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DÉVELOPPER LE SENTIMENT DR LHONNECR PAR L'ÉLOGE, RAREMENT PAR LA LOUANGE, JAMAIS FAR LA FLATTERIE

L'éloge, la louange, la flatterie, trois chosés qui paraissent se ressembler beaucoup, et que cependant des différences réelles, profondes même et essentielles en ce qui concerne la flatterie, distinguent et séparent.

Aussi, on l'a dit et il est vrai : la flatterie corrompt, les louanges peuvent égarer, les éloges encouragent.

La natterie est mauvaise, les louanges sont dangereuses, les éloges sont utiles.

L'éloge, c'est le mérite constaté.

La louange, c'est le mérite publié.

L'éloge tombe plus directement sur l'action, la louange sur la personne, et c'est là ce qui en fait la particulière délicatesse et que le danger commence.

Quant à la flatterie, elle s'attache à la personne, mais directement, exclusivement ; et voilà pourquoi elle est toujours mauvaise.

Et voilà pourquoi j'ai dit qu'il faut développer le sentiment de l'honneur par l'éloge, rarement par la louange, jamais par la flatterie.

La flatterie n'est pas un moyen d'éducation, elle en serait la corruption.

La flatterie est essentiellement personnelle et exclusive : elle exclut Dieu, ne s'inquiète pas du bien, méprise ceux qu'elle flatte, et ne songe qu'à elle-même.

Menteuse, elle persuade à celui qu'elle veut tromper le mérite qu'il n'a pas, ou elle exagère le mérite qu'il a, et l'en fait, au mépris de la justice et de la vérité, propriétaire et seigneur.

Vaine et basse, dans celui qui la reçoit comme dans celui qui la donne , elle ne loue pas la vertu en quelqu'un, mais quelqu'un aux dépens de la vérité et de la vertu.

Intéressée, égoïste, elle est ordinairement le fruit de deux amours-propres honteusement d'accord : de celui qui flatte, comme de celui qui se complaît à être flatté.

Elle séduit, elle exalte, elle enivre, elle égare; de toutes les manières elle corrompt.

Détestables flatteurs, présent le plus funeste Que puisse faire aux rois la vengeance céleste î

a dit le poète.

Non-seulement aux rois, mais à tous les hommes.

En un mot, la flatterie est immorale en elle-même et par les mauvaises passions qu'elle nourrit; et il faut la repousser absolument de tout système d'éducation comme de toute la vie, car elle est toujours un poison, un venin mortel.

ch. iv. — l'émulation. 543

Mais un vrai moyen d'éducation, le juste aiguillon de l'honneur, c'est réloge.

Si le sentiment de l'honneur, l'amour des choses bonnes et grandes, l'émulation pour le bien et la vertu, l'estime des honnêtes gens, sont ce qui fait battre le plus légitimement et le plus noblement un cœur d'homme, l'éloge pour le bien et la vertu pratiqués, pour l'honneur mérité, pour les choses glorieuses accomplies, l'éloge doit suivre nécessairement. Gloria débet sequi virtutem

L'éloge n'est pas seulement légitime et permis, il est une justice, il est dû ; et il devient, quand il est accordé, un nouvel aiguillon pour l'honneur et la vertu dont il est la récompense.

L'éloge, c'est le mérite reconnu, constaté, apprécié. C'est la justice, c'est l'hommage rendu à la vérité. C'est la juste gloire des belles et bonnes actions proclamée.

L'éloge est donc récompense; il est aussi encouragement} il affermit la conscience, il fortifie la volonté. C'est la voix qui dit : « Tu as bien fait, je te loue, je te bénis, continue. »

Et cette voix est douce, affectueuse avec gravité et respect, non dure ni parcimonieuse; elle soutient, elle excite, elle enflamme. Bien décerner l'éloge, c'est susciter le courage, la confiance, l'ardeur.

Les éloges même non complètement mérités, mais donnés avec bienveillance et à propos, peuvent toucher, exciter une généreuse nature et la déterminer à bien faire. Saint Augustin l'a dit avec sa finesse et sa délicatesse ordinaires : « Votre éloge tombe sur ce qui n'est pas encore complètement en moi; j'en éprouve intérieurement une confusion salutaire avec un désir ardent d'acquérir ce que vous louez. Et je désire l'acquérir, non-seulement pour le posséder, mais pour que ceux qui m'aiment à cause de cela d'une affec-

tion sincère, ne se trompent pas dans l'estime qu'ils font de

moi. »

Tel est donc l'éloge; mais qui le décernera?

