‹ De la justice et des jugesChapitre 16 sur 30 · INCIDENT ÉLECTORAL · texte numérisé non relu

INCIDENT ÉLECTORAL

Il ne saurait paraître extraordinaire ni inutile qu'après ce qu'on vient de lire, on laisse encore glisser ici un de ces mille incidents qui dépeignent toujours mieux les astuces et les faiblesses auxquelles recouraient nos autoritaires du bourg et leurs valets de ville.

Trois jours avant l'élection, c'est-à-dire le 21 juin 1866,

le garde-champêtre de Gardanne montait à la ferme et distribuait à tous mes travailleurs leurs cartes d'élection. Je fus appelé sur ces entrefaites et je remerciai le Garde de ce qu'il remplissait ainsi de bonne heure et convenablement une mission électorale. Après un malin sourire, il fut tiré des sacoches municipales des bulletins portant le nom du candidat officiel. J'arrêtai cette distribution et je lui fis cette harangue: c Garde, vous outre-passez votre mandat; vous € attentez a la conscience de mes gens et à l'inviolabilité de <t mon domicile. Faites ces distributions en heux publics ; t ici vous n'en avez pas le droit. Je vous arrête ; vous ne < sortirez d'ici que quand l'élection sera terminée. Si je € compromets votre position, je saurais vous indemniser. « Dès ce jour, s'il vous en mésarrive, je vous fais mon « garde. Vos appointements communaux ne seront pas ré- € duits. Le garde actuel ne sera pas fâché de jouir de sa « retraite et de reposer ses lauriers sous l'honorariat a l'ort dre du jour. >

Dans sa bonne contenance , le Garde n'acceptait ni mes propositions pécuniaires, ni la détention immédiate. Les menaces furent même faites jusqu'à employer la force sur l'heure, car il fut menacé de la prison et des liens.

t Je suis ancien soldat, dit-il, et quoique je n'aie servi € que dans nos troubles civils, comme à Marseille aux barc ricades de la place aux Œufs, je ne me laisserai ni arrê- « ter, ni emprisonner, ni garrotter par qui que ce soit. Le f soldat Français sait se faire hacher partout plutôt que de € se rendre. *

Et moi, sur-le-champ, je me rendis a ce brave et lui offris très-volontiers à déjeûner.

Cet émissaire ne valait-il pas mieux que ceux qui l'envoyaient, puisqu'il voulait résister a mes politesses et aux anecdotes que je lui racontais, et entre autres a celle-ci qui ne fut cependant ni incomprise ni dédaignée par lui- :

€ Dans ces heureux temps où la Grèce secouait le joug ottoman, le comité hellénique de Marseille fut un jour appelé a faire une protestation solennelle aux premières autorités de la ville ; on refusait l'entrée du port au premier bâtiment qui apparut avec la croix de la Grèce. Quoique non encore reconnue par aucune puissance, la puissance du libéralisme devait déjà l'emporter alors sur toutes les résistances qu'il rencontrait.

€ Le comité grec fut assemblé : il fut incontinent délibéré et arrêté, de faire une protestation énergique ; sur l'heure, elle fut signifiée au général commandant la division et au préfet. L'huissier fut à l'instant mandé en préfecture. Président du comité grec et du tribunal correctionnel, je dus précéder mon huissier ; je lui demandai devant les autorités, et catégoriquement, ce que lui avait coûté sa charge. Eh bien ! dis-je à mon fidèle et dévoué Du Rozoy, je vous assure devant ces messieurs que si vous étiez révoqué, je vous rembourserais les dix mille francs que vous a coûté votre emploi. »

U n'en fut rien : ces autorités légitimistes étaient bien plus tolérantes et surtout bien mieux élevées que ne l'ont été tant d'autres qui les remplacent. Libre entrée fut accordée au LéonidaSy et nous, qui étions alors les représentants des anciens Phocéens et des nouveaux libéraux, nous assis-

tioQS, sous l'étendard de la croix, à ce premier succès de nos vœux et de nos résistances.

Yiepx soldat, le Garde ne fut pas insensible à notre récit, mais, à son tour, il se maintint dans sa noble résistance, et le jour de Télection, il conservait surtout en notre présence, ce respect auquel d'autres autorités ont failli.

La gendarmerie, qui nous suivait partout, n'a cessé un seul instant de rester dans les convenances que sait garder cette arme ; je lui adressai plusieurs fois la parole pour la féliciter de cette manière de remplir son devoir. Peut-être n'aurai-je pas donné les mêmes félicitations à quelqu'un qui voulait avoir l'air de tout conduire, et qui dans le fait conduisait tout intràrmuros et extràrmuros, au chef-lieu du canton et dans les environs.

DISaPUNE JUDICIAIRE

Vn Premier Président ^le Cenr sonTeralne asmlmtant et eonmiiiaKt «à nue taiesae de minvit em é^liee de JléeHlilie».

Aix, i8 janvier 4867.

Moi^siEUR LE Ministre,

Le 28 janvier 1765 , le Pariement de Provence rendait ce mémorable arrêt qui prononçait contre la société soi-disant de Jésus son expulsion du royaume de France.

Le 24 décembre 1 866 , la veille des dernières fêtes de Noël, le Premier Président de la Cour souveraine, en même juridiction , assistait à la^ messe de minuit dans cette ancienne église des Jésuites et recevait la communion des mains du supérieur d*un ordre proscrit par la Justice du pays.

