'il semble superflu d'insister sur un fait malheureusement trop notoire et trop lamentable, je le redirai encore, la foi des jeunes gens, grâce au vent d'impiété qui souffle depuis quelques années avec une recrudescence nouvelle, court aujourd'hui des périls dont les parents, même les plus attentifs et les plus chrétiens, ne soupçonnent pas toujours rétendue.
Les attaques contre le Christianisme renaissent plus nombreuses, pi us violentes que jamais. L'irréligion a pour ainsi dire retrempé ses armes et renouvelé sa polémique. Aux vieilles objections, plus ou moins flottantes dans les esprits, ont succédé des attaques toutes modernes, et plus radicales que jamais. Le protestantisme primitif attaquait surtout i'Ëglise, le voltairianisme attaquait surtout le Christianisme; aujourd'hui, on attaque tout, et les dogmes surnaturels, et les vérités rationnelles; toute philosophie, comme touterreligiOD, toute raison, comme toute foi.
Et ce qui rend aujourd'hui plus formidables que jamais toutes ces attaques de Tirréligion, ce sont les terribles moyens de propagande dont elle dispose si impunément, et qui lui permettent de pénétrer, de se faire entendre partout, d'agir sur la jeunesse, chaque jour, avec une opiniâtreté sans relâche, de l'enlacer de toutes parts et d'atteindre aussi jusqu'aux dernières couches populaires.
11 est un lait capital, dont on n'a pas été assez frappé, parce qu'il résulte de faits isolés et successifs; mais il importe de le constater, afin de se rendre bien compte de la situation où nous sommes, et de voir où nous marchons. Pour des motifs que je ne veux ni ne dois discuter ici, depuis dix ans, de nombreux journaux qui défendaient la
religion ont été supprimés en France, dans nos diverses provinces. Et tous ceux, très-nombreux, qui ont été fondés depuis ce temps, tous, à part quelques rares exceptions, sont hautement des journaux anti-catholiques. De telle sorte qu'en fait, aujourd'hui, dans Tétat actuel de la presse, la religion et l'impiété sont en présence et en lutte dans les positions que voici : quelques défenseurs isolés sont ça et là sur la brèche, sans qu'on leur permette de recruter aucun auxiliaire; tandis que la grande masse des journaux et des revues attaque, avec un concert et une audace qui vont toujours croissant, non-seulement le Pape, mais Jésus- Christ, l'Évangile, l'Église tout entière, ses Ordres religieux, son Clergé, tout son Enseignement, avec les calomnies les plus odieuses, les plus perfides, et cela partout, tous les matins, dans tous les ateliers, les restaurants, les cafés, les cabarets, les gares de chemins de fer. Et il faut remarquer que certains journaux attaquent, non pas seulement le Christianisme, mais toute la Religion et Dieu même. Les vieux systèmes de matérialisme et d'athéisme, qu^n pouvait croire morts, revivent et ont leurs organes dans la presse contemporaine, et môme dans certains journaux qui, comme le Journal des Débats, par exemple, se prétendent conservateurs. La Revue des Deux-Mondes^ c'est une justice qu'il faut lui rendre, s'est fait ici, depuis quelques années surtout, un rôle à part. Je ne sais s'il est im seul de ses numéros qui ne contienne une attaque, voilée ou violente, mais toujours profonde et perfide, contre la religion, et si les docteurs du panthéisme et du matérialisme ont une tribune qui leur soit plus volontiers ouverte, pour les aider à pénétrer là où ni leurs personnes ni leurs doctrines ne parviendraient à s'introduire : cela toutefois, je le reconnais, avec un mélange, singulièrement fait pour tromper les dupes, d'articles agréables et de bon ion.