‹ De la justice dans la râevolution et dans l'âEgliseChapitre 19 sur 47 · XV. — Reprenons cette pensée, et d'abord traduisons · texte numérisé non relu

XV. — Reprenons cette pensée, et d'abord traduisons

la en termes pratiques : nous touchons à la source de toutes les servitudes et abominations de la terre.

Le problème de la Justice résulte de l'opposition des intérêts : la Justice est le principe qui est présumé les concilier. Elle a pour représentant, la société.

Mais, en vertu du principe que le tout est plus précieux que la partie, que le membre est fait pour l'animal, non

v l'animal pour le membre, il implique contradiction de supposer la société en révolte contre l'individu; l'individu seul peut être dit révolté contre la société, comme l'expérience prouve qu'il l'est en effet. La société, par elle-même,

\/ est sainte, impeccable. Toutes les théories communautaires, faisant de l'individualisme la cause du désordre social, supposent à priori cette impeccabilité. L'individu, en effet, nonobstant sa destinée sociale, naissant égoïste,, d'ailleurs libre, tout le péril vient de lui ; de lui seul naît le mal. Vis-à-vis de la société qui l'enveloppe et lui commande, la position de l'homme est celle d'un être inférieur, dangereux, nuisible; et comme il ne peut jamais se dépouiller de son individualité, abdiquer son égoïsme, cet esprit de révolte qui l'anime, comme il ne saurait devenir une expression adéquate de la société, il est, relativement à elle, prévaricateur d'origine, déchu, dégradé.

En langage théologique, la sainteté essentielle de Dieu, expression symbolique de la société, implique la dégradation originelle de l'homme ; et réciproquement l'hypothèse plus ou moins empirique de la malfaisance innée de l'homme conduit à la conception de Dieu. Ces deux propositions s'appellent : là est le seul lien logique qui, en présence de l'existence non expliquée du péché, rattache l'homme à l'Etre suprême.

« Or qui dit Dieu ou déchéance dit implicitement Eglise, sacerdoce , commandement , obéissance ; dit expiation , rédemption, grâce; dit enfin christianisme, puisque, à moins d'affirmer le règne du mal, l'Eglise, le sacerdoce, et par ce moyen l'expiation et le retour en grâce, sont les seuls moyens de faire régner la Justice.

Conséquemment toute religion ou quasi religion, quelle que soit son idole ou sa première hypothèse, qu'elle commence par poser théologiquement Dieu, ou bien abstractivementla société; toute église qui s'affirme, au nom

de l'un ou de l'autre de ces deux termes, comme le contrefort de la Justice et des mœurs, et qui à ce titre exige respect et obéissance de l'adepte, cette église-là, dis-je, cette religion, cette école, nie le, droit individuel; elle affirme le péché originel ni plus ni moins que le christianisme; elle est antilibérale et contre-révolutionnaire. J'en citerai deux exemples.

XVI. — Dans son dernier ouvrage, Terre et Ciel, M. Jean Reynaud, après avoir réfuté le sens littéral du mythe d'Eve et de la pomme, trop grossier, à ce qu'il paraît, pour sa raison, continue en ces termes :

Quelles qu'aient été au juste l'espèce et les circonstances de la première faute commise, je n'avouerai pas moins "que cette faute constitue un fait capital dans les annales de la terre. Par elle une révolution s'opère : le régime de la planète se transforme; le principe du mal, absolument étranger jusqu'alors à cette résidence, s'y introduit et y jette les fondements de son règne terrible. L'instant est solennel; et pour Dieu, qui mesure les événements, non dans leurs apparences, mais dans leurs suites, il y a là un coup prodigieux, et qui ne vient pas de lui. Dieu condamne donc, car il voit dans ce seul terme la chute de tous les hommes et toute la série de leurs égarements à venir... {Terre et Ciel, pag. 205.)

Quelle différence, pour un esprit philosophique, entre la théologie de M. Jean Reynaud et celle du prêtre qu'il s'efforce d'endoctriner? De bonne foi, le dogme chrétien tient-il à la pomme ou à la pêche, car on n'est pas d'accord sur le fruit, et non pas plutôt à la désobéissance, quel qu'en ait été l'objet? Et valait-il la peine de censurer le récit biblique, pour 'conclure ensuite dogmatiquement comme l'Eglise?