Après cent trois ans , onze mois et quatre jours de cet anniversaire plus que séculaire , après la fin du dix-huitième siècle si fécond en lumières , après une révolution qui a produit tant de calamités et d'enseignements , après les événements qui se passent au delà et en deçà des Alpes , n'y a-tril pas lieu de douter d'abord , de considérer ensuite , ici , sur place , quelle est la conduite du premier magistrat de ce ressort , quelle est l'attitude du pouvoir

gouvernemental et d'un corps judiciaire succédant à un des plus grands Parlements de France?

Sur le fait , la certitude est complète ; il n'y a pas lieu à douter davantage sur les circonstances aggravantes qui entourent la solennité, la signification et l'importance de l'acte du premier magistrat du ressort.

Chacun a tout appris , sur l'heure ; le lendemain , tout était connu. Dans le recueillement de ces récits , peut-être ne sait-on pas qu'il est bien des âmes pieuses , mais aussi étonnées qu'alarmées , qui gémissent sur ces conversions d'étiquette et du jour. Un magistrat de siège inférieur, sincèrement religieux , assistait a cette messe de minuit et à cette communion magistrale : le lendemain , il confessait lui-même sa grande surprise : il se reprochait les distractions que lui avaient procurées un pareil événement.

Sans avoir les droits et les prérogatives de cette ancienne et respectable magistrature française , la nouvelle magistrature de Provence peut - elle surtout méconnaître et mettre en oubli les doctrines sur les libertés de l'Eglise Gallicane, alors que ces libertés ont été sanctionnées par les décisions les plus solennelles et les plus imposantes ?

Je ne voudrais pas qu'on vît rien d'affecté ni d'hostile dans cette nouvelle excursion de ma part ; mais , s'il le fallait , je n'en saurais pas moins supporter les attaques de ceux qui souhaiteraient ne jouir qu'à l'aise et sans la moindre opposition des biens et honneurs si bien acquis par tant de revirements de conscience.

Qu'on daigne le croire : je n'ai souci que des anciens principes que je vois méconnus , des anciens arrêts de justice qui sont mis en oubli et de la conduite des magistrats

— sodé répoque actuelle dans une juridiction et dans un corps déjà célébrés dans les vieux temps et dans les temps mo. demes sur le sujet le plus important de tous et le plus digne d'attention.

Je ne sais qui pourrait avoir envie de rendre l'Etat plus dévot qu'il ne doit l'être , ni de le pousser vers une dévotion pareille. Sans faire tort aux principes religieux et en les respectant autant que pas un autre, on peut comprendre et l'on doit savoir ce que la magistrature pourrait perdre de considération et de respect en voulant marcher de conserve avec ce corps qui reparait , qui se relève plus que jamais et qui n'est pas autre que celui qu'elle avait condamné , il y a plus d'un siècle , et que le plus célèbre de nos procureurs généraux accusait de flétrissures humiliantes et de censures accablantes.

 mon tour , je signalais dans son temps les tentatives des apparitions et des velléités jésuitiques , et après bien des doléances officielles et officieuses , j'en vins à faire l'éloge du plus illustre de nos prédécesseurs dans une solennité de rentrée à la Cour même de céans.

J'ai l'honneur de replacer sous les yeux du Ministre de la justice actuel le discours que je prononçais le 6 novembre

En revenant sur ces actes anciens et nouveaux , sur les temps modernes et sur ceux qui sont passés, c'est à s'y perdre en conjectures et en prévisions de tout genre.

Les partis les moins clairvoyants et les plus arriérés se disputent et se disputeront sans cesse ces triomphes momentanés qui , à l'avenir , ne pourraient contribuer qu'au malaise public et au trouble des consciences.

Mais la Justice , mais les chefs des corps judiciaires doivent-ils servir les partis quels qu'ils soient ? Que si c^était les partis ppur lesquels les vrais cœurs du pays sont les moins sympathiques ne réveillerait-on pas des antipathies qui pourraient un jour devenir les plus funestes embarras du pouvoir ?

S'il était vrai comme on Ta tant écrit ^ réimprimé naguère que nos femmes et nos filles ne fussent élevées et gouvernées que par ceux qu'on a qualifiés depuis si longtemps et qu'on qualifie bien encore comme nos ennemis, vrais ennemis , abrutisseurs de l'esprit moderne , de la liberté et de l'avenir ; il serait tout aussi vrai de dire que la magistrature et tout pouvoir du jour paraitraient vouloir se ranger et passer avec corps et bagages sous ce gouvernement occulte mais réel , sous cette domination dissimulée mais conquérante , absorbant tout dans l'ordre moral , intellectuel et physique.

Il n'y aurait donc plus d'autorité indépendante dans ce ressort ni nulle part? La pensée vaincue devrait se résigner, s'en aller succombant toujours davantage et se soumettant aux pieds d'un jésuitisme ainsi protégé, honoré et proclamé de la sorte !

Le saint - office moderne sait en effet rétablir ses précédents et tous ses moyens d'action , et c'est dans cet ancien et beau temps du régime passé qu'on pousse toujours et qu'on s'en va cherchant sans cesse cet idéal de torture morale qu'on a si bien appelé jadis la torture de tous les tourments.

