EZECH., XVI
* Eccli,, XXII, 4.
' Ibid., 2.
* Prov.y XXVI, 14.
« fatigue pour lui s'il faut seulement la porter à sa bouclio : « abscandit piger manum sub ascellâ sud, et laborat si ad o*i « suum eam converteritK »
Qu'est-ce que cet homme, et quel fond peut-on faire sur lui ? Quoi qu'on en attende, on est sûr d'une déception. « Ce que le vinaigre est aux dents, et la fumée aux yeux, « voilà ce qu'est le paresseux pour ceux qui ont cru pouvoir ce mettre en lui quelque confiance : sicut acetum denlibus^ « sicut fumiis ocuHs^ sic piger his qui miserunt eujn^. »
Son châtiment, c'est avec la honte et le mépris public, sa stérilité. « J'ai passé dans le champ du paresseux, et qu'y « ai-je vu? Les orties avaient tout rempli, les épines en cou- « vraient toute la surface, et les pierres de la clôture étaient « renversées et dispersées ». »
Et cette stérilité, châtiment inévitable de l'oisiveté, les saintes Ecritures se plaisent, pour Thumilier davantage, à la mettre consomment en regard des fruits merveilleux du travail. Ecoutez encore :
<r A cause du froid, le paresseux n'a pas voulu labourer, a Eh bien ! viendra l'été, et le paresseux mendiera ; mais « on ne lui donnera rien *. »
« Les pensées du robuste travailleur sont toujours dans < la fécondité et l'abondance ; mais quiconque est paresseux « est à jamais dans Tindigence <". i> Il y a en lui stérilité absolue d'esprit, de cœur, de tout.
Je vous le disais tout à l'heure : oui, l'oisiveté, c'est la
* Prov., XXVI, 15.
* /btd., X, 26.
^ Per agrum hominis pigri iansivi : et per vineam viri stulti,.. El tcce totum repleverant urticœ. et operuerant superficiem ejus spinœ, et macC'ria lapidum destrueta erat, {Ibid., xxiv, 30.)
* Propter frigus piger arare noluit : mendicahit ergo œstate , et non dabitur illi. (/6i<i., xx, A.)
* Cogitationes robusti semper in abundaniia : omnis avkm pig^r temper in egeitate e$t, {Ibid., xxi, 5.)
ruine inévitable de toutes les facultés. Ces facultés sont essentiellemeut actives; elles demandent perpétuellement la culture, le développement, c'est-à-dire le travail ; sinon elles demeurent ou tombent en friche. Elles ne pioduisent plus que des ronces et des épines, spinas ac tribuhs. Des fruits amers, des fruits sauvages, voilà les seuls fruits qu'elles puissent donner.
Et voilà pourquoi TEcriture a dit : « Le chemin des paff resseux est obstrué d'épines : la voie des justes, au conff traire, est une voie ou on marche sans obstacles *. »
Le paresseux s'égare donc de tout point, et c'est pourquoi les saints Livres, après avoir dit son indignité, sa honte, sa misère, parlent de sa folie en ces termes du dernier mépris : I L'homme d'oisiveté e^t un sot du plus haut degrë^ « stultissimus est*, » Que voulez-vous de plus?
Après tant et de si menaçantes paroles, penseriez-voas encore, mon ami, qu'il s'agit simplement, pour l'homme, quel qu*il soit, dans la question du travail, d'une chose facultative? Non, il s'agit là d'un devoir, vrai, réel, sérieux, irrécusable : c'est évident.
Mais ouvrons maintenant le saint Evangile, et nous y verrons la loi du travail, la sanction de cette loi> le chàtimoni du paresseux, les malédictions qui lui sont réservées, tout cela exprimé avec une fermeté, une énergie que l'ancieu Testament n'égale pas. Il est impossible de ne pas en ôtro frappé.
Notre-Seigneur Jésus-Christ a multiplié les exhortations et les paraboles pour nous inculquer, sous toutes les formes, cette grande vérité, que nous sommes sur la terre, non pas
• Prov., x¥, 19.
• Ibid., XXVI, 16.
pour ne rien faire, mais pour travailler; non pour demeurer des êtres stériles, inféconds, inutiles, mais pour tirer de nous-mêmes, par notre énergie, nos efforts^ notre travail, de bons fruits.
Nous avertissant de la rapidité de la vie, et de la nécessilè de profiter de ce rapide passage ici-bas pour emporter aNec nous quelque chose qui demeure : « Travaillez, dit-il • quelque part, et faites le bien, pendant que vous avez la « lumière, parce que la nuit vient, pendant laquelle on ne « peut plus travailler*. »
Et dans un autre endroit, Notre-Seigneur dit expressémenl encore : « Je vous ai placés sur la terre, pour que « vous alliez et portiez des fruits, et que vos fruits de- « meurent •. »
Or, connaissez-vous le moyen, mon ami^ de porter des fruits ici-bas, fruits quelconques, de vertu ou d'étude, dans la mollesse d'une vie oisive, et sans l'activité d'un généreux travail?
Non, on Ta dit, et il est vrai : Celui qui ne fait rien fait bientétlemal; et cela même est un grand mal de ne rien faire. C'est contre cet homme qu'est dite dans l'Évangile cette foudroyante parole : « Déjà la cognée est à la racine « de l'arbre : tout arbre qui ne porte pas de bons fruits sera « coupé et jeté au feu». »
Î^olre-Seigneur a repris souvent celle parabole.
Vous connaissez Tbistoire du figuier, stérile avec un luxe de feuillage : Notre-Seigneur s'avance vers le bel arbre comme pour y cueillir un fruit, mais il n'y avait que des
' Oftramini, dùm luam hahetis; venit enim nox, in qud nemo poiest operari. (Joan., ix, 4<)
' Potui voi ut eaiU, et fructum afferaliSf et fructus vester mancai, (/Md., 13-17.)
' 0mm* arhoTy qum non facit fmctwn honum exddeturf et in ignem «i«e««f. (Matt., m, 10.)
ÎH LETTRES A UN AOHHB DU MORDB.
feuUies. Que fit Notre^'Seîgneur? Il maudit Tarbre, et cette malédiction le dessécha*.
Écoutez cette autre paralMle :
« Un homme avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint « pour en cueillir les fruils, et iln^en trouTa pas. Alors i'Fdit f au cultivateur de la vigne : Il y a trois ans que je vi^ns « chercher le fruit de ce figuier, el que je n'en trouve au* < cnn. Il faut le couper. Pourquoi oecupe-t-il la terre*? »
« Pourquoi occupe»t-il la terre? » Combien d'hommes et de jeunes gens dans le monde au sujet desquels on pour* rait faire la môme demande?
Voyez dans cette parabole même le moyen d'échapper à la sentence; il n'y en a qu'u<n :
« Le vigneron dit : Mailre, pardonnez-lui encore cette c année; je vais bêcher la terre tout autour, et y mettre du « fumier, et peul--étre qu'il fructifiera; sinon, après cela, t vous le couperez ^ »
Et veuillez bien le remarquer, ce ne sont pas seulement ceux qui dissipent, qui dilapident les dons, les talents, les facultés reçues de Dieu^ mais ceux qui les conservent, sai^s LBs^ Paire vALom, que Notre-Seigneur maudit et condamne, — anathème terrible dans la bouche du Sauveur si doux, — car c'est aux ténèbres étemelles, aux plears et aux grincements de dents qu'il les condamne.