L'autre exemple est encore plus instructif.

Parmi les nouvelles sectes, aucune ne s'est élevée avec

S lus de force contre le dogme de la déchéance que celle es saint-simoniens. Dans l'ardeur de sa négation; elle est allée jusqu'à diviniser le principe dont l'ancienne théologie faisait la cause du péché, à savoir la chair. Sainteté égale de la chair et de l'esprit, de l'âme et du corps, tel est le point de départ du saint-simonisme.

Dieu est tout ce qui est, intelligence et matière, tout ce qui peut se

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voir et tout ce qui peut là comprendre. Tout est en lui et par lui. Nui de nous n'est Lors de lui, mais aucun de nous n'est lui. Chacun de nous vit de sa vie, et tous nous communions en lui.

Suivant une autre exégèse :

Le Dieu chrétien ne s'était incarné qu'en Christ; le Dieu saintsimonien s'incarne dans l'humanité.

Voilà le dogme, renouvelé de saint Paul, de Spinoza, etc. Tout en nous donc, le corps aussi bien que l'âme, participant de la nature divine, il semble que nous devions être cette fois à l'abri de toute déchéance. Il n'en est rien : la divinité de la chair, pas plus que celle de l'esprit, ne nous sauvera de la dégradation.

Après la réhabilitation de la chair, on trouve, dans la doctrine dont M. Enfantin est resté le chef, deux choses : le principe hiérarchique, adopté comme loi de l'organisme social ; et la formule de hiérarchie, A chacun selon sa capacité\ à chaque capacité' selon ses œuvres.

Or, qui est le juge de la capacité et de l'œuvre? Le prêtre, le couple sacerdotal, représentant par son androgynie la dualité substantielle de Dieu; le prêtre, initiateur et chef de la religion. C'est sur la judicature sacerdotale qu'est fondée la hiérarchie saint-simonienne.

Juge de la capacité ! . . . Prosterne-toi, Eglise du Christ. Tu n'as humilié que la chair, l'église de Saint-Simon humilie l'esprit. C'est par la titillation de la chair que suivant toi nous étions déchus ; suivant Saint-Simon, on plutôt suivant son vicaire, M. Enfantin, c'est par les fausses suggestions de notre entendement. C'était le corps et tout ce qui s'y rapporte que tu voulais en conséquence châtier ; c'est à la conscience que s'adresse cette nouvelle discipline. L'inégalité sociale, nous disait la révélation chrétienne, est l'effet de la révolte des sens. Erreur, répond M. Enfantin, elle résulte de l'imperfection nécessaire du jugement. Connais-toi toi-même, avait dit l'oracle de Delphes. C'est inutile, réplique la sagesse enfantine : le prêtre, l'homme de l'amour et de la synthèse, est là qui vous connaît et vous apprécie mieux que vous ne sauriez faire. Buvez donc et mangez, engraissez, faites des enfants et de la richesse : le surplus ne vous regarde pas.

Ainsi le saint-simonisme se réduit à un coup de bascule. Avant lui, la chair et toutes les affections qu'elle inspire avaient été sacrifiées au salut de l'âme, particule du souffle divin ; maintenant c'est le moi dont la dignité est sacrifiée par la décision du prêtre à la conservation de la chair, partie du corps de Dieu : ce qui implique toujours dégradation, et la pire des dégradations.

Homme , disait l'église du Christ, tu es déchu par la concupiscence ; obéis à mon commandement, et je sauverai ton âme pour l'éternité.

Homme, reprend l'église d'Enfantin, tu es déchu par les hallucinations de ton génie; soumets ton jugement, et je sauverai ta chair de la misère.

Les saint-simoniens se vantent en effet de détruire le paupérisme, ce qui n'est vraiment pas merveilleux à la condition qu'ils y mettent, le sacrifice de la volonté. Le difficile, c'est de préserver à la fois de la déchéance l'âme et le corps, c'est de sauver dans son intégrité la dignité de l'homme.

Aussi n'est-il d'aristocratie pire que celle imaginée parles disciples de Saint-Simon.

