‹ De la haute éducation intellectuelleChapitre 75 sur 80 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

L'émulation.

PRINCIPE SUR LEQUEL REPOSE L'ÉMULATION , LE SENTIMENT DE L*HONNBti

Il est un stimulant actif et puissant du travail, qui donne un noble élan et comme une physionomie généreuse à toute l'éducation, et qui est dans cette grande œuvre comme une flamme vive partout répandue : c'est l'émulation.

Il en a été déjà nécessairement question dans cet ouvrage; je voudrais ici en faire, rapidement et à grands traits, une définitive étude, et dire, en terminant ce volume, mon dernier mot sur ce beau sujet.

La question, du reste, est aussi élevée qu'attachante, et nous permetlra, en achevant tout ce grand travail sur la haute éducation, de reposer nos regards sur les plus beaux horizons de l'âme humaine.

Qu'est-ce que l'émulation? — L'émulation est un sentiment d'honneur qui nous porte à faire de généreux efforts, pour imiter un modèle, ou surpasser des rivaux dans la poursuite d'un but louable.

L'émulation repose donc sur un sentiment légitime et sacré, profond dans Pâme humaine; noble et vaillant: l'honneur, voilà sa racine et son principe.

Un tel sentiment est une force dont il faut, dans l'éducation, s'emparer, pour l'exciter, le gouverner, et en faire un moyen puissant des plus merveilleux progrès.

Tel est le sujet que je vais traiter ici : sujet délicat, je le Mis, question de rjuanccç et de discernement, car cette

ch. ut, — l'émulation.

force, comme toutes les grandes forces de l'âme , porte avec elle son péril ; ce sentiment de l'honneur, cet amour de la gloire, principe de l'émulation et fécond moyen d'éducation, confine à un autre sentiment, principe de ruine dans l'âme et dans la vie, et il importe de ne les pas confondre.

Mais les périls, possibles ici comme partout, ne doivent pas nous empêcher de jeter un regard ferme et résolu sur ce grand côté de l'âme humaine, et de voir quelles ressources il y a là pour l'œuvre qui nous occupe. La vraie éducation ne néglige aucune des puissances de l'âme; elle dompte et contient celles qui sont dangereuses, elle dirige et déploie celles qui peuventêtre pour elle un point d'appui ou un ressort. Ne craignons donc pas de regarder un moment à fond dans toutes les délicatesses et les splendeurs de ce grand sujet.

L'honneur, la gloire, sont dans l'humanité deux mots magiques, et il suffit de les redire pour remuer profondément tout cœur d'homme !

C'est que la gloire n'est pas un vain nom, ni une vaine chose. Nous étions faits pour elle, puisque nous étions faits pour Dieu qui en est la source éternelle ; et notre cœur, qui la réclame, révèle encore, même dans ses erreurs, l'ineffaçable instinct de nos premières destinées. Il ne faut donc pas se laisser ici dominer par des préjugés sans lumière, ni égarer par des vues téméraires, pas plus qu'intimider par des pensées étroites et fausses. 11 peut y avoir une grande vanité sous ces grands noms, si on les entend mal ; il peut y avoir, il y a une grande chose, si on les entend bien.

La gloire, sa source première est en Dieu. Il y a une gloire éternelle, incréée, infinie : c'est la gloire de Dieur

Mais, qu'est cette gloire? C'est la splendeur essentielle de ses attributs divins.

Le t$ mèXov, le noble, le beau par excellence, c'est Dieu.

Et le noble, le beau, le grand, a une splendeur naturelle, rayonnante, qui est sa gloire, gloire essentielle.

Voilà l'origine première de la gloire: la gloire, la vraie gloire, la gloire essentielle, réside en Dieu. Dieu est glorieux. Il est essentiellement le Dieu de gloire ; c'est le nom que les saintes Ecritures aiment à lui donner: Deus, pater, rex gloriœ.

Mais Dieu a une aulre gloire, celle qui lui vient de ses œuvres : il a créé le monde, et en le créant, il a laissé tomber sur lui un rayon de sa gloire. Il y a donc une gloire des choses, un éclat des choses belles, qui est comme Je reflet de Dieu sur ses œuvres.

Cet éclat glorieux resplendit dans la nature ; il resplendit surtout dans l'humanité, sur le front de laquelle Dieu a plus spécialement gravé son image.

