CH. IV. — UTILITÉ DF L'KTUMS DRS SCIENCES
fournît successivement à l'enfant toutes ces connaissances indispensables. Un tel cours, d'ailleurs, par sa variété, serait trèsramusant et très-propre à éveiller et à entretenir la curiosité de l'enfance et son ardeur pour s'instruire.
Une connaissance au moins générale des sciences, de leurs découvertes, de leurs résultats acquis, de leurs merveilleuses applications, n'apporterait pas seulement à l'éducation son complément indispensable: qui ne voit de plus combien elle pourrait développer, fortifier, îéconcter, l'esprit; donner h la pensée un aliment, étendre les vues, ouvrir des horizons, etc.?
Dans l'éducation, ce qu'il faut apprécier avant tout, on l a dit souvent, ce ne sont pas tant les connaissances positives dont l'esprit sera muni, mais bien les facultés qu'on sera parvenu à développer : parce que les connaissances s'acquièrent facilement plus tard, quand les facultés d'acquérir sont données, et ne s'acquièrent jamais, ou s'acquièrent mal, quand la puissance d'acquérir fait défaut. Or, l'étude des sciences, même quand elle ne dépasse pas leslimites ordinaires, même quand elle ne devient pas la vocation et la passion de la vie, et n'aspire pas aux grandes découvertes; même quand elle n'arrive pas à ce grand déploiement des forces de l'intelligence et du caractère que nous venons d'admirer, ni à ces sublimes labeurs que nous avons vus, développe, chez quiconque s'y applique dans le temps et la mesure convenables, je ne dis pas toutes les facultés de l'âme mais les qualités d'esprit les plus solides, les plus précieuses, en même temps qu'elle donne des connaissances utiles, sonvent indispensables, et qu'il est toujours honorable de posséder.
H est incontestable que quand l'objet d'une étude est solide, il donne de la solidité à l'esprit; quand il est élevé, il élève avec lui l'âme tout entière;
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Quand il est étendu, il développe, étend les facultés qui s'y appliquent;
Quand ce sont les œuvres mêmes de Dieu qu'on étudie, l'objet de l'étude est divin, et il fait toucher à l'infini.
Or, tous ces avantages se rencontrent dans l'étude des sciences :
Les objets de ces études sont solides, positifs; souvent élevés ; étendus, vastes, très-variés; en un mot, ce sont les œuvres de Dieu, comme nous l'avons dit.
Voilà une première raison pour donner place aux sciences dans l'instruction secondaire, dans la haute éducation intellectuelle.
Qui pourrait aussi ne pas reconnaître les grands avantages des méthodes scientifiques pour le développement de tout un côté de l'intelligence? N'est-il pas évident qu'elles peuvent contribuer à développer l'esprit d'observation, apprendre à comparer, à discerner, à classer; et ce côté de l'intelligence peut-il être négligé dans l'éducation de la jeunesse?
Les éludes mathématiques, en particulier, exercent l'entendement aux conceptions abstraites, aux longues et difficiles déductions, aux raisonnements précis et rigoureux. Nous dirons bientôt les graves inconvénients de ces études exagérées et mal conduites; mais suivies dans une juste mesure, et môme restreintes dans les limites d'un simple enseignement élémentaire, elles sont d'un précieux secours pour corriger les excès de l'imagination ou la mollesse de la conception, et donner à l'esprit, si je puis dire ainsi, son lest et son poids. Dans oes conditions, elles développent particulièrement le jugement, plus nécessaire que le talent même.
Ce n'est pas tout, et l'étude des sciences, même dans les limites d'un enseignement élémentaire, a pour l'éducation des avantages d'un antre ordre.
Dépouillées, comme elles le sont dans cel enseignement, de leurs procédés ardus, et de leur austérité, et présentées, dans leurs grands et beaux résultats, dans leurs merveilleuses découvertes, elles saisissent quelquefois les jeunes esprits avec une puissance extraordinaire. Je n'oublierai jamais, pour mon compte, le charme d'étonnement et de naïf ravissement où me jeta la première révélation qui me fut faite des découvertes du télescope et du microscope, et ces deux mondes des infiniment grands et des infiniment petits qui apparaissaient pour la première fois à mon imagination d'enfant!
