CHAPITRE II
Considérations préliminaires.
Peu de temps après la naissance , le cordon aussi bien que l'anneau ombilical subissent de rapides modifications qui doivent aboutir à l'oblitération des vaisseaux , au resserrement et à l'occlusion complète de l'anneau, en un mot à la formation de la cicatrice ombilicale. L'examen rapide de ces modifications ne sera pas inutile pour aider à comprendre le mode de développement des hernies qui peuvent se former à l'ombilic pendant les premiers temps de la vie.
On peut diviser les phénomènes qui se produisent alors en primitifs et consécutifs. Les premiers sont : la chute du cordon et le resserrement de l'anneau ; les seconds consistent dans les adhérences que contractent , avec les bords de l'ouverture ombilicale, les différents éléments du cordon, et dans leur rétraction consécutive.
La chute du cordon a été longtemps considérée comme un simple phénomène d'inflammation ulcérative, se développant au niveau du cercle cutané qui entoure à sa base le cordon ombilical. Cette opinion, soutenue encore aujourd'hui par plusieurs auteurs, a été attaquée par le professeur Richet (1), qui a décrit à la face interne de l'anneau ombilical une sorte de sphincter actif, formé de tibres musculaires de la vie organique, dont la contraction déterminerait la section des vaisseaux et la séparation du cordon à une hauteur constante, quel que soit le point où la ligature a été appliquée. Mais l'existence de ce sphincter
(1) Archives gén. de méd., 5^ série, t. VIII, p. 641, 1866, et t. IX, p. 69, 1867. — Voy. aussi Traité d'anat. méd.-chirurg.
ombilical aurait une bien autre importance encore, au point de vue qui m'occupe, puisque, suivant l'auteur que je cite, c'est au rapprochement actif de ce sphincter que l'ouverture ombilicale doit , dans les premiers mois de l'existence, de résister efficacement à la pression des viscères. Sans cet appareil, ajoute le professeur Richet , on s'expliquerait difficilement comment tous les enfants ne seraient point affectés de hernies , et c'est là sans doute ce qui avait fait dire à A. Gooper que, dans l'enfance, l'anneau ombilical était si peu fermé que, s'il était situé à la partie inférieure de l'abdomen , tous les jeunes sujets seraient affectés de hernie ombilicale.
Sans discuter ici la valeur de cette théorie, qui semble appuyée sur des faits anatomiques bien observés , je ferai seulement remarquer qu'il est peut-être possible d'expliquer plus simplement le développement de la hernie ombilicale chez quelques nouveau-nés, ou la prédisposition de certains d'entre eux, à l'exclusion des autres, sans faire intervenir l'action d'un muscle spécial, dont l'existence a même été mise en doute par quelques anatomistes. Il suffit, pour s'en rendre compte, d'admettre simplement une anomalie dans les dimensions de l'ouverture ombilicale, anomalie que l'enfant apporterait à la naissance, et qui ne serait qu'un diminutif de l'arrêt de développement beaucoup plus marqué des parois abdominales, qui produit l'exomphale congénitale, et que tout le monde accepte aujourd'hui. Dans l'opinion que j'émets ici , on peut concevoir que l'existence de cette anomalie dans les dimensions de l'ouverture ombilicale puisse n'avoir aucune conséquence pendant le cours de la vie intrautérine , en l'absence des causes habituelles qui produisent les hernies ; mais, dès que la respiration est établie, les cris, les efforts de l'enfant devront agir efficacement pour pousser les viscères à travers l'anneau. D'après cette manière de voir, la variété d'exomphale qui se forme très-peu de temps, ou même près- . que immédiatement après la naissance, se rapprocherait donc \ jusqu'à un certain point de la hernie congénitale proprement! dite.
Les phénomènes secondaires qui se passent du côté de l'ombilic consistent tout d'abord dans les adhérences que les éléments intra-abdominaux du cordon contractent avec l'anneau
ombilical. Depuis longtemps déjà on avait remarqué que ces adhérences étaient très-intimes à la partie inférieure de l'anneau, du côté des artères ombilicales et de l'ouraque , tandis que , à la partie supérieure, la veine ombilicale adhérait très-faiblement, et on a pu tirer de ce fait , ainsi que nous le verrons plus tard , certaines déductions relatives au trajet parcouru par les viscères hernies.