* Et videns (ici arborem unam secus viam, venit ad eam : et nihil invenii in eâ nisi folia tantum, et ait illi : Numquam ex tefvuetus nascattir in aempiternum; et arefacla est conlinuo ficulnea (Matt. ixi^ld-)
* Dicebat autem et hanc similitudinem : arborem fici habebat quidam' pluntatum in vined suû, et venft quœrens fructum in illdy et non invenit. (Luc, XIII, 6.)
Dixit autem ad cultorem vincœ : Ecce anni très iunt ex quo venio quœrtn$ fruetwn in fiùulnêd hdc, et non inaenio : tncdde ergo illam : ut quid etiam terram occupât? {Ibid., 7.)
' At ilié reipondenSf dicit illi : Domine , dimitii illam et hoc anno, usque dnm fodiam circa illam, et mitlam stercora.
Ei Hquidem fearit fructum; tin mutwn, in Murum succvdvs eam^ Ubid.)
LE-riRB XII. — IfÉGESSrrÉ DU TRAVAIL. f ft3
Ifoa ehier acn^ méditez, je vous en conjure devant Dion, cee teprîèles parâtes de Notre-Seigneur prononcées par lui dans la parabole des tœlents que chacun de nous doit faire valoir : et si j'insiste tant ici, c'estqu'îï ne s'agit pas, vous le vo^z bien d'une chose légère, mais d'une chose grave et sèvieuse entre toutes !
Il esl donc question, ifans la parabole, de serviteurs qui oat reçu du mailtre, ru» cinq, l'un deux, l'autre xm seul talent. Le maître part, et à son retour, il demande compte à chaque bervi'tewr du talent qiii lui a été conBé. Qu'en avaient-ils feit? « €eiui qwi avait reçu cinq talents s*en «r >aUa, e< travailla avec ses einq talents, et en gagna cinq « autres. 'De même, celui qui en avait reçu deux en gagna « deux autres. Celui qui n'en afvait reçu qu'un s'en alla, •« CTeusa la terre, et y enfouil/ l'argent de son maître. » Que dît le muttire apux deux premiers serriteurs? « C'est bien, « bon et fidèle serviteur; parce que tu as été frdèfe en « wne petite chose, je vais fcn confier de grandes. Entre 'If dan» la joie de ton Sfeigneur. » Voîlà la récompense du t!ravai>l.
TSïîHS le «serviteur paresseux, celiri qui avaft enftyuî le talent du maître au lieu dte le faire fructifier par son travail, ^'entend-fl, nonobstant ses vaines excuses? « Il falPlaft, « toi aussi, fawe v^oir mon argent, et à mon retour je « Fawrais'PetPonfvé'apvec UR^ure. Et bien! qu'on lui enlève « son talent, et qu>'en le donne h celui qui en à dix... Et •r ce serviteur inutile, jetez-le dehors idans le Heu des té- « nèbres , là où il y a des pleurs et d^ grincements de <i éents*. »
Qui pourrait ne pas voir là tme nonvdle et terrible intimation de oeHtte grande loi diu travail, par laqtreNe chacun •estciblÂgè dte foire valoir les talents, les dons, les facultés
* MATTHr,'»lVyi*-36.
qu'il a reçus de Dieu, selon sa position et son état? Vous y voyez aussi, avec la loi» sa naturelle et divine sanction : la fécondité et la richesse d'une part, de Tautre la stérilité, la malédiction et la misère éternelle.
Du reste, ouvrez les yeux, mon ami, et regardez autour de vous : c'est ici l'histoire contemporaine, comme l'histoire de tous les temps. Combien d'hommes et de jeunes gens d'aujourd'ui, auxquels chaque mot de la parabole s'applique avec une justesse saisissante! Ils avaient tout reçu de Dieu : grand nom, grande famille, grande fortune : tout ce qui facilite le travail et assure le succès ; avec cela, esprit, cœur, âme merveilleusement doués; ils pouvaient des choses admirables ! La détestable habitude de ne rien faire a tout stérilisé, tout éteint, tout ruiné.
C'est la punition annoncée par Notre-Seigneur : c Qu'on « lui 6te son talent qu'il enfouit, et qu'on le donne à celui « qui saura le faire valoir. »
Ils n'ont pas voulu acquérir, par leur travail, une valeur personnelle, une considération, un influence, une position à laquelle leur nom même, leur fortune, leurs aïeux leur donnaient droit : tout cela ira à d'autres, aux hommes d'activité et de travail, à ces gens qui font pour eux leurs affaires, puisqu'ils ne savent pas les faire eux-mêmes, à leurs notaires, à leurs avocats, à leurs régisseurs. Que voulezvous? c'est la sanction inévitable d'une loi naturelle et divine, pour les individus, comme pour les sociétés...
« Arrachez, coupez l'arbre stérile... Pourquoi, en effet, t occupe-t-il la terre ? «
« Tout arbre qui ne porte pas de bons fruits sera coupé « et jeté au feu. » C'est juste.
« Otez-lui ce qu'il a, puisqu'il ne sait que l'enfouir, et « donnez-le à celui qui a déjà, » mais qui sait faire valoir ce qu'il a, afin que l'un reste dans la stérilité, qu'il a choisie, et que l'autre soit (Tbns l'abondance, qu'il a gagnée.
Peut-on imaginer quelque chose de plus formel et de plus terrible?
Qu'on se récrie, qu'on se retourne tant qu*on voudra : il n'est pas possible d'aller contre de telles paroles; il en sort, je ne dirai pas un rayon, mais des éclairs d'une vérité qui abat toute résistance et foudroie toute paresse.
Vous voulez, parce que vous êtes nés riches, parce que vons avez beaucoup reçu, parce que la Providence vous a comblés, parce que Dieu vous a payés d'avance, vous voulez ne rien rendre et ne rien faire, mais jouir, et vous engraisser — c'est le mot de l'Ecriture ; — et vous posant, vous étendant orgueuilleusement et paresseusement sur vos biens entassés, vous dites à votre âme : « C'est bien, j'ai « de l'argent, des terres, des titres, une noblesse; il y en a a pour des années : donnons-nous à notre aise du repos « et des jouissances. » Eh bien, non, cela ne se peut pas : il ne se peut que la vie aille ainsi, et que ceux-là précisément qui ont le plus reçu ne doivent rien, et qu'il y ait pour eux en ce monde je ne sais quel privilège insolent de mollesse, d'orgueil et de fainéantise.
Gomment donc? Mais il est dit dans TEvangile que même (c une parole oiseuse, inutile, on en rendra compte. » Et on ne rendrait pas un compte sévère de toute une vie molle, vaine, fainéante et inféconde!