Mais qu'on le sache au moins, qu'on sache bien qu'il est des cœurs qui ne se souviennent pas seulement de la patrie

des Monclâr et des Gastillon , que ces cœurs ne sont pas seulement de leurs convictions les plus intimes , de leur croyance la plus sincère, de leur sympathie la plus étroite, mais qu'ils ont été investis à leur tour du même ministère, à la même place et que, dans le recueillement de la retraite, ils se retrouvent sans cesse excités par les mêmes craintes et par l'effroi des mêmes dangers.

Quoique nous ne soyons plus au pouvoir ni au dix-huitième siècle et que nous nous croyions en pleine tolérance de notre siècle , nous ne craignons pas de venir professer et renouveler même des doctrines qui ne sont pas sans analogie avec les temps actuels.

Du parquet de cette Cour, après avoir jadis disciplinaire* ment requis à l'occasion d'une messe au grand jour, pourquoi ne se croirait-on pas encore obligé d'aviser à l'occasion d'une messe de nuit ?

De notre part et en plein midi, d'autre part et dans l'obscurité de la nuit, n'est-il pas toujours question de manifestations hostiles au pouvoir et aux convenances publiques ? N'y a-t-il pas même rapport dans ces conduites magistrales qui donnent d'aussi mémorables exemples? C'est en se trouvant amené à les rapprocher qu'il faut se résigner k quelques épisodes réveillés par occasion, dans cette occurrence nouvelle et si étrange qu'on a peine a la concevoir et quelque embarras à la reproduire.

Si le poète, appelé national de son temps, avait dit qu'on peia aUer même à la messe, qu*ainsi le veut la liberté , voyons ce que nous avons fait, nous, qui étions aussi personnellement lié avec le poète que cordialement dévoué a la liberté; voyons donc ce que nous avons fait en circonstance pareille,

devant une mesure qui dut réveiller alors toute la sollicitude du ministère public.

Un juge rallié ou se prétendant tel alors , comme il se montre rallié aujourd'hui avec une présidence de chambre à la cour impériale, assista avec ostentation le 13 février 1831 à la cérémonie religieuse qui avait lieu dans Téglise métropolitaine d'Âix a l'occasion de l'anniversaire de la mort du duc de Berri. Le premier du mois de mars suivant , ce magistrat était cité en discipline à la requête du ministère public devant l'assemblée générale des chambres de la Cour pour l'audience du 8 du même mois de mars.

Je voudrais pouvoir oublier et ne plus relire ce que je rappelais en chancellerie le 1 8 mars sur ce qui venait de se passer au sein d'une cour où un ancien parti conservait tant de rancunes.

Toutefois , les vingt-deux magistrats réunis en chambre de conseil » après une délibération orageuse et irritante qui dura jusqu'à six heures et demie du soir, se trouvèrent divisés : onze pour la condamnation du juge inculpé et onze pour son acquittement.

Il faudrait oublier encore jusqu'où purent aller les circonstances aggravantes dans la défense d'un magistrat se complaisant pour sa justification a développer les plus fausses et les plus inconvenantes doctrines sur le serment. Le dépôt d'une pareille défense fut requis par le ministère public et ce dépôt fut refusé par la Cour.

Quoi qu'il en fût, cet acquittement et ces doctrines compromettaient bien plus la dignité de la magistrature que le repos de la tranquillité publique et le respect des institutions nouvelles.

n ne pouvait pas y avoir Fa exagération ni inconvenance dans la conduite du ministère public, lorsque sans comparer des pays si différents , nous voyons ce qu'est la justice dans un autre hémisphère et ce qu'elle doit être partout.

Le juge West-Humphries, dans le district de Tennessee, a été privé de son siège sur la seule appréhension d'avoir eu des sympathies pour l'institution qui vient enfin de crouler dans le pays de l'esclavage.

Quoi que chez nous , il en ait pu advenir à l'occasion d'une messe dite en plein jour et quoi qu'il en puisse advenir à l'occasion d'une communion nocturne dans l'église actuelle des Jésuites , nous n'avons pas été alors comme nous ne sommes pas aujourd'hui moins tolérant que l'exigent les principes de la plus large tolérance , tolérance qui n'a cessé d'être également invariable et éclairée dans tous les temps et dans tous nos actes.

Un autre jour, déjà élevé au pouvoir et à la tête du parquet de cette Cour, j'appris que les Capucins qui existaient déjà dans tout le ressort excitaient le courroux du général qui venait de prendre le commandement de notre division.

Après quelques pourparlers sur les antipathies et les projets de ce chef militaire , les Capucins furent tous arrêtés dans ma juridiction par ordre du général et mis à la disposition de la Justice. Par mes ordres tous ces religieux furent immédiatement rendus à la liberté.

Le chef du parquet avait prévenu le chef de la division de tout ce qui allait se passer.

Partant pour Paris comme député du Jura, le général baron Delort fut bien aise de voir le magistrat qui lui résistait. Au moment de monter en chaise de poste et lorsque le gé-

néral faisait ses adieux à son état-major , je passais dans la rue.

Oq insista pour mMntroduire dans ce moment là même, auprès du député qui partait pour la capitale.