Dans le christianisme, après tout, l'homme déchu n'étant châtié que dans cette vie mortelle ; le prolétariat, le travail servile, le paupérisme, n'étant que des accidents de la fatalité, que le jugement de Dieu faisait tourner à l'expiation des âmes, la meilleure partie de nous-mêmes restait intacte, et, dans une certaine mesure, inviolable. Jamais il n'entra dans la pensée chrétienne que les âmes fussent inégales en droits ; au contraire, il est de principe que tous sont égaux en Christ et devant Dieu. Le prêtre, ne jugeant pas les âmes, ne classe point les vivants selon leurs capacités ; il se borne à accepter, comme manifestation providentielle, le hasard de la naissance et des positions sociales, et il impose au riche, en conséquence, la charité, au pauvre la résignation.

En Saint-Simon, c'est toute autre chose. L'homme est frappé dans son cœur, son âme , son esprit , son intelligence, son essence; c'est la déchéance du moi dans ce qu'il a de plus intime, une archi-déchéance, une déchéance qui saisit l'homme avant sa conception dans le sein maternel, qui commence à l'émanation des âmes, au premier acte de la pensée divine.

Que je sois pauvre par nécessité, par accident, par décret providentiel, je puis me résigner en pensant que cela ne touche, en fin de compte, qu'à l'extérieur de mon être, la superficie de ma personne ; et en rue résignant je sens que je vaux, par ma résignation et mon dévoûment, le plus vertueux de mes frères.

Mais qu'un prêtre, M. Enfantin et son épouse, M. Lambert ou tout autre, des hommes que je veux bien honorer tant qu'il teur plaira de rester hommes, se permettent de tarifer ma capacité, de marquer ma place au soleil et de régler ma pitance tandis qu'ils s'adjugent des millions, j'avoue que ceci me révolte, et que si j'avais l'honneur de vivre dans l'église de Saint-Simon mon premier mouvement serait de souffleter le pontife.

On peut faire des observations analogues sur la religion positive de M. Auguste Comte, qui, au nom du. vrai grand Etre humanité, nie à priori la Justice, pose en principe le dévoûment, et absorbe l'individu dans l'organisme collectif, devenu Dieu et en exerçant tous les droits ; — sur le déisme des éclectiques , et en particulier sur celui de M. Jules Simon, qui pose également en principe le devoir, et reporte le droit en Dieu, substance et sujet de la Justice — enfin, sur toute conception religieuse ou sociale, qu'elle soit d'ailleurs théiste, panthéiste ou athée, qui, pour déterminer les rapports de l'homme avec ses semblables , fait appel à un principe antérieur, supérieur ou extérieur à l'homme.

Toutes ces théories impliquent déchéance de l'humanité, et, ce qui paraîtra encore plus étrange, attendu leurs prétentions au rationalisme, elles impliquent l'idée de Christ, c'est à dire d'une incarnation divine.

Un mot sur ce sujet, et je clos ce chapitre.

XVII. — La critique moderne s'égaie volontiers sur la manière un peu leste dont fut faite, au concile de Nicée, la promulgation du grand dogme chrétien ; la dispute sur Vhomousios ou homoïousios, surtout, a fourni matière aux plaisanteries. On va voir cependant que si jamais il y eut, de la part d'une assemblée humaine, un acte nécessaire autant que rationnel , ce fut la fameuse constitution dite Symbole de Nicée.

Au point où le christianisme et l'empire étaient parvenus

i Tan 325, treize ans après la conversion de Constantin, a situation des esprits était telle :

L'ancienne religion était renversée : il n'y avait plus de ieux.

Or l'humanité croyait fortement à Dieu, elle ne pouvait e passer de Dieu.

Ce Dieu, encore inconnu, devait être l'expression delà >ensée générale sur le souverain bien, la nature de l'âme, e principe de la Justice, l'origine du mal, la rédemption, a sanctification et la fin de l'homme.

Il fallait donc, comme nous l'avons dit plus haut, que ce )ieu fût sujet de la Justice ou Verbe; de plus, qu'il fût rélempteur victime, par conséquent qu'il fût homme.

Il était d'autant plus nécessaire que ce Dieu fût homme, m être vivant, personnel, aimant, souffrant, visible, paisible, qu'en tout état de cause la religion exige pour sa iropre réalité que l'Etre divin sorte de l'abstraction, qu'il e réalise, se personnifie, se produise, s'incarne en une malifestation accessible à toutes nos facultés.