Oui, il y a dans l'humanité le resplendissement, la gloire de ce qui est beau, honnête, vertueux, élevé, généreux; et il y a dans chaque homme la gloire qui vient de cette beauté et de cette noblesse, non-seulement reçue, mais conquise par de courageux et vaillants efforts.

11 y a dans l'humanité de grandes et belles choses que Dieu y a mises, qui sont à la fois l'éclat, la gloire de l'humanité, et la gloire, la gloire extérieure de Dieu ; et il y a aussi des choses grandes et belles, qui viennent de l'homme, non pas sans Dieu, car l'homme ne peut rien sans le secours de Dieu, mais par un usage personnel et glorieux des dons de Dieu.

Et la source de celte gloire réelle et personnelle de l'homme, c'est la liberté.

Il n'a pas plu à Dieu d'être servi par un esclave sans mérite, sans vertu, sans gloire.

ch. m. — l'émulation.

L'homme est libre : Dieu Ta créé dans cette dignité; et la liberté, dont l'usage est dans les mains de l'homme, reliquit illum in manu consiliisui, devient pour lui la source d'une gloire réelle, personnelle, qui est à la fois la gloire de Dieu et la sienne.

Cette gloire, c'est l'honneur imprescriptible de celui qui, à un degré quelconque, a fait, atteint ou conquis ce qui est noble, beau, grand, glorieux, divin ; qui s'est amélioré, embelli, élevé par le généreux travail de la liberté et de la vertu.

Pour bien entendre tout ceci, il ne faut pas oublier qu'il y a dans le domaine de l'homme et du mérite humain, dans le domaine de la liberté et de la vertu possible, divers de^ grés des choses honnêtes et glorieuses, divers rangs des belles actions.

Les belles et nobles connaissances, les efforts de la vertu* les œuvres du dévoûment, du courageux travail, le combat contre soi ou contre les autres, pour atteindre ce qui est grand, pour vaincre et fouler aux pieds ce qui est bas ;

La victoire, le triomphe du bien sur le mal ;

Voilà les choses de l'humanité qui, par une participation merveilleuse aux choses divines, ont, à des degrés divers, uue gloire réelle, essentielle, immuable, indépendante des louanges humaines, supérieure aux plus justes éloges, su^ périeure aux prix mêmes et aux récompenses les plus honorables.

Voilà les choses qui, selon la belle expression de saint Augustin, proprio fulgore pn'tiosœ sunt, c'est-à-dire sont glorieuses par elles-mêmes.

Et c'est la gloire dont nous parlons ici, la gloire qui est comme le rayonnement du beau, du vrai et du bien; la gloirequi est l'éclat etl'honneur des choses nobles et saintes, que les hommes la sanctionnent ou non par les suffrages qu'ils lui doivent.

Eh bien! cette gloire essentielle des choses, à l'origine nous étions crées, et nous sommes encore faits pour elle ; car nous sommes créés pour aller à Dieu par les belles et glorieuses choses qui sont de Dieu, et qui mènent à Dieu.

Ce que Dieu a fait de plus grand en nous, c'est d'allumer cette flamme sacrée dans nos cœurs ; c'est de nous inspirer la connaissance et l'amour ardent, généreux, enthousiaste, des bonnes, belles et grandes choses.

Le trait merveilleux de notre nature, c'est de pouvoir y atteindre et en obtenir le mérite personnel par la liberté, la gloire réelle par le travail de la vertu.

C'est là la plus haute puissance de notre intelligence et de notre cœur, et, dans la lumière et la grâce de Dieu, le plus sublime emploi de nos facultés.

Et, malgré la dégradation où nous a précipités la chute originelle, notre cœur, au sein de ses misères, garde encore, Dieu l'a ainsi voulu, le signe impérissable de sa primitive noblesse. Nous sommes toujours destinés à la gloire qui vient de Dieu, et nous devons toujours y arriver par le libre et courageux effort de la vertu.

Oui, et grâces immortelles en soient rendues à l'auteur de notre nature; elle n'a pas été tellement brisée, abaissée dans sa chute, que nous ne tendions toujours à la gloire des grandes choses par un invincible instinct, qui peut s'égarer, qui s'égare souvent, mais n'en est pas moins une force pour le bien et un signe d'honneur pour notre âme.

