ÉTRANGLEMENTS, RENFLEMENTS, CRAINS ET COUFFLÉBS
nuoDt dans leur intensité. Ainsi, la masse charbonneuse n*a plus que 8 à 1 0 mètres dans la plupart des exploitations qui avoisinent la ville ; le nerf blanc est réduit aux proportions d'une véritable barre intercalée; enfin, le charbon devient en partie rafforij c'est-à-dire plus dur et plus nerveux. En poursuivant la couche jusqu'au point où elle vient affleurer, point qui est en réalité celui de sa cessation , on la trouve réduite à 1 mètre de puissance, sans qualité , et sans que Tintercalation du nerf se trouve in* diquée.
Dans le bassin du nord de la France et de la Belgique, où les couches sont remarquables par leur faible épaisseur, et par la continuité et la régularité de leur allure, des couches de 0,50 à 1 mètre peuvent être suivies sur plusieurs kilomètres de longueur sans qu'elles éprouvent de changement dans leurs caractères de forme et de composition; mais, sur les lisières d'affleurements qui forment les limites du bassin, le caractère de la composition change, et la houille est souvent transformée en charbon terreux ou terroule^ qui n'est autre chose que le mélange intime des principes charbonneux avec l'argile. Les couches finissent ainsi en se mélangeant graduellement avec les roches alternantes.
Ce caractère de fin de couche se reproduit dans beaucoup d'autres bassins où les charbons terreux ont reçu des dénominations particulières ; dans la Loire , par exemple, le charbon moureux ou mourini correspond assez exactement au terroule de la Belgique.
Les phénomènes de cessation des couches ne se mani* festent pas seulement vers les extrémités des bassins , mais ils peuvent encore s'y rencontrer dans toutes les parties de leur étendue, et y déterminer des interruptions ou lacunes stériles plus ou moins prolongées. Pour comprendre ces accidents, il suffit de se reporter à ce que nous avons dit sur le mode de formation des couches de houille. Une couche de houille, stratifiée dans un bassin, marque une période de repos, qui doit être représentée sur toute la surface du bassin , mais non pas de la même manière. Ainsi , non seulement il y a eu formation plus active du combustible minéral sur certains points que sur d'autres, mais il arrive encore que certaines portions du bassin ont été soustraites aux circonstances de cette formation, et même qu'il y a eu production de grès et de schistes. La couche de houille peut donc présenter, à côté de parties plus ou moins riches, des lacunes dans lesquelles elle ne sera plus représentée que par un filet charbonneux , ou bien , même , des suppressions complètes qui, en coupant les diverses parties de son développement par des dépôts arénacés, ne laissent plus subsister aucun indice de la continuité du plan de stratification.
Si la fin des couches, ou les interruptions naturelles qu'elles subissent dans les bassins, étaient toujours indiquées par ces caractères d'amoindrissement graduel et de mélanges terreux, les exploitants, prévenus en quelque sorte à l'avance, ne pourraient jamais confondre les interruptions naturelles avec celles qui sont déterminées par
fiTRAMGLEMBNTS, RKHFLEHBKTS, CHAIRS ET COUFFLÉKS. 361
les crains. Mais il n'en eet pas toojoare ainsi, et les interruptions sont quelquefois assez douteuses poni: qu'on soil Tort embarrassé du choix des travaux à entreprendre. Un exemple nous servira pour exposer ces caractères douteux des interruptions; c'est celui du gtte de HontchaniD, dans te bassin de Saône-et-Lotre.
Le gtte de Montchanin (6g. 31) fait face à celui du Creuzot, sur la lisière opposée du bassin, et avec un pendage inverse; de telle sorte qu'au premier abord il semble représenter le relèvement régulier de cette couche. Mais cette idée de continuité est détruite par l'allure du gtte, allure
FIg. 31.
Coup« verticale du gtia da Honlcbuiiii.
qui est telle qu'on l'a souvent comparée à celle d'un amas stratifié. Ce gtte est une couche, dont la plus grande longueur en direction ne dépasse pas 600 mètres, tandis que sa puissance varie de 30 à 60 mètres. Cette disposition constitue une anomalie d'autant plus prononcée que la couche se termine assez brusquement dans ses deux directions. Elle plonge sous l'angle de 70 degrés, et sa longueur en direction diminue à mesure que l'on s'approfondit, de telle sorte qu'on craint qu'elle ne se termine aussi dans ce sens.
Noas avons adoplé cette hypothèse dans ane étnde spéciale, et Doas avons considéré ce gile comme ane sorte de tODrbière locale, où les accumulations végétales ont, en quelque sorte, atteint le maximum de leur développement, tandis que les parties latérales s'encombraient de dépôts arénacés.
