‹ De la haute éducation intellectuelle (volume 4)Chapitre 13 sur 75 · I.BTTnK Vil. — Ih Um'illATlRR CORHUPTRICr · texte numérisé non relu

I.BTTnK Vil. — Ih Um'illATlRR CORHUPTRICr

Kînatlon mauvaiiie ; c*eët là ce qu*on rôvoillc et qu*on excito par tous les moyens. Toujours, en un mot, apparaît sur la ncîme cet amour que Fënelon nomme t le vice détestable ( qui doit alarmer la pudeur. »

Eh bien! Jo le demande : cola nVst-il pas essentiellement pernicieux? Peut-on respirer impunément dans cetteatmoiphère? Peut-on remuer perpétuellement ce triste limon du cœur humain, san^ qu'il s*en exhale rien dMmpur et do malsain? Aussi qu*e6t-il arrivé? ChAtiment bien mérité : celte littérature, qui s*était exaltée, enivrée d'elle-même, qui se disait la littérature brillante, généreuse, neuve et rénovatrice, elle est tombée. Je ne crains pas de le dire, juHque dans la fange, et elle est devenue, pour quiconque conHerve encore les vrais noms des choses, une littérature corrompue et corruptrice.

Corruptrice, ai-Je ajouté, par les procédés littéraires, comme par les doctrines morales où elle a été entraînée.

Ses procédés» en erf(;t, son art, c*est l'art matériel, réaliste, cru, si Je puis dire ainsi, hardi à tout montrer, sans retenue et sans réKcrve. C/était logique et nécessaire en* rore. Une fois versée do ce côté, la littérature a dû salisfaire ces goûts-lb. De U\ donc ces descriptions détaillées, minutieuses, oix cette littérature se complaît, ces peintures rainnécsdu vice mime et dn tout ce qui est dénature à oxciter les improKsions les plus funestes; de lit ces émotions grossières, ces tressaillementH de nerfs, ces cris, non (le TAme, mais do la chair et du snng, mis ù la place du pa* th/itique; de lit ces audaces à tout dire, b tout peindre, b ne reculer devant rien, b ne mettre aucun voile, h tout exposer à nu, sous prétexte de naturel et de vérité. (lommo si Tart lui-même ne devait pas avoir aussi sa pudeur, et comme si encore Part était d'autant plus vrai et plus beau, qu'il est plus matériel et plus sensuel. Non, non; et en s'abulssant ainsi la littérature corruptrice n'a pas moins rompu Tan-

tique alliance de Tart avec le vrai que de Fart avec le beau. L'art, mon cher ami, n'est pas matérialiste, bien qu'il prenne son point de départ dans les objets sensibles et visibles; Tart doit s*élancer vers Tidéal, parce que c'est dans Tldéal que réside surtout la vérité et la beauté des choses; et c*est pourquoi l'art n'est pas simplement copiste : il est peintre. Oui, Tidéal, c'est le type parfait des choses, qu'aucune réalité créée ne représente pleinement, mais que l'artiste contemple dans les âmes, et d'abord dans la sienne. L'art véritable ne reproduit donc pas toujours les choses physiques telles qu'elles s'offrent dans la réalité maiérielle et grossière : il se dégage des sens inférieurs autant qu'il le peut ; il cherche, dans les œuvres de la création physique, les traits, les rayons épars de la beauté supérieure idéale : il les rassemble, les harmonise, et en compose de nobles et pures images, à la fois réelles et idéales, c'est-àdire prises dans la nature, mais idéalisées, qui dégagent la nature de ses imperfections et de ses défauts, et par là même la rapprochent du type supérieur, qui en est la vérité et la beauté.

La littérature que je combats ici, au contraire, quand elle a un idéal, c'est un idéal dangereux , parce que c'est un idéal qui déroute et égare; et quand elle peint le réel, c*est un réel plus dangereux encore, parce qu'il abaisse et corrompt.

