‹ De la haute éducation intellectuelle (volume 3)Chapitre 77 sur 103 · LETTRE XXVIII. — RÉCAPITULATION ET CONCLUSION · texte numérisé non relu

LETTRE XXVIII. — RÉCAPITULATION ET CONCLUSION

est une vie stérile, et la vie siérile, comme la terre stérile, est maudite 1 Pourquoi ? Parce qu'elle boit en vain la rosée du ciel, parce qu'elle étouffe les semences, les germes qu'on lui confie, parce qu'elle donne, au lieu de fruits, des ronces et des épines ; parce qu'elle trompe Dieu et les hommes. Malheur donc à Thomme sur la tombe duquel on pourra écrire : Voca virum sterilem^ ce fut un homme stérile 1 Je ne connais rien de plus redoutable que cette condamnation. Être frappé de stérilité par un accident, grand malheur; mais se frapper soi-même de stérilité, refuser, en refusant le travail, la fécondité ; ne pas donner son fruit ; manquer sa vie, la fin pour laquelle on est sur la terre ; faire en un mot banqueroute à la société et à Dieu, malheur incomparable! Et quel est l'homme sur la terre qui est bien sûr de ne pas porter sur son front, à un degré ou à un autre, la honte de ce malheur? Que, si c'est là une suprême inquiétude pour ceux qui travaillent le plus, qui emploient le mieux la vie, le temps rapide et les heures fugitives, quels reproches n'ont pas à se faire ici, et quel compte redoutable à rendre, ceux qui n'ont jamais mis au nombre de leur préoccupations, même les moins sérieuses, cette chose si grave, la plus grave de toutes, l'emploi de leur vie, et qui en perdent si insoucieusement, qui en jettent comme au vent la meilleure part? Qu'on y réfléchisse : il en vaut la peine ! Et qu'on accepte enfin la vie telle que Dieu Ta faite, avec le travail pour condition, et la responsabilité pour loi suprême. La dignité et le bonheur de la vie sont là, et pas ailleurs.

4 3° Mais pour tout cela, une condition fondamentale, et Sans laquelle nulle élude sérieuse ne se peut faire, c'est une Vie réglée. 11 faut, de toute nécessité, à tout homme du inonde qui veut travailler sérieusement, un règlement.

Quel règlement? Ce n'est pas à moi, ici, à le dicter. Rien n'est plus personnel qu'un règlement. C'est à chacun à se faire le sien. Je me borne à poser ici le principe ; et ce que

j'ajoute, dans un langage simple, mais précis el positif, c'est que la journée n'a que vingt -quatre heures : nul ne peut changer les conditions du temps, de la vie et de la nature humaine.

Cela posé, je me borne à dire qu'il faut se réserver tout entier pour son travail, et le commencer de bonne heure.

Il faut se réserver tout entier pour son travail. — Si on disperse ses heures et son esprit, si on ne concentre pas toutes ses forces sur ce qui est l'objet même du travail réglé, si on lit au hasard, surtout si on se jette dès le matin sur ses journaux, tout est compromis. Je vous étonne, mon ami. Eh bien I oui, je l'affirme : à moins que vous ne soyez un homme politique, journaliste, sénateur ou député, obligé d'aller le jour môme à la Chambre ou au Sénat: vous jeter le matin sur vos journaux, c'est un libertinage d'esprit qui épuise la haute intelligence, et enlève à l'esprit sa fleur et sa vigueur. Entendez bien cela.

Et cela bien entendu, j'ajoute qu'il faut se lever de bonne heure. Si on ne se lève pas de bonne heure, tout est perdu.

Et si on se couche tard, on ne se lèvera pas de bonne heure ; le sommeil est une nécessité.

Que si, se levant tard, on déjeune tôt, c'est fini : votre vie n'est plus à vous ; vous n'êtes plus un homme. La vie extérieure arrive, les relations vous saisissent ; plus de recueillement ni d'étude possible. La journée se passe et glisse entre vos mains. Et c'est ainsi aujourd'hui, et ainsi demain, et ainsi toujours. Et voilà comment tant de nobles existences sont vides et perdues.

Tout homme qui ne trouve pas moyen de se ménager, chaque matin, trois heures de travail avant son déjeuner, ne sera toute sa vie, je le dis sans hésiter, en fait d'étude et de haute influence d'esprit, capable de rien.

Et enfin, quand on s'est donné ce temps, ces heures fixées,

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