Je ne puis me soustraire a la satisfaction de rappeler tout ceci en l'honneur d'un brave de l'armée mais peut-être aussi en l'honneur d'un intrépide de la Justice : — Monsieur le Procureur Général, je puis donc vous interpeller avant mon départ et vous demander s'il n'y a pas des lois contre les ordres monastiques et pourquoi elles ne seraient point exé* cutées ?— Général, il est des lois contre les rois et les religieux qui ne s'exécutent plus et que moi - même ne veux mettre à exécution. Au surplus, nous sommes deux autorités marchant l'une et l'autre sur deux lignes parallèles qui ne doivent jamais se rencontrer. Je n'ai a répondre qu'à une interpellation ; c'est à celle du Ministre de la Justice : si j'examinais bien les attributions de ma charge et les ordres qui pourraient vous être adressés par la Justice , j'aurais peut - être le droit de vous requérir sur l'heure pour que vous eussiez à vous transporter avec vos bataillons sur le point de mon ressort dont je croirais la tranquillité menacée.

Cet excellent général me tendit noblement la nuun en s'écriant avec autant de grâce que d'à-propos : Cédant arma togœ!

A peine était-il rendu à son poste législatif , je recevais là traduction d'Horace que venait de publier en vers cet officier général.

Je ne voudrais pas aller plus loin dans cet excusable épisode, incident presque inévitable en ce grave et sérieux su-

jet. Mais en se laissant aller à le reproduire , il ne sera pas du moins question de la dédicace qui accompagnait en vers un souvenir aussi flatteur pour le magistrat d'alors, que pour le souvenir de l'état militaire en collision passagère avec une corporation religieuse et la Justice elle-même.

Peut-être savions-nous résister sans bravades aux braves de Tarmée, protéger des capucins sans capucinades et nous opposer aux mauvaises tendances des magistrats sans espoir de censure magistrale.

Aujourd'hui, quoiqu'on ait quitté un des plus hauts rangs et un des plus grands emplois de la magistrature française, on n'a quitté ni son pays ni le culte de la Justice ; on n'est pas seulement de la patrie de Monclar et son panégyriste, on conserve ses traditions et l'on se croit toujours un de ceux dont le même ministère et la vue du même danger se trouvent sans cesse excités par les mêmes abus, par les mêmes craintes pour l'Etat, pour les mêmes principes de justice et pour ce sentiment qui ne cesse d'être en sollicitude pour l'indépendance, la fermeté de la magistrature.

Enfin , si pour clore ces plaintes sur l'attitude ostensible de la magistrature actuelle et sur l'envahissement occulte du jésuitisme local , il fallait lever ce dernier coin du voile dont on voudrait couvrir la tête d'un chef de Cour souveraine , n'en reviendrait-on pas k s'enquérir si l'on ne cherche pas ainsi a calmer, par l'ingrédient jésuitique, les angoisses qui doivent tourmenter l'àme déjà tant bourrelée de remords à la suite d'un dernier et mémorable arrêt , de cet arrêt qui méconnaissait la souveraineté du jury, de cet arrêt qui a été si censuré par la Cour suprême et par toutes les décisions qui s'en sont suivies ! Et par les clameurs

de tous les organes de la presse intérieure et extérieure ! C'était à ces dernières assises qui avaient eu un si grand retentissement, il y a peu d'années, que le jury des Bouchesdu-Rhône avait donné un démenti juridique à l'allégation d'un valet ; la Cour d'assises d'Aix retournait ce démenti au }ury et mettait à sa place une autre décision infirmative en accordant des dommages-intérêts , Cour présidée par le Premier Président.

Après ces années de lutte opiniâtre et si scandaleuse pour la Justice, la Cour suprême rendait naguère sa dernière décision dans l'affaire Armand ; ne serait-ce pas que dans ce moment-là même il aurait fallu calmer enfin les étreintes d'une conscience troublée et si persécutée par tant d'arrêts et par l'opinion publique ?

On se perd dans ces conjectures , on dit tout où il y a tant a dire et l'on se demande si une conscience magistrale n'aura pas cherché une absolution suprême dans cette communion expiatoire, reçue dans l'église des Jésuites et de la main même du supérieur de cet ordre !

Pour ce qui pourrait humblement m'incomber en paisible et studieuse retraite, je ne dois aujourd'hui m'adresser qu'au chef de la magistrature française : et même si j'avais encore en mains la poursuite en matière disciplinaire, j'hésiterais par la difficulté , par ^'impossibilité même d'atteindre le vrai but auquel il n'y aurait qu'à viser.

On ne peut convertir une plainte en censure pareille pour obtenir le seul résultat efficace. Ce résultat serait de transmuer la peine de la réprimande ou de la censure en dommages-intérêts et de faire condamner personnellement le délinquant à la réuBpression du réquisitoire que le procu-

reur géDéral Monclar prononçait le i janvier 1 763 et a la réimpression de Tarrèt du Parlement de Provence qui intervenait le 28 du même mois de janvier 1763 ; le tout extrait en due forme des registres du même Parlement en tel nombre de mille exemplaires déterminés pour être distribués a chaque magistrat du ressort, à chaque ecclésiastique du diocèse, à tous les chefs d'établissements d'instruction publique de l'académie d'Âix , ainsi qu'à tous les journaux qui paraissent dans cette juridiction pour en faire tels extraits ou tels emplois qu'ils jugeraient convenables.

Pour la justification de telles mesures qu'il serait aussi difficile de qualifier que de proposer , il n'y aurait qu'à énoncer un fait dont on garantit la sincérité.