La conscience d'abord ; la conscience, qui rend témoignage de nous-mêmes à nous-mêmes, et qui nous accuse ou nous défend, dit saint Paul, selon que nous avons bien ou mal fait; la conscience, dont la voix intime et profonde peut être regardée comme la voix de Dieu.

C'est encore saint Paul qui a dit cette belle parole : • Notre gloire, la voilà : c'est le témoignage de noire conscience. » Gloria nostra hœc est, te*timoni%m amscientiœ nottrœ.

Ce témoignage-là, quand il manque, quand il ne ratifie pas l'éloge extérieur, quand il le contredit, alors éloge extérieur n'est rien ; il n'a plus de base, il croule de luimême. En vain il retentira bruyamment au dehors, s'il ne réveille dans l'âme cet écho approbateur qui répond à l'éloge mérité, et qui en fait tout le prix.

Mais, au besoin, cet éloge intérieur, quand il est Jà, quand on l'entend, quand la voix de la conscience s'élève en nous et nous crie avec son accent irrésistible : Tu as bien feit! cette voix peut suffire à nous consoler de l'injustice qui nous condamne, ou de l'ingratitude qui nous oublie.

Voilà la première approbation qu'il faut rechercher, et dont il faut inspirer aux jeunes gens le désir souverain.

La conscience, avant tous les autres, voilà le témoignage qu'il faut envier, voilà le juge qu'il faut redouter.

Avant tout, c'est à ses propres yeux qu'il faut être honorable, c'est sa propre estime qu'il faut mériter. L'éducation véritable doit inculquer profondément aux jeunes gens cette maxime salutaire : qne rien ne peut compenser 1e mépris de soi-même, et que pour rien au monde il ne faut mériter ce mépris ; qu'il faut rechercher le bien d'abord, l'estime après: le bien en lui-même et direclement, l'estime indirectement

CH. IT. — L'ÉMULATION

^t comme compagne légitime du bien. Bien faire, et laisser venir la gloire après la vertu, a été de tout temps la maxime qui fit les grands hommes.

Mais après réloge de la conscience, celui de nos semblables est encore une noble récompense.

Cet éloge, d'abord, comme je le disais tout à l'heure, est une justice : c'est l'honneur dû à la vertu, à la juste splendeur des bonnes actions; c'est le droit du mérite : de cet honneur résultent la considération, la dignité etl'autoritè de la vie, choses légitimes et dignes d'être recherchées, non pour repaître la vanité, mais pour le bien qu'elles permettent de faire.

Mais cet éloge est précieux encore en ce qu'il confirme au besoin le témoignage quelquefois timide et hésitant de la conscience.

Et qu'on ne croie pas qu'il y ait vertu à dédaigner ces choses nobles de la nature humaine, ou orgueil à les ap-

Ce n'est pas l'humilité ni la modestie qui méprisent ce témoignage: c'est l'orgueil et la hauteur; l'orgueil dur, la hauteur sauvage, qui se croient au-dessus des éloges et de la juste estime des autres.

Dieu seul est au-dessus de ces choses, parce que Dieu seul n'a besoin de rien, et que l'éternel témoignage qu'il se rend à lui-même lui suffit : Dieu est à lui-même sa gloire.

Mais l'homme n'est pas Dieu.

€e n'est pas que, par une vertu sublime, exceptionnelle, on ne puisse, à l'exemple des saints, soit par la crainte des périls que l'orgueil fait courir, soit par une abnégation héroïque, fuir toute la gloire extérieure de ses actions, et désirer même d'être profondément oublié, inconnu, innommé des hommes, ama nesciri et pro nihilo reputari. Mais ce qu'il n'est permis de sacrifier jamais, ce dont les saints les plus humbles avaient la plus ardente ambition, ce sont les

actions her.orables elles-mêmes, celles qui méritent d'être glorifiées de Dieu, et par conséquent aussi des hommes. £l c'est là le sens profond de la parole de saint Augustin : Iiecte vivere, etnolle laudari, quid est aliud quam inimicum esse rébus humanisf

Saint Paul, l'apôtre par excellence de l'humanité et de la mortification chrétienne, saint Paul, qui fut aussi l'âme la plus généreuse, la plus ambitieuse du bien, saint Paul n'avait pas cette sorte de fierté. H disait expressément aux chrétiens d'honorerleurvieetleur nom aux yeux des hommes, non sans doute pour en retenir la gloire, mais pour la reporter à Dieu. « Evitons, disait-il, toute honte cachée ou t publique. Recommandons-nous à la conscience de tous « les hommes devant Dieu. » Abdicamus occulta dedecoris, commendantes nosmetipsos ad omnera conscientiam hominum coram Deo.

