‹ De la haute éducation intellectuelleChapitre 71 sur 80 · CH. 1". — LE TEMPS · texte numérisé non relu

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couverture diversement : selon le cas, il en fera une lyre, une arquebuse ou des sous-pieds.

0 misère! ô abaissement de l'éducation! ô pitoyable exploitation de l'enfance !

La réforme nécessaire à opérer dans un tel système, la voici ; c'est qu'avant la sixième, il n'y ait que la septième, et un cours que je n'appellerai pas huitième, mais cours préparatoire.

Ce cours préparatoire devra être employé à compléter l'instruction primaire de l'enfant : lecture, écriture, orthographe, surtout analyse grammaticale, connaissance exacte des éléments dont se compose une phrase. A moins d'admettre dans ces cours préparatoires des enfants beaucoup trop jeunes, — ce à quoi en principe je suis absolument opposé, et ne tolère que comme exception dans des cas tout à fait rares, — les deux premiers trimestres de l'année suffisent pour cela.

Le latin ne devra être commencé qu'au troisième trimestre, alors que l'instruction primaire aura été suffisamment complétée.

En un mot, la grande règle, dont il ne faut point s'écarter, c'est de ne mettre jamais au latin un enfant qui ne possède pas suffisamment cette instruction préliminaire indispensable.

Mais il faut admettre en même temps que dans ces premières classes, les années ne doivent pas être entières pour tous, et qu'un enfant très-fort en grammaire et en orthographe française peut aller plus vite que d'autres.

C'est dans ces premières classes qu'il peut et qu'il doit y avoir un mouvement fréquent d'ascension.

Tel enfant peut faire en un an ce que les autres font en deux ou môme en trois.

C'est à dater de la sixième que la marche doit être régu-

lière, et que Ton ne passe plus de classes, sauf de trèsrares exceptions.

Que si l'instruction primaire avait été très-forte, parfaite, il faudrait gagner une année et mettre l'enfant en sixième.

Un enfant dont l'instruction primaire est très-forte peut, en quinze jours d'études latines, entrer en sixième.

Pour épargner donc aux élèves doués d'heureuses dispositions la perte de deux années passées dans l'étude inutile pour eux des premiers éléments : 4° le professeur, au troisième trimestre, les poussera; 2° le travail des vacances achèvera de les avancer; 3° on reverra la première et la deuxième partie de la grammaire au commencement de la sixième, et ainsi des enfants pourront entrer en sixième au sortir du cours préparatoire.

Et quand on aura gagné du temps dans ces basses classes, il en restera pour les classes élevées, pour la rhétorique, pour la philosophie, et pour les écoles spéciales.

La vérité est que, sans aucune de ces méthodes accélérées qui ne sont que mensonge, on peut, par les méthodes classiques et vraies, arriver au but, aussi promptement et mille fois plus sûrement que par les plus célèbres abréviateurs.

Si vous ne voulez que la langue, en deux ou trois ans vous l'avez. Oui, en deux ou trois ans d'études bien faites, on apprend le latin h des enfants. Ils savent la langue, c'est-àdire les mois, la syntaxe et la méthode.

Un bon cinquième sait le latin aussi bien et mieux que vous ne savez l'anglais après deux ou trois années d'études.

Mais alors pourquoi demandez-vous six ou sept ans?

La raison en est bien simple, et la voici :

Les Humanités, il importe bien de l'entendre, ne sont pas

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seulement renseignement et l'élude des langues : elles sont aussi renseignement et l'étude des littératures, et des trois plus grandes et plus belles littératures qui existent sur la terre.

Eh bien! nous le maintenons, dans notre grande éducation intellectuelle, il n'est pas seulement question des mots; il est question de littérature; il est question des pensées et des choses. Il est question de perfectionner les plus hautes prérogatives de l'humanité, à savoir : la pensée et la parole.

Il s'agit d'apprendre aux enfants, aux jeunes gens, à bien penser, à bien parler. Mais pour cela il faut les leçons et l'imitation des écrivainsqui ont le mieux pensé et le mieux écrit dans leur langue. Il faut le commerce avec l'antiquité, parce que là sont les maîtres du grand langage, des belles formes de la pensée; et il faut un commerce, non pas rapide et superficiel, mais assidu, prolongé, constant.

Qu'a fait la première étude des langues? Elle n'a fait que préparer à l'étude, à l'imitation des littératures.

Elle a rompu l'enfant à tout ce qui est formes et règles didactiques, afin que ce premier travail élémentaire et fondamental une bonne fois achevé, la langue acquise et possédée par cette forte étude grammaticale, soit désormais pour lui un instrument docile, dont il puisse se servir sans embarras ni entraves, pour conquérir la littérature.

