‹ De la justice et des jugesChapitre 23 sur 30 · UN BAS-ALPIN NONAGÉNAIRE · texte numérisé non relu

UN BAS-ALPIN NONAGÉNAIRE

< Panni les villes les pins olMcures , dit » Augustin Thierry , il n'en est jpeut-Mre

> pas une seule qui n'ait eu ses jours d'é-

> nergie. > — Nous ^joutons k oe que M. de Laplane rapporte dans fa préface de son Hûtoire de Si9teron , qu'il n'est peut-être pas aussi une seule ville qui n'ait un jour son lûstorien d'honneur.

DâDS les derniers jours de Tan qui vient de finir et dans les premiers jours de celui qui commence, deux nonagénaires de la ville de Sisteron quittaient ce monde , dans les conditions les plus opposées, et chacun cependant recevait dans le cercueil la même expression des sentiments qui honorent rhomme.

J'ai pu serrer la main à mon' compatriote Sylvestre, coutelier bas-Alpin, la veille de sa mort, en sortant de Tinstallation de M. Emile Reybaud , notre nouveau procureur général.

Si je n'ai pu assister aux obsèques de M. Edouard de Laplane , c'est que je n'ai pas été avisé à temps. Quoique j'eusse manifesté ce désir, il m'a été impossible de le satisfaire, au grand regret de mes amis de Sisteron.

Gomme je tenais beaucoup au devoir que je m'étais presque imposé et qu'il ne me reste que la satisfaction mtime que je puis encore me procurer , j'en use dans le recueille-

ment du cabinet et pins volontiers qu'on a Thabitade de le faire dans le champ du repos. Les actes de respect valent mieux que les discours d'apparat ; une assistance silencieuse impose et suffit. Ailleurs et plus tard , il peut y avoir plus à dire. Le mort ne permet pas, qu'en sa présence, on parle d'autrui , et souvent le bien qui est à dire de lui exigerait qu'on le compare, pour mieux relever l'honneur et les rares vertus qui doivent ôtre exemplaires.

Toutefois , de quelque côté et en quelque lieu que l'on puisse se procurer un de ces doux épanchements que j'ai toujours fort enviés , je vais me le procurer dans cette circonstance k l'aide de la publicité. Elle va être enfin permise cette insertion de quelques lignes , dans certaines feuilles publiques , même les plus avisées et même encore avec la signature et la garantie d'un ancien chef de justice répressive, ayant été le grand régulateur de la presse ellemême.

Or , il est consolant et peut-être assez flatteur pour ce magistrat, qui a été aussi rémunéré que renumérateur dans le gouvernement constitutionnel , d'avoir quelques-unes de ces mémorables et rares occasions de faire l'éloge de nos opposants fermes et honnêtes au gouvernement libéral luimême. La louange alors n'est pas sans valeur ni à dédaigner, puisqu'elle n'est ni suspecte devant la tombe, ni suspectée d'aucun vivant.

C'est ainsi , qu'après avoir payé ce tribut , quoique devant son cercueil, au Procureur Général de la Restauration, le Procureur Général qui le remplaçait en août i 830 , en payait naguère un autre profondément senti envers son

premier avocat général , qui n'avait cessé d'être à son tour son meilleur ami et qui avait suivi son chef lui-même dans la retraite et avec autant de dignité que d'abnégation complète.

Aujourd'hui , il n'est pas moins satisfaisant d'honorer la mémoire respectée de ce Nestor de la ville natale , qui n'avait cessé d'être fidèle à sa conscience et a ses principes comme aux actes et aux œuvres de sa vie entière.

Si toute la population de la ville de Sisteron faisait aux obsèques de M. de Laplane une imposante manifestation, ici à Aix , rue Monclar , aux environs du Palais de Justice, l'ancien coutelier du faubourg du Boum Reynaou s'éteignait sans douleur, avec calme et avec tous les soins et toutes les consolations qu'il pouvait souhaiter.

Sur la tombe de M. de Laplane , alors que les ouvriers venaient d'y déposer l'hommage de leur vénération et de leur respect , une voix recommandable et digne , une voix amie et justement autorisée, a parlé des services que le défunt avait rendus à la science et aux Alpes. Poussé par une infatigable curiosité , M. de Laplane avait fait pour son pays ce que font peu de compatriotes. Il a compulsé toutes les archives de la vieille cité et l'on sait avec quelle intelligence il les a résumées. Bien plus , il a sincèrement aimé ce sol natal, dont le culte s'affaiblit aussi, comme les vieux cultes qui se trouvent délaissés dans les changements nouveaux.

Mais, il est un culte qui survivra aux plus mauvais exemples qui, certes, ne doivent point être oubliés, et qu'il est, par malheur, impossible à un ancien de la Justice de taire, pour en proscrire à jamais le retour.