« Faisons le bien, » écrivait-il aux Romains et aux Ephésiens, a non-seulement devant Dieu, mais aussi devant les « hommes. » Providentes bona, non solum coram Deo, sed etiam coram hominibus.

Et saint Paul en parlant ainsi était d'accord avec cette parole de l'Ancien Testament :

a Ayez souci de votre nom, de votre réputation, de l'estime • de vos frères : Curam habe de bono nomine. »

Sans doute, avant tout, cela voulait dire : Qu'il n'y ait aucune tache sur votre nom*; ayez horreur de tout ce qui pourrait être une juste flétrissure. Curam habe de bono nomine.

Cela voulait dire : Avant tout, fondez l'honneur de votre nom sur votre vertu, sur le témoignage de votre conscience. Curam habe de bono nomine.

Mais cela aussi voulait dire positivement : Méritez, conquérez une bonne et honnête réputation. Ayez un juste souci du témoignage que vos actes porteront de vous. Car,

ch. iv. — l'émulation. 5H

ajoute le lexte sacré, cette bonne renommée est un trésor plus précieux que tous les trésors.

Saint Paul disait encore :

« Ma conscience ne me reproche rien, mais cela ne suffit « pas à me rassurer. » Nihil mihi conscius sum, sed non in hoc justificatus sum.

Être sûr qu'on a bien fait, non-seulement par le témoignage unique de sa conscience, qui peut faire illusion, mais encore par le témoignage conforme de ses semblables, c'est une consolation, un encouragement et une force de plus.

Sans doute, ce témoignage humain peut s'égarer : les hommes donnent souvent la louange ou le blâme à qui ne les mérite pas, et en ce sens saint Paul avait raison d'ajouter aux paroles que nous citions tout à l'heure : « Mihi au- « tem pro minimo est ut à vobisjudicer, aut ab humano die. « Que m'importe d'être jugé par vous ou par des hommes « d'un jour? C'est Dieu qui me jugera.» Il n'en est pas moins vrai cependant que quand le témoignage des hommes s'accorde avec celui de la conscience, c'est, nous le répétons, un encouragement et une force de plus.

Consolation, encouragement souvent nécessaires : aussi, c'est le devoir des Supérieurs, quels qu'ils soient, de les donner; des parents d'abord, et aussi des maîtres qui en tiennent la place : fonction grave, auguste, sainte; car, dans le fait, elle s'exerce au nom et en la place de Dieu, dont tous, maîtres et parents, sont les représentants.

L'éloge ou le blâme, c'est un jugement sur le bien et sur le mal : rien n'est plus haut; et voilà pourquoi distribuer l'éloge ou le blâme m'a toujours paru quelque chose d'une gravité extrême, et qui demande la plus entière et la plus haute impartialité.

11 y a donc l'éloge des supérieurs, des parents et des maîtres.

518 LIV. Vf. — LE TEMPS, LB TRAVAIL, L'ÉMULATION.

Et il y a aussi réloge des égaux, des condisciples, petit public qui est beaucoup pour l'enfant; puis réloge du grand public, de la société. L'éloge, le blâme, décerné par un grand nombre, d'ordinaire se rapproche plus de la vérité, constitue un témoignage plus certain. Et tout cela, c'est encore un noble aiguillon, dont il faut piquer la générosité et Tardeurdes enfants,

Sans doute, vouloir, rechercher l'estime des autres aux dépens de la vérité, ce serait une grande misère. Et ce n'est pas sans un sentiment triste qu'on surprend quelquefois, même chez des hommes illustres, cette faiblesse si peu digne de leur gloire.

Quel ami de la gloire de Cicéron ne voudrait pas pouvoir effacer de ses Œuvres cette lettre à Luceius, où le grand homme se diminue et se rapetisse au point de demander à son ami de le louer plus même que ne le permettait la vérité et la conscience? Leges historiœ negligas.amorique nos- Ira plusculum etiam quàm concédât veritas largiare... Ornes ea vehementiùs quàm fortasse sentis... aspergas mendaciunculis...

