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feutrage des plantes et dans les tourbes vaseuses du fond. C'est ainsi que des animaux qui venaient s'abreuver, des Jbommes recouverts de costumes appartenant aux temps les plus reculés, ont été retrouvés dans certaines tourbières , où leurs cadavres s'étaient maintenus en parfait état de conservation.
Lorsque les tourbières sont placées de manière à être .inondées, comme, par exemple, sur les parties latérales des cours d'eau , les inondations peuvent interrompre le phénomène du tourbage, et produire des alternances de tourbes avec des sables ou des limons argileux ; c'est ce qui arrive dans la plupart des grandes tourbières.
La tourbe est d'apparence variable, suivant la nature des végétaux qui la composent. La plus ordinaire est celle qu'on appelle tourbe mousseuse j parce qu'elle est formée de végétaux rampants et entrelacés. La tourbe feuilletée est, en grande partie, composée de feuilles superposées, et contient les troncs et les branches des arbres qui ont produit . jces feuilles. Les arbres qu'on y retrouve sont généralement couchés et aplatis; mais, dans beaucoup de cas, les parties inférieures brisées à une certaine hauteur sont restées en place. C'est cette espèce de gisement que l'on a appelé forêts fous'-marmes , parce que les principaux exemples en ont été constatés sur les côtes de \a mer, et à un niveau inférieur à celui des eaux.
En 1811, près de Morlaix, de forts ouragans ayant déblayé la côte , sur une surface considérable , des sables superficiels qui la couvraient, on vit que le sol était com-
posé d'une accamulation de matières végétales noires, dans lesquelles étaient enfouis un très grand nombre d'arbres : on reconnut des chênes, des bouleaux, des insectes fossiles. Il existe de ces forêts sous- marines sur les côtes de Normandie, à Sainte-Honorine et aux Vaches-Noires, à Tembouchure de deux petites vallées; on en a constaté un grand nombre, sur les côtes d'Angleterre, et Ton a pu y reconnaître des chênes, des bouleaux, des noisetiers, des aulnes, etc.^ dont les racines et les troncs étaient dans leur position normale, tandis que les tiges étaient toujours renversées : on a été conduit à attribuer ce renversement à l'action des ouragans, et leur situation actuellement inférieure au niveau de la mer, soit à l'afTaissement progressif des sols limoneux et tourbeux par les surcharges de sables que la mer y apporte, soit à la rupture subite des digues qui isolaient autrefois, de la mer, ces forêts littorales.
La baie de Saint-Michel présente un des exemples les plus remarquables de la submersion des sols tourbeux , ainsi placés sur les bords de la mer, derrière des levées ou barres de galets postérieurement détruites par des ouragans.
Cette baie était , à l'époque des Romains , couverte de bois; la côte, formée probablement par un cordon littoral qui fermait la baie, devait passer au nord de l'ile Chosey, et Ton peut reconstruire l'ancien état de cette contrée, par analogie avec celles qui se présentent aujourd'hui dans les mêmes circonstances. Une voie romaine, située au nord de Dôl et du rocher Saint-Michel, se dirigeait sur Carentan.
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Cet équilibre fut détruit vers 709; probablement, la \e\ib littorale se rompit, les eaux envahirent graduellement la baie, et, par des phénomènes analogues à ceux qui produisirent le Zuyderzée en Hollande, l'envahissement se propagea successivement jusqu'en 1400. Le sol tourbeux de la forêt qui couvrait autrefois la baie se trouve donc actuellement enfoui sous les sables; mais, dans les gros temps, les chocs de la mer sur son propre fond déterminent souvent la sortie de grosses billes d'un bois noirci par une altération analogue à celle des tourbières.
Les forêts sous-marines ne sont donc autre chose que des tourbières, analogues à celles qui se produisent aujourd'hui derrière les levées littorales de la Hollande ^ C'est le mônie phénomène, modifié par l'action de la mer sur ses côtes. Sur beaucoup d'autres points du littoral de laFrance, nous trouvons aujourd'hui des marais et des tourbières, là où les Commentaires de César citent des forêts.
Le phénomène des tourbières est, d'ailleurs, un phénomène général , qui s'établit partout où les circonstances sont favorables à sa production. Il en existe, dans les contrées intertropicales, qui sont entièrement identiques à celles des contrées tempérées , et c'est principalement sur leurs gazons superficiels que se développent les fougères arborescentes.