Les peuples avaient cru à Jupiter, à Vénus, à Apollon, à Sérapis, à Mithra : ils se seraient crus athées, s'ils s'étaient us réduits à un dieu métaphysique , comme le Nous L'Anaxagore. Le déisme, dit fort bien Bossuet, supportable omme hypothèse de philosophie, dans la pratique est un théisme déguisé.

La divinité du Christ, en un mot, était la condition sine va non de l'existence du christianisme.

Avec Arius, le Christ redevenait un homme, un prophète, un révélateur de la famille de Moïse, de Zoroastre, 'Orphée. On demandait le Dieu.

Ce Dieu, le concile le donna : il fit en cela acte de haute olitique, de haute intelligence, et d'un vrai sens religieux.

L'ignorance reprochée aux évêques du parti orthodoxe ut ici plus savante, plus logique, plus loyale, elle fit preuve e plus de génie qu' Arius et toute sa bande.

La décision de Nicée fut la conclusion légitime de l'élaoration gnostique qui, dès longtemps avant l'apparition .u Messie, agitait le problème de sa divinité. Plus on re- .îontait dans la tradition, observait Arius, plus on voyait aiblir cette opinion ; et il tirait de cet affaiblissement ré-

trospectif un argument de sa fausseté. Mais c'était justement la preuve que plus le paganisme s'effaçait devant la religion du Christ , plus une réalisation nouvelle de l'essence divine devenait urgente ; plus , sous ce besoin des esprits , la qualité transcendante du Christ , soupçonnée depuis six ou sept siècles, et peu à peu affirmée, devenait lumineuse.

Il fallait donc, de toute nécessité, à peine d'un athéisme général, que le messie Jésus, natif de Galilée, crucifié sous Ponce-Pilate, sans perdre sa qualité d'homme, fût reconnu Dieu ; que sa mère fût dite mère de Dieu; qu'en lui se trouvassent réunies deux natures et deux volontés, non pas en ce sens qu'il fût moitié homme et moitié Dieu, mais qu'il cumulât dans leur plénitude les deux natures humaine et divine. Le paganisme avait eu des demi-dieux, naïveté théologique que le christianisme redressa avec force et autorité, en posant I'Homme-Dieu.

Cela vous semble insensé, à vous autres druides, partisans de la métempsycose et de la religion naturelle, qui vous croyez philosophes. Mais ne vous y trompez pas : ce qui est arrivé pour le christianisme arrivera pour toute église fondée sur une conception métaphysique du grand Etre, et qui saura, avec logique et conviction, déduire sa thèse. Tôt ou tard cette église, prétendue spiritualiste, sera amenée à réaliser son concept et à se tailler un Dieu dans la chair, à peine de s'évanouir elle-même dans le néant.

C'est ainsi que s'est formé le polythéisme ou l'idolâtrie ; que le jéhovisme a abouti au messianisme, dont le mahométisme n'est qu'une dégénérescence ; c'est ainsi que depuis l'établissement du christianisme jusqu'à nos jours on a vu, à diverses époques, des religionnaires exaltés se donner qui pour christ, qui pour paraclet, qui tout bonne-] ment pour dieu.

La raison de ce phénomène est dans notre puissance anthropomorphiste, ou faculté de réaliser, en corps et en âme, la Divinité.

Regardez le déisme de M. Cousin, celui des Ecossais ou de M. Jules Simon : le travail de réalisation est déjà à moitié fait. Leur Dieu n'est-il pas vivant, personnel, volontaire, savant, prévoyant, gouvernant, juge, vengeur et

rémunérateur? Il a une vie, une âme, une conscience, un amour, une liberté : que lui manque-t-il ? Un corps? C'est la moindre chose, vraiment. Spinoza, disciple de Descartes, •7, prouvé par sa géométrie comment l'esprit et la matière sont les deux modes de la substance divine. Or, vous a'avez pas encore réfuté Spinoza. Aussi n'a-t-il pas tenu lu messianiste Wronski que le dieu de Hegel , le même que celui de Spinoza, ne devînt, un jour le christ Napoléon, le lendemain le christ Alexandre.