Je dirai donc volontiers avec un homme, qui ne fit pas grand bruit dans le monde, mais qui n'en fut pas moins en ces temps l'un des instituteurs les plus éclairés de la jeunesse 1 :
« Quand l'étude de l'histoire naturelle ne serait qu'un « agréable délassement, elle mériterait déjà d'occuper une « place dans l'éducation. Quel ami du jeune Age no se ferait « un plaisir d'ajouter une fleur de plus k cette couronne de « joies pures qui embellit le front de l'adolescence, ou d'a- « doucir par une innocente distraction les travaux sérieux « qu'on est obligé d'imposer à ces intelligences naissantes! •
Dans l'éducation publique ou privée, lorsqu'un jeune homme arrive à ces années périlleuses où son imagination et son activité naissantes demandent à tout ce qui l'entoure un aliment nouveau, « quel inappréciable avantage de pouvoir jeter au milieu de ses récréations, de ses promenades, de tous les plaisirs qu'on lui donne ou qu'il sait se faire, un exercice qui l'occupe sans le fatiguer, l'amuse et le distrait sans le dissiper, le passionne san6 le corrompre!
« Mais c'est surtout dans les années de liberté qui succè-
* L'abbé Poullet.
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dent à la discipline des classes qu'on se félicitera d'avoir fait contracter de bonne heure aux enfants le goût de ces intéressâmes études. »
J'irai même plus loin, et je ne craindrai pas de dire que les sciences, surtout les sciences naturelles, enseignées chrétiennement, peuvent devenir d'utiles auxiliaires de la haute éducation intellectuelle et morale. Et les hommes d'expérience ne me démentiront pas, si j'avance ici qu'elles ne seront pas inutiles, par la grande idée qu elles donnent de Dieu, de sa beauté et de sa bonté, de sa sagesse et de sa puissance, à développer dans les jeunes gens le sentiment religieux. Qu'un jeune homme s'accoutume à voir Dieu dans son œuvre, et la beauté de l'œuvre lui donnera nécessairement une incomparable idée de l'ouvrier.
Avant la philosophie, avant de connaître la valeur des idées pures et d'être accoutumé aux spéculations métaphysiques, rien n'agit plus sur la vive imagination d'un enfant, d'un jeune homme, que ces grands spectacles de la science, que ces merveilleuses découvertes qui révêlent dans l'œuvre de Dieu tant de richesse, de puissance et de bonté. Je me garderai bien d'accuser la philosophie d'une sécheresse inévitable : il n'en est pas moins vrai, toutefois, que les raisonnements abstraits de cette science, s'ils ont une prise puissante sur la raison, quand la raison du jeune homme est assez forte pour les saisir, parleront toujours moins à son imagination et aux vives puissances de son âme que les démonstrations qui jaillissent de la simple contemplation d'une fleur ou des chiffres prodigieux de l'astronomie.
J'irai plus loin : c'est à tous les âges de la vie qu'on est accessible à ces grandes impressions. M. Arago, à la Chambre des députés, répondant à M. de Lamartine sur la question même qui nous occupe, en a cité un exemple mémorable, et qu'on n'a pas oublié.
C'est, du reste, ce que proclama aussi l'immortel Linné; c est ce qu'écrivait naguère William Herscbel dans YEncyclopédie anglaise de Londres :
« Loin de prévenir l'esprit contre les enseignements a d'une révélation authentique, la philosophie^ naturelle le « prépare à les accueillir avec docilité. La science de la t nature nous montre en Dieu tant de puissance et d'a- « mour, dans l'homme tant de grandeur et de faiblesse, « et dans les moindres créatures tant d'impénétrables « mystères, qu'elle nous dispose à tout croire et à tout es- « pérer. »
Voilà pourquoi je verrai toujours avec joie l'étude des sciences naturelles fleurir dans les maisons d'éducation chrétienne : j'ajouterai même ici une considération spéciale sur les petits séminaires. Outre les précieux avantages que je viens de rappeler, cette étude ménagera pour l'avenir* aux élèves du sanctuaire une source d'innocents plaisirs qui s'allieront heureusement avec les plus graves occupalions de leur saint ministère : et elle les sauvera d'une infirmité évidente, vis-à-vis de certains hommes, et par suite d'un discrédit regrettable.
En résumé donc, aujourd'hui plus que jamais, l'immense importance et l'universelle application des sciences naturelles, ainsi que leurs avantages considérables pour l'éducation intellectuelle et morale, font à l'étude de ces sciences une place obligée dans l'organisation de renseignement public. S'ensuit-il qu'il faille précipiter inconsidérément la jeunesse dans leur étude éxclusive et anticipée ? C'est ce que nous allons examiner.