‹ De la haute éducation intellectuelle (volume 4)Chapitre 26 sur 75 · LBTTRB XI. — PHILOSOPHIB AU POINT DE VUE RELIGIEUX · texte numérisé non relu

LBTTRB XI. — PHILOSOPHIB AU POINT DE VUE RELIGIEUX

c'est se séparer du chœur des grands hommes que de se séparer des données de la religion.

Mais à un autre point de vue encore, mon cher ami, que le point de vue apologétique, vous allez comprendre sans peine, f espère, quel beau et grand travail Tesprit et les éludes philosophiques vous permettraient de faire sur les dogmes révélés, et comment il y a pour vous à de telles études une sorte de devoir religieux, comme je disais.

La foi se prosterne devant Dieu et adore ; cependant la foi, si respectueuse et prosternée qu'elle soit, ne se contente pas de croire, d'adhérer simplement, et comme aveuglément, k\a parole révélée; dans son besoin de lumière, elle cherche avoir, à pénétrer, à comprendre; elle appelle à son aide la raison, Tintelligence, et rapplique respectueusement à la parole de Dieu. Et voilà un premier travail philosophique qu'il nous est permis de faire sur nos dogmes ; un travail de pénétration. C'est ce que saint Augustin exprimait admirablement par ces paroles : Intelligas... ra- Tioms LucB coNSPiciÀS etc.

En effet, ces vérités surnaturelles, bien que supérieures à notre raison, sont loin d'être de tout point ténébreuses pour elle. La raison peut en découvrir, sinon totalement, du moins en partie, la lumière par certains côtés. Ou plutôt, précisément parce qu'elles sont surnaturelles, inûnies, abîme sans fond de lumières et de clartés, abyssus luminisy comme dit saint Bernard, l'esprit humain peut y creuser sans cesse et y pénétrer, sans les épuiser jamais. Ayant donc devant lui, dans cette parole divine, des espaces sans bornes, des perspectives sans limites, il marche, il avance, de lumière en lumière; voilà le sens de l'antique et belle formule : Fides quœrens intellegtum ; et de la noble parole de saint Augustin : Ad amorem intelligent)^ cohortor.

Mais des vérités isolées, même pénétrées à fond, ne constituent pas un ensemble ; ce sont des rayons, des foyers

épars de lumière. Or, en toutes choses l'esprit humain aspire à saisir les rapports. Tordre et Tharmonie, à posséder Tensemble, à embrasser le tout. Et voilà un second et admirable travail que l^esprit humain peut faire sur les dogmes révèles; c'est de les étudier scientiGquement, dans leur enchaînement merveilleux, et dans les rapports qu'ils ont, soit entre eux, soit avec les vérités naturelles, philosophiques, morales, sociales. Nulle doctrine eu effet n'est aussi complète, aussi harmonique, aussi bien liée dans toutes ses parties, que la doctrine révélée ; et d^un autre côté, comme le Dieu de la révélation est aussi le Dieu de la raison, la vérité révélée non-seulement ne contredit pas la vérité rationnelle, mais, au contraire, elle niluraine de ses propres clartés : de telle sorte que tout Tensemble des vérités naturelles ou surnaturelles communiquées par Dieu aux hommes forme comme une chaîne immense; et les dogmes, pareils à ces sommets qui dominent une chaîne de montagnes, et tiennent à toutes ses ramifications, les dogmes tiennent aussi à toutes les vérités, et en les dominant, projettent sur elles leurs reflets lumineux.

C'est ainsi que Vétude de la religion prend un caractère admirablement scientifique, et que cette science de la vérité révélée, bien que partant d'un point immuable, à savoir le dogme, est néanmoins progressive comme toutes les sciences, inépuisable en elle-même, dans son objet, et sans cesse rajeunie par les formes nouvelles et les applications diverses qu'amènent les progrès même de nos sciences humaines et les évolutions de la polémique religieuse. Une telle science, en effet, est toujours actuelle, toujours mo* derne, toujoucs de son temps, parce qu'elle est de tous les temps.

Un admirable exemple de cette manière d'étudier la religion, c'est la Somme théologique de saint Thomas. A toutes les pages, dans toutes les thèses de la Somme, que fait saint

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