Mais voyez donc encore celte célèbre parabole des ouvriers et du père de famille : quelle rudesse, quel reproche dans cette vive et méprisante question : « Quid statis? Pource quoi êtes- vous là, tout le jour, oisifs et désœuvrés*? »
El quelle autorité dans cet ordre : « Ite et vos, allez -vous- € en, vous aussi, à ma vigne, à la peine^ au labeur. »
Entendez tout cela pour vous-même, mon ami; ou bien, s'il y a pour vous un privilège, montrez-moi ce privilège,
* MatTH., XX, 6.
Ië6 LETTRES A Ufi flOlOiE DU ittlIM.
et sur quoi vous tondez^ pour yous, paBSOBeUemeiLty ime exception.
Cette exceptiou, saint Paul ne la oiHniaissaîtpas, ni iMur lui-même, ni pour personne; et c'est luit ce grand, cet in» fatigable apôtre, qui a proclamé avec le plus d'^aergie penlêtre la loi rigoureuse et universelle du trav4iU, daas «s rudes paroles : « Que si quelqu'un ne travaille pas, qu'il ne « mange pas, si guis non vuU operarU nec mandMcti* > Oui, il faut être digne du pain que l'on nutage, ce pain, qui neprésente tant de travail, et que nous ne devrions prendra, quand nous nous mettons à nos tables, qu'avec «n respect religieux, si noussongions à tout ce qu'il alalltt4e laAiaar de rhomme et de la rosée de Dieu pour la prAdaire. £ti bien! selon saint Paul, l'homme de paresse, qui n'a{)(>orte ici-bas aucune compensation au labeur que ce pain a coûté à ^^ frères, n'est pas digne de le manger. « Que si qnel- « qu'un ne travaille pas, qu'il ne mange pasl »
Et voilà pourquoi saint Paul lui-même tenait à honneur de gagner de ses propres mains le pain qu'il mangeait C'ifist ce qu'il répète sans cesse : « Nous n'avons pas mangé lui « pain que nous n'avions pas gagné ! Nous avons tnauraillé « de nos propres mains, la nuit, le jour, pour n'êlre à chaige « à personne. > £t ailleurs : « Vous savez que les choses né- « cessaires à notre subsistance, ce sont ces mains qui nouts c les ont fournies. » Et encore : Souvenez-vous, mes mèsa chers frères, de notre travail et de nos fatigues. Nous avoBs a travaillé la nuit, le jour, pour n'être à charge àaucun.^ « vous. Voilà comment nous avons prêché au milieu de vous « l'Évangile de Dieu*. »
* Ad Thés., in, 10.
* ^vque gratis p«ncm nanéucMtmus ab aliquo, sed tu Uj^>êre, 4t in fatigatione, nocte et die opérantes, ne quem vestrum gravaremus.
Ipsi scitis : quoniam adea quœ mihi opus erant, et his qui mecum sunt, ministraverunt manus istœ. [Act.,xx, 34.) Memores enim estis, fratres, laboris nostri, fatigationis : jim^'OC die
LETTRB Ml. «flOBSMfTÉ • DiU TRAVAIL . 117
^i cevtes, afppèS' un lel etâs^le, sai&t PmI ajraii iMea le droit de diçe ftux .ftiUires : « Faitefi Yotne Iâi^li6'; tiwrailte, I oMMue no«6 votts eftavon» intiiDë le paréc6pt6,6lflutrakez c ^nsi avec bonoeitr 8cm& leci yeux de oenx qm nom nagav*
EX il sKvaU Men le droit encone de faire tdmber toute.l&.6À> Nêtuè âe ses reprocbes fiurices bommeeet<ces femmee d'oU sivelé, <|a*il repréaeDte fious de» traits si piehis «01)6006.811iourdlhtti de vénitè, fatiguam tout autour d'euK dfe leur désGettwemait,.de leur inquiète corîoBité, ei^qpour'qve iiien ae manque au tabteau, a de leur bavardage. »
Vofez &i oeyite peîutnre n'âtt pe& prise siur le fait : <i'Oii « nous dliliqa'il y eu a parmi vous qai, ne traivailUttlpas, c nom de tous côtés, empressés, inquiâls, curieux » Il faut bien en effet remplir de quelque cbose le vide des jouroées inocoupées : on jette atorstdaus ce vide toutes les «agitations et les inquiétudes de soofi ennui, toutes ces misères quireffi^ placentles nobles ooeupations qu'on n'a pas.^OB ne fait rien ; maison s^enquiect al on se oaéle de tant. Bt ne voyea^^mus paseooore dlci ces feaimes.dont'pa£lele.môme apûtre.dans un autre endroit, qui « s'en vont de tonseôtés 0 promener leur ennui, < oisives, et non-seulament oisii^s, mais ver^ beuses* » et dangereuses parleurs commérages ?
Écoulez ce que leur déclare Tapôtre : <ir A ces bommes et à a ces fenuues^là, nous demandons en grâce, au nom de « Notre-Seigneur Jésus-Christ, nous ordonnons qu'ils se « taisent d'abord, et ensuite qu'ils travaillent, et qu'ils man-
operantes, nequem vestrumgravaremus,prœdicavmusinvohisEvangeMtm D«i. (Th66S., n, 9.)
' Et operam dette ut q%iUii ^tis, et ut veUru» negoHum agatk^ ei.ope" rmm maniJms vestris^ Meut prmcepimus vobU : et ut biOnette aalmistÊ^ <idiosqui forts ^unt : etimUius aiiquid detUêretù. <Th6M., iv, lil;)
' Audivimus eniminter vos quosiamy amhulare inquiète, nWl opinmtei, ud curiose agentes,.,. Oliosœ discimt drouirit neniûlim oHotm sed ftrb&$m, (Tm., v, 13.)
< gent ainsi leur pain*, » ce pain que, selon Tapôtre, n>st pas digne de manger celui qui ne travaille pas.
Un autre apôtre n'a pas contre les mêmes gens, improductifs et fainéants, des paroles moins dures. « Ces gens-là, » le trait est sanglant, mais il est de saint Jude, « ces gens-là « né sont, à ses yeux, bons qu'à table, et au manger ; » et il les représente t festoyant sans remords et sans crainte, se « repaissant eux-mêmes ; nuées sans eau, ajoute-t-il, qui ne c produiront jamais rien; arbres d'automne, sans fruits^ « deux fois morts, et déracinés ; » ou plutôt portant dans leur oisiveté de tristes fruits, qu'il désigne suffisamment dans cette image intraduisible : « Vagues agitées, jetant « comme une écume toute leur confusion et toute leur honte ; « astres dévoyés, auxquels est réservée la tempête des ténè- « bres à jamais*. »
C'est, sous une autre forme et d'autresimages,cetanathème prononcé ailleurs dansles saintes Lettres contre les hommes d'oisiveté: « N'attendez rien de la faction des hommes « d'oisiveté et de plaisir; ils seront balayés, et à jamais '. »
Ou, enfin, cette menace terrible que je lis dans saint Paul, et qui résume avec une énergie souveraine toute cette doctrine sur le travail et Toisiveté : « Une terre, arrosée souvent « du ciel, si elle produit les plantes et les fruits qu'on lui « demande, est bénie de Dieu ; mais si elle ne produit que « des épines et des chardons, c'est une terre réprouvée, et « la malédiction pend sur elle*. »
* lis autem, qui ejusmodi sunt, denuniiamus et obsecramus n Domino Jesu CkristOj ut cum silentio opérantes, suumpanem manducent, (II Thess., ni, 8, 9, 10,11, 12.)
