CHAPITRE IV
SYMPTOMATOLOGIE
Chez le nourrisson, ce petit être encore dépourvu de parole et par conséquent incapable de traduire ce qu'il ressent, Îles symptômes de l'étranglement herniaire constituent, par leur apparition subite et bruyante, un tableau des plus effrayants.
Nous allons essayer, par une étude clinique, de reproduire aussi exactement que possible les grandes lignes de ce tableau, nous proposant d'analyser ensuite plus en détail ce que chacun dés symptômes peut présenter de
particulier à l'affection.
1° Etude clinique
Il s’agit le plus souvent d’un petit enfant, du sexe masculin, porteur d’une hernie inguinale qui, jusque-là,
Pots
était réductible et maintenue en place par un bandage. Quelquefois cependant le sujet ne présentait antérieurement aucune tumeur au niveau du pli de l’aine.
Soudain, le plus souvent sans qu’on en sache le motif, le petit être se met à pleurer d’une façon inaccoutumée et, en plusieurs vomissements, expulse le contenu de son estomac. Toute téntative d'alimentation devient désormais inutile : met-on l'enfant au sein, 1l s’en écarte instinelivement ou, s'il consent à prendre quelques gorgées, il les reslitue aussitôt.
Dès ces premiers symptômes, les parents les plus impressionnables et les plus soucieux de la santé de leur enfant vont immédiatement chercher le médecin. Les autres, ayant peut-être déjà assisté à des crises de ce genre, espèrent par des manœuvres de taxis se rendre maftres des accidents ; mais ils ne tardent pas à constater que leurs efforts ne réussissent qu'à faire augmenter le volume de la tumeur. D’autres enfin, croyant à un malaise passager, se contentent de laisser agir la nature.
Pourtant, pendant ce temps, le petit enfant devient de plus en plus inquiet et, par ses cris, témoigne une vive douleur. De plus, les vomissements, qui étaient d'abord alimentaires, sont maintenant devenus bilieuxet se reproduisent à de très courts intervalles : les matières et les gaz ne circulent plus; les urines parfois même ne sont plus émises : aussi les langes de l'enfant, habituellement. souillés plusieurs fois par Jour, demeurent-ils dans un parfait état de propreté.
Devant des constatations aussi peu rassurantes, le médecin est appelé; et celui-ci, après avoir reconnu l'existence d'un étranglement herniaire, fait instituer dans le plus bref délai le traitement chirurgical.
Mais Lrop souvent, par suite de retards — parfois iné-
De vitables — apportés dans l’intervention, on voit le tableau des äccidents herniaires s’assombrir encore davantage. En effet, le petit enfant, continuant à vomir de la bile et parfois même des matières fécales, ne tarde pas à subir les effets de l’intoxication stercorale el à présenter des phénomènes généraux des plus sérieux. Les traits se tirent, les yeux s'excavent, le teint prend un aspect terreux, la langue se sèche, la respiration devient anxieuse, elle pouls, petit, filiforme, ne peut plus être compté.
À ce moment-là, si l’opération n'a pas lieu, le pronoslic s’assombrit considérablement.
2° Analyse des symptômes
Maintenant que nous avons vu l’ensemble du tableau symplomalique, nous allons entreprendre l'étade eriti-. que de chacun des symptômes pris en particulier.
Douleur. — Un adulte atteint d'élranglement herniaire accuse, avant toute autre chose, une douleur vive, apparue brusquement, localisée au niveau du pli de l’aine. Le petit enfant au contraire n’est pas à même de nous donner ces renseignements précieux : il pleure et c'est ainsi seulement que nous pouvons penser qu'il souffre. Aussi le diagnostic est-il souvent difficile à établir dès les débuts des accidents.
Vomissements. — Ils prennent chez le nourrisson une intensité et une fréquence particulières. Annoncés par
quelques éructations, ils sont d’abord alimentaires, puis
PAF bilieux, mais rarement fécaloïdes. Parmi nos observalions, seules les observations VITE, IX, X signalent le rejet par la bouche de matières fécales. Dans l’observalion VI les vomissements ont élé hématiques : ce fait est
plutôt rare.
La suppression des selles el des qaz est un symptôme constant lorsqu'une anse complète de lintestin a été élranglée. Mais, comme nous le verrons plus loin, dans
les cas de pincement latéral de l'intestin, d'étranglement,.
herniaire ou diverticulaire, les matières et les gaz peuvent conserver leur libre cours. De même, on peut quelquefois constaler des selles hémorragiques que Kukula (1) attribue à l'ouverture d'un petit vaisseau dans le voisinage du collet par suite de la chute de petites eschares.
* Anurie. — La rétention des urines s'observe assez souvent chez nos petits malades au cours des accidents herniaires, et nous signalons ce fait dans notre observa- Uoñ VIT. [y a là sans doute un processus réflexe analogue à celui qui amène l'anurie au cours des interventions sur la région périnéale.
Exploralion de la région herniaire. — Du côté de la région inguino-scrotale, l'inspection permet le plus souvent de constater l'existence d'une tumeur pouvant atteindre le volume d'une mandarine. La peau est le plus souvent d'aspect normal, mais elle peut parfois devenir Lendue, luisante, et présenter au niveau du scrotum de la
(1) Annales de la Société belge de chir., déc. 1899.
rougeur, de l'æœdème et de l’empâtement. Au palper, celle tumeur estirréductible par les manœuvres de taxis ; elle est d’une consistance généralement dure, parfois rénitente, et d’autres fois malléable, se moulant sous les doigts. La pression détermine une douleur vive que le jeune enfant traduit par une crise de pleurs. À la percussion, on oblient tantôt de la matité, tantôt de la sonorité. La mabité révèle, dans la partie inférieure de la tumeur tout au moins, la présence de liquide où de matières fécales. La sonorité indique au contraire une distension exagérée de lanse herniée par l'engouement SazeUX.
Les symplômes yénéraux, chez nos petits êtres, présentent la particularité de se déclarer très {ôt, souvent
même en moins de 4 heures. Cela provient de la ré-
sorption rapide des produits loxiques provenant de l'intestin et de leur disséminalion dans tout l’organisne.