‹ De la haute éducation intellectuelleChapitre 65 sur 80 · LE DESSIN · texte numérisé non relu

LE DESSIN

Les affinités de Part du dessin avec les études littéraires sont grandes aussi, et l'utilité pratique n'en est pas moins considérable.

On Ta dit : Ci pictura% poesti. Le poêle, comme le peintre, cherchent à exprimer les pensées et les sentiments de l'âme humaine, l'un par la parole et le rhythme, l'autre par le dessin et les couleurs. Le développement des arts, surtout delà peinture, se lie toujours au développement des lettres, et la connaissance intelligente des chefs-d'œuvre artistiques aide le goût littéraire. D'ailleurs, l'art a un but noble, élevé, désintéressé, sublime, et il ne se peut qu'un commerce, môme passager avec lui, ne mette dans une âme une délicatesse et un élan favorables à l'imagination et aux facultés que les lettres déploient.

A tous ces points de vue, il est utile que l'étude du dessin soit mêlée , dans une certaine mesure, à l'étude des lettres.

D'un autre côté, sans parler des jouissances délicates que donne l'intelligence des chefs-d'œuvre, — intelligence dont on a au moins la clé, dès qu'on y a été initié même par la simple culture artistique élémentaire, — le dessin n'est-il pas une occupation aussi attrayante que la musique? Je sais bien, assurément, que tous les élèves qui, dans un cours élémentaire de dessin, apprennent à manier la règle et le crayon, à copier l'académie ou le paysage, n'aspirent point à devenir des artistes ou des peintres paysagistes, dont les ouvrages iront se placer à côté des merveilles de l'art, et conquérir la palme des concours. Mais de quelle ressource cet art charmant n'est-il pas à la ville, à la campagne, pour l'emploi solitaire des loisirs? Par quelles

CH. IV. — LES ARTS

agréables occupations ne sauve-t-il pas de l'ennui et du désœuvrement ? On est sur les bords de la mer ; on voyage ; on visile l'Italie ou la Suisse; on rencontre un monument, une ruine célèbre, un site pittoresque : quel avantage de pouvoir les dessiner, en emporter l'image, et fixer ainsi ses impressions et ses souvenirs! En un mot, que de fois dans la vie n'a-t-on pas l'occasion de faire usage d'un tel talent!

Et de plus, il n'est assurément pas inutile qu'un homme sache et puisse un jour, au besoin, lever le pian d'un édifice ; donner à l'ouvrier qu'il emploie l'idée et les proportions figurées d'un travail qu'il veut faire exécuter; qu'il sache faire ressortir et peindre sur un plan les creux et les reliefs d'un objet, les effets d'ombre, de lumière, etc., etc.

Cet art est, on peut le dire, d'une utilité pratique dans toutes les conditions de la vie, et, je l'ajouterai ici, il serait particulièrement utile dans l'état ecclésiastique, dans le ministère, à un curé. Il est facile de comprendre, en effet, à quel point il serait désirable que, dans le clergé, il y eût des hommes capables sous ce rapport, qui pussent, au besoin, faire ou recevoir des plans, donner un bon conseil, surveiller des travaux, et dans l'occasion les diriger. L'architecture, la peinture et la sculpture sont des arts essentiels à la religion, qui ont été très en honneur autrefois dans le clergé et dans les monastères, et qui sont, il faut le dire, beaucoup trop ignorés aujourd'hui parmi nous. Je voudrais donc que les ecclésiastiques en connussent au moins les éléments, et que, dans les petits séminaires, on admît à ces classes, parmi les enfants qu'on croit appelés de Dieu à l'état sacerdotal, ceux qui auraient pour les arts du dessin une aptitude particulière et d'heureuses dispositions.

Quant à l'organisation des cours de dessin, je me contenterai de poser ici deux principes:

*° Qu'il y ait pour le dessin deux classes au moins, trois au plus par semaine;

2° Que ces classes soient placées, non point aux heures d'étude, mais aux jours de promenade et pendant les plus longues récréations, afin que les enfants d'une part n'y emploient pas leurs heures de travail sérieux, et d'autre part aient encore du temps pour se récréer.

Cette mesure me parait ici la seule raisonnable.

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