LBTTRB V. — GRANDE LITTÉRATURE CLASSIQUE
ublement la première et la plus haate puissance de PAme; sans ceue raison, tout est vain, tout est creux, tout est dans le faux et dans les ténèbres.
La sensibilité et Piinaginalion peuvent paraître dominer sans doute dans les ouvrages de sensibilité et d'imagination; mais si au fond la raison ne domine pas, si ce n'est pas elle qui guide et soutient mystérieusement Paction de ces deux riches et brillantes puissances, n'attendez pas des beautés vraies, pures et durables : il y aura un vice caché au cœur de Pœuvre.
Quand Timagination ou la sensibilité s'élance sans la raison, rèlan est nécessairement un écart» la sensibilité un égarement; la splendeur qui se rencontre par aventure est fausse, et ce qui reste de puissance est une force emportée qui met tout en péril.
On a dit, je le sais, et c'est Pascal : « Le cœur a ses rait sons, que la raison ne comprend pas. » Cela n'est vrai que dans le sens où l'a dit Pascal, et il s'agit d'une raison froide et calculatrice» étroite et suporllcielle, qui n'est pas, je l'ai dit, la raison, dont je parle ici, car il ne se peut pas que la raison, qui voit le vrai des choses, soit de sa nature en désaccord nécessaire avec le sentiment, quand le sentiment est dans le vrai; il ne se peut pas qu'avec une compréhension complète des choses, les raisons du cœur ne soient pas aussi celles de l'esprit.
Voilà donc le point capital et comme la clé de voûte de la vraie théorie littéraire. La prédominance sur toutes les facultés de l'esprit humain appartient à la raison, et c'est elle qui les soutient toutes, et conserve entre elles l'équilibre etrharmonie. Et lesgrandes littératures, et les grandes œuvres littéraires, sont celles où cet équilibre, cotte harmonie des facultés dans la raison se sont faits à une plus {grande hauteur. Et voilà d'où vient la supériorité incontestable des trois grands siècles classiques. Les hommes de
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génie qui om iilQSifé œs siècles ont ea d» fKvîiiès cBinentes : uae noble et ricbe ini»p9aùt>B, crie viT« ei ilêikate sensibilité, mais gonvernèes par uce ba;:::ie H pcs^ssuiie raison ; et c>st pour cela qn^ls ont eu lia ^n^ : ei c «si là ce qui a donné à leurs œuvres cette be;i:it'^ lie ionne qpl en fsiitles éternels modèles de Tart d^ècnre, et a:arit^e les iittératures classiques de ces grands caracîères cu^^hi ba peut leqr disputer.
Il le faut donc bien entendre : quoique la l:t:èmtar» ctessique soit proclamée la littérature de ta rai$03« elle a'escint ni VimagiHQtiûn^ ni la wffsibiUU. Jamais elle n'a pnJTtj^rfn dépouiller la raison des deux ornements les plus pr^pnes à la rendre belie, toucbante et aimable; mais au coatrmini. en ne permettant pas à ces deux Hacultês de manrher seules» en exigeant toujours quVlIes soient unies è uue raisoa fruMie et saine, elle leur donne toute leur putsisance, et ne les de- Cend que de leurs faiblesses*
Mais de même quVlle ne veut pas qu'on isole eets laeultès de la raison» elle demande aussi que la raison n'ea soil pas dépouillée.
^on.noos ne rejetons pas rimaiTiiiâiaViic e'e^ elte qm orne, qui embellit, qui enrichit la raison mérne^ qui diaurme el qui enchante. Nous ne lejetous pas la ;^it4^4>€4Îi/; c'e^ elle qui réchauffe, qui atlepdrit» qui touche, qui eiilr;iine« qui remue profondonicnt,
Fénelon, Bossuet, Homère, Vir^îl^, oui une ifnraiiid^ vadson sans doute; mais aussi quelle belle imagination» quelle proionde sensibilité I >oui voulons donc liMUsf^w^i^i^ei^ w^ais Jielle, pure, noble, majestueuse; nous voulons la s^niMbilité, mais vraie, forte, constante^ ^«'aèreuse ; et qttaa4 il le fant, sublime, héroïque, divine : nous voulons cirU« «|ui élève, m^amme le cteur, non celle iiui enivre les $eft4. L1iFfesse des sens est-eUe doue si dèsimbtc?
LT^tkevsîKm» > rtolbousiasme Yéniable» r'msIriHlife
formes littéraires sont restées toujours belles, toujours vivantes ; elles demeurent immuables comme le bon sens ; et bien parfois que, à certaines époques de trouble intellectuel, des esprits aventureux, amoureux du changement, aient essayé de s*insurger contre elles, ces tentatives ont échoué: la littérature classique est redevenue la maltresse du monde, le trésor des enseignements de la sagesse humaine, la source des plaisirs nobles et purs de l'esprit. On a beau faire, on ne prévaut pas contre les lois éternelles de la pensée et de la parole humaine, de même qu'on ne fera jamais vivre et durer des œuvres faites à rencontre de ces lois.
Le troisième caractère, c'est la souveraineté^ souveraineté paisible, sans faste ; force pacifique qui domine par ellemême comme le génie: au fond, souveraineté toujours reconnue et indiscutable, si bien que le parallèle ici est même impossible, et que, parmi les plus ardents adversaires des littératures classiques, nul n'oserait mettre un des novateurs modernes quelconque au-dessus des grands hommes de nos grands siècles.
Le quatrième caractère, c'est Vuniversalité. La littérature classique, après avpir parlé les langues des trois peuples dont rintluence a été la plus générale, parle maintenant toutes les langues : c'est elle qui inspire plus ou moins tous les hommes de génie dans le monde civilisé ; tous se forment ou se sont formés à son école, car, dans toute l'Europe, toute éducation libérale repose sur elle; tout ce qui s'écrit de raisonnable et de beau, tout ce qui se dit d'éloquent, vient de cette source supérieure du génie et du bon sens ; car ce qui fait précisément le trait caractéristique de cette grande littérature, c'est cette admirable alliance du bon sens et du génie.
Le dernier caractère enfin, c'est la perpétuité. Depuis Moïse^ qui est le plus ancien des écrivains, qui a recueilli