La recrudescence, l'activité et l'inquisition du jésuitisme établi se manifestant à toute vapeur, de toutes parts et sans qu'aucune expression puisse représenter ces accès , elles sont parvenues à ce point qu'on ne trouverait aujourd'hu un seul exemplaire de ces réquisition et arrêt qui se trouvaient encore partout il n'y a pas vingt ans. On peut affirmer de plus qu'on a fait disparaître naguère , en vaste et opulent château , une collection fort curieuse et très-belle de toutes les gravures et des dessins qui furent si répandus contre les Jésuites à l'époque de leur expulsion. Y a-t-il à regretter d'avoir amené l'affaire à ce point ? L'affaire en est là : Eô lod res est.

Veuillez agréer, etc.

BORÉLY

fine triple exécatlon capitale à narseUle*

Du i7 Janvier 4868.

Vers la fin de Tan dernier, de grands crimes vinrent effrayer le cœur de la Provence : des arrestations à main armée, commises sur nos grandes routes, entre Aix et Marseille, furent suivies d'assassinat.

La justice accourut avec ses agents et tous les renforts militaires nécessités pour ses explorations et ses poursuites. Ces premiers succès n'ont pas été moins assurés et moins prompts qu'ils n'ont été réels et exemplaires devant les assises : la, chacun a fait son devoir, les jurés sans hésitation et les magistrats sans ostentation.

Dans ces grandes affaires, comme dans les affaires ordinaires, le magistrat ne doit chercher d'autre effet que celui qui est nécessaire, indispensable à la manifestation de la vérité. Lorsqu'il ne songe qu'k lui, dans quelque circonstance que ce soit de ses augustes fonctions, le magistrat perd de sa dignité et de son ascendant autant que la Justice perd de ses droits et de son prestige.

Mais il ne suffit pas d'amener un drame sanglant jusqu'à l'heure suprême, il faut encore que, dans cette heure fatale, rien ne trouble la conscience publique et que tout satis-

fasse complètement à ce que commandent la Justice et l'Humanité, c'est-à-dire à tout ce qu'exigent si impérieusement l'exécution des lois, les mœurs contemporaines, les améliorations, les adoucissements qui s'opèrent chaque jour.

C'est à cet effet qu'il faut de plus constater qu'il est des questions qui commencent a disparaître du vaste champ des abstractions philosophiques,et qui ne peuvent pas moins laisser encore, dans certains esprits , des doutes que les faits viennent ensuite dissiper.

Ce sont ces faits qu'il faut relever, qu'il fout examiner afm de débarrasser le domaine sacré de la Justice de tout ce qui peut altérer la sérénité de son atmosphère.

On peut donc aujourd'hui et non sans intérêt, se moins préoccuper de l'abolition de la peine de mort sans se montrer trop partisan d'un supplice pareil ; comme on arrive aussi à ne pas trop considérer les circonstances atténuantes avec leur vice originel et les abus qu'on en a faits et qu'on en fera malheureusement encore.

La presse et les écrivains les moins autoritaires , à ce qu'on croit, laissent souvent des traces de bon sens qui germent pendant quelque temps, finissent par s'élever et assurer leur triomphe complet.

Il n'en a pas fallu beaucoup au spirituel auteur des Gué' jm pour piquer la curiosité publique et la ramener à des résultats dont on ne se doutait pas. — Quand vous me dites : € la peine de mort n'arrête pas les assassins, » — je vous réponds : c wm n'en savez rien. »

€ Certes, la peine de mort n'arrête pas tous les assas- € sins, — de même que la médecine ne guérit pas toutes

c les maladies, et que les pompiers n'éteignent pas tous < les incendies.

€ Mais je vais vous prouver qu'elle en arrôte le plus € grand nombre

< Combien d'assassins avez-vous vus, devant la justice, € ne pas lutter de toute leur puissance contre la peine de € mort? — Voyezt-les, au contraire, faire plaider toutes les € circonstances qui ne peuvent les faire condamner qu'aux € travaux forcés ; — puis, condamnés à mort, combien en c avez-vous vu repousser la chance de l'appel, du pourvoi, c du recours en grâce, quelque invraisemblable et absurde € que l'atrocité de leur crime rende le succès de ces re- € cours? Voyez Lapommerais. »

D'où vienne le bon sens, de quelque côté que le bon sens puisse épouvanter , il faut aujourd'hui accepter tout ce qui est bon dans le sens intime, tout ce qui est lumineux, utile, indispensable à la raison publique.

Maudissez ou admirez la vapeur : ses effets sont là, acquis à tout le monde; tout le monde est en veagon, même les bœufs, les moutons et les chiens.

Eh bien , quelles devaient être ces jours-ci les nécessités de l'exemple qui allait avoir lieu? Fallait-il deux, trois, quatre exécutions capitales dans une ville si impressionnable et si avide d'émotions?

On a dû poser cette question en parquet, en chancellerie et même autre part où cette question ne doit jamais être posée : la politique peut être trop sévère et portée aux rigueurs, et le prince être trop doux et porté a l'indulgence.

n est un pays où la justice marche seule, en avant de

tout pouvoir et avec une indépendance dont personne ne doute.

C'est le pays qui a inscrit sur Tannoirie nationale : Dieu a mon droU.