En même temps que se produisent les adhérences dont nous venons de parler, l'anneau se resserre de plus en plus. Puis le développement rapide de la paroi abdominale antérieure tendant à augmenter la distance qui existait entre le pubis et l'ombilic , les artères ombilicales et l'ouraque , retenus par leurs extrémités adhérentes au pourtour de l'anneau, se trouvent d'abord distendus , puis cèdent à cette distension, se rétractent, s'atrophient et se transforment en cordons celluleux. Le professeur Ch. Robin (1) a très-bien étudié et décrit le mécanisme de cette rétraction de Fouraque et des artères ombilicales dans leur gaîne celluleuse, ainsi que l'appareil ligamenteux qui en résulte.
Quant à la veine ombilicale, elle se rétracte peu, mais elle s'oblitère et finit par se transformer en un cordon fibreux.
Tous ces phénomènes de resserrement de l'anneau, d'adhérence des vaisseaux et de l'ouraque, de rétraction de ces derniers, exigent, pour s'accomplir et donner lieu à la cicatrice ombilicale définitive, un certain laps de temps ordinairement assez court pour qu'il n'en résulte aucun inconvénient. Ce travail est en effet complètement terminé vers la huitième ou la douzième semaine. Mais on comprend bien comment, sous l'influence de causes diverses que nous examinerons plus tard, ou d'une prédisposition particuhère de l'enfant, la lenteur ou l'irrégularité dans l'accomplissement de ces phénomènes constituent autant de prédispositions à la production des hernies ombilicales pendant les premiers temps de la vie. La persistance delà perméabilité de l'ouraque, celles de la veine et des artères ombilicales observées quelquefois, prouvent que le resserrement de l'anneau,
(1) Mém. de VAcad. de méd,, t. XXIV, p. 391.
les adhérences, la rétraction de ces vaisseaux peuvent iie pas s'accomplir.
Ces préliminaires établis, je puis aborder l'étude de la hernie ombilicale des enfants.
I I. — Anatomie pathologique.
La forme la plus générale de la tumeur est allongée, presque cylindrique ; cependant elle peut revêtir toutes les apparences diverses que l'on observe dans la hernie des adultes, ce qui dépend, comme on le verra , du point où les viscères sont sortis de Tabdomen. En général la hernie des enfants est petite et occupe le centre du cordon
Les enveloppes de la tumeur sont formées par la peau trèsamincie, surtout au sommet de la tumeur, puis par un tissu lamitieux peu abondant, dans lequel se montrent des filaments cellulo-fibreux, débris des vaisseaux ombilicaux et de l'ouraque, dont la disposition est variable, suivant que la hernie est centrale ou latérale. Le péritoine forme l'enveloppe la plus interne.
Quant aux viscères le plus habituellement contenus dans la hernie ombilicale du jeune âge, ce sont l'iiitestin grêle et le côlon transverse. L'épiploon, à peine développé à cet âge, manque nécessairement. La hernie peut-elle contenir, outre les anses intestinales, d'autres organes comme le foie? Un fait rapporté dans la thèse de Vidal (de Cassis) et emprunté à Lean de Kilmalcolm (1), pourrait le faire croire, mais je pense que, dans ce cas, il y a eu erreur d'interprétation et qu'il s'agissait d'une exomphale congénitale.
f IL — Étiologie.
La hernie ombilicale des enfants est assez fréquente , ce qui s'explique par la raison que j'en ai donnée plus haut. Suivant Malgaigne (2), cette fréquence serait plus grande chez les enfants du sexe masculin. Toutefois une opinion inverse a été soutenue
(1) Archives gén. de mécL, t. III; 1833.
(2) Leçons de Malgaigne sur les hernies^ recueillies par Gelez, i841, p. 2J9.
par Girard (1) , de sorte que la question mériterait d'être examinée à nouveau.
Il paraîtrait que certaines races et en particulier celle des nègres, seraient plus spécialement disposées à l'exompliale , et même certaines tribus plus que d'autres (2). Enfin A. Gooper admettait l'hérédité des hernies ombilicales.
