‹ De la haute éducation intellectuelle (volume 4)Chapitre 7 sur 75 · LETT! "E IV · texte numérisé non relu

LETT! "E IV

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poèmes sans doute bien mélanges ; mais il leur a manqué jusqu^à présent une main habile et autorisée pour y faire un choix convenable et les présenter en français moderne au lecteur contemporain, comme l'ont fait M. Vitet pour la Chanson de Roland^ et aussi, je crois, M. Fauriel pour Gérard de Roussillon.

Enfin, si Ton veut étendre tant soit peu ses études littéraires, il est difficile de ne pas se sentir attiré aussi par les langues et les littératures étrangères.

Vous me demandez un bon emploi de votre temps? Eh bien ! eu voici un excellent : apprenez une langue étran* gère, soit Tanglais, soit Tallemand, ces deux langues si usuelles. L*anglais et Taltemand vous paraissent-ils trop difficiles? Apprenez Titalien, Tespagnol. Quelqu'un a dit : « Un homme qui ne sait que sa langue ne vaut qu'un homme. Un homme qui sait deux langues en vaut deux. » Rien n'est plus vrai. Et pour mon compte, une chose qui m'a toujours étonné, c'est de voir des personnes qui se plaignent de n'avoir rien à faire, et auxquelles il ne vient pas même en pensée d'apprendre une de ces langues vivantes, qui pourraient leur être d'une si grande utilité, soit pour leurs voyages, soit pour leurs relations, soit pour leurs lectures.

Une langue vivante que l'on apprend, c'est tout une littérature que Ton s'ouvre. 11 y a chez nos voisins d'Allemagne, d'Angleterre et d'Italie, — pour ne parler que de ces trois nations, des génies et des chefs-d'œuvre qu'un homme cultivé ne peut pas ignorer aujourd'hui. Autrefois, peut-être, on pouvait se renfermer dans l'antiquité et dans son pays ; aujourd'hui, les grandes œuvres des auteurs étrangers ont été tellement popularisées, qu'on passerait à bon droit pour un homme de peu de littérature, si on ne connaissait pas quelques-unes au moins des plus renommées. Et je dirai de ces chefs-d'œuvre des littératures étrangères ce que j'ai dit

l LETTRE IV. — LES LITTÉRATURES MODERNES. 57

.:r}*t' des ch6fs-d*œuvre de la Grèce et de Rome: beareax qui les ^^f:'} peut lire daos lenr langue! Mais au moins faut-il les lire ;^ i^^:r dans de bonnes traductions, et il en existe pour tousceoi l Yiie:;- que je vais nommer ici.

[ farit J'indiquerai d'abord les trois grandes épopées chrétiennes

de Dante^ de Milton et du Tcuse: Dante, le grand poète ca- ^ ^{ude;!' tholique, qui a su mettre dans son étrange Divine Comédie ' jossi'^ 1^1^^ <l6 doctrine^ de profondeur, de passion, avec une inspiration si forte, et ce vol d'aigle qui plane toujours de si ^gipi' baut, et cette langue si harmonieuse et si savante ; Milton, \ ] Q^e ^ ^^ fier génie, à la fois si sombre et si gracieux; le Tasse, qui Ijg»^ colore d'un si vif reflet ses figures chevaleresques et chré- . ,„,,i5: tiennes.

J'indiquerai aussi, pour les personnes d'un âge mûr surtout, le drame chrétien, personnifié dans Calderon^ l'un des

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. K génies les plus extraordinaires qui aient vécu, sans toutefois

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apprécier ni recommander tout son théâtre; — puis le

drame non chrétien, mais aussi non anti-chrétien, le drame

de la vie et de la nature humaine, personnifié par Shakes^

^ peare^ génie encore plus extraordinaire que Calderon,

^ ^ . 1^ beaucoup moins orthodoxe, mais que M. Rio, dans un très-

^^ intéressant volume, qui n'apprend pas tout sur Shakespeare

sans doute, mais qui apprend beaucoup, a revendiqué, avec

; de très-grandes apparences de raison, pour la foi catho-

^^^\u^t ^^({^Q qu'il n'a jamais attaquée, et qu'il a souvent honorée

et traduite dans ses œuvres.