C'est à quoi les classes dites littéraires sont destinées. Familiariser successivement l'esprit et le cœur, le jugement et l'imagination des élèves avec les beautés les plus intéressantes, les plus hautes et les plus délicates des grandes littératures humaines; donner, en un mot, le goût et le sentiment du beau, par la vue et l'imitation des modèles purs et désormais inaltérables que l'antiquité n'a cessé d'offrir à tous les âges et h tous les hommes, voilà le but des Humanités.

Certes, si Ton étudie le grec et le latin, à peine pour savoir ces langues, nullement pour apprendre ces littératures, et se former le goût et le style sur ces éternels modèles du bien dire, je l'avoue, on restreint singulièrement l'utilité des langues anciennes et des Humanités. Mais si l'on veut tirer de ces études les avantages qu'elles renferment, qu'on examine de près et dans le détail les exercices qu'elles imposent, et qu'on dise ensuite si de tels travaux sont possibles, surtout dans la jeunesse, sans de longues années d'application.

Car il faut: 4° expliquer les auteurs, afin d'approfondir les règles de la grammaire, et connaître parfaitement les tours et les constructions qui constituent le génie d'une langue; 2° il faut les traduire pour distinguer les nuances des styles, pour sentir les beautés de la diction, l'élégance des tournures, la propriété des termes; 3° il faut les apprendre par cœur, et s'approprier leurs richesses par l'exercice de la mémoire ; 4° il faut enfin les imiter pour en pratiquer les préceptes et en calquer les formes; 5° le jeune homme devra ensuite essayer ses forces dans des compositions où il tirera les choses de son propre fond.

Or, chacun de ces exercices est une préparation indispensable à l'exercice suivant, et leur ensemble embrasse nécessairement, qui ne le voit? un nombre d'années assez considérable.

Ainsi, le butdesf/umawt^s, on ne devrait jamais l'oublier, c'est le développement profond, l'élévation solide et brillante des facultés de l'Ame, par le commerce assidu, par la conversation suivie avec ces illustres morts qui ont parlé les langues d'Athènes et de Rome, par la lecture et l'étude des ouvrages immortels où ils vivent encore pour la postérité. Nobles études! fécond travail! L'élève, contemporain, pour ainsi dire, de ces grands hommes des siècles passés, vit avec eux, dans l'âge des impressions naïves, profondes,

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ineffaçables. Il lit leurs discours; il est témoin de leurs actions; il entend les harangues du Forum; il assiste aux délibérations du sénat; il analyse et résume les causes célèbres plaidées par les Cicéron et les Démosthènes; il s'assied aussi aux pieds des éloquentes chaires d'Antioche et de Césarée, pour y recueillir sur les lèvres d'or des Chryssostome et des Basile des paroles qui ne meurent point, parce que Dieu et la vérité chrétienne vivent en elles. Quoi ! vous voulez, ou qu'il ne se mette jamais en possession des langues qui lui permettent d'étudier, d'admirer dans le détail tous ces chefs-d'œuvre, ou qu'il ne s'arrête pas sur dételles études le temps sulfisant pour que son jugement, son imagination, son goût, son esprit, son cœur, son âme tout entière s'en pénètrent et s'en imprègnent pour ainsi dire! Et vous ne verrez dans les fécondes années passées ti ces nobles études qu'un temps inutilement occupé et tristement perdu ! Laissez-moi croire que vous n'avez pas réfléchi à ce que sont en réalité ces études des littératures antiques, et au grand développement que, bien faites et non précipitées ni tronquées, elles peuvent donner à une intelligence.

Certes, nos pères du xvne siècle avaient d'autres pensées. Ces grands instituteurs de la jeunesse, les Jésuites, les Bénédictins, les Oratoricns, et môme cette école, un moment florissante, mais longtemps fameuse, Port-Royal, dont on a dit qu'il ne sortit que des maîtres, et les Fleury, et les Roilin, ces hommes d'une expérience consommée dans le maniement des esprits et la culture des jeunes intelligences; et l'illustre d'Aguesseau, la gloire de notre ancienne magistrature, qui, dans ses instructions à son Bis, lui retrace, dans un vaste plan d'études, la roule qu'il avait suivie luimôme; enfin, Bossuet, Fénelon, chargés de la noble tâche d'élever les fils des rois, tous ces hommes étaient loin d'avoir (les Humanités çes njçscjujnes idée*,

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