' Hi sunt in epuîis suis maculœ, convivanteSj sine timoré ^ semetipsin pascentes^ nubes sine aquâ quœ à ventis circumferuntur, arbores autumnales, iufructuosœ, bis mortaœ, eradicatse.... Fluctus feri mariSy despumantes suas confusiones^ sidéra errantia : quihus procella tenehrarum servata est in œternum. (Jdd., i, 12-13.)
» Auferetur factio lascivientium, (Amos, vi, 7.)
* Terra enim sœpe venientem super se hihens imbrem, et generans her-
Je m*arrête ; je ne veax pas ajouter une seule parole à ces paroles redoutables qu*il faut méditer avec crainte et tremblement, nous tous qui avons tant reçu de Dieu, soit les biens de la nature, soit les biens de la grâce.
En terminant, mon ami, je poserai simplement la question suivante : pouvez-vous, là, de bonne foi, dans votre conscience, vous faire illusion sur tous ces passages de la sainte Ecriture que je viens de mettre sous vos yeux, et n'y pas voir la lumière qui s'y trouve, le devoir, le grand devoir du travail, du travail utile, du travail fructifiant, qui éclate dans toutes ces paroles? Que voulez-vous? Voilà la parole de Dieu, voilà l'Evangile. Je ne puis rien à ces paroles, je ne puis pas les effacer.
Et cependant, je le crains bien, je n'aurai pas convaincu tout le monde. Il en coûterait tant à certaines gens de s'avouer vaincus ici 1 On se raidira contre l'évidence, on se retournera en tous sens, on trouvera quelque misérable objection, quelque pauvre échappatoire.
Et non-seulement les gens déterminés à ne rien faire, les ennemis déclarés de tout travail, les amateurs de chiens, de chevaux, de chasse*, les promeneurs en tilbury résisteront
bam opportunam illiSt à quihu»^ colitur; accipit benedictionem à Deo... Proferens autem spinas ac trihulos, reproba est et maledicto proxima : cujus consummatio in combustionemt (Hœb., vi, 7-8.)
' Je le répète encore, je ne condamne la chasse que quand, comme dit Bossuet, elle devient le travail de la vie : quorum venatus maximus labor est, et non pas quand elle est un délassement du travail. Je ne condamne même le goût des chevaux que quand il devient .une passion absorbante et dispendieuse. La science hippique est utile au pays, et elle est cultivée dans quelques écoles de l'Etat d'une manière spéciale. Il y a des officiers de cavalerie, des vétérinaires, qui ont écrit Ik-dessus des ouvrages intéressants. Ici comme ailleurs, ce qu'il faut, c'est de faire serieuiement ce que l'on fait, et, je l'ajoute, de ne pas plus compromettre sa fortune pour des paris de courses que pour des jeux de bourse ou de cartes. Les courses, en Angleterre, sont suivies par des hommes d'État
190 LETTRES A UN BOMIIE DU MONOB.
id ; mais d'honnêtes gens même, des gens sèrkmL, ou qni se a*aieat tels, eh ! mon Dieu ! de bons chrélims, qui voih draient bien se oroire en sûreté de cosscienoe, et qni se persuadent en efTet qu'ils font quelque chose, qu^s font assez, et qui disent, comme tous me le disiez tout à rbenre, m«n ami ^ « Mais je ne perds pas mosi temps ; je remploie même, ce me semble, assez bien. J'ai quelques af&ûfres^mes fermiers à voir de temps en temps, mes revenus à faire rentrer. J'ai même autour de ma maison un petit faire vaidr ; et enfin, soit à la ville, 8<Mt à la campagne, j'ai les relatons, les visites, les devoirs de société. Avec tout cela, une journée passe vite, tout mon temps ^est pris : la vérité est que je sus toujours plus ou moins occupé, et je netsais vraîmeot pas comment je ferais pour trouver quelques heures de plus dans ma journée. »
Voilà bien, mon cher ami, le langage qu^on seitient k saiméme et aux autres, les excuses dont on se paie, les iliu^ sions qu'on se fait. J'ai examiné de très-près, et avec use compassion triste, ces excuses, ces raisons, faisant 4e mon mieux pour les trouver bonnes ; mais je dois vous dédairer qu'avec la meilleure vo&Qnté du monde, et en me nettant du mieux que j'ai pa à la place de ceux qui parlent aiitsi^ il m'a été impossible de trouver au fond de ce langage rien de sérieux et de solide ; et je dois l'ajouter, ce n'est pas sans
très-marquants. Le comte Derby^ le chef du parti torf ; le type du %raAé seigneur dans son paye, Je comte Derby fait courir, et Eéserve pour ces soctea4e dépenaes une petite portûn de ses grands revenus. — Au Aii»> plus^, rigénérer la race cJixeyeline dans la Grande-Bretagne semble être une partie du patriotisme anglais, et c'est pourquoi noa voisinfi'Ontflttili si Tivemenl, il y a quelques jours, le triomphe de notre GiadiaUur» *-* Mais il faut ajouter que lord Derbf a étudié l'histoire, ia. poliiifUfi» la diplomatie ; il est le protecteur éislairé des lettrée et des arts, «t Û n^e» corde aufc courws que île superflu de son tempa et de saibriune. Que nos jeuneagens de la haute aristocratie irançaiae iamteirt lord J>6b1^ ses goûts hippiques, àia Iwnne heure ; mais qu'ils TimUant aussi «n chose et sachent travailler sérieusement comme lui«
LETXfUI Xll. ^ MliQBSSITB IXJ TRAVAIL. |01
une tristesse: et (une pdise amèrerquej'ai. constaté q«B}le0 futiles aFP&PânoesvQQdls vaine prélexles, sadiieni il >defl baniHbes graves^ (Ma quiideiFraLeiit.Vêtre, ponr ae ditsiiniiler le vide de leoor vie, etfi'y résigner.
£n vérité ! veilà ce qui veua auffu 1 voilàoe qai vow&absofbe^l Qooi ! vous avez quelque flamme dans req^rit, qne^ que ardeur dans Tâme, et voas ne peneez pas ipouvoir fane fimiàt feus! Vous «sëmearassez peu une vie d'iiomvie, piur croire qulette me peut être 'laleux et plus utilement rempUe I
OuL| vens a^z Pair occupé, mais au fond vous ne faites rien, vous ne vous occupez à rien sèrLeosement, voas étes' de>cenx âmit il est dit : mikUa agendo^ nifiil ageml Vous ne' travaillez pas ; touit votre temps se passe à des agitations stériles ; en définitive, TOtre vie ne produit vien de réel, et est en pure perte ! Vous le savez, voilà la vérité.
£t pourquoi cela ? Pourquoi ne trouves-vonsfas dulemps dans votre journée pour des occupations plies «énieases, pour un vrai et utile travail? Paxtie que vo«8 me sdfvez |ms distribuer et' employer 'VOibre temps : science scapitale. Voilà ]a cause da cette nuàlitédéfiai4ive de votrevie* Màisj mon aiBL, je suis :tout prêt à &ire de ^eoneert avôe voins^^et à :vmis doaner «m bon rè|(leneDt de votre vie, Ae votne temps, «t detottles les heuiresi de votre jQuimèe,.6v vous île voalezs.
