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LA MUSIQUE

J'admets la musique, quoique dans un rang secondaire, parmi les études qui ont place dans la haute éducation intellectuelle, parce que la musique est un grand art, et que, convenablement enseignée et apprise, elle peut être une vraie culture de l'âme.

C'était la pensée de Fénelon, qui d'ailleurs s'est exprimé plus fortement que personne sur les dangers possibles de cet art.

« Nous avons vu, dit-il, combien la musique a été puis- « santé, parmi les peuples païens, pour élever l'âme au-des- « sus des sentiments vulgaires. L'Eglise a cru ne pouvoir « mieux consoler ses enfants que par le chant des louanges « de Dieu. On ne peut donc abandonner ces arts que l'esprit « de Dieu même a consacrés. » Et Fénelon ajoutait ces paroles bien remarquables : « Une musique et une poésie t chrétiennes seraient le plus grand de tous les secours « pour dégoûter des plaisirs profanes. »

Certes, après de telles paroles, je ne craindrai pas de dire, tout en proclamant aussi les dangers d'un enseignement musical mal dirigé, — surtout quand cet enseignement n'est pas contenu, ni, si je puis le dire, soutenu par un milieu de grave et forte discipline intellectuelle et morale, — je ne craindrai pas de dire, ce que l'expérience m'a d'ailleurs appris, savoir: que l'étude de la musique, convenablement réglée, peut être singulièrement utile, en même temps que très-agréable, dans une maison d'éducation.

La musique est d'abord un très-heureux tempérament des études plus sérieuses : c'est un charme, c'est un adoucissement de la vie et des travaux austères.

De plus, dans les fêtes littéraires et dans les fêtes pieuses,

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— et je plains toute maison où les fêtes littéraires et les fêtes pieuses ne sont pas un puissant moyen d'éducation intellectuelle et religieuse, — la musique répand une joie pure, jette un éclat, inspire un enthousiasme qui anime et relève tout, si elle a le caractère qu'elle doit avoir.

• En assistant à ces fêtes de famille que les arts rendent si douces et si brillantes, » disait naguère le chef d'une grande maison d'éducation, « j'ai senti mes idées se mo- < difier et perdre de leur rigidité. J'ai compris que les arts • peuvent être employés par un maître prudent, comme « des auxiliaires d'autant plus efficaces qu'ils sont plus

- aimables. »

La musique n'est pas non plus sans influence sur le bon ou le mauvais esprit, sur le caractère et sur les mœurs des des enfants : dans les jours de tristesse, comme il s'en rencontre nécessairement dans les meilleures et les plus heureuses maisons d'éducation, pendant les longs hivers, par exemple, la musique dilate, réjouit les âmes; elle ajoute à la splendeur des beaux jours au printemps. »

« Par elle, disait encore un homme d'expérience, les « passions peuvent être calmées, la fougue du tempérament « modérée, les mœurs adoucies, l'imagination heureusement « distraite des pensées dangereuses. »

C'est dans ces pensées que Fénelon écrivait autrefois: « Que le charme de la musique saisisse leurs âmes pour « rendre leurs mœurs douces et pures; qu'on leur apprenne « dès leur plus tendre enfance à chanter les louanges de « Dieu, les actions généreuses. »

Fénelon voulait que de bonne heure on remplit les enfants des plus grandes et plus fortes maximes, et qu'on les fît entrer dans leur cœur parla douceur du chant : « Il y en « aura peu, disait-il, qui par ce moyen ne s'enflamment d'un « amour généreux pour la vertu. »

Ajoutons que plus tard, dans la vie, la musique pourra

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être une source de distractions honnêtes et agréables, et souvent nécessaires.

Ce sont là des raisons générales, qui s'appliquent à toutes les maisons d'éducation, quelles qu'elles soient. Mais pour les maisons d'éducation ecclésiastique en particulier, il y a en faveur de la musique des raisons spéciales du plus grand poids. On rencontre quelquefois, dans ces maisons, de trèsfortes préventions contre la musique : les dangers qu'on en redoute, et que facilement d'ailleurs prévient une bonne discipline, y cachent trop les avantages qu'on en peut retirer. Certes, les services que le talent de la musique peut rendre à un prêtre sont trop considérables, pour que je n'y insiste point. Assurément, il y a quelque chose au-dessus de ce talent, comme il y a quelque chose de plus essentiel encore dans la religion que la pompe extérieure du culte ; et un prêtre qui ne serait qu'artiste, et croirait que l'amour de l'art peut remplacer le zèle, se tromperait étrangement. Mais il n'en est pas moins vrai que la pompe extérieure du culte, h laquelle le talent de la musique contribue tant, es! un très-puissant moyen d'action sur les âmes, et que quand un curé, dans l'isolement d'une pauvre paroisse, ne sait ni faire chanter des cantiques, ni former son chœur, ni animer les grands offices religieux par de beaux chants, il est comme désarmé. Celui au contraire qui, h une solide piété, joint le talent de la musique, trouve sans cesse l'occasion de le mettre à profit de la manière la plus utile pour la gloire de Dieu.