Prétendre que l'Etre de Dieu, ou, ce qui revient au même, son concept, s'arrête à la condition d'esprit pur, c'est affirmer que la matière est étrangère à la nature divine ; que l'on sait par conséquent ce qu'est cette nature et ce qu'est cette matière, ce que c'est qu'un corps et ce que c'est qu'un esprit : toutes prétentions de la plus haute impertinence.

XVIII. — Le dogme de l'Incarnation, développé et rendu populaire du premier au quatrième siècle de notre ère, semblait de nature à relever singulièrement notre espèce et à l'enorgueillir. Mais l'Incarnation était le corrélatif de la chute, dont le sentiment, l'emportant clans les âmes, produisit une tristesse mortelle. L'Apôtre en rend témoignage : Nous savons, dit-il, que toute créature gémit et qu'elle est en travail : Scimus enim quod omnis creatura ingerniscit, et parturit usque adhuc {Rom. vin, 22). Et encore : La désolation du siècle produit la mort : Sœculi tristitia mortem operatur (II Cor., vu, 10).

Quoi de plus horrible en effet qu'une doctrine dont \Q\J principe est qu'il n'y a pas, parmi les humains, d'âme foncièrement honnête ; que la Justice est étrangère à ce bas monde; que la vertu n'appartient pas à l'humanité, et autres propos de misanthropie dévote? Qu'attendre, pour la réforme des mœurs, de cette déclaration d'indignité universelle? Au lieu de nous retirer de l'abîme, n'est-elle pas faite plutôt pour nous y enfoncer davantage?

Nous aussi, génération du dix-neuvième siècle, nous avons épuisé la fureur des révolutions, la sottise des masses, l'insolence des despotes, la rage des partis, l'égoïsmedes exploiteurs, la manie gouvernementale et réglementaire. Nous assistons à la décomposition de nos

mœurs. Et comme au temps des Césars, il ne manque pas de préclicants, néo-chrétiens, ex-chrétiens, matérialistes, spiritualistes, panthéistes et athées, pour nous avertir de nous refaire une religion et une idole, attendu que nous ne pouvons rien attendre de bon de nous-mêmes, méchants et sots que nous sommes. Avec quelle surprise nous avons vu des hommes qui se disaient révolutionnaires offrir, en guise de consolation, cette triste thèse à leurs amis abattus !

Il faut un nouveau culte, il faut de nouveaux fers, Il faut un nouveau dieu pour l'aveugle univers.

C'est la démocratie qui tient aujourd'hui ce langage de Mahomet. Comme si le dogme de la chute, comme si l'idée religieuse n'était pas devenue, par toute l'Europe, le mot d'ordre de la contre-révolution elle-même ! Comme si ceux qui depuis 1848 ont le plus déclamé contre la canaille humaine n'étaient pas précisément ce que le siècle compte de plus dépravé !

Rassurez-vous, druide, mage, brachmane, ou qui que vous soyez : cette Révolution que vous avez défendue, apparemment sans la comprendre, elle est le sel qui, sans autre cérémonie, nous préserve delà pourriture finale, le ferment immortel qui rend notre vertu vivace et victorieuse. Que la contre-révolution triomphante nous retienne dans cette ignominie tant qu'elle pourra, que des nations y succombent, que la vieille Gaule en reste pour un temps déchue, une troisième phase religieuse est impossible. Vous le reconnaissez vous-même : une philosophie positive peut seule désormais parler à la raison des peuples. Or, qui dit philosophie, analyse, démonstration, exclut le mystère, conséquemment le respect, réligionem : car sans le respect l'idée théologique devient étrangère à la morale, et le dogme de la chute reste un non-sens.

Chacun de nos progrès est le fruit du temps et vient à son heure. Comme l'institution chrétienne était donnée dans l'institution polythéiste deux mille ans avant la naissance du Christ, de même l'institution de la liberté, que la Révolution française a fait lever sur le monde, était donnée dans le christianisme avant même que celui-ci se fût nommé, alors qu'il n'existait encore que dans la contingence des choses.

L'heure de la liberté est-elle donc venue, comme toutes les analogies de l'histoire induisent à le croire? Toute la question est là. Naturellement l'Eglise le nie, sur la foi de ses promesses ; je l'affirme, sur des considérations d'un autre ordre, dont je vais actuellement, Monseigneur, vous faire part.

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