Pendant le règne du prince de la débauche, qui précédait ce glorieux et digne règne d'une reine vertueuse et bien-aimée, il y eut sous George lY, un homme de banque ou de négoce qui commit, dit-on, un forfeit emportant peine de mort. La condamnation ne se fit pas attendre et l'exécution non plus. Mais dans l'intervalle , le haut commerce de Londres, tout une population qui avait tant souffert elle-même d'un crime pareil, les ministres^ et le roi lui-même, tous, souhaitaient une commutation de peine , tous l'espéraient jusqu'à la famille du condamné. Le condamné seul n'hésita pas à dire qu'un c chancelier d'Angleterre € n'hésitait jamais. La justice pèse autant sur sa tête que € sur la mienne : justice sera faite ; demain je serai pendu ! »

Ce qui veut dire que si dans le domaine de notre justice^ la justice seule eût été consultée, il y aurait eu deux exécutions capitales, alors même, dit-on, qu'on a été jusqu'à faire délibérer sur quatre.

Il est inutile de discuter là dessus ; il ne faut pas avoir l'air de marchander des têtes coupables ni de discuter avec des têtes qui ne sont pas de notre juridiction. Il s'agit d'intérêt plus élevé, de considérations plus morales, il s'agit du respect que doit inspirer la justice et des effets que doivent produire ses actes. C'est là que tout doit être imposant et auguste, indépendant et inébranlable. C'est ici, dans ce temple, que tout a été remarqué dans ses détails et que tout est remarquable dans ses résultats.

S'il a été question de drconslances atténuantes, d'efforts vrais ou feints dans la défense, le jury a été inflexible.

En tout pays où le jury peut être librement admis et fonctionner librement, le jury est à Taise aujourd'hui.

c On a aboli les tortures, le bûcher, la roue, les supplices de tout genre. On a supprimé successivement la peine de mort pour sacrilège , pour blasphème , pour chasse sur les terres du seigneur, pour fausse monnaie, pour vol de grand chemin, pour vol domestique, etc. — Et on a biçn fait, — parce que la peine de mort n'était pas indispensable pour l'exemple.

€ On Ta supprimée pour cause politique, et on a bien fait, — parce que, en politique, ce sont les vaincus qui sont jugés par des ennemis vainqueurs ; — c'est une continuation du combat, avec cette nuance que le combat a lieu entre des ennemis armés et des ennemis désarmés.

€ On a aboli la peine de mort pour l'assassinat quand la préméditation n'est pas établie.

€ On l'a tellement abolie, — qu'il n'y a pas un crime, tel hideux soit-il, pour lequel la peine capitale soit assurée.

€ C'est précisément parce qu'on a réduit la peine de mort aux nécessités de Ve3oemple seul, c'est-à-dire qu'on en a retranché tout ce qui peut l'aggraver par les souffrances ; — c'est parce qu'on en a borné l'application à un petit nombre de cas et pour des crimes horribles, pour aucun desquels cependant elle n'est certaine ; — c'est précisément pour cela qu'il n'y a pas lieu d'en demander

€ la suppression. > Et nous ajoutons nous-mème TaggraTation.

Si donc, d'après le critique et son bon sens, les nécessUés de l'exemple seul militent pour Texemple à donner, ne peutil pas être permis à un magistrat de persister à penser qu'une triple exécution a dépasse les bornes de la justice et de l'humanité, alors que ce magistrat octogénaire ne permet encore a personne de dire qu'il n'a été ni assez juste, ni assez philanthrope, ni as^ez convenant pendant ses quarante années d'exercice.

Mais il ne suffit pas de trop apprécier ses actes ni de trop critiquer la conduite d'autrui et l'administration présente, il faut surtout exhiber ses actes eux-m^mes et retrouver peut-être quelque satis&ction dans 46S souvenirs qui ne sont pas tout-k-fait sans charme et saQ& consolé^tion dans la vieillesse.

Si, pendant cette longue admii^istration d^un parquet de Cour souveraine qui a duré tout te règne Constitutionnel, on en est sorti avec les mains pures et le cœur net, il faut ajouter, tout de même, que s'il eOt fallu yne seule fois requérir une exécution capitale, la réquisition, quelque triste et douloureuse qu'elle pût être, n'en aurait pas moins été signée.

Si une seule exécution a eu lieu dans le département des Bouches-du-Rhône pendant ces dix-huit ans, et si le Procureur Général a eu l'heureuse chance de ne pas la signer, c'est parce que c'était en temps de vacation et qu'il était absent de son siège.

Mais qu'on le croie bien, dans le parquet de la Cour, comme dans les parquets du ressort, tous avaient déjà le

cœur merveilleusement disposé. Il y avait déjà des sentiments qui étaient alors bien différents de ceux dont le chef donnait l'exemple ; il y avait ce qu'il y a peut-être eosme un peu aujourd'hui ; il y atait on tel désir d'avancement, des ambitions si peu contenues et si immodérées, qu'à la disgrâce du Chef, au renversement du trône GonstitutionneU à la proclamation de la République et de l'Empire, tous mes officiers de parquet, substituts et autres, à peu d'exceptions près, tous se sont élancés à droite et à gauche , ont tant couru et tant discouru qu'ils sont tous parvenus aux postes les plus élevés et qu'il en est même qui sont assis sur les premiers sièges de la Cour suprême.

