SÉQUESTRATION MONASTIQUE
Vu coaTent de Cracovie et an emnwent d'AlxJ
Le bruit qui s'est fait autour de Taflaire de Ubrick , la récluse de Cracovie , n'est pas près de s'apaiser ; TiDcident s'est élevé à la hauteur d'une question de principe. On s'est deiûandé s'il ne serait pas bon que , dans tous les pays catholiques f les couvents fussent soumis au droit commun et que la surveillance de l'autorité pût s'exercer à toute heure dans ces mystérieuses retraites. Quelques lignes, que r£/wtvers iUustré avait eu l'imprudence d'insérer en ce sens, lui ont attiré en pleine poitrine une lettre d'un ancien procureur général près la Cour d'Aix , M. Borély. L'épitre dont l'honorable magistrat nous demande l'insertion est certainement intéressante. Malheureusement , certaines critiques
1 Ccet article, reprodait in extenso par VEcho des Rauchei-du-Rhàne da 5 septembre 4 869, était précédé de ces qaelqaes lignes :
Cette antithèse historiqne et monastique de pays et de temps si différents a provoqué one relation insérée dans le dernier numéro de TUmvers illiÂêtré,
A notre tour nous reproduisons cette relation qu'on ne lira pas sans édification : elle vient d'un honorable magistrat qu'on retrouve toujours si volontiers dans le présent comme dans le passé , dés qu'il s'agit des intérêts de son enlte.
qui Tassaisonaent nous mettent dans IMmpossibilité de déférer à son désir. Une loi dont , au milieu des loisirs que lui laisse sa retraite , M. Borély aura sans doute perdu la mémoire , offre galamment de l'amende et de la prison aux journalistes qui s'aviseraient de se mêler de ce qui ne les regarde pas. Or, tel serait le cas de V Univers iUustré s'il prêtait ses colonnes aux réflexions piquantes , mais politiques, de M. Borély. Â ces causes, notre honorable correspondant nous permettra de ne garder de sa lettre que la partie aneo dotique, en laissant k nos lecteurs le soin d'en tirer toutes les inductions qu'il leur plaira.
Ceci dit, je passe la parole à M. Borély.
c ...;.. Un jour donc que le Procureur Général était confidentiellement informé qu'une séquestration avait lieu dans un couvent désigné, avec toutes indications de nom et de motifs, je montai sur-le-champ en voiture, suivi de mon secrétaire et d'un huissier.
1 Avant d'arriver au couvent, je crus devoir m'arrêter à l'archevêché. Le digne chef de cette juridiction ecclésiastique était en rapports si particuliers et si intimes avec le chef du ministère pubUc , qu'il ne me parut pas convenable de lui laisser ignorer ce qui se passait et ce qui allait être immédiatement fait.
1 Fort sensible à une telle prévenance , le prélat voulut y correspondre et accepta de m'accompagner sur l'heure. D fit demander sa voiture, sur quoi je l'arrêtai : c C'est dans c la mienne , lui dis-je , que vous devez vous placer ; je ne c pourrais entrer dans la vôtre. C'est la justice qui accède c et qui doit marcher seule. »
» Arrivés au couvent et introduits dans l'appartement
de la supârienre , le Procureur Général , au nom de la loi, voulut conférer avec la jeune personne désignée. La supérieure proposa k l'instant d'aller auprès d'elle pour l'amener devant moi. Je l'arrêtai : je lui signifiai même qu'elle ne pouvait sortir de son appartement et qu'elle était consignée auprès de Monseigneur.
» Je donnai ordre à l'huissier de conduire la jeune réduse au parloir réservé. Ainsi prévenu que toutes les dispositions ordonnées étaient exécutées, je procédai à l'interrogatoire confidentiel sur toutes les investigations nécessaires.
» Fort touché de l'importance et de la délicatesse des avis que j'avais reçus , je compris sans détour et sans peine qu'il n'y avait dans tout ce fait que des jalousies et des rivalités de famille, et je proposai incontinent à la jeune per^ sonne de rentrer sur l'heure dans sa famille , si elle m'en témoignait le moindre désir : c libre à vous, lui dis-je, de < retourner à l'instant ou après , si vous le jugez convenac ble , et lorsque vous aurez ainsi démontré à vos parents c que vous avez recouvré la plus entière liberté. »
> Inutile d'ajouter que , dans tout ce qui venait de se passer, le Procureur Général précédait chacun, et que l'Ârchevèque n'était point en retard pour faire offrir toutes les friandises et la collation qui sont d'usage en ces lieux.
» Ce qui ne saurait être indifférent et ce qu'il n'est pas désagréable d'apprendre, c'est que, six mois après, la jeune récluse , après avoir secoué les liens monastiques , avait passé dans les liens matrimoniaux , et que , comme de raison , la cérémonie religieuse était bénite par l'Archevêque et les noces présidées par le Procureur Général .
» De cette idylle clérico - judiciaire , je pourrais passer a d'autres qui durent se faire avec moins d'éclat , mais qui n'en eurent pas moins les résultats les plus satisfaisants pour l'exécution des lois et la morale publique, y
J'arrête ici la citation. M. Borély me trouvera peut-être quelque peu lâche de ne pas pousser plus loin ; mais qu'il veuille bien se reporter au temps où il se livrait à la culture du réquisitoire ; qu'il daigne pour un instant se mettre à ma place, et il comprendra mes scrupules.
On n'a pas tous les jours la chance d'une amnistie.