Et surtout, grâces immortelles en soient rendues au réparateur de noire nature, Jésus-Christ, qui loin d'éteindre dans nos cœurs ce sentiment, en a rallumé plus vive la flamme céleste. C'est depuis Jésus-Christ surtout que notre cœur, purifie, ennobli, a retrouvé uu plus puissant élan vers les hauteurs ; c'est depuis Jésus-Christ que tendre à la vraie

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grandeur, à la vraie gloire, c'est notre éclatante destinée.

L'ardeur pour les grandes et saintes choses, c'était, au milieu de notre naufrage, le débris le plus précieux de notre primitive grandeur.

Cette ardeur, Jésus-Christ Ta relevée et nous Ta rendue : c'est par lui que, tombés, nous aspirons à remonter toujours, sans qu'il y ait dans l'ordre du bien une grandeur qui nous soit interdite, une gloire qui doive nous paraître inaccessible.

C'est dans le Christianisme que, faits pour les grandes choses, nous y revenons, par l'instinct meilleur d'une nature réparée, et par le souffle puissant d'une grâce acquise et méritée par le sang de l'Homme-Dieu.

Aussi saint Paul, interprète inspiré et si profond de l'esprit du Christianisme, ne craint pas de présenter à l'émulation généreuse des chrétiens, comme un noble et puissant mobile d'action, cet amour de la vraie gloire, cette généreuse ambition pour tout ce qui est pur et saint, noble et grand, digne de l'estime des hommes, et des regards de Dieu : qui ne connaît ce beau passage, que devrait avoir constamment sous les yeux quiconque se sent au cœur une flamme généreuse : Si qua virhis, si qua laus disciplinée... quœcumque amabilia, quœcumque bonœ famœ... hœc cogitate.

Et n'est-ce pas saint Paul encore qui a dit à tous les chrétiens, sans exception, cette belle parole qui résume si bien toute la doctrine que nous exposons ici : « JEmulamini « charismata meliora : Qu'une généreuse émulation vous « fasse désirer le meilleur, le plus parfait, le plus élevé, le « plus grand devant Dieu. » N'est-ce pas saint Augustin, ce grand disciple de saint Paul, qui a dit : « Curnonpo- « tero quod isti et istœ? » Toutes ces belles paroles s'appliquent, sans restriction aucune, aux dons de la grâce, et aussi aux dons de la nature, par lesquels , dans les des-

seins de Dieu, on s élève jusqu'aux choses de Tordre surnaturel.

Saint Thomas, qui a étudié avec sa pénétration ordinaire ce beau sujet, y a jeté la haute et sereine lumière de son grand esprit. Dans une série de questions admirablement posées et résolues \ il examine si la magnanimité, ou, comme il la définit, l'amour des grandes choses, l'effort de l'âme vers ce qui est grand et glorieux, magnanimitas importât extensionem animi ad magna, ce que nous appelons, nous, ici, le sentiment de l'honneur, l'amour de la vraie et solide gloire, si la magnanimité, dis-je, est une vertu : quel est son objet propre, ses actes propres, et il répond : * Oui, la c magnanimité est une vertu ; et ce qui la constitue ce qu'elle « est, c'est qu'elle s'exerce sur les grands honneurs : de « ratione magnanimitaUs e$t quod circa magnos honores • versetur; et elle est absolument et spécialement une « vertu, parce qu'elle s'attache à atteindre un bien spécial, a qui est l'honneur ; magnanimitas et absolute spéciales a virtus , cum circa Honorent , ut spéciale bonum , verse- « tur. » Et encore : «La matière propre de la magnanimité, « c'est le grand honneur ; l'homme magnanime tend aux « choses qui sont dignes d'un grand honneur : Propria « mater ia magnanimitaUs est magnus Iwnor; adea tendit « magnanimus quœ sunt magno honore digna. » ^ En développant cette conclusion dans ses réponses aux objections, saint Thomas s'exprime ainsi : — on est heureux de se sentir dans l'élévation lumineuse d'un tel génie : — « La « magnanimité, dit -il, ne recherche pas un honneur quelce conque, mais un grand honneur, magnanimitas non est « circa honorem quemcumque.sed circa magnum honorent; « car, ajoute le grand docteur, de même que l'honneur est dû «« ii toute vertu, un grand honneur est dû à tout grand acte

• II-, if, q.129 etseq.