Ce n'était point, alors, dans le temple de la justice qu'il fallait rechercher le zèle de la justice. On se méfiait du trop de zèle, conune il faudrait peutpètre aussi s'en méfier aujourd'hui. La justice, qui a toujours le bandeau sur les yeux quand elle est en action au milieu des peuples, ne doit marcher qu'avec la gravité et le désintéressement qui sont ses attributs.

Ce n'est donc pas nous, qui recherchions ces grands coups d'éclat qui font si promptement les renommées du jour ; nous cherchions au contraire à trouver quelque occasion qui permettait d'allier la justice à ces sentiments qui en adoucissent, dans tous les temps et dans toutes les circonstances, les rigueurs inévitables.

Jadis, un grand criminel comparaissait devant les assises des Basses-Alpes. Le 4 octobre 1838, Fabre d'Annot était condamné à la peine capitale pour divers assassinats. Peu d'affaires criminelles ont présenté plus de difficultés ni autant d'étranges et de nombreuses émotions.

Fabre avait choisi longtemps à l'avance les deux avocats les plus distingués du barreau de Digne ; il les avait déjà largement gratifiés. Il pouvait beaucoup donner parce qu'il avait volé beaucoup. En dernier lieu, il ne crut faire un meilleur usage du produit de ses vols qu'en le répandant plus loin pour sauver sa tète. Il voulut faire adjoindre à sa défense locale les deux défenseurs du barreau d'Âix , les plus renommés pour les affaires criminelles. Les démarches et les offres les plus généreuses furent faites aux avocats .de La Boulie et Moutte. Ces messieurs refusèrent chacun le double des honoraires qui avaient déjà été reçus par d'autres collègues.

Cette détermination jeta Fabre dans une exaspération et un découragement qui furent bien plus forts que lorsqu'il entendit l'arrêt qui le condamnait à la peine de mort.

Le pourvoi et tous délais expirés, le procureur général, comme c'était l'usage, dut envoyer en chancellerie la procédure et son rapport.

Dans ce rapport, il dut être exposé que si criminel que fût cet assassin, quelle que fût la justice qui eût présidé au verdict et à l'arrêt , en montant à l'échafaud , Fabre n'en conserverait pas moins le profond et si cruel regret de n'avoir pas été défendu comme il le voulait, comme il croyait avoir droit et raison de le vouloir.

La commutation de la peine capitale était donc proposée sur ce seul motif par le chef de la justice répressive locale en celle de la peine des travaux forcés à perpétuité.

Le Roi, qui passait alors pour avoir fait partie de la société de la morale chrétienne, le roi Louis-Philippe exigeait sur toutes ces matières, avant délibération de son conseil.

que toute procédure criminelle lui fût spécialement communiquée.

Dès que ce bon prince eut connaissance du rapport de son mandataire direct, il mit la procédure sous le bras» fut conférer avec la Reine et invoqua son assistance en ces termes : c Ma chère Amélie, lui dit-il, notre bonne Reine inc tercèdera elle-môme auprès du garde des sceaux et des c membres du conseil ; — souvent mes ministres en juc gent autrement que moi, mais i) faut que je l'emporte c cette fois, et quoique la Reine soit étrangère aux affaires

< et à la politique, je fais une seule fois cette exception

< avec sollicitation et approbation du Roi. »

C'est là le récit textuel et particulier que m'adressait un des aides de camp de Sa Majesté avec lequel j'étais en relations intimes bien avant qu'il fftt aussi élevé auprès du Souverain, et qui, avant même que le recours en grâce fût signé par la main royale, m'avait déjà instruit de ces particularités et de leurs résultats.

La blancheur de la neige de mes Alpes ne fat donc point alors rougie par le sang humain ; après, il n'y eut pas plus d'assassinats qu'il n'y en avait ordinairement et déjà ils étaient fort rares. Ds le sont même devenus davantage.

Au contraire et en d'autres temps, en janvier 1860, deux exécutions capitales avaient lieu à Aix dans l'espace de huit jours.

Toutefois, c'est sans allusion aucune de personnages et de lieux qu'il vient d'être question d'un Souverain et d'un département chéris. Nous répétons au contraire et volontiers ce que disait sur un autre roi celui de nos amis qui était alors le plus jeune et le plus hardi dans la presse,

comme il est maintenant un des pltis vieux et tin des plus résolus à la tribune nationale.

C'était au commencement de 1830 que M. Thiers écrivait dans le National, en parlant de Charles X : Nous mppléons à l'amour par le respect.

Le même jour que nous traçons ces lignes à Âix, M. Thiers en rappelle à peu près textuellement le sens a la tribune, à la séance de jeudi de cette semaine, 30 janvier 1 868.

Pour nous-mème, c'était en 1859, lorsque le chef de la nation française se trouvait, le 18 juin, en présence de l'armée autrichienne, lorsqu'on venait de franchir le Mindo sur quatre points et que les destinées de l'Italie allaient se décider sur le champ de bataille, qu'il me fut demandé communication des lettres du poète qui avait tant chanté nos victoires.

On savait que j'avais été un des meilleurs amis de Déranger et que j'étais celui qui avait le plus de ses lettres particulières. Le collecteur de cette correspondance chercha donc à obtenir ce qu'on savait, de ma'CoUection,être le plus mordant contre le chef de la nation. Je refusai toute communication, parce qu'on ne doit se permettre ni raillerie ni insulte à l'égard de celui qui tient le drapeau Français, qui le tient devant l'ennemi et un jour de bataille.