Onoil de bonne £(m, quelques lours da»s vos. champs^ sooveftt bien «mperflua, quelques iheetares à cnèliver autour de votre maison, un oaup dfœilii des ouvriers, queltfuefi lettres — et combien «qui ne se donnent pas même laipaioe d-éorire leufs leltires et les dontécrire par leurs jSemmes), -^ paœ la lactaire de veos journaux, quelques :visUes laites hou reçves^ vous ne pouvex pas davantage ! Vous me paumes Di régler, ni oiroonsorire ttiouttcela, ni iikn économiser 4 ii temps rigouiseusement requis pour faîReai pev, ni 'ptaoeir ce pou àitel imojMtttidii jciur qui inlusurperait pasiaur les lieures que tout hottoore sérieux se doit réserver )pour le!
travail ! Non, non, la vérité est, mon cher ami, qu'on n'a pas la science du travail! On n'a pas rhabitudè de respecter et d'employer son temps; on ne s'est jamais appliqué à cette habitude souveraine ; on s'est trop accoutumé à le laisser glisser pour ainsi dire entre ses mains. Voilà pourquoi on se laisse absorber par des occupations auxquelles on donne dix fois plus de temps qu'elles n'en demandent, ou par des choses qui ne devraient être que secondaires, qu'accessoires, et qui deviennent en définitive toute la vie.
Il faudrait une réforme sérieuse et radicale dans ses habitudes de laisser aller et de mollesse, et alors les quelques heures d'étude élevée et pratique, de travail sérieux, de travail intellectuel, que je demande dans la journée d'un homme digne de ce nom, et qui n'a rien autre chose à faire, on les trouverait sans peine.
Et remarquez-le de nouveau, mon ami, et vraiment après toutes mes lettres précédentes, il est presque superflu de le redire, quand je vous parle d'un travail intellectuel, je ne vous parle pas ici d'étude paresseuse, de lecture frivole, de vaine littérature, sans plan, sans but, sans utilité pratique; je vous parle d'un travail vrai, profitable à tout dans votre vie, soit au développement de vos facultés, soit à l'accomplissement de vos devoirs comme homme, comme citoyen, comme père de famille; et je soutiens que le grand et fécond emploi du temps, dans un tel travail, est une chose si nécessaire pour la culture des talents et des dons reçus de Dieu, si capitale pour votre vie, que je dirais volontiers à un homme dont le temps se laisse absorber par une de ces occupations, utiles, si vous voulez, un moment, mais d'une utilité passagère et accessoire, je lui dirais : « Retranchez plutdt de votre vie cette occupation, si à cause de ce qui est si médiocre, si peu de chose, vous cessez d'être homme. Car on n'est pas homme, quand, en définitive, on ne fait rien, rien du moins de viril, de sérieux.
LEITRB XII. — NÉCESSITÉ DU TBATAIL. If3
de vraiment digne de la nature et des dons que Ton a reçns du ciel. »
Que si le travail que je vous propose ne vous convienl pas, faites choix d'un autre. Si vous avez des enfants à élever, élevez-les : nulle occupation plus noble et aussi plus assujettissante; mais occupez- vous-en, et sachez vous y assujettir. Si vous avez une grande fortune, gonvemez-hi, mais que ce soit sérieusement. En un mot^ il faut le travail dans votre vie, mais un travail qui soit sérieux, profitable et constant. Voilà la vérité.
Mais la vérité est encore qu'en tout ce qu'on m'objecte ici se cache une peur secrète et instinctive du travail, de la peine, de Teffort, choses auxquelles la nature répugne ton* jours^ inclinée qu'elle est de sa pente naturelle vers ses aises et le repos.
A tout prix on voudrait écarter de soi ce rude joug, cette dure loi du travail, et s'arranger une vie commode où elle entrerait le moins possible; heureux quand on en peut sauver Tapparence dans sa vie, pour se dispenser d'en avoir la réalité!
Eh bien ! mon ami, et pour aller plus loin encore dans ce grand sujet, je vous poserai ici une dernière question : Croyez- vous qu'on puisse parvenir à y échapper totalement, à cette loi suprême, et que si on rejette le joug, salutaire, honorable, imposé par la Providence et par la sen tence primitive, à laquelle est assujettie toute l'humanité, croyez-vous qu'on ne s'en crée pas à soi-même, inévitablement, un autre moins noble et non moins pesant, plus pesant peut-être? Croyez-vous que l'inertie, le désœuvrement, l'inexorable ennui qui marche à la suite, et l'inutilité, la stérilité, l'incapacité qui en sont les conséquences, ne soient pas aussi un poids, jugum grave^ surtout tant qu'il reste à une âme une étincelle de générosité, un sentiment de dignité et de noblesse?
IM Lrmnss a vn HomiB du vondb.
Kon, cette oUigHtion, cette nécessité d« travail imposée à tout homme ici-bas, c'est en vain qu'on voudrait la déclilier*: bon grè, mal gré, il fant la subnr, et oeliri (|ui s^ vésigve le mieux, c^est encore celui qui en Bouffii»e le moins. L'expérience est d'accord avec oes paroles : j'en appelle à tous les hommes de traml. Oui, pac on bienfait de Dieu, celui qui accepte "yolontiers le travail y trouve le dé^op* penent régulier et paimbte de sa nature; et celui «fui s'y livre oourageusement y trouve même quelque chose^d'heu^ reux et d'attachant, tandis que l'homme d'oisivelè trouve (tes cet!» oésiveté même un vide, un dégoût et des misères plus lourdes mille fois que le travail.
Combien de fois n'en ai*je pas entendu flnre Faveu à de ptmvres jeunes gens, à des hommes inoccopës, dans rinler* valle des distractions futiles, dans ces moments où, se retrouvant en faoe d'eux-mêmes, ils sentent retomber 8»r eux le poids insupportable de leurs forces sans emploi, et de leurs Jounnéessans ifmiU
Ged e&t<d*exf»èrience irrécusable : oui, ce sont les oisîfis qui sentent plus tristement la pesanteur du joug mis sur tous les enfants d'Aidam, jvpiem ^nwe super fklias Adœ! tandis ^ue, par nne oompensaitiDn de la Prcmdence, — qui ne nousiohfisiO'et>ne nous oommande le travail que -pour noti^ bien, — ceux qui travaillent sMt les plus heureux, et ne changeraient pas leur vie occupée et féconde ipour une vie panesseuse et stérile.
Cestioeifue, devant moi, exprimait il y a quelifues^lours un des jeunes hommes les plus distingués et les plus noblement occupés de notre ville, grâce à un père inleWigent et labotûeux qui a suifaireide son fils un homme detrevaH : « Que de fois mes amis ne m'ont'^ils pas dit : Ete&^voi» « heureux, vous, de pouvoir tranraiUer! Si v«is saviez, « cmnme par moment nous nous ennuyons, nous sutres, « et ne savons que devenir I 9
LETTRE «. — RBOESSrtÉ DU milTâlL. 195
Oui, eeuK qui travnllentsost les plas heureiix : Dieu Ta voala aifiBÎ, etcouK qui fuient le tratvail poorinir la f)eiiie se trompent, et trouvent précisément ce qu'ils fuyaient.
