LETTRE Z. — MÉTHODES D^ÉTUDBS PHILOSOPHIQUES
ravages; et il serait plus qu'étrange de ne pas s'en inquiéter. Pour ma part, je ne suis pas capable d'une te]le indifférence.
D'ailleurs> je le dirai à Thonneur de la jeune philosophie contemporaine : elle n'est pas restée inactive et silencieuse, et aux bruyants et brillants écrits de l'école ennemie, elle a su opposer d'éclatantes et de vengeresses réponses. £h hienîje dis que pour un homme lettré ces discussions philosophiques sont du plus haut intérêt, et qu'il faut aussi les suivre; et parmi les écrits qui renseignent le mieux sur les formes diverses que revêt l'erreur de nos jours, et qui la poursuivent le plus de leur ingénieuse et pénétrante critique, j'indiquerai ici le bel ouvrage de M. Caro^ sur Vidée de Dieu (1 vol. in-8<>), et aussi la Théodicée toute récente de M. Amédée de Margerie (2 vol.). Tout ami que je sois des anciens, je veux aussi que l'on soit de son époque, que Ton suive les controverses présentes; et je ne détourne que de ces productions, ou frivoles ou corruptrices, qui sont la plaie de ce siècle, et non pas sa gloire.
Je ne voudrais plus maintenant ajouter que quelques conseils pratiques, les plus simples possibles, sur la manière dont un jeune homme, dont un homme du monde pourrait se remettre aux études de la philosophie.
<* N'avez-vous fait qu'une philosophie incomplète , et êtesivous tout à fait désaccoutumés des questions philosophiques? Mettez- vous à relire deux sortes ^'auteurs élémentaires : l®un résumé de philosophie; il en existe quelques-uns, je ne dis pas de satisfaisants sous tous les rapports, mais suffisants pour replacer sous vos yeux Tensenoble de la science : l'excellent cours de M. Jourdain, par exemple, ou celui de M. Gourju^ en français, ou celui du
P. RotheDflue, en latin ; ^^ un résumé de Y Histoire de la philosophie :snriou\céim de MM. de Scorbiac et de Salinis; e livre de M. Nourrisson : Les pro^rè^ de la pensée humaine^ peut être utile aussi. Cette lecture n*est pas longue, ni difficile, et sera une bonne préparation à la lecture des grands auteurs.
2<» Ce premier travail fait, on aborderait alors, pour les étudier plus à fond, les différentes questions agitées en philosophie : en résumé, il n*y a guère en philosophie qu'un petit nombre de questions capitales, qui intéressent sérieusement un homme pratique, lequel ne fait pas des spéculations philosophiques son occupation spéciale. En logique, par exemple, la question de la certitude; en psychologie, celles de la spiritualité, de la liberté, de l'immortalité de l'ftme; en théodicée, Texistence de Diea, la création, la providence ; en morale, la loi éternelle, la question du bien et du mal; — et quelques autres questions de cette nature : voilà les points culminants de la philosophie.
Eh bien ! Je conçois que le temps manque, ou le goût^ pour les questions accessoires ; mais sur ces grands points, il ne se peut qu'un homme grave ne sente pas le besoin, même avec une foi très-ferme et très-assurée, de chercher toute Tintelligence possible, fides quœrens intellectum^ de découvrir et de contempler les preuves rationnelles des croyances fondamentales, Tenchalnement et la lumière de ces grandes et belles vérités, et les merveilleuses affinités de la raison avec la foi.
Mais ce travail est fait, et il n'y a qu'à s'en donner le spectacle. Voici donc une des manières les plus faciles et les plus utiles de s'occuper de philosophie après le travail préparatoire que j'ai indiqué : prendre tour à tour une des plus^ importantes questions philosophiques^ et faille sur cette ques-tion une suite de lectures graduées et progressives.
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4bi LETTRES A UN HOMME DU MONDE.
avons tant dit qu'il faut faire ses lectures, sérieusement, avec réflexion, avec suite, et la plume à la main ; — de cet ensemble de lectures, dis-Je, ne résttlterait-il pas une véritable illumination pour Tintelligence , en même temps qu^une force nouvelle pour la conviction?
Ces études sur Dieu se pourraient étendre encore, si on le voulait, car je n'ai cité que quelques ouvrages modernes et français. On pourrait, par exemple, après toutes ces lectures, étudier la Théodicée de Thomassin, à Taide de l'ouvrage du P. Lescœur; puis lire, à l'aide du travail de M. Jourdain sur la Philosophie de saint Thomas^ le magnifique traité De Deo du docteur angélique; puis encore, dans les Tusculanes, ou dans le traité De naturâ Deorum, se rendre compte de la manière dont Cicéron philosophait sur la divinité; lire enfin le Xll« livre de la Métaphysique d'Âristote, ou dans le recueil des Pensées de Platon, par M. Leclerc, les passages ayant rapport à la divinité : voilà encore, assurément, d'excellentes et fécondes lectures. Certes, Tintërét, en même temps que le profit, est grand à voir, dans ces lectures comparées, les plus illustres esprits arriver au même point de tant d'horizons opposés : c'est un beau spectacle que de considérer ainsi les questions sous toutes leurs faces, et de tenir sous son regard, et comme dans sa main, les plus puissants raisonnements de rintelligence humaine.
Voulez-vous, après cela, faire un travail analogue sur l'âme, sur sa spiritualité, sa liberté, son immortalité? Rien encore de plus facile. Commencez de nouveau par les belles conférences de M. Frayssinous et les traités de M. de la Luzerne sur ces trois questions. Lisez ensuite les pages admirables de Fénrion sur ces mêmes sujets, dans le premier volume du Christianisme présenté aux hommes du monde. Il existe en uutre des ouvrages spéciaux, d'une très-intéressante lecture, sur la question de V Immortalité de