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« de vertu. Sicut autem honor debetur virtuti, ita magnus « honor debetur magno operi virtutis. Et c'est pourquoi a l'homme magnanime, précisément parce qu'il tend aux « choses dignes d'un grand honneur, tend à la grandeur en « chaque vertu. Et inde est guod magnanimus intendit mau gna operari in quolibet virtute, in quantum scilicet ten- « dit ad ea quœ sunt digna magno honore. »

Et qu'on ne s'imagine pas que cette doctrine soit en rien contraire à l'humilité, ou que l'humilité ne se puisse accorder avec cette doctrine. La contradiction n'est qu'apparente; ou plutôt, pour qui sait ce que c'est que l'humilité chrétienne, il n'y a pas même apparence de contradiction.

Laissons dire aux ennemis du Christianisme, calomniateurs ignorants de nos dogmes, que l'humilité chrétienue est un sentiment petit et bas, qui entrave e t abaisse l'homme, qui lui défend les hautes visées, et les nobles ambitions, aiguillon des grands travaux.

L'humilité chrétienne fait précisément le contraire. Elle purifie l'amour de la gloire, elle ne le détruit pas ; elle l'empêche de se corrompre par l'alliage impur de l'orgueil; et, en l'épurant, elle lui donne une force nouvelle.

La doctrine de l'humilité est une doctrine à la fois généreuse et vraie, qui foule aux pieds la fausse grandeur et l'amour déréglé de la gloire, et qui par là même rehausse d'autant plus la grandeur véritable, et laisse une issue plus large au généreux sentiment du pur honneur. . Il y a une affinité, une alliance naturelle entre l'humilité et la magnanimité. C'est ce que saint Bernard dit admirablement : « Humilitas et magnan imitas... Nec humilitas minuit magnanimitatem , nec magnanimitas tiumilitatem... Et il ajoute : Hœ duœ stetlœ mntuo respectu clariores fiunt. L'humilité et la magnanimité , ces deux astres au firmament de l'Eglise, brillent d'un plus vif éclat, quand elles se renvoient leur mutuelle splendeur. »

Le péril de cette passion généreuse, c'est de s'égarer icibas et de ne pas remonter h Dieu; c'est de rapporter la gloire à l'homme et non pas à son auteur véritable, qui est Dieu; c'est de se tromper sur la source première du beau, du grand, du glorieux; de la placer dans l'homme, tandis qu'elle réside en Dieu; c'est de ne pas voir que le mérite, même personnel , est encore un don de Dieu, dont il ne faut pas lui dérober la gloire par un larcin sacrilège; c'est de s'aveugler sur les misères inhérentes à l'homme et qui sortent du fond môme de sa triste nature, au point de ne plus les voir; c'est, par suite, de s'appuyer sur soi au lieu de s'appuyer sur Dieu, et de s'idolâtrer soi-même au lieu de ne voir en soi que les dons de Dieu. Voilà le péril.

Ce péril, l'humilité vraie le conjure : l'humilité chrétienne, justice et vérité, lumière et force, nous découvre le néant que nous sommes, non pour nous déprimer et nous engourdir, mais pour nous relever au contraire vers Dieu, et nous faire chercher notre point d'appui, non en notre faiblesse orgueilleuse, mais en sa toute-puissante bonté. Elle nous pousse ainsi à l'action courageuse; et, la gloire rencontrée, au lieu de nous repaître de sa fumée comme une idole, l'humilité en reporte l'encens à celui qui glorifie et couronne en nous ses dons.

Voilà comment se fait, aux dépens du seul orgueil, la conciliation de l'humilité, vertu essentiellement êvangélique, avec l'amour de la vraie et solide gloire ; sentiment que le christianisme, loin de l'entraver, agrandit en l'épurant.