lions

J6 -1^ Toutefois, je le répète, je ne puis conseiller non plus tout

n h^^ j^. Shakpeare à tout le monde: il y a tel esprit léger, tel jeune

^ois« ^ . homme, je le dis hautement, à qui cette lecture, par sa faute

ans so QQQ moins que par la faute du livre serait mortelle. On con-

é^^^.^ naît sur cet auteur le mot d'un critique, son compatriote :

}O0 ^^ .; « Il a des crudités de langage à faire rougir un matelot an-

infl^^^.rt,. glais. » Je dois donc encore le déclarer : je n'adresse ici ces

ËU^ ..:; indications qu'aux esprits vraiment graves, qui voudraient

fit UuWtrw fi\^ïi\t' U :^ plu* uv^râî.^Ss

i\m\ n«o jo nommo ùi lo c.^I^îmv jWio A'UnvAud i^<T:l.. ol »U55i v"^. hi,,n\

Voilà donc l^s prtnci|viu\ choîs d\v;\\N^ ^N> îV^j r:t h;> m:iùK l<^ jttMuo*. le* m*Utv*s >^o ;\u .îu. oi jo îo ^'^*5^^t^ ontn^rt^ : uni» n\MU |M* tM^'^ tou\n\r^ dos n>,v:îîvs do \or,u^ oi do >0fUi. Au>vvi,on o^^\U |vun\ï oo\ïv v\-^\^^^ ^nmvuuOs. jsn\r ICx^iaols j'»i rtHvuuwAUxU^ un oV,o;\ ol do> |MN\\^v;î\or,$ ^^^• Yi^io:^» M«iM^u;u\d ou no \\\ y\\w ioNoîio;N d\vuM>\ ol d,ir.$ Oi^s ohf f^-<^^vu\ IV l03^ V^iiO* boMoN ol v*^^'^. ol o,;;\M> >^,Vu-

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injure ce nom de classique. Ces excès ont été de courte durée. Les grands hommes du passé sont restés debout sur leur piédestal indestructible, et le soulèvement aujourd'hui paraît apaisé. Cependant^ les théories romantiques, si elles ne s*étalent plus aussi bruyamment dans les livres, en fait régnent encore dans un grand nombre d'esprits, et pénètrent plus ou moins une partie considérable de la littéra* ture contemporaine. C'est pourquoi il importe de se mettre en garde contre elles, et de maintenir sur ce point les vrais principes.

Je le proclame donc bien haut, mon ami : j'aime la littérature des grands siècles; et les auteurs que je conseille par-dessus tout aux hommes du monde désireux de nourrir en eux, par de saines lectures, le vrai goût littéraire, ce sont nos grands auteurs classiques.

Mais expliquons-nous sur ce nom de classiques : que veut-il dire au vrai?

Il n'y a pas là de mystère : par littérature clasêigue^ on entend simplement la littérature étudiée dans les clasneê pendant le cours de ces études qui se nomment les humanités : humaniores uTTERiC. On disigne par là, dans les trois langues et les trois littératures, grecquct latine et française, les grands auteurs, les grands maîtres; car il était naturel que, pour former la jeunesse, on ne s'adressât pas aux mèdiocrilés, mais aux modèles.

Ce qu'il faut donc bien entendre, c'est que, si ces trois langues et ces trois littératures, grecque, latine et française, ont été choisies pour servir de fondement au cours d'bumaniiés et sont devenues classiques en ce sens, c'est que ces trois langues sont les plus belles que Tborome ait Jamais connues, et celles aussi qui ont été le plus magnifiquement parlées; c'est que les plus beaux génies de l'humanité les ont employées; c'est que les hommes qui ont fixé ces langues ont été le$ princes de Vesprit humain.

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