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phie. « Toute la philosophie, disait-il, est comme un arbre « dont les racines sont la métaphysique ; le tronc est la « physique, et les branches qui sortent de ce tronc sont « toutes les autres sciences, qui se réduisent à trois princi- « pales, à savoir : la mécanique, la médecine et la morale; « j'entends la plus haute et la plus parfaite morale qui, « présupposant uneentiére connaissancedesautressciences, « est le dernier degré de la sagesse. » Et Descartes ajoute : ' Or, comme ce n'est pas des racines ni du tronc qu'on « cueille les fruits, mais seulement des extrémités de leurs « branches, ainsi la principale utilité de la philosophie dè- « pend de celles de ses parties qu'on ne peut apprendre que « les dernières. »
Voilà comment au xvn* siècle on concevait la science, et telle était l'étendue des connaissances et des études que les puissants esprits de ce temps ne craignaient pas d'embrasser. Que ces vigoureux travaux renaisssent, que cette féconde union des lettres, des sciences et de la philosophie se fasse de nouveau dans les intelligences, et alors nous pourrons voir un nouveau grand siècle.
Concluons donc avec M. Guizot: « Cette intime union de toutes les grandes facultés et de toutes les grandes carrières de l'intelligence humaine, cette loi imposée aux savants et aux lettrés de s'abreuver en commun, dans leur jeunesse, aux mêmes sources du vrai et du beau, cette élévation obligée de toutes les professions libérales au même niveau de culture intellectuelle, c'est la tradition de la civilisation européenne ; c'est l'honneur de la civilisation française. ■
C'est ce que l'Académie française, gardienne des grandes traditions de l'esprit français, a eu l'honneur de comprendre toujours, quand, pour proclamer hautement et ouvertement
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dans le pays l'étroite alliance dos Sciences et des Lettres, clic a voulu constamment faire asseoir dans son sein parmi les représentants du goût littéraire les princes de la science humaine : et de même l'Académie des Sciences s'est toujours complu fi en user de la mémo façon envers l'Académie française; et, comme Ta dit M. Mignet, « fondées l'une et l'autre dans ce siècle, aussi grand par ses découvertes que par ses chefs-d'œuvre, et qui a eu la gloire de produire Descartes et Corneille, Pascal et Molière, Iluygens et La Fontaine, Leibnitz et Dossuet, Newton et Racine, ces deux Académies étaient appelées à cimenter l'élroite alliance des Lettres et des Sciences par le commerce et en quelque sorte par l'échange de leurs grands hommes. Ainsi l'Académie des sciences, voulant donner îi ses travaux l'influence delà clarté et la popularité de l'esprit, emprunta Fontenelle h l'Académie française pour en faire auprès du publie son ingénieux interprète. Depuis lors les savants apprirent à devenir écrivains ; ils acceptèrent la langue de tout le monde et ne crurent plus que découvrir avec génie les dispensait d'écrire avec talent. »
Comme on l'a très-bien remarqué, l'Institut de France, qui forme, nonobstant ses cinq académies, un corps unique, est parmi nous un vivant symbole de cette fondamentale harmonie de toutes les facultés et de toutes les études humaines. C'est ce qu'en venant prendre séance à TAcadémie française h la place de M. Cuvier, M. Du pin remarquait ayee justesse:
« 11 y eut de la grandeur dans Vidée de réunir sous t .* titre û'Àcadi'ntie française tous les genres de littérature; mais une pensée plus grande encore inspira le dessein de ' rassembler la littérature, les beaux-arts et les sciences dans une vaste association, pour en former un seul Institut, établissant ainsi entre tous les esprits qui cultivent les diverses branches des connaissances humaines une confraternité
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générale, symbole vivant de la liaison qui existe entre toutes les vérités. »
Voilà le vrai point de vue où il faut se placer pour trouver la convenable et saine organisation des études publiques, pour concilier le mouvement des temps modernes avec les traditions des Ages passés, la juste préoccupation des pères de famille touchant l'avenir de leurs enfants avec les besoins intellectuels et moraux des jeunes générations, et la tendance générale vers le bien-être matériel avec les exigences de la dignité nationale et de la supériorité reconnue de l'esprit français.
Sans doute, il y a des vocations, et c'est un devoir de les discerner, de les préparer; mais quel que soit l'avenir des jeunes gens, il faut toujours dans leur éducation un degré suffisant de culture scientifique et de culture littéraire : c'est la conclusion h laquelle nous voulions arriver dans ce chapitre. Le problème à résoudre, c'est donc de trouver et d'assigner aux Sciences et aux Lettres leur vraie place dans l'enseignement. Cette vraie place une fois trouvée, décidée et assignée, les Lettres et les Sciences doivent être enseignées avec un zèle égal ; et il faut pour les unes et pour les autres des études également fortes, et non des études également faibles.
Il faut entre elles l'égalité, non dans la médiocrité, mais dans la force.
Les instituteurs de la jeunesse partiront donc de ce principe, qu'avant de faire un médecin, un physicien ou un ingénieur, il faut laire un homme ; et que sur la base de moralité, de sentiments honnêtes et de haute culture d'esprit, que donne le commerce des grands écrivains du christianisme et des nobles génies de l'antiquité, ils pourront superposer avec fermeté toutes les connaissances et toutes les pratiques professionnelles.
Concluons donc enfin que si l'enseignement des Sciences
doit avoir une place importante dans la haute éducation, ce ne doit être ni trop tôt, ni aux dépens des lettres. Dans le livre qui va suivre, nous arriverons à la pratique, et nous essaierons de déterminer quelle doit être cette place, et comment l'étude des Sciences, ainsi que certaines études accessoires dont il nous reste à parler, se doivent combiner, d'ans une maison d'enseignement secondaire, avec la part prépondérante que réclament les Lettres.
Je viens d'écrire six chapitres sur les Sciences, sans être moi-même versé dans ces études; mais je dois le dire en terminant, je n'ai pris la plume pour écrire sur cette grave matière qu'après avoir recueilli avec soin, de vive voix et par écrit, les pensées et les conseils des hommes les plus compétents ; et ce sont leurs idées, leurs raisons, et souvent leurs textes mêmes, que j'ai développés plus haut, en y joignant ce que l'expérience des jeunes gens, et mes propres réflexions sur la nature des sciences et les méthodes scientifiques, avaient pu me révéler à moi-même.