Les coupes borizonlales (fîg. 32 et 33), comparées à la
Fl;. 33. — Coupe boriwBlale nlTuit CD.
coupe verticale (fig. 31), mettent en évidence les caractères de décroissement qui peuvent justifier celle conclQsion. Ainsi, la coupe faite par le deuxième niveau CD ne {résente plus que 400 mètres de continuité, c'est-à-dire que, comparativement à la coupe AB prise 40 mètres plus haut, la direction du gtte se trouve réduite d*un tiers. Au
PLIS ET CONDITIONS DE l'àLLURE DES COUCHES. 263
niveau EF, la direction n'a pas 100 mètres. La puissance du gtte subit aussi un décroissement graduel. L'ensemble de ces caractères nous parait démontrer qu'on ne peut considérer la couche comme momentanément rejetée par une faille ou supprimée par un crain ; ces accidents auraient affecté en mémo temps deux couches inférieures, qui semblent, au contraire, se développer en raison inverse de la masse principale.
La suppression presque subite d'une masse aussi puissante que celle de Montchanin constitue une véritable exception aux caractères que nous avons précédement attribués aux interruptions naturelles; remarquons cependant que , dans ce gtte , les principaux renflements sont mo* tivés par des intercalations rocheuses, et que les parties extrêmes sont, en réalité, enchevêtrées dans les couches alternantes de grès et de schistes.
Plis et eoméUîom» ir^aénilcfl de P»llare des eoaehefl.
Les étranglements et les crains ne sont, en général, que des accidents locaux, dont on ne peut saisir que bien difficilement les relations avec les phénomènes généraux de perturbation qui ont modifié l'ensemble des dépôts. Les plis et les failles sont , au contraire , des accidents qui , dans la plupart des cas, se lient si intimement au régime général de l'allure des couches, qu'on ne peut les étudier sans les rapporter aux conditions d'étendue, de forme et de direction des bassins. Examinons d'abord les plis.
Les couches, qui primitivement étaient horizontales, ont
été presque toujours soulevées et ployées de maDière à présenter des dispositious très diverses ; ii y a cependant des règles qui semblent régir ces dispositions , et résulter, de ce que tous les bassins ont été soumis à des actions analogues. Tous, en effet, ont été comprimés par des pressions latérales; les dépôts y sont aujourd'hui inclinés, et contenus dans un espace beaucoup moindre que celui qu'ils occupaient lorsque les couches étaient horizontales. Lbl disposition la plus simple qui soit résultée de ces actions est celle que Ton désigne sous le nom deploiemeni en fond de baieau.
Cette disposition se rencontre surtout dans des bassins de petite dimension qui, en raison de Texiguité do leur surface , n'ont offert qu'une faible prise à la variécé des accidents. L'allure des couches peut alors être comparée à celle d'un dépôt qui se serait effectué sur le fond et les parois d'un bassin concave, de telle sorte que des coupes verticales, faites dans tous les sens, présenteraient toujours deux pendages inverses, réunis par une partie courbe ou horizontale, qui est le fond de bateau proprement dit. Ces bassins sont presque toujours très allongés suivant un axe principal, et les coupes perpendiculaires à cet axe indiquent les deux pendages dominants qui se raccordent suivant une ligne de fond ou thalweg. Ce thalweg du bassin se relève à ses deux extrémités par des inclinaisons généralement moins prononcées que les inclinaisons latérales, mais d'une manière assez sensible pour déterminer un point de profondeur maximum que Ton appelle le centre du bassin.
PLIS ET COnUITlOKS DE l'iLLD&E DES C0UCIIB8. 265
Il est facile de voir, d'après cette définition, que, si Ton suppose une section horizontale de conches ainsi disposées, elles seront indiquées sur le plan par des lignes parallèles aux contours du bassin , lignes Termées et concentriques, qui représenteront les traces des couches embouties les unes dans les autres.
Celte disposition existe rarement d'une manière régulière, et son allure normale est altérée par d'autres accidents. Ainsi, dans le bassin de la Loire, l'allure en fond de bateau est très bien exprimée dans toute la partie étroite qui s'étend de la Grand'-Croix jusqu'au-delà de Rive-de- Gier, ainsi que l'indique la fîg. 34 ; mais, dans la partie la
Fig. 3t. — Coupe Irenivarula de la gniulG eoDcba de Slre-de-Gier.
plus large du bassin , à la hauteur de Saint-Ëlienne , les pendages dominants des couches sont sillonnés par des failles nombreuses, qui les ramènent plusieurs fois au jour, changent les inclinaisons et déterminent quelquefois des contre-pentes.
