CONCLUSION. — ALL1ANCU DE LA KAISON ET DE LA FOI
CONCLUSION
Alliance nécessaire de la raison et de la foi, de la philosophie
et de la religion.
Nous pouvons maintenant conclure, et poser en terminant la grande thèse qui est particulièrement la thèse de la philosophie chrétienne en ce siècle, à savoir : l'alliance de ces deux grandes choses, la raison et la foi, la philosophie et la religion. Alliance, nous l'avons démontré, nécessaire autant que féconde, et qui seule peut donner la pleine lumière, et rallier au service de la vérité toutes les forces de Pesprit humain.
Oui, savoir et croiro sont les deux plus impérieux besoins, et aussi les deux plus consolants trésors de l'humanité. Sachons les défendre contre les préjugés et les passions contraires, qui font aujourd'hui tant d'efforts pour rompre ce puissant faisceau !
Les uns, nous Pavons vu, voudraient isoler la philosophie de la religion; quelques autres voudraient isoler la religion de la philosophie ; mais ce sont là deux tentatives déraisonnables et funestes, que les intérêts de la saine philosophie comme les intérêts de la religion repoussent également. La philosophie qui s'isole de la religion n'est pour l'humanité qu'une étrangère, ignorant son origine, cherchant sa route au lieu de la montrer, proposant des énigmes au lieu d'apporter des symboles, ébranlant tout sans rien fonder: c'est un arbre sans racine et sans fruits. La terre manque sous ses pieds. Aventureuse tout à la fois et impuissante, elle creuse des vides qui deviennent des abîmes, elle amasse
des nuages qui deviennent des tempêtes. — Les autres, esprits ombrageux, voudraient rendre la philosophie responsable des témérités du pbilosophisme ; loin de lui tendre une main fraternelle, ils la repoussent vers les précipices, et au lieu de diriger son (lambeau, on dirait qu'ils aspirent à réteindre. Ils découronnent la religion d'une de ses plus précieuses auréoles, désavouent ses plus beaux génies, démentent ses plus grands saints, déchirent son histoire, méconnaissent la haute et sereine impartialité de l'Eglise, et semblent oublier que son divin auteur est la source de toute lumière.
Je suis heureux de penser que l'Eglise n'a jamais eu pour la philosophie ni cette réprobation, ni ces dédains: l'Eglise a toujours soigneusement distingué la philosophie de la sophistique; et autant elle abhorre les sophistes, autant elle estime et honore les vrais philosophes. Et c'est pourquoi ses plus grands hommes, dans tous les temps, ont rendu à la philosophie de si beaux, de si illustres hommages.
Dépositaire de la révélation divine, mais gardienne aus.si de la raison humaine, l'Eglise n'a jamais permis qu'on attaquât la raison dans ses droits légitimes; et en fait, nul n'a rendu plus d'hommages et plus de services à la raison que l'Eglise. Nul n'a parlé avec plus d'admiration des grands génies de la philosophie antique, et des nobles efforts de la raison livrée à elle-même pour atteindre la vérité, que les Pères, lesquels ont dit des anciens philosophes qu'ils ont fait la préface humaine de YEvangile. Saint Augustin, illuminé enfin par la lumière de l'Evangile, tressaille d'avoir trouvé dans le Christ un maître plus grand que Platon, mais qui ne lui fait pas mépriser Platon. Après les invasions barbares, c'est l'Eglise qui sauve la philosophie, comme elle sauve les lettres. C'est dans les cloîtres, c'est dans les écoles chrétiennes que les études philosophiques