A part la diiïérence minéralogique des produits, ne peuton pas assimiler les conditions de formation des couches de houille et de lignite à celles qui produisent les couches
* Éliede Beaumoot, Gours.du Collège de France.
de tourbe? Cette hypothèse se présente natarellement à la pensée, car les tourbes peavent, comme les houilles et les lignites, se stratifier horizontalement sur des sorfaces considérables, en alternant avec les sables et les limons qui, de lenr côté, représentent les grès et les schistes de Tépoqne houillère.
Les contrées favorables à la production des plus vastes tourbières sont celles qui présentent les lignes horizontales les plus étendues, et dont le niveau, peu élevé, favorise rintervention des eaux sous forme de couches minces et stagnantes. Sous ce rapport, la Hollande est la terre classique des tourbières, et, parmi de nombreux exemples, il suffira d'en prendre un, pour donner idée du développement dont le phénomène est susceptible, tant en étendue qu*en épaisseur.
Près de Hambourg, le Dutels Moor (Tourbière du Diable) couvre une longueur de quatre-vingts kilomètres, sur une largeur de vingt. Le fond sur lequel elle s'étend est légèrement ondulé, aussi l'épaisseur de la tourbe n'est-elle pas partout identique. En certains points, elle atteint une puissance de 12 mètres, tandis qu'en quelques autres points la roche du fond saille jusqu'à la surface. Or, plusieurs de ces saillies, à peine apparentes aujourd'hui au-dessus de la tourbe, portent le nom de berg (montagne), nom qui indique, d'une manière incontestable, qu'elles formaient autrefois des protubérances très apparentes. L'accroissement de la tourbe a donc été très sensible , depuis les temps historiques, et cette épaisseur de 12 mètres
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n'est pas un phénomène qui puisse étonner Timaginalion.
Si le régime des eaux dans les tourbières était constant, il y aurait partout production d*une seule et même couche, plus ou moins épaisse , suivant l'intensité et Tancienneté du phénomène; mais les inondations y ont intercalé des lits de sables et de limons qui ont singulièrement limité la production de la tourbe ; car le gazon supérieur est indispensable à cette production, et, chaque fois qu'il a été détruit par les sables, il a d6 être très lent à se reformer. Ces inondations ont, en outre, causé la destruction d'une épaisseur notable de tourbe, ainsi que plusieurs phénomènes naturels tendent à le prouver.
En effet, lorsqu'une tourbière vient à se surcharger d'e<tu, par suite de la plus grande activité des sources du fond, ou par des infiltrations latérales, le gazon qui forme couverture se gonfle et prend une forme convexe ; si la pression du fond augmente, ce bombement atteint bientôt sa dernière limite, il y a rupture, et les eaux entraînent, en s'écoulant, de grandes quantités de tourbes. On a cité beaucoup d'exemples de ces irruptions d'eaux tourbeuses, sur lesquelles surnagent ordinairement des ilôts de gazons. C'est ainsi que le Solway-Moos, en Ecosse, les tourbières de Blumfield , et d'autres situées en Hollande , ont coulé en charriant des arbres, et stratifiant sur leur passage les tourbes remaniées. Ces petites révolutions locales peuvent expliquer une partie des détails de structure que présentent aujourd'hui certaines tourbières.
Dans le département de la Somme, par exemple, il existe
des alternances de tourbes, sables et limons, qui ont 1 0 et 20 mètres d'épaisseur, alternances qui démontrent Texistence de tourbières successives, dont l'action a été interrompue par des inondations.
Les conditions précédemment signalées comme nécessaires au développement de la tourbe suffisent pour diriger les recherches. C'est dans les plaines latérales des grandes vallées, isolées des eaux courantes par des digues alluviales, dans les bassins de réception, et dans les embouchures des cours d'eau, que se trouvent habituellement les tourbières. Il en existe également sur les côtes maritimes, là où des plaines alluviales, faiblement inclinées, sont isolées de la mer par des levées littorales. La tourbe est, d'ailleurs, de tous les combustibles celui qui exige le moins de recherches; partout où elle existe, elle est connue des cultivateurs, et il ne reste plus au géologue qu^à en étudier les détails de puissance, d'alternances, de structure et de composition.