‹ De la JéjunostomieChapitre 12 sur 33 · EURE ME · texte numérisé non relu

EURE ME

Sans aucun doute, la jéjunostomie est l'opération de choix dans les brûlures de l’œsophage et de l'estomac.

Heuck fit en seul temps la gastro-entérostomie et la jéjunostomie. Il est incontestable que cette opération n’est pas toujours applicable, s’il existe des ulcérations nombreuses, si la gastrite phlegmoneuse est encore en évolution, il est de toute évidence que les sutures de la gastroentérostomie ne tiendront pas: En outre, cette double opéralion. est un peu longue et ne peut convenir aux malades trop affaiblis. |

Rutkowsky a préconisé, dans les brèlures de l’estomac, la gastro-entérostomie associée à la gastrostomie. Cette double opération ne peut être indiquée que dans les brülures éteintes, lorsque les accidents aigus se sont calmés et qu'une sténose du pylore et du cardia est déjà constituée, et encore est-elle discutable pour bien des raisons. Dans les autres cas, elle nous parait illogique et dangereuse. Illogique, parce que si elle assure le drainage de l'estomac, elle ne met pas cet organe au repos, parce qu’elle a la prétention de lui demander un travail de digestion qu'il est incapable de fournir, parce qu’enfin elle ne permet pas d'alimenter le malade.

Dangereuse, parce qu'il est impossible de faire de bonnes sutures, des sutures qui tiennent sur un estomac aussi profondément atteint.

Maydl s'est demandé si l’on ne pourrait pas éviter les rétrécissements consécutifs de l’œsophage et du pylore par la mise à demeure d’une sonde œæsophagienne et d'une sonde pylorique après gastrostorie, il s'est demandé encore Si, par la mise en place dans l'estomac d'un ballon

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en caoutchouc, on ne parviendrait pas à éviter les rétrécissements de cet organe. Ces procédés, un peu bizarrés, n'ont jamais été employés, fort heureusement, il nous paraissent dangereux au plus haut chef et propres surtout à favoriser les perforations.

On a parfois associé à la jéjunostomie la gastrostomie, dans le but d'assurer le drainage de l'estomac, c'est là, croyons-nous, une pratique des plus recommandables et que l’on pourra suivre avec avantages.

M: Letorey, dans sa thèse, a proposé‘la pylorostomie dans les brûlures de l'estomac et de l’æsophage.

Pratiquée sans beaucoup de succès par Billroth, Delac et Leriche et Routier, cette opération, qui possède à son actif une mortalité de 100 pour 100, nous, parait devoir retomber dans l'oubli le plus profond. Nous ne saisissons pas très bien les avantages que reconnait M. Letorey à la fixation et à la fistulisation d’un pylore’ ou.d’une région prépylorique malade.

Dans les brûlures de l’æsophage et de l'estomac, la jéjunostomie est une opération d'urgence. Elle n’a pas la prétention de mettre les malades à l'abri des accidents futurs, d’éviterla production des retrécissements, non, mais en per. mettant la mise au repos de l'estomac, en permettant l'alimentation du malade par une voie dérivée, elle a la prétention de parer aux accidents aigus du début, et d'empêcher dans une certaine mesure l'apparition des complications. Plus tard, il deviendra nécessaire de faire plus et la gastro-entérostomie complémentaire précédée ou suivie de la dilalation de l’œsophage permettra d’obtenir la gué-

rison définitive.

$ 4. — Indications dela jéjuñostomie dans les imperforations de l’æœsophage.

Le 6 juillét 4904, à la Société de Chirurgie, M. Demoulin fit un rapport sur une observation de Villemin, intitulée : « Huperforation de l’œsophage chez un enfant nouveau-né, gastrostomie le troisième jour après la naissance, mort à la fin du septième. » Ste

La gastrostomie fut pratiquée. pour parer aux signes d'inanition que présentait le petit sujet. «L'enfant rendait par régurgitation tout le lait qu'il prenait avidement ». L'opération faite sous anesthésie fut bien supportée et à sa suite, on put constater un double phénomène : d’abord une émission continue de gaz par l'ouverture stomacale, ensuite, après chaque tentative d'alimentation, une expulsion par la bouche, de lait spumeux mélangé d'air. L'enfant mourut quatre jours après l'opération et à l’autopsie on constata que le bout supérieur de l'œsophage se terminait en ampoule et que le bout inférieur s’abouchait dans la trachée. \

Il est indiscutable, comme le dit M. Demoulin, que dans l’imperforation de l’œsophage, la gastrostomie qui parait rationnelle et qui est exécütable’ ne sert à rien dans Îles cas {out au moins où il y a communication du bout infé-

rieur avec les voies aériennes, c'est-à-dire dans l'immense majorité des faits, puisque cette communication est pour ainsi dire la règle.