Nous nous sommes étendu assez longuement sur les causes prédisposantes toutes spéciales qui expliquent la formation fréquente des hernies ombilicales chez les enfants. Nous ajouterons seulement qu'une observation faite par Martin (3 , chirurgien en chef des Enfants- Trouvés à Lyon, semble venir confirmer l'idée qu'il existe le plus souvent, comme cause première, une anomalie dans les dimensions de l'anneau. Il a constaté en eff'et plus de hernies ombilicales chez les enfants qui naissent avec le cordon ombilical volumineux et mou. On comprend qu'alors l'anneau doit être plus large et plus lent à se resserrer.
Quant aux causes efficientes ce sont les cris, les efforts de toute nature, comme la toux, les vomissements, etc. J'indiquerai aussi la rétention complète ou incomplète d'urine comme pouvant agir de la même manière; et on peut voir dans une observation ^4) publiée sous ce titre singulier : hernie ombilicale compliquée et causée par un phimosis, que les efforts de la miction, dans un cas où l'ouverture du prépuce était excessivement étroite, semblent avoir occasionné le développement de l'exomphale. L'opération de la circoncision, en rendant plus facile l'écoulement des urines fut suivie d'une rapide guérison.
On doit encore invoquer comme cause efficiente des hernies ombilicales du jeune âge, l'application mal faite et irrégulière des bandages employés pour le pansement de l'ombilic.
Enfin, l'augmentation anormale du volume du ventre, comme celle qui résulte du développement d'une tumeur, pourrait aussi provoquer l'apparition d'une hernie. Un fait très-curieux observé par Moissenet (5), quoique se rapportant à une hernie dite congénitale^ montre l'influence d'une semblable cause.
(1) Journal de méd. de Sédillot, t. XLI, p. 275.
(2) Malgaigne, loc. cit., p. 22 .
(3) Journal de méd. de Sédillot, t. XLI^ p. 264.
(4) London méd. Gaz., t. XLII, p. 201 ; 1848.
(5) L'Expérience, 1. 1, p. 20.
Obs. vil — Il s'agit d'une exomphale de naissance qui semblait avoir été déterminée par une tumeur sanguine considérable de la capsule surrénale. La hernie ne put être réduite qu'après de violents efforts. La mort survint rapidement, et on vit, à l'autopsie, que la tumeur abdominale avait été rompue pendant le taxis, ce qui avait permis la rentrée des viscères.
Toutes ces causes ont un mode d'action dont il est aisé de se rendre compte, lorsqu'on connaît l'évolution que subissent peu après la naissance les parties constituantes du cordon et de l'anneau ombilical. En effet , si par suite d'une disposition congénitale, cet anneau présente des dimensions trop considérables, ou bien si cette disposition n'existant pas , l'oblitération est lente à se faire, ou si encore, contre l'effort concentrique de la nature pour fermer l'ombilic, s'élève une force excentrique qui tend à entraver la première en poussant les viscères vers l'anneau , on conçoit qu'alors la hernie sera imminente, et se produira à une époque variable avec les différentes conditions que je viens d'exposer.
Quanta la remarque deSabatier, qui invoque la position horizontale que gardent le plus souvent les enfants nouveau-nés, comme cause prédisposante de l'exomphale, nous ne pouvons la comprendre. D'autant plus que la position inverse expliquerait, pour les auteurs vétérinaires , la production relativement fréquente de l'exomphale chez les jeunes animaux.
I III. — Symptomatologie. — Diagnostic.
D'après les considérations étiologiques dans lesquelles nous venons d'entrer, on voit que la hernie des enfants peut se montrer à différentes époques à partir de la naissance. C'est habituellement de 4 à 6 mois qu'elle apparaît, quelquefois plus tard, vers 1 ou 2 ans. Nous avons suffisaaiment décrit ses caractères qui sont ceux des hernies ordinaires. Nous ajouterons seulement que la tumeur augmente et se tend lorsque l'enfant crie ou fait effort , et qu'elle diminue ou disparaît complètement, -lorsque l'enfant est dans le repos et dans le décubitus dorsal.
Sa présence chez la plupart des sujets paraît n'occasionner ni coliques , ni troubles digestifs; le professeur Gosselin dit avoir
questionné à cet égard plusieurs enfants de 4 ou 5 ans au plus, et avoir toujours obtenu des réponses négatives.