Saint Thomas a encore exprimé toute cette doctrine avec la simplicité lumineuse de son génie. Repoussant cette objection que l'humilité est contraire à la magnanimité : « Il « faut, répond-il, dire qu'il y a dans l'homme quelque chose t de grand qui provient des dons de Dieu, et quelque chose

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a de défectueux qui provient de l'infirmité de la nature. La « magnanimité fait que l'homme se rend digne des grandes a choies, en considérant les dons qu'il a reçus de Dieu. « L'humilité, au contraire, fait que l'homme se compte pour « peu en considérant ses propres défectuosités1. » Et après avoir développé ce double point de vue, saint Thomas conclut ainsi : « 11 est donc clair que l'humilité et la magnanime mité ne sont pas contraires, bien qu'elles paraissent inclia ner l'homme à des actes contraires, car ce n'est pas sous a le même rapport. Et sic paret quod mar/nanimitas et humi- « litas non sunt contraria, quamvis in contraria tendere « videantur ; quia procèdent secundum diversas considéra- « tiones. »

Ainsi donc, non opposé à l'humilité, ni détourné de son but par l'orgueil, le sentiment de l'honneur, ou la magnanimité, pour parler avec saint Thomas, reste la distinction glorieuse de l'humanité ; et ce sentiment se surnaturalisera facilement sous l'inspiration de la foi, parce que, de luimême tendant aux choses belles, saintes, grandes, glorieuses, il tend à Dieu, source première de toute beauté, de toute sainteté, de toute grandeur et de toute gloire. Et il est dans l'âme humaine comme un aiguillon sacré qui l'anime aux plus généreux efforts, aux plus vaillantes luttes, aux plus nobles travaux.

L'éducation chrétienne doit donc s'emparer de celte force qui vient de Dieu, et la déployer tout entière dans l'âme en la réglant : supérieure ici encore aux éducations d'où l'idée chrétienne serait absente, elle s'appuie comme elles sur toutes les puissances qu'offre la nature humaine, mais elle possède

1 Dicendum quod in homine invenitur aliquid magnum quod ex dono Dei possidet; et aliquis defectus quod competit ei ex infxrmilale nalurœ; magnanimitas ergo facit quôu homo se magnis dignikicet, secundum considerationem donorum quœ possidet ex Deo... Humilitas aulem facit quàd homo se parvipendat secundum considerationem proprii defectûs.

de plus l'arôme divin qui empêche ces puissances de s'égarer el de se corrompre.

Cette ardeur pour les grandes choses, pour les choses laborieuses, pour les choses ardues, pour les nobles travaux de la science et de la vertu, pour tout ce qui est beau, élevé, généreux, divin, c'est, incontestablement, un des meilleurs sentiments dont on puisse faire battre le coeur d'un enfant

Ce n'est pas seulement un élément essentiel et nécessaire, un des moyens les plus puissants de 1 éducation : c'est la plus haute éducation elle-même, c'est la plus noble élévation de l'âme.

Quiconque la néglige, s'expose à ne former que des cœurs vulgaires et des âmes abaissées, des esprits sans générosité, des natures médiocres.

C'est l'amour même du bien, du beau, du vrai, dans sa plus vive flamme et sa pi us généreuse ardeur. C'est pourquoi il en faut faire le mobile de toute éducation, et surtout, je le dirai, de toute éducation sacerdotale ; car, s'il y a des âmes qui naturellement doivent être élevées, nobles, généreuses, tendre vers les grandes choses, désirer, rechercher, poursuivre en tout le meilleur, le plus parfait, ce sont les âmes sacerdotales ; celles-là, plus que toutes les autres, doivent répugner aux petitesses, aux bassesses, aux indignités, et n'aspirer qu'aux choses belles, saintes, glorieuses.

Oui, encore une fois, Dieu, qui a mis dans l'âme humaine cette puissante attraction vers les choses nobles, et dans le cœur humain ce tressaillement mystérieux devant tout ce qui est grand et beau, n'a pas entendu nous donner dans ces forces, les plus vives de notre nature, des puissances stériles.

L'éducation qui ne comprend pas l'immense ressource, le précieux point d'appui qu'elle trouve là, et qui les néglige ou les comprime, ne sera jamais la vraie éducaUon de l'âme

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humaine, ne parviendra jamais à former des hommes.

Gomment, en effet, former des hommes, sans développer précisément ce qui nous fait le plus hommes, ce qui caractérise le mieux notre noble nature ?

Concluons donc : l'émulation, qui met en jeu les grandes puissances de l'âme humaine, qui fait jaillir tous les sentiments généreux, qui anime aux plus nobles efforts, l'émulation est un des éléments essentiels et un des plus puissants moyens de l'éducation.

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