Et il y a, Hion cher asii, une raison à tout cda; c'est qif il en est de la loi du travail comine de toutes les lois de la nature : on ne s'y soustrait pas impunénteot. La natnre se veiyge 'par des coups infaillibles; et la premièpe vengeaoM^e de la nature ceuilre rhomme qui refuse d'èire homme, ctes^i* à-éire d'employer utilement sa vie^ et d'accomplir sa tâxrfae id-bas, c'est^ je vous le disais, cet iarexorable ennui qui s'abat sur l'oisif comme snr une proie, et qui fait son ohfttiment et son supplice.
L'autre Ten^eance, plusTedoutable encore, c'est )e ravage que fait dans un esprit, dams un cœur, dans ràne tout en* tiàre^ l'absence de travail. L'Ëoriilure* Sainte a tont dit encore ici dans ce met profènd : Omnem maliti^m docuit otû»si^s. Tout^ tout doit pëoir et verser dans le mal, obez un haaune qui ne fait rien.
Quels ravages d'abord dans son esprit ! U est dit dans l'Ëorrture Saiote : « J'ai passé par le champ du paresseux « et par la vigne de l'homme insensé, et les orties avaient (( tout rempli, et les épines avaient tout couvert, et les « pierres de la clôture étaient dispersées : Per agrum hv^ « minis pigri ivansivi^et pefi* vineam viri srhiUi; et ecce tva tum repleverant wticcR^operuerant super ficiem ejus spmœ^ (( et maceria lapidum destrucia erat\ » C'est l'image vive de ce que devient une intelligence qu'on laisse sans culture : comme dans une terre en friche, les «ronces, les épines, les orties, toutes les plantes slëriies et vénéneuses s'en emparent et étouffent tout.
C'est impossible autrement : les facultés qu'on n'exerce pas, noQ-seulement ne produisent plus, mais dépérissent :
* Prov.j XXIV, V. 30.
et il se fait dans l'esprit, dans rintellîgence, dans les idées, dans les jugements, un abaissement saccessif et extraordinaire.
Le travail, au contraire, purifie et fortifie. C'est la vie intellectuelle : il élève au-dessus de la vie matérielle. Ce n'est plus la vie des sens, c'est le vie de l'esprit.
On a vu des jeunes hommes que le travail a conservés plusieurs années chastes, même sans grande piété. C'est rare; mais quand le travail, au défaut de la piété, n'est pas là, le ravage dans le cœur, dans la volonté, dans le caractère de l'homme est encore plus désastreux que dans son intelligence.
'. Car enfin, qu'est-ce qu'un homme qui ne sait pas s'imposer un travail régulier, sérieux? C'est un homme qui ne sait pas vouloir. Et qu'est-ce, pour la vie et pour la vertu, qu'un homme qui ne sait pas vouloir? Dites-le moi.
L'esprit, le cœur, la conscience, tout donc s'éteint, s'abâtardit et se corrompt dans une indigne mollesse. 11 n'y a plus là qu'une terre en friche où tout devient sauvage, impur, malsain, parce que tout y demeure inculte. On ne trouve plus là que des eaux dormantes, dans un marais fétide, avec des reptiles venimeux. C'est l'ignominie, c'est la mort : intentant omnia mortem,
£t, je le dois avouer, c'est là surtout ce qui me fait tant désirer pour la jeunesse et pour les hommes de mon pays et de mon époque, et pour vous en particulier, mon cher ami, le goût, la volonté ferme, l'habitude du travail, et tant redouter la perte de temps, la vie molle, inoccupée, le vide des années et des jours.
Enfin, il ne le faut pas oublier, et c'est sur quoi je veux insister en finissant : par le travail, le caractère se fortifie en même temps que l'esprit s'élève.
L'application est la vraie force de Tâme. £t si les esprits faciles et inappliqués sont d'ordinaire des caractères faibles, les esprits courageux au travail sont presque toujours des caractères forts.
Le travail, en effet, est un effort. Le travail nous apprend rènergie: comme il cultive Tintelligeuce et la rend souple et variée, il donne aussi à la volonté toute sa force, en l'accoutumant à la fixité et à la persévérance. C'est là un avantage immense de l'habitude du travail ; car c'est par là que l'homme devient véritablement énergique, qu'il se met à l'abri des influences et des agitations du dehors, et qu'il trouve en lui-même un point d'appui inébranlable. Oui, vouloir travailler, malgré la fatigue et le dégoût, malgré les difficultés et les obstacles, malgré les distractions et les plaisirs, quelle force cela suppose dans un homme; mais aussi quelle valeur il en retire !
Ne l'oubliez pas, mon cher ami, le courage est pour la vie morale des âmes ce qu'il est pour les fortes études. Le mot seul renferme en lui une haute philosophie : le courage^ c'est-à-dire, l'action par le cœur {corde âge). Or, quand ce puissant mobile vient à manquer, quand ce ressort nécessaire se détend, c'en est fait le plus souvent de la vertu comme du savoir. Non, je le répète, nul n'est ici-bas pour ne rien faire; et qui ne fait rien, fera bientôt le mal. Chacun a ici-bas un état, une vocation, une tâche à accomplir, et tout dans sa vie, dans son âme, dans son esprit, dans son cœur^ tient à la façon dont il l'accomplira ; et voilà pourquoi je suis si opposé en principe, vous le savez, à ce qu'un homme qui a un état, une carrière, les quitte, pour s'arranger une vie commode, mais inutle.
Voilà aussi pourquoi j'ai si souvent et si fortement combattu en principe le préjugé funeste qui empêche certains jeunes gens de prendre aucune carrière.
fM iSTTRES A un mOUlE DU
QoeilevieHt en effatiune jeatteBseinoccQpèe? ¥1»» le sa? ez aufisi iiien<qtie moi.
A inoieépoqae qui a^iaii avec la noire -plns^'ime -analogie^ Tacite a vu de près la chose, et Ta décrite à «a fiçoB en quelques traits si élerneliement vrais^ qu'on disait d'un auteur contemporaia,tant c'est notre propre histoire. « L!é* < bquence, a-t-il dit, comme les autres arts, est déchue de « Sun ancienne glaire^ non par la disette des talenls, mais « paria nottchalauce.de lajeunesse^.et la négligence des ,pèr€s^ « par rincapacité des maîtres, et rouhli des mœurs anti-- « ques. » A la place des mœurs de la vieille Aorne^ quelles mxmirs voyaii donc Tacite dans la jeunesse de son tenais? Lises.: « Rome a des vices à elle particuliers, qjui^'mparenx a en quelque sorte de Tenfant dès le sein maternel, à sa¥Oir A la passion des spectacles et Js. goût effréné des chevaux. y>
Est-ce des jeunes Romains de la Rome impériale que Tacite dit ces choses, ou d'une autre jeunesse que vous connaissez bien?