Il est possible toutefois que certaines hernies de cette nature donnent lieu à des accidents; c'est du moins ce qui résulte de la lecture de deux observations de Saviard (1). Dans l'une, il est dit qu'une petite lille de 14 mois était tourmentée d'un étranglement d'intestin engagé à l'ombilic, ce qui causait à cette enfant des douleurs si violentes , que son visage en devenait tout livide , en sorte qu'on la croyait à chaque instant près de mourir. L'autre petite fille était si cruellement tourmentée de la même maladie, qu'elle ne pouvait dormir ni jour ni nuit. Quant à l'étranglement véritable, il ne semble pas avoir été observé, ce qui se comprend par la faible épaisseur et l'orifice généralement assez large de l'anneau ombilical.
Il est inutile d'insister sur le diagnostic de l'exomphale des nouveau-nés, qui se reconnaîtra toujours aisément (2j; mais il est quelquefois plus difficile de la distinguer de la hernie congénitale proprement dite, d'autant mieux que, dans mon opinion, un certain nombre de hernies des enfants devraient être rangées au nombre des omphalocèles de la période fœtale.
En général, le diagnostic pourra s'établir d'après l'époque d'apparition de la tumeur, lorsqu'il se sera écoulé un certain laps de temps depuis la naissance , d'après le volume et d'après la nature des organes qui composent la hernie.
I IV. — Marche^ terminaison, pronostic.
La marche naturelle des hernies ombilicales de l'enfance est la tendance à la guérison , et cela s'explique bien quand on se rappelle les conditions spéciales au milieu desquelles elles se produisent.
(1) Obs. chirurg.^ p. 45 et suiv.
(2) On peut signaler pour sa singularité le fait fuivant :
Sur une pièce présentée à l'Académie de médecine (27 novembre 1823) par Serres, une veine naissant de l'iliaque externe du côté droit montait à. la face postérieure du grand droit de l'abdomen jusqu'à l'anneau ombilical, s'y en" gageait et simulait pendant la vie une petite hernie. Rentrant ensuite dans le ventre, cette veine montait^ en suivant le cordon de la veine ombilicale^ vers le sillon transverse du foie, piiur donner naissance à une veine porte hépatique.
L'évolution normale des parties qui doivent combler l'ouverture ombilicale, retardée par une cause quelconque ou irrégulière dans sa marche, ne continue pas moins à s'effectuer et à amener, au bout d'un temps plus ou moins long, le resserrement de l'anneau et par suite la rentrée des viscères. Ce résultat est obtenu d'une manière encore bien plus certaine si le chirurgien vient aider la nature en maintenant les viscères réduits.
Certains auteurs, se fondant sur le grand nombre de guérisons des hernies ombilicales des enfants, ont été jusqu'à dire que la guérison s'effectuait toujours spontanérf»ent, et que l'intervention chirurgicale était pour le moins inutile. Ce serait certainement aller trop loin que de vouloir soutenir cette opinion, qui aurait le grand inconvénient de faire négliger l'emploi de moyens simples et faciles , qui ont peut-être empêché bien des malades de porter une infirmité pendant le reste de leur existence.
Utie dernière considération terminera ce que j'avais à dire du pronostic.
La succession des phénomènes primitifs et consécutifs qui se passent au niveau de l'ouverture ombilicale après la naissance devait faire supposer ([ue la guérison spontanée d'une hernie a d'autant plus de chance de s'opérer que celle-ci s'est produite plus tôt, puisque les phénomènes de rétraction de l'anneau iront en augmentant de plus en plus; et en effet cette vue théorique serait confirmée par l'observation des faits : Vidal (de Cassis), Gosselin, ont fait cette remarque que les guérisons spontanées deviennent moins faciles à mesure qu'on s'éloigne des premiers moments de la vie.
I V. — Traitement.
Le chirurgien appelé à traiter une hernie ombilicale développée peu de temps après la naissance ne doit pas oublier que la marche habituelle de cette affection est la tendance naturelle vers la guérison. Son rôle devra donc consister à favoriser le resserrement physiologique de l'anneau ombilical, et le meilleur moyen d'obtenir ce résultat est de maintenir les viscères réduits.
C'est là, si l'on veut, un traitement palliatif, mais qui offre une importance toute particulière, puisque son usage plus ou moins prolongé peut conduire à la guérison complète.