Que faire alors ?

Certains auteurs ont conseillé d'essayer de traverser le point imperforé avec une sonde : conduite aveugle et dangereuse, car les deux bouts de l’œsophage ne sont pas dans la même axe et sont le plus souvent séparés par un intervalle de un ou plusieurs centimètres. On ne peut point songer, chez le nouveau-né, à aborder l'œsophage par le médiastin postérieur. Aussi Demoulin s'est-il demandé s'il n'y aurait pas lieu de pratiquer dans les cas d’imperforation de l'œsophage non une gastrostomie mais une jéjunostomie.

Malgré Broca, qui propose d'abandonner cette malformation à elle-même, (la mort étant pour ces sujets, la meilleure des solutions), en présence d’un enfant qui se meurt d'inanition, peut-être serait-il permis de tenter la jéjunostomie sans se faire trop d'illusion sur les suites opératoires. | :

La colostomie iliaque a permis de sauver d’une mort certaine des enfants nouveau-nés atteints de malformation ano-rectale (absence congénitale du rectum). Une bouche jéjunale peut, je crois, facilementsoutenir la comparaison avec un anus contre nature, et j'avoue qu'il me serait moins pénible de mettre en cirçulation dans le monde un enfant alteint depuis sa naissance d'une fistule jéjunale, qu’un enfant atteint dès ses premiers jours, de cette triste infirmité qu'est l'anus contre nature

$ 5. — Indications de la jéjunostomie dans les vomissements incoercibles de la grossesse.

Tout dernièrement MM. Brunon et Jeanne, de Rouen, ont pratiqué la jéjunostomie pour des vomissements incoercibles de la grossesse. Après une véritable résurrection de six semaines, les vomissements reparurent sitôt que la sonde fut enlevée et l'alimentation buccale reprise et la malade succomba malgré l'avortement provoqué. 'Peutôtre la guérison eut-elle été définitive si la sonde avait été laissée à demeure un temps suffisant. Certains trouvant plus simple l’avortement provoqué et faisant ressortir l’inutilité d’une intervention présentant en somme, quelques dangers, jugeront peut-être sévèrement leur conduite.

Les critiques amères de M. Martin nous paraissent cependant exagérées d'autant plus que les vomissements et les douleurs existaient bien avant le début de la grossesse qui n'avait fait que les accentuer et que, par conséquent, il était difficile de leur appliquer la théorie de l'auto-intoxication.

La jéjunostomie avait donné, en somme, un résultat satisfaisant qui aurait, peut-être, pu être définitif si M. Brunon et Jeanne avaient montré plus de prudence.

Nous ne voulons tirer aucune conclusion de cette observation unique, et ne faisons que signaler cette tentative.

$ 6. — Indications de la jéjunostomie

dans les affections du duodénum.

Malgré Maydi, qui propose la jéjunostomie dans les ulcères du duodénum ; malgré M. Baudouin qui croit à l'utilité de la bouche jéjunale dans les hémorragies duodénales (Gazette médicale de Paris, 1904), nous pensons que la gastro-entérostomie même, sans blocage du pylore, assure suffisamment le repos du duodénum et qu’elle doit être regardée comme l'opération de choix dans lulcère duodénal, qu'il ny à aucun avantage selon nous, à la remplacer par la jéjunostomie, hormis les cas où il existe en mème temps un ou plusieurs ulcères gastriques.

Nous n'avons relevé qu’un seul cas de jéjunostomie pour ulcère duodénal avec hémorragies profuses. La mort survint dix semaines après l'intervention ; les hémorragies qui avaient d’abord disparu, se renouvelèrent el emportèrent le malade.

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