Et voyez où de telles mœurs mènent la jeunesse d'un pays : « Par là, ajoute l'historien, ce qui pouvait nous rester <t encore de l'antique vigueur est entièrement énervé : Si « quid in nobis virile manebat^ excidit. »
f[ ajoute enfin ce trait qui peint si bien encore une certaine jeunesse de notre temps : « Ex paternâforttmâ licen- « tiam tantiim usurpant, » La fbrtune paternelle, cet héritage acquis par de laborieux ancêtres au prix des plus nobles travaux, et qui pourrait permettre à des fils dignes de leurs pères, s*?ls savaient mettre à profit leurs avantages, d'arriver à tout, etd'être ici-bas ce qu'ils voudraient, « elle ne leur sert « qu'à une chose : ne rien faire et n'être que des libertins!»
Sénèque ajoute au tableau tracé par Tacite un trait qui , rjKhèive : a Malarum verum indnstria moasit animos.; can- « iandi saittmdique nuatc oàscœma studia effemmaios te- « nent, »
LBT3IIB xn. •— 1IÉCK9ITÉ D0 TRAVAIL. 199
Lesveilà bien!.*. VoHsle savez. Et moi je dis que par* tout où de «eiles mœurs priftvaadront, on verra airhrer la décadence.
Savez-vous pourquoi aujoard'hui il y a plus d^homasea nenveaux qui &'<élèvent, qu^il n'y a de descendants des vieilles races qui se maintiennent? C'est que les uns travaillent^ et les autres ne font rien ; les uns sentent qu'ilS'Oni tout à conquérir par un labeur persistant, et les autres ne cooDuprennânt pas que^ sans une valeur personnelle, fruit d'sin travail assidu, les hécitieTS des vieilles races ne peuvent que plier sous le poids de leur grand nom.
Madame ia Dsaphine, cette noble iilie de la plus noble et deia pkns Infortunée des Reines, demandait il y a quelques asmèes:: « <èue tait donc la jeune noblesse? — Us ne font « rien^ Madame! — Les malheureux! et si nous revenons, « que pourront-^ils pour nous aider! »
Certes, cette plainte n'était que tf>0p fondée.
Le goût ou le dègotit du travail, c'est, dans une vie, dans un pays, dans une génération, un oui ou un nom décisif.
C'est par là qu'on est un hiMsime ou un antre; et pmqu'on veut bien me permettre une certaine rudesse de langage, c^t par là qu'on est mx homme ou pas un homme.
Il faut d'ailleurs bien connaître ici l'esprit du temps où nous vivons, temps d'ëgalitédémocratique et de luttes sociales. Les privilèges de classes ont disparu; l'iiomme se compare à l'homme, et chacun axigourd'hui est apprécié selon ce qu'il vaut et ce qu'il fait. Nos institutions, en multipliant Tusage des épreuves et des concours à l'entrée de toutes les carrières, ramènent chacun à son mérite personnel. C'est pourquoi tout hompe qui veut compter aujourd'hui doit être plus ou moins^fils de ses œuvres.
Tout grand homme, d'ailleurs, comme tout grand siècle, a toujours été tUs de ses oeuvres. Autrefois, on travaillait et
200 LETTRES A UN HOmS DU llOia>B.
on savait faire travailler. Et de là les grandes choses qm la France a vaes et qu'elle a faites. On travailla au commence* ment du xvu* siècle. Ces grandes années, comme dit Bossuet, étaient en travail dn siècle de Louis.
Mais qu'attendre d*un siècle, d'une race, d*nn homme qui ne travaille pas, sinon nue prompte et irrémédlahle décadence?
Et cela est juste. Cest la sanction nécessaire de la loi divine qui commande le travail : bon gré, mal gré, on subit cette loi, et ceux qui y résistent la proclament encore par le châtiment que leur inflige la loi méprisée.
Mais savez-vous, moucher ami, dans cette triste dégénérescence dont la loi du travail méprisée frappe ses contempteurs, un spectacle encore plus triste? G*est Torgueil dans cet abaissement; c'est la sottise qui s'en applaudit et s'en fait, cela se voit, un titre de gloire, une misérable vanité ; c'est le mépris déversé sur la vie occupée; c'est ce que j'appellerai la théorie de la fainéantise orgueilleuse. — Oui, et la chose date de loin, car je la trouve encore nettement ca* ractérisée dans cette remarquable parole de TEcriture : « Le « paresseux se croit plus sage que sept hommes dont les « lèvres versent la science, sapientior sibi piger videtur « septem viris loquentibus sententias *. ■
Je ne sache rien de plus insupportable que ces prétentions de la paresse et de l'ignorance.
On voit plus encore : on voit des gens qui non-seulement n'aiment pas le travail pour eux, mais qui ne l'aiment pas chez les autres. Ils en ont horreur comme d'un ennemi. Us le poursuivent là où ils le trouvent *•
• Prov.y XXV.', 16. ^
* En Toici un exemple bien frappant. On m*a raconté ceci :
Un jeune magistrat, qui, ayant d'oi^tenir son aiége dans une cour de proyince, ayait suivi les exercices historiques et littéraires des Bonnes- Etudes, présidés par MM. Berryer, Hennequin et Lacretelle, voulut créer quelque cbose de semblable dans la ville qu*il habitait. Il commença par
Hais laissons de telles misères. Revenons aux grandes pensées qui nous occupaient d'abord. — Mettez, mon ami, de côté, généreusement, tous les préjugés, tous les prétextes et toutes les tentations de découragement. Elevez-vous, pour vous fortifier contre vous-même et contre les mauvais exemples, au nobles considérations qui dominent tout ici. On a beau les oublier, elles subsistent et condamnent impitoyablement nos inerties, nos mollesses, nos pitoyables défaillances, le non emploi de notre temps et de nos forces, la déperdition déplorable de la jeunesse, de la vie^ de TinteUigence, du talent, de tous les dons les plus précieux reçus de Dieu. Et c'est là ce qui excite en ce moment, et si ardemment, mon zèle, non-seulement pour les âmes qui me sont connues et qui me sont chères, comme la vôtre, mais pour toute cette multitude de jeunes gens et d'hommes
réunir modestement dans sa demeure dix-huit k vingt jeunes gens, auxquels il traça une espèce de programme pour Tétude des anciennes institutions de la France. Divers sujets importants avaient été répartis entre les membres de cette société historique. C'étaient, par exemple : la naissance et la constitution de la féodalité; les causes de la chute des Mérovingiens; la grandeur et la décadence de la race Garlovingienne; la perception des Impôts et l'administration des Finances sous l'une ou l'autre dynastie ; la question de savoir s'il était resté des vestiges des Municipalités romaines ; l'influence politique du Clergé sous les deux premières races ; en quoi consistaient les Immunités, etc. On n'avait pas la prétention de donner à toutes ces questions difficiles des solutions complètes et très-scientifiques ; mais on les ébauchait, on les étudiait avec ardeur. On se familiarisait peu à peu, dans ces réunions qui avaient lieu au moins deux fois par mois, avec Thistoire du vieux droit public du pays.
L'esprit de cette société était religieux et légitimiste. Il semblait donc qn'eUe dût être particulièrement protégée par l'aristocratie du pays.