Avant d'indiquer les différents procédés qui ont été employés pour la contention des hernies ombilicales des nouveau- nés, je désire dire un mot d'une méthode thérapeutique beaucoup plus énergique, par laquelle on a cherché à obtenir la guérison radicale et prompte de cette affection. Comme les mêmes procédés de cure radicale ont été proposés et exécutés pour les hernies des enfants et pour celles des adultes, je crois préférable de renvoyer au chapitre consacré au traitement de ces dernières tout ce qui concerne la description de ces opérations. Si en effet celles-ci sont quelquefois applicables aux hernies des adultes, dans quelques cas très-rares, et que nous chercherons à déterminer; chez les enfants au contraire on peut établir que la cure radicale ne doit jamais être tentée, et les exemples assez nombreux de guérisons obtenues à l'aide de la ligature ou d'autres procédés ne sauraient engager les chirurgiens à se départir de cette règle de conduite. Le jugement que je porte ici sur les opérations de cure radicale des exomphales des nouveau-nés, se trouve d'ailleurs exprimé aussi catégoriquement par les auteurs les plus recommandâmes de notre époque. Suivant le professeur Gosselin (1) , « ces opérations ne doivent même plus être discutées dans les ouvrages de chirurgie, d'abord parce qu'elles exposent à la mort, et ensuite parce que les enfants guérissent aussi bien par les efforts de la nature ou par ces efforts aidés de l'application d'un bandage bien fait et convenablement surveillé. »
La première indication du traitement de l'exomphale chez les enfants est donc de réduire les viscères ; la seconde, de maintenir ette réduction.
Il est facile par une pression simple de faire rentrer les viscères dans l'abdomen, mais il est beaucoup moins aisé de les empêcher ultérieurement de sortir, et cette difficulté tient , suivant la remarque de Malgaigne , à la forme du ventre chez les enfants qui ont le bassin trop étroit et l'abdomen très-large, précisément au niveau de la région ombilicale, en sorte qu'un bandage quelconque appliqué sur ce point tend incessamment à se déplacer vers le bas ; aussi un assez grand nombre d'appareils
(1) Loc. cit., p. 441.
ont-ils été imaginés pour obtenir la contention des hernies des nouveau-nés.
La compression simple, opérée à l'aide de compresses et d'une bande , pourrait à la rigueur suffire dans les cas les plus légers; il paraît même que des applications de collodion faites directement sur la peau, par la constriction qui en résulte, auraient été suivies de guérisons (1).
Mais en général ces moyens sont insuffisants , et depuis longtemps déjà les chirurgiens ont cherché à agir plus directement sur les viscères, en maintenant engagé dans l'ouverture ombilicale un corps plus ou moins arrondi, re plissant l'office d'un véritable bouchon : de là une infinité d'appareils et de procédés imaginés, depuis Aétius jusqu'aux temps modernes, et décrits sous le titre de Méthodes nouvelles pour laguériso7i des hernies ombilicales. Le principe général de la méthode a toujours été le même, seulement l'indication a été plus ou moins bien remplie.
On a successivement appliqué sur l'anneau dtis boules faites avec du papier mâché, du linge, de la charpie, du coton , imbibées ou non de substances astringente?, dont l'action, disait-on, venait s'ajouter à celle de l'agent compressif.
Platner imagina de placer sur l'ouverture ombilicale la moitié d'une boule de cire contenue d'abord par un emplâtre qui recouvrait la région ombilicale, puis par une bande circulaire. Richter (2), qui a employé ce moyen, le trouve défectueux parce que la boule de cire , en se ramollissant, se déforme, s'aplatit et ne remplit plus exactement l'ouverture , aussi la remplace-t-il par une noix muscade coupée par le milieu, enveloppée dans un petit morceau de linge et maintenue par un bandage. Sœmmering (3), se servait d'une demi-sphère '^e liège. Cooper (4) appliquait une demi-bille. Le même auteur s'est aussi servi d'une sorte de cône fait avec des rondelles de diachylon d'un diamètre successivement croissant. Malgaigne (o) , frappé de l'inefficacité des autres appareils, avait imaginé une plaque d'ivoire du centre de
(1) Pardier (de Clermorit-Ferrand) , Gazette des hôpit., 1856, p. 483.
(2) Traité des hernies, p. 236.
(3) Ueber die Nabelbrûche, § 72.
(4) Œuvres chirurg., trad. Chassaiguac, p. 337.