Le bassin de la Ruhr est dans le même cas; il se termine, à l'est d'Essen et Verden, par une partie étroite où l'allure des couches se rapporte parfaitement au type théorique du
266 ALLUBB8 ET ÀCC10BMT8 DBS C0UCBB8 DB HOUILLB.
fond de bateau ; mais , dans les parties plus larges , les couches sont ramenées plusieurs fois à la surface par des plis qui modifient tout à fait cette disposition ' . Aussi ne trouve-t-on d'exemples d'allure exactement en fond de bateau que dans les bassins très étroits y tels que le bassin anthraxifère de la basse Loire.
n ne faut même pas vouloir généraliser cette disposition pour les bassins très étroits, car on s'exposerait à tomber dans des erreurs préjudiciables à la conduite des travaux de recherche et d'exploitation. C'est ainsi c[ue le bassin de Youvant et Faymoreau, dans la Vendée, avait été d'abord considéré comme présentant, sur ses deiix lisières, deux pendages opposés, réunis en profondeur par un fond de bateau, tandis que les travaux de recherche mirent en évidence une disposition tout à fait différente.
Les couches qui constituent le bassin de la Vendée ont toutes leur pendage dans le même sens , au nord ; seulement, les inclinaisons deviennent de plus en plus fortes à mesure qu'on marche du sud au nord; de telle sorte que les couches supérieures sont presque verticales et appliquées contre le relèvement schisteux qui forme l'encaissement, ainsi que l'indique la coupe ci-jointe (fig. 35), faite perpendiculairement à la direction des couches et à la hauteur d'Épagne. On voit que la base du terrain houiller est formée par des assises très puissantes de grès et de poudingues stériles, plongeant au nord sous un angle de 35 à 50 de-
^ Atlas de la riekêtêe minéraUg par H«x)n de Viilefosse, planche Si.
PLIS ET CONDITIONS DE l'àLLURR DES COUCHES. 267
grés. Cette partie stérile a au moins six cents mètres d'épaissear; elle est surmontée d'alternances de grès fins et d'argile schisteuse, contenant trois systèmes de couches d» houille. Le puits du sud est ouvert sur la couche prin-* ci pale du système inférieur, plongeant de 60 degrés an
PaiU du sud. Pulti des
For6t de Voavant. Épagne. Puiu du nord. Hoterics.
Grès et pondinguee. I» sytlème 2« fystème 3" sytlème
inférieur. moyen. supérieur.
Fig. 3S. — Coupe IransTersale du bassin houiller de la Vendée.
nord; le puits du nord est ouvert sur le système moyen qui a la même inclinaison ; et les puits des Moteries sont placés sur le système supérieur, dont les couches sont inclinées de 80 degrés, et plongent sous les schistes de transition qui les surplombent. Une coupe faite par le village de Puy-de-Serre présenterait exactement la même disposition ; de telle sorte que la non existence d'un fond de bateau est démontrée, non-seulement par les inclinaisons qui sont toutes au nord , mais encore parce que si cette allure existait, les poudingues inférieurs, qui forment plus de la moitié des dépôts, devraient nécessairement reparaître sur la lisière opposée. Aujourd'hui il est admis par les exploitants de ce bassin que tout le système des dépôts houillers a été soulevé en masse et dans un même sens.
Cette existence d'un pendage unique résultant du relè-
vement des dépôts dans le même sens n'est pas un £ait isolé; on en trouve plusieurs exemples dans la Description géologique de la France^ par MM. Dufrenoy et Élie de Beaumont, notamment à la partie occidentale du petit bassin de Segure, dans les Pyrénées, et à la partie méridionale du bassin de Prades, dans rArdèche. A ces exemples, nous ajouterons la partie orientale du bassin des lignites tertiaires de la Provence, qui comprend les concessions d*Auriol et de Bouilladise ; toute cette surface , sur une longueur de 3,000 mètres en direction, a été relevée sous un angle de 35 à 45 degrés, et vient, dans cette position, buter contre les montagnes néocomiennes qui encaissent le bassin.
U faut donc bien se garder de conclure à la disposition en fond de bateau avant de Tavoir vérifiée, tant par l'existence réelle des pendages mverses, que par la symétrie des dépôts qui affleurent sur les deux lisières opposées.
Nous avons dit que , dans les grands bassins , tels que celui du bassin de la Loire, à la hauteur de Saint-Ëtienne, celui du nord de la France et de la Belgique, et nous pouvons ajouter ceux de Brassac en Auvergne, du Creuzot et deBlanzy, etc., Tallure en fond de bateau pouvait bien être considérée comme existant dans Tensemble , mais que la régularité de celte allure se trouvait altérée profondément par des plis ou par des failles. En effet, que Ton fasse des coupes perpendiculaires à la direction du grand bassin du Nord, aux environs de Yalenciennes, àMons, àCharleroi, à Liège, et Ton trouvera que les pendages dominants des