LETTRE XXV. — ÉTUDE DE L'APOLOGÉTIQUE
même. Heureuses les âmes fermes, et vierges dans la foi* que l'objection n'a même pas effleurées, et dont une éducation solide et un milieu chrétien ont protégé les croyances! Les discours, les livres, les journaux et les revues contre la foi ne doivent pas être rejetés avec moins de soin que les discours et les livres contre les mœurs; la foi est une vertu délicate comme la pudeur.
Et je le dois dire, on n'est pas toujours, il s'en faut, assez sévère sur ce point dans le monde, même dans les familles chrétiennes. On est quelquefois ici d'un laisser-aller étrange contre lequel, pour ma part, je ne saurais trop m'élever. On expose, quelquefois avep une insouciance véritablement incompréhensible, l'âme des enfants, des jeunes gens, des jeunes filles, sa propre âme, à des blessures qui peuvent être mortelles. On étale sur des tables de salon, ou dans des bibliothèques d'un facile accès, les ouvrages les plus dangereux. On se croit le droit de tout lire. Les femmes mêmes ne rougissent plus d'aucune lecture. J'en sais qui se sont cru permis de lire la Vie de Jésus^ ce roman sacrilège et ridicule, le plus répugnant ouvrage que je connaisse.
Certes, il y a dans de telles libertés une absence de sens chrétien et une aberration intolérable.
Mais tandis qu'on lit les livres qu'il ne faut pas lire, ceux qu'on devrait lire et étudier, on ne les ouvre pas. Parmi les hommes du monde, en effet, combien en trouverait-on qui ont lu, je ne dis pas les longues apologies, mais les irréfutables écrits apologétiques de Pascal, Bossuet et Fénelon, trois courts volumes? Combien seraient capables de s'expliquer à eux-mêmes les motifs de leur foi ou de leur doute? Combien, parmi les chrétiens même, ignorent l'enchaînement des preuves sur lesquelles leur religion, tant attaquée aujourd'hui, repose? Des études apologétiques leur feraient connaître cet ensemble de preuves éclatantes, fortifieraient
leurs croyances en les éclairant, et ces études, ils refusent de les faire !
Ces études, d'ailleurs, pourraient avoir un autre avantage : elles pourraient, comme elles l'ont fait tant de fois, susciter à la vérité divine, parmi les laïques, d'utiles et vaillants défenseurs. Après 1830, alors qu'au milieu de l'effervescence des esprits l'habit du prêtre inspirait une absurde défiance, l'apostolat de la charité naquit dans les rangs laïques, pour seconder auprès du peuple l'apostolat sacerdotal. Dans l'ordre de la vérité, comme dans l'ordre de la charité, les laïques peuvent donner à l'ftglise un précieux concours. Sans parler ici des contemporains dont les noms sont assez illustres, Prudence, saint Prosper, Lactance, saint Justin, Athénagore, Aristide, Minutius Félix, étaient des laïques. Certes, marquer honorablement sa place dans les rangs des athlètes de la religion, et vouer sa vie et son talent à la défense des grandes vérités religieuses, qui sont en même temps les plus hautes vérités sociales, ce ne peut être la mission de tous, mais c'est assurément une belle et grande destinée. Quand même un homme du monde ne serait pas appelé à ce grand rôle d'apologiste militant, combien de fois, s'il est solidement instruit, s'il connaît les preuves du Christianisme, ne pourra-t-il pas utilement, autour de lui, réfuter les objections misérables qui circulent, répétées par une foule de gens comme par autant d'échos, et porter la lumière, que sais-je? à un pauvre esprit retenu loin de Dieu, souvent par si peu de chose! Ce qui l'arrêtait n'était rien : une ignorance, un malentendu, une misère, un grain de sable; mais enfin, il était arrêté: aucune parole amie n'arrivait jusqu'à lui, nulle main secourable ne levait le faible obstacle. C'était vous peut-être que Dieu destinait à cette œuvre.
Je l'ajouterai même pour la jeunesse des grandes villes: quand la jeunesse catholique voit sa foi attaquée autour