(5) Leçons sur les hernies, p. 229 à 233.
laquelle s'élevait une petite tige arrondie à son extrémité, destinée à s'engager dans l'ombilic et à refouler la hernie jusque dans le ventre. Vidal (de Cassis) (1) recommande l'usage d'une plaque ronde en gomme élastique, présentant à son centre un mamelon qui est introduit dans l'ombilic. Plus récemment Demarquay (2) s'est servi de pelotes en forme de pyramide, faites en caoutchouc vulcanisé et remplies d'air. Ces différents moyens, dont on pourrait peut-être augmenter la liste , agissent tous à la manière d'une pelote , et . sous ce rapport , un ne sait trop vraiment auquel donner la préférence , ou pour mieux dire , le choix de la pelote me paraît à peu près indifférent, pourvu que sa forme et son volume soient bien appropriés aux dimensions de l'anneau.
L'inconvénient général de la plupart de ces appareils est de se déplacer, et l'indication difficile à remplir c'est de maintenir la pelote en place. Dans ce but, on a encore préconisé bien des moyens. Déjà nous avons vu Platner faire usage d'emplâtres adhérents à la peau. Depuis lors le même moyen a été proposé avec quelques variantes, et nous le voyons vanté par MM. Trouseau (3), Malgaigne (4), Sicard (5), Balestrier (6) . Ghabrely (7) Meynier (8), qui en a réclamé, peut-être à tort, la priorité. Enfin ou a cherché aussi à maintenir la compression sur l'anneau à l'aide de bandelettes enduites de coUodion; et, pour empêcher plus complètement le dérangement de la pelote, Seutin a imaginé d'appliquer par dessus celle-ci d'abord, une longue bandelette de diachylon, puis un bandage amidonné.
De tous ces procédés de contention, les plus simples seront les meilleurs, surtout s'il s'agit d'un enfant à la mamelle. Une petite pelote en caoutchouc, ou plus simplement encore une compresse pliée en huit ou seize doubles, et maintenue sur l'ouverture à l'aide d'une bandelette de diachylon assez large pour empêcher
(1) Loc. cit., p. 32.
(2) U Union médic, mars 186G.
(3) Journal de oj tir ur g. de Malgaigne, 7844, p. 281.
(4) Gazette des hôpit., 1840 {Leçons sur les hernies). (5j Gazette des hôpit., août 1844.
(6) Bullet. de thérapeut., 1843.
(7) L'Expérience, mars 1844.
(8) Journal des connaissances méd.-chir,^ 1834 et 1845.
— '4l> — la pelote de basculer et assez longue pour faire deux t'ois le tour du corps, tel est l'appareil qui me paraît le mieux convenir; à la condition qu'on le surveille avec soin , afin de le replacer s'il se dérange ou de l'enlever si son emploi détermine de l'érytlième.
Mais ce moyen ne peut être continué pendant longtemps, et dès que l'enfant marche il faut avoir recours à un véritable bandage. La forme et la disposition de ce dernier sont très-variables. C'est toujours une petite pelote répondant à l'anneau, fixée sur u:ie plaque circulaire légèrement excavé^; à celle-ci est assujetti un ressort qui embrasse seulement la moitié du corps de l'enfant, et va s'adapter par son autre extrémité à une plaque répondant à la région lombaire.
Mais on doit savoir que, quelque perfectionnés que soient ces bandages, peu de hernies ombilicales sont réellement bien contenues chez les enfants , et qu'il faut un soin extrême de la part des parents et du chirurgien lui-même pour maintenir l'appareil convenablement appliqué.
Dans rénumération que je viens de faire des différents procédés de traitement des exomphales , j'ai peut-être oublié d'en mentionner quelques-uns; mais je m'en console aisément en voyant combien peu ils diffèrent les uns des autres. Il en est un cependant dont je n'ai pas encore parlé, et qui se distingue des autres par son originalité, il a été imaginé par Accarie (1) et décrit dans sa thèse inaugurale. Il consiste essentiellement en deux plaques ou viroles métalliques d'inégales dimensions, dont la plus petite est introduite dans l'anneau ombUical, la plus large restant à l'extérieur. Ces deux plaques unies entre elles par des tiges métalliques et représentant ainsi un double bouton de chemise, embrassent dans leur écartement les bords de Fouverture ombilicale.
Il est permis de douter que cet appareil assez compliqué , et dont l'emploi ne me paraît pas exempt de tout inconvénient, puisse jamais passer dans la pratique usuelle.
(1) Thèse de Paris, 1864, n^ 167.