C'est lit l'infirmité de la nature humaine, et le péril inhérent, comme nous l'avons dit, à ce noble sentiment du cœur humain, l'émulation, l'amour de l'honneur. Et c'est là, nous le dirons, ce qu'il faut corriger et régler; et l'ensemble de la doctrine chrétienne y pourvoit admirablement.

Mais il n'en est pas moinsvrai que c'est un point d'appui, qu'il est impossible de négliger dans l'éducation.

L'homme d'éducation, tout instituteur s'emparera donc de l'éloge ou du blâme comme d'un de ses plus sûrs et plus efficaces moyens ; et c'est par l'éloge qu'il ira remuer le cœur de l'enfant, du jeune homme, dans ses plus intimes profondeurs et dans ses meilleurs instincts, pour en faire jaillir le courage, l'ardeur, les généreux efforts.

CB. Î7. — L'ÉMULATION

Mais comment se doit décerner l'éloge? Plus cette res- . source est puissante, plus l'homme d'éducation sentira combien remploi en est délicat.

Il ne faut jamais donner que des éloges dont l'amour du bien soit le principe; dont une affection charitable, tendre et paternelle, soit l'inspiration ; dont l'intérêt et la bonté soient l'expression encourageante.

Faites sentir à vos enfants quel bonheur c'est pour vous de voir qu'ils ont bien fait. Témoignez au contraire, s'ils n'ont pas bien fait, une tristesse affectueuse; mais ne témoignez pas que vous en désespérez.

Ayez l'air de croire, et persuadez-leur à eux-mêmes qu'ils peuvent ce que vous demandez; et en réalité, ne demandez pas l'impossible.

Combien d'enfants, même présomptueux, ne savent pas ce qu'ils peuvent, ce qu'ils étouffent sous la paresse ou perdent par la légèreté; qui se croient liés par l'habitude, et ont en effet, par l'habitude de l'insuccès ou des notes médiocres, presque perdu l'estime d'eux-mêmes, ou la confiance en leur valeur et en leur bonne volonté !

Tirez-les à tout prix de ce mortel marasme.

Donnez-leur, non de l'orgueil, mais de l'émulation, une généreuse confiance en ce qu'il y a de bon ou d'intelligent en eux.

Pos.\unt, a dit Virgile, possunt, quiaposse videnlur.

Leur faire sentir qu'on les croit encore capables d'efforts et de succès, qu'on s'y attend, qu'on y compte; le leur persuader aussi à eux-mêmes : c'en est assez souvent pour faire remonter un enfant, un jeune homme, des bas-fonds de la paresse ou de l'étourderiedans les hauteurs du travail appliqué et courageux, ou pour le ramener du sentier perdu des funestes habitudes dans les voies de l'honneur et de la vertu.

Aussi, tous les grands maîlres en éducation ont-ils su

faire de l'éloge distribué à propos un de leurs plus puissants moyens d'action,

Quintilien a écrit sur ce sujet avec soa bon sens et son tact ordinaires.

t Que le maître, dit-il, ne refuse pas aux jeunes gens l'é- « loge qu'ils méritent, mais aussi qu'il ne le prodigue pas; « car l'un décourage, et l'autre donne une sécurité dange- « reuse. Quand il les reprend, qu'il ne soit pas amer ni c offensant; rien ne leur donne tant d'aversion pour l'èt tude que de se voir continuellement repris avec un air c chagrin, qui semble venir d'un esprit haineux, et d'un c hommme qui ne sait jamais dire : C'est bien, vous avez « bien fait*. ■

Mais l'éloge doit-il aller jusqu'à la louange?

Sans doute, quelquefois; avec une réserve extrême cependant, car ici le danger est plus proche et la délicatesse plus grande.

La louange aussi est une justice.

C'est la juste admiration des choses admirables ; du beau, du bien, du vrai, de l'effort glorieux, du travail vertueux ;

C'est un hommage dû aux dons que Dieu a mis dans ses créatures, et qu'elles ont su faire fructifier.

Ne pas louer celui qui est louable, c'est donc une injustice.

Aussi, le profond et sûr instinct de l'humanité a en effet toujours attaché la louange aux personnes et aux choses dignes d'être louées.

t La louange, disait saint Augustin, est et doit être la

1 In laudandis ditcipulorum diciionibus nec malignus, nec effusus ; quia res altéra tœdium laboris, altéra tecurilatem pant. In emendando quœ corrigenda erunt, non acerbus, minimeque contumeliosus ; nam id quidem mullos a proposito studendi fugat, quod quidam sic objurgant, quasi odcrint.