Il ne faut donc pas s'y laisser prendre : ces procédés matérialistes vont à la corruption de Tari aussi bien qu'à la corruption des âmes; ils n'épurent pas, ils n'élèvent pas : ils flétrissent, ils abaissent, ils matérialisent. L'imagination intelligente, la sensibilité du cœur, ils les précipitent et les avilissent dans les sens grossiers î les sens, en un mot, y dominent tout. Et plus les tableaux sont ardemment colorés, plus les descriptions sont vives et saisissantes, plus les impressions qu'elles excitent sont dangereuses. Et qu'on

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ne di5C pas que le morale reprend ses droits au dënoûmeni : car, iDÔme quand Tissue du roman ou du drame serait bonne n tournerait à ta moralité, cette peinture, si minutieuse et SI hardie du vice et du crime, n'est-elio pas déjà par elle* Diilme une profonde immoralité? Qui ne sent que la vue trop Gxe, trop appliquée, trop fréquente du réel, quand le réel c*est le laid, c*estle trivial, c^estle vice, c*est le crime, CM malsaine et dangereuse?

Ce n*c.Ht pas tout, et cette littérature ne se contente ménio pas di'S passions et des crimes ordinaires. On le sait, & furce d'exalter la sensibilité, elle Ta tellement hlasér*, que pour Texciter et la réveiller de nouveau, il lui faut inventer des monstruosités, des types inconnus, des vires grandioses, des crimes insolentSi effrénés, des caractères étran- ^'es, des sentiments bizarres qui n*existent pas dans la nn« ture, et sont, comme on Ta dit, au«dcssus ou nu-dessous de i*homme.

Mais, dirai Je, si déjà rexhibition habituelle, la vue flxe, trop fréquente du vice, a tant de dangers, que sera«ce des nimes monstrueux, des passions cftrcnées de toutes ces créations d'une imagination maladive, qui composent le fond de cette littérature? Disons«le, rien n^est plus dépravantet plus démoralisateur; et démoralisateur, qu'on veuille bien le remarquer, nécessairement, essentiellement, par les objets eux-mêmes, dont la vue blesse par elle-même rimsginaiion, avilit l*esprit, pervertit le cœur, trouble les sens. Ah ! qu'on en croie ici ceux qui ont lu ((uelquefois nu fond des consciences, et vu là des mystères que rœil d'un père, d*une mère, d'un mari quelquefois, ne soupçonne pas , Ifs ravages sont affreux I

Que dirai-Jo maintenant des doctrines dont vit cette littérature, et qui, sous une forme ou sous un autre, sentie fond Hernel do ces drames et de ces romans qu'elle Jette on pâture aux esprits avides et affamés? J'avoue que quand Je

viens à me représenter cette multitude d*écrits ou les théories dissolvantes, dont je vais parler sont répétées sur tous les tons, et quelles prises leur donnent sur les âmes Tart des romanciers et le prestige de la scène, je me demande comment la conscience d'une génération peut résister à ces coups successifs ; et je ne puis penser sans épouvante aux ravages individuels que font ces écrits et^ces œuvres dans les cœurs imprudents qui s*y livrent.

Voyez, en effet, si ce n'est pas la perversion de l'esprit et du sens moral au plus haut degré. Toujours, dans cette littérature, la passion, — et j'entends, moi, prêtre et gardien en ce monde de la vérité et de la morale éternelle, j'entends par là ce qu'il faut entendre, ce que cela esl en réalité, — toujours la passion est honorée, embellie, exaltée, sanctifiée, presque adorée. C'est sur elle que tout Tintérêt est appelé ; c'est sur elle qu'on veut attendrir et faire pleurer. Ce n'est plus une ignominie dont il faut rougir : c'est une faiblesse digne d'une tendre compassion. Que dis je? ce n'est pas même une faiblesse : elle est légitime, elle est innocente; c'est un droit sacré du cœur. On nous parle de doux et irrésistibles penchants, pour lesquels on nous demande toutes nos sympathies et presque notre enthousiasme. De là ces réhabilitations honteuses de ce que rien ne peut réhabiliter ; ces grands coupables sur lesquels on rassemble à plaisir toutes les qualités, toutes les délicatesses, toutes les générosités, tous les dévoûments, tous les héroîsmes, qu'on entoure d'une auréole dans laquelle on fait resplendir leurs fautes, tandis qu'on abaisse, on ridicu* lise, on déshonore les représentants du devoir et de l'austère vertu. Pas un crime qu'on n'embellisse, qu'on ne rende louchant, noble, attendrissant, par quelque passion héroïque ou vertueuse ; pas un devoir, pas une vertu qu'on n'avilisse et ne rende dégoûtant par un vice bas. Voilà comment on excite à se laisser aller sans scrupule à ce courant

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