Il ne suffit donc pas d'être équitable et juste «n champ clos de justice, il faut être encore imperturi^ablement ookivenant et juste sur tout autre champ de bataille et même sur celui de la politique , ce qui n'est ni saus péril ni sans peine.

De digression en digression en voilà trop, et beaucoup trop sur un sujet qui en comporterait encim tUtvaiitage et

qui même va nous conduire, en dernier lieu, jusqu'à deux antithèses certainement plus amenées par la direction des pensées que par le choix des expressions et la tournure des phrases.

Il faut tout avouer : lorsque j'ai vu dans les journaux un des comptes rendus qui représentait le chef du parquet de Marseille placé aux fenêtres d'une maison et dresser le procès-verbal requis par la loi, j'ai éprouvé une de ces émotions presque aussi fortes que celles des foules avides de pareil spectacle. Je ne voudrais dire ni la peine que j'ai ressentie, ni ce qu'elle m'aurait peut-être inspiré.

Heureusement, le chef de ce parquet a dignement compris l'indignité qu'on lui infligeait.— Le lendemain, il a immédiatement et fort convenablement réclamé , et j'avoue qu'il ne s'est pas soulagé tout seul.

J'avoue encore que ce léger incident m'en a rappelé un des plus affligeants de mon temps.

Un chef de mes parquets se trouva en situation k peu près pareille à celle de ces jours-ci. On ne fut, certes, pas aussi réservé à Toulon qu'on vient de l'être à Marseille. L'officier du ministère public, comme c'étaient partout les tendances, se crut, en ce jour, un officier de gendarmerie et presque un exécuteur des hautes œuvres. Il était partout bien avant l'entrée en ville du triste cortège. La et jusqu'à la dernière heure, il était plus que la mouche du coche funèbre :

« Voulant toat animer par son bourdonnement, a Pousse Vun, pousse Vautre et pense à tout moment « Qu'il fait seul aUer la machine.

« Va, vient, fait l'empressé, tout semble que ce soit c Un sergent de bataille allant à chaque endroit, « Fait avancer les gens et hâter la victoire.

« Ainsi tons ces gens-là, faisant les empressés ,

ce Se mêlent trop de ces affaires ,

« Ils font partout les nécessaires ,

« Et partout mal venas devraient être chassés. »

Si mon substitut ne fut pas chassé cette fois, ce ne fut pas la faute de son chef, ni peut-être la faute du chef de la justice lui-même ; il était électeur de Lisieux.

Pourquoi ne pas le dire encore, le répéter ici, sans cesse et partout : — que les électeurs, attachés au ministère public fussent de Basse-Normandie ou de Haute-Provence, des départements à beurre ou des départements à hyile, ils ne devaient quitter leurs parquets en saison électorale que pour aller voter silencieusement et consciencieusement. •. Des instructions sévères prescrivaient de ne s'attacher ostensiblement à aucune candidature ni à aucun parti politiques.

Celui-ci , après exécution de peine capitale , lorsqu'on l'avait vu à Toulon et partout, ne montrait pas moins d'empressement à courir des Pradeaux à Hyères, que de Lisieux aux chaînes de la Manche et à travers toutes ces basses plaines du Calvados presque au niveau des flots de l'Océan.

Quelques autres de ces officiers de parquets n'en manquaient pas moins quelquefois au devoir, mais ils n'y manquaient pas toujours impunément.

Les uns mandés et admonestés s'abritaient sous ces hauts et perfides patronages qui ont perdu la plus noble cause. — D'autres ne se voyaient pas, sans trop de regrets, éloignés de leur siège natal afin de recouvrer leur indépendance magistrale .

Ce qui est certainement moins triste et cependant ce qui n'a été ni sans affliction ni sans regret pour moi, c'est d'avoir remarqué que parmi tous les journaux de Marseille, un seul, et assez heureusement le seul, avait rubrique son article par ces mots-ci : JEorémtf tot» mm 9 eofuiaift*

née ZfaftetM.

Comment se fait-il qu'une feuille ancienne et respectable ait voulu montrer rancune politique jusque dans cette triste circonstance? Pourquoi saisir cette occasion d'indiquer une nationalité n'ayant aucun rapport aux crimes qui allaient être expiés? Quelque adoucissement qu'on ait eu l'air de donner dans la suite du rédt, il a dû être remarqué que les autres journaux n'avaient pas eu la même pensée. — On sera d'autant moms étonné qu'elle le soit, ici , par quelqu'un qui est le moins suspect et le plus susceptible sur ce chapitre.

On sait à Àix que deux maires de la cité m'ont fait hommage d'un beau portrait qui orne mon cabinet. Le maire de la République et le maire de l'Empire m'ont un jour adressé, avec dédicace manuscrite, la plus belle gravure du général Garibaldi.

C'est donc ainsi que par cette antithèse frappante, je viens d'être appelé à faire l'éloge d'un chef de Parquet , alors qu'aujourd'hui j'ai conservé peu de goût pour la milice à la tête de laquelle je me suis trouvé si longtemps, et que, d'un autre côté, je n'ai pu éviter de censurer une feuille publique dont je suis un abonné d'honneur et un lecteur assidu.

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