Il n'en fut rien. Une dame, renommée par les agréments de son esprit et le charme avec lequel elle faisait les honneurs de ses salons, avait près d'elle ses deux fils, sous-lieutenants de cavalerie. Elle habitait au deuxième étage, au-dessus de l'appartement où se réunissait la société bistorique. Là s'ourdit une sorte de conspiration contre l'inoffensive société. Un soir, au moment où la séance venait de s'ouvrir et où les lectores étaient commencées, les membres de la société entendirent des toups redoublés sur leurs tètes. C'étaient les jeunes officiers et leurs amis qui faisaient un tapage infernal. Puis on eiAendit sonner avec violence. Un
sus LBTTRBS A VN HOHMB DU IIOBBIH.
dans le monde, si bien doaés quelquefois^ qui poTHcaient tant pour eux-mêmes , pour leurs familles, pour la société et pour Dieu, et qui perdent tout, parée que le découragement les a gagnés, ou que la paresse les a envabisy paroe que cette grande et sainte loi du travail, et.la con^ction ée sa rigoureuse nècesnté, n'a pas saisi leur àme et insfDiré à leur cœur )a généreuse énergie que je voudrais vous inspirer.
Il n'y a pas, je le répète en terminant, d'illuslontàiseilanre sur tout ceci ; et je ne comprends pas, qvani à moi,, cpi'an jeune homme, qu'un chrétien, qui a une conscience^ puinse être tranquille et se croire dans Tordre de Dieu, qnaiai il
mcABagefut apporté et remis au président;. il contenait ce petitbillet.de la dame du second étage :
Messieurs les auteurs tatenti^ Qui visez à la gloire, Laisseft làrv«iee hiftiAite :
CootealÊZ-TOiM du romuni
Gela ne brillait pas par l'orthographe et la rrchesse de ht rkne ; msis c'était yif et proToquant.
Un des membres de la société, qui a occupé dqnm des fomstiom tr&simportantes, tépondit parle quatrain avivant :
Vous que l'on voit si peu, que l'on entend si bien, Est-ce sur ces exploits que votre espoir se fondb?
N'avez-yous pas d'ttutre meyen
Peur faire du bruit dans le monde ?
La séance reprit ensuite, et se termina aussi aérieiiscav&nt <tpi'^ rof-din&ire.
Mais quinze jours après, le tapage recomsienca avec plus de lialeuce eueore. Alors de hautes autorités intervinnent , et firent œs&ar cette guerre de la Crivolité contre le travail sérieux, de rignoranca contre le désir de SAvoir. Cela aurait pu prendre même des pcopiortions plus gtaves. C'était une année avant la révolution de Juillet.
L!aristocratie de la province en question crojaii-eUe être bien utile*au fioi et à elle-même en multipliant les impertinences et les tracasseriesftontce quelques jeunes gens obscurs et laborieux., q,ul ne d£mandaient pas mieux que de bien vivre avec elle, et même de la défendoe, en remettant eu honneur les vieilles traditions de notre droit public ? JSoa, elle était assez, value et inintelligjente paur ne pas vouloir qu'on, iravtdlidfr même, quand c'était pour elle».
LETTRE XII. -* HÉOBSnTÉ DU TlWbVAIL. tH^
loanque b ceUe essentiaUe prescription de Dieu^ qMné H ne se résigne pas à remplir sa tÀefae ioi-bas,. à: mettre enlia fiKiv ses épaules, d'une mafiiève ou d'une auÉie, le Joug împiosé à tous les enEariits d'Aidam.
La vpaie questiiCHi, la voiei donc : quand on io«& damaniie d'occuper sêrieusenient, utilement voire vie, en un mot^de travailler, il ne s'agit pas d'une chose que vous puissiez, à votre gré, faire ou ne pas faire. Vous n'êtes pas en présence d'un conseil de perfection, à l'usage simplement de ceux auxquels il agrée; vous ôles en présence d'une sentence divine, d'une loi rigoureuse et obligatoire ; vous êtes en face d'un devoir, dont vous ne pouvez, dans votre conscience d'homme et votre conscience de chrétien^ vous affranchir. Vous pouvez ctoiair tel ou tel travail, en consultant vos goûts ^ vos aptitudes, les circonstances où la Providence vous a placé, le bien à faire à ceux qui vous environnent, et vos devoirs d'état avant U)^i; mais il faut un travail dans voire vie. 11 faut travailler ; car vous ôles pevr cela sur lu terve. Il faut prendre voire partdoeelte grasde expiatrom de rhumanité. Bt quelles que soienl )es répugnances de lanatore, il Haut leslàfipe yriieit devant ces grandes penaces. Et j'ajoute, m^élevamt à d«s conaidèra- DKHis sopévieuFe» encove : quelles que soient aaissi les doucenTS du travaâl^ quand on s'y est asecautumè, qosls qâe soient les charmes de l'étude, de kuvie intetiectuelle , de ta cuiture de Tesprit, il fa»it, éms l'àcoMnpiisaenient da sa tâche et dans les mobèLos de sa vie^. aller pkifi haut et plas loin : aller jusqu'au vrai fond des drasels, etanaoDft tout, yféiv dans le travailL sérieux la ^Roionté de fiieu, ror^re^de .lat Previèenee : e«doiKiie'r,<ein an 0M>tvâa vie dans 'le tDKvail chrétiien, e'estr^ûre dans le tna>vaE régulier, simir pour faére valoir les dons qu'on a reçus de Dieu et satisfaire' à tiou9-les< éefim^ d^ôtal (^n'-ena à. remplir suc ki pêne.
Voilà, mon cher ami, ce que je se»iw6 Ineii^ettneni'dJq-
S04 LBTTRB3 A Xm HOMME DU MOMDB.
YOir pu VOUS persuader. Qaani à moi, ma con^dîon sur ce sujet est si forte, que j^ose me flatter de vous l'avoir fait partager. Je yaisdouc reprendre avec une nouvelle confiance la suite des indications que favais à vous donner^ et je vous parlerai dans ma prochaine lettre d'un sujet du pins grand intérêt et de la plus véritable utilité : Thistoire.
TREIZIËME LETTRE
L'hittoira.
Mon cher ami,
Ma dernière lettre vous a fait un peu crier ; mais vous avez été forcé de convenir qu'en définitive j'avais tout à Mi raison, et j'espère vous avoir décidé, non pas à sortir d'une vie molle, oisive, inoccupée, perdue, qui, grâce à Dieu, n'a jamais été la vôtre, mais à vous donner enfin à un travail sérieux et suivi, dans un esprit de foi, et comme à un grand devoir de l'homme et du chrétien.
Je vous ai indiqué déjà, comme sujet possible de beaux et intéressants travaux, la litiérature et la philosophie ; je vais aujourd'hui proposer à votre choix de nouvelles matières d'études, moins graves que la philosophie, plus sérieuses cependant que la littérature, bien que ce soit là aussi de la littérature, et à mon sens de la plus grande et de la plus virile : je veux parler de l'histoire. Et je vais d'abord vous dire quelques mots de la nécessité d'une telle étude pour vous et pour vos amis.