Mais pour arriver ici à une pratique utile, il y a des observations de la plus grande importance, que les supérieurs et les chefs d'institution ne doivent jamais perdre de vue.

Ces observations se rapportent soit à l'enseignement même de la musique, soit aux précautions de discipline et d'organisation que de telles études demandent.

.. Et d'abord , quant à la musique elle-même, Fénelon vou-

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lait, et avec raison, qu'on bannît sévèrement de l'éducation de la jeunesse t la musique molle et efféminée, qui n'est « bonne qu'à enivrer et à corrompre les sens, et qui produit • quelquefois des mœurs pleines d'emportement et d'impu- « dence. »

El je suis obligé de le dire, c'est à quoi ne veillent pas toujours assez les instituteurs et les institulrices de la jeunesse. Il est évident que le choix des morceaux et des cahiers de musique réclame la plus sévère vigilance.

En second lieu, tout accessoires qu'ils sont dans l'enseignement, au point de vue de la discipline générale, où ils pourraient facilement apporter une perturbation fâcheuse, et surtout au point de vue où se plaçait tout à l'heure Fénelon, les cours de musique sont peut-être ce qui doit être organisé le mieux et surveillé le plus; car ici la pente est glissante, et le but ne peut que trop facilement être manqué, la tendance viciée.

Si dans une maison la discipline générale est ferme, la surveillance sérieuse, si rien ne flotte à l'aventure, si tout est organisé et gouverné, les inconvénients possibles des cours de musique au double point de vue du bon ordre de la maison et de l'innocence des enfants, pourront être évités. Sinon, les plus fâcheux désordres sont à craindre, et, dans les petits séminaires en particulier, les vocations, cela s'est vu plus d'une fois, au lieu d'être favorisées par la musique, seront ruinées par elles.

Il y a là, que les Supérieurs ne l'oublient pas, tout un ensemble considérable à régler et à combiner avec le règlement général; car les cours accessoires de musique sont de plus, par le fait, des cours spéciaux, suivis non par tous les élèves à la fois, mais seulement par un certain nombre : nouvelle difficulté.

Il y a la musique instrumentale et la musique vocale.

11 y a les leçons particulières avec le maître, et les ré-

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pétitions générales pour tous ceux qui font partie du corps des musiciens : le corps des musiciens, chose importante et quelquefois difficile à bien organiser, et surtout à bien gouverner. La solennité des fêtes religieuses et des fêtes littéraires en dépend, et aussi le bon ordre général des études et la marche régulière de toute la maison.

En outre, dans les maisons chrétiennes, il y a le chant des cantiques, chose capitale, très-puissant moyen qu'il importe de ne pas négliger; il y a enfin les morceaux choisis de musique religieuse.

Sur ces points, il est essentiel, et c'est ma troisième remarque, que le choix des cantiques, et surtout que le choix des airs, soit bien fait; il faut éviter de jeter les élèves dans celte musique profane qui a été trop en usage depuis quelque temps, et qui manque absolument de gravité.

Je voudrais au contraire qu'on fît souvent exécuter aux jeunes gens les morceaux les plus célèbres et les plus populaires de la musique religieuse des grands maîtres.

Je suis persuadé que la musique des Pergolèse, des Palestrina, des Mozart, etc., etc., et de leurs disciples véritables, pourrait avoir une influence profonde sur l'âme des jeunes gens, et contribuer beaucoup au succès d'un vraie et noble éducation.

Nous n'entrerons pas ici dans plus de détails sur l'enseignement accessoire de la musique. En résumé, nous la croyons d'une vraie et sérieuse utilité, condition qu'elle sera, par l'organisation et la tendance qu'on lui donnera, un auxiliaire, non un obstacle à l'éducation intellectuelle et religieuse ; et nous demandons aux instituteurs sérieux de la jeunesse d'apporter une très- particulière attention à cette partie si importante, quoique secondaire, de l'éducation. Quant à notre pratique, le tableau placé à la fin du volume l'indiquera.

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