CH. IV. — L'ÉMULATION

compagne des bonnes actions et des belles vies; et il ne faut rejeter ni ces actions, ni leur cortège naturel. Bonœ vitœ bonorumque operum cornes et solet et débet esse laudatio; tam comitatum ejus quant ipsam bonam vitam désert non oportet. »

Mais quel tact demande la louange, pour être décernée à propos et sans péril.

Le grand règle ici, c'est la vérité et le respect.

La vérité : jamais d'exagération ; le respect, soit dans celui qui loue, soit dans celui qui est loué.

L'enivrement est ici à craindre, et l'enivrement, c'est l'orgueil, et tout ce qu'il traîne avec lui.

C'est le bien, c'est la vertu, qu'il faut aimer avant tout, directement, pour elle-même, et non pas le chatouillement de la louange; car l'honneur, la vraie gloire est là, dans l'action, dans la vertu, dans la difficulté vaincue, dans l'effort généreux, dans la victoire sur soi ou sur les autres; elle est là, et non pas dans le bruit qui se fait autour de nous.

Aussi, saint Augustin s'applique-t-il à montrer que la louange vertueuse consiste à louer beaucoup plus le bien lui-môme que l'homme en qui se trouve ce bien ;

Et que le péril d'être loué consiste à retenir pour soi la louange, au lieu de la reporter à la vertu d'abord, et ensuite à Dieu qui nous donne d'être vertueux ;

Et à nourrir ainsi sa vanité aux dépens de la justice et de la vérité.

« La louange qui peut venir des gens de bien, » ajoule-t-il avec grande justesse, « si je dis que je n'en veux pas. je « me mens à moi-même; si je dis que je la désire, je « crains que ce désir ne soit vanité. Que dirai-je donc? Je « ne la repousse pas entièrement, je ne la désire pas abso- « lument. •

Il y a donc un péril dans la louange ; de lù, la réserve

nécessaire dans celui qui la décerne et dans celui qui la reçoit

- Dans celui qui la reçoit, il iaut: amour pur de la vérité, du bien, et de l'honneur dû au bien ; oubli de sa personnalité ; émotion, non de l'orgueil, mais de la conscience, poussant non à une vaine ivresse, mais à des efforts nouveaux ; et si on a un cœur chrétien, hommage à Dieu de ces louanges qui doivent toujours remonter à Dieu.

Dans celui qui la décerne ; gravité, respect, mesure, tact et discernement.

Discernement du caractère de l'enfant et de ses dispositions présentes ; attention même aux autres élèves, et à l'effet que telle louange donnée de telle ou telle façon, à tel ou tel moment, produira. En un mot, calcul délicat et exacte appréciation de toutes les circonstances. Voilà le talent du maitre, et la condition du bon ou mauvais effet de la louange ou du blâme, et en général de tous ses moyens d'éducation.

Féneion à écrit sur ce point une page admirable, où son jeune Télémaque paraît un modèle exquis de la manière dont il faut accepter la louange :

« Les louanges qu'on lui donna par des acclamations pu- « bliques, sur tout ce qu'il venait de faire, augmentèrent sa a honte: il aurait voulu se pouvoir cacher: ce fut la pre- « mière fois qu'il parut embarrassé et incertain. Enfin, il « demanda comme une grâce qu'on ne lui donnât plus au- « cune louange: t Ce n'est pas, dit-il, que je ne les aime, « surtout quand elles sont données par de si bons juges de « la vertu ; mais c'est que je crains de les aimer trop ; elles « corrompent les hommes, elles les remplissent d'eux- « mêmes, elles les rendent vains et présomptueux. Il faut « les mériter et les fuir: les meilleures louanges ressem- « blent aux fausses... Les bonnes louanges sont celles que « vous me donnerez en mon absence, si je suis assez heu-

ch. v. — l'émulation.

« reux pour en mériter. Si vous me croyez véritablement « bon, vous devez croire aussi que je veux être modeste « et craindre la vanité : épargnez-moi donc, si vous m'esti- « mez, et ne me louez pas comme un homme amoureux des « louanges . . .

« Et par un air d'indifférence, il arrêta bientôt les

« louanges qu'on lui donnait. On commença à craindre de « le fâcher en le louant ; ainsi les louanges finirent, mais « l'admiration augmenta. »

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