Pourquoi fetr(*3 ioùc , k côté dé cette sfadieirsé et mo^ deste retraite , à l^bccasioD de notre éminent vieillard , se reméinoreir également des plus fatales et des plus turbulentes ambitions du même temps et du même lieu ? S*il faut des ombres à chaque tableau , et si ces ombres ne doivent porint être effacées pour mettre en meilleure lumière ce qui doit être le mieux éclairé ; si, d'un autre côté , la main qui trace ces lignes est cette inexorable main de Tancienne mercmsi»^ ayant dû recueillk' tant et tanl de> souvenirs^ ^ it est difSdto, disons plus, il est toujours> impossible, e» af angant dans Tâge , de reculer devant k vérité , devant les faits les plus récents et les plus vieilles remanboaiices*

Or, la vérité, la justice exigent qu'on jette un regard sur ces deua ooaqyatriotes qd oit f»*ésenté le plu» tmppsiïi contraste avec celui qui a été le plus vénéré dand^ cet' âpre Mcoin de nos montagnes.

M. de Eaplane n^avait pas seulement conservé sa noble origin«7 fl l'avait ennoblie et réellement iHusfir^e parles distincHions reçûmes de l'tnstrtut de FVanco' , Aeadémiief des iuscriptioiia et belles^tettres , et de plusieurs dociélé!? suivantes.

lyantre part et eu seo» s» contraire à OèB beAtt» MiMliples de détoumient et do fidélité^ ,. i» dédintéressemefit^ et d6 modestie^ pourqnoivtcmeonlFor; dans les premiers rsmg^db Fannéet et sur le pvqBûer siége^ de' la/ mafgislinitai«e locato, de si attigeants tableauot ei oitte dissiâevice si remarquée éans le déver|[oiiâage des deux plus ftitales ambitions de cette époque ?

Gitoyen^ turbulent , mais intrépide guerrier , iss» d^lne

famille patricienne et même investi du premier titre de Tar^ mée » ce Bas-Alpin yeut abaisser son nom : il se fait démocrate ; il ya braver les honneurs éphémères de la tribune et prendre place dans les hauts rangs de la démagogie ; il sera même appelé à la questure et visera peut-être à quelque ministère républicain ; comme Clodius , qui avait insulté Cicéron , il méprisera hautement son ministre , maréchal de France.

Dans les temps anciens , les esclaves de Milon assassinèren Clodius ; qu'au moins de notre temps , l'heureux changement des mœurs barbares permette le châtiment des souvenirs et de la publicité.

Si , a la mort d'un tel compatriote , j'eusse encore été à la tôte du ministère public , j'aurais certainement poursuivi en discipline les deux magistrats de ce siège qui auraient paru dans la rare assistance d'un pareil convoi : s'il fallait, là, l'isolement complet , la présence irrévérencielle des magistrats méritait bien la peine d'une sévère remontrance.

Afin que ces cérémonies funèbres conservent quelque prestige , il faut tâcher de leur donner un caractère honorable.

Après cette autre mort d'un 6hef de tribunal de première instance, il y a eu tout au moins un châtiment qui, quoique mérité, a peut-être outrepassé les règles de la justice. NonseulemejQt son fils ne pouvait plus espérer de l'avancement dans sa carrière judiciaire , mais il lui a fallu comprendre lui-même qu'il ne pouvait plus rester dans un corps qui ne rappelait que d'affligeants souvenirs.

Reportons donc de meilleures pensées sur l'historien de

nos annales » sur Téminent montagnard de la Haute Provence f sur son excellente famille qui saura conserver cet héritage de vertu et de fidélité à des principes qui ne cesseront d'honorer ceux qui les conservent avec indépendance jusqu'à la dernière heure des plus longues vies.

Que , s'il fallait enfin tirer quelque enseignement de la longévité et de la brièveté des existences , .on pourrait établir que la vieillesse ne donne pas de trop mauvais exemples à l'humanité ; tandis que bon nombre de ceux qui vivent moins longtemps , ne vivent souvent que beaucoup trop pour eux et pour les autres.

Si quelques aperçus philosophiques nous portaient encore à examiner les causes et les effets de la prolongation ou de la diminution de la vie , nous trouverions , dans la Macrobiotique d'un docteur étranger , une autre explication de ces contrastes dans les rapprochements où nous ont conduits des comparaisons inévitables.

< Lorsqu'on aime la vie , dit Hufeland ^ et qu'on ne craint pas la mort, > nous ajoutons : lorsqu'on aime l'honneur et qu'on est exempt de remords, < on vit heureux et longtemps. On ne voit pas l'ambitieux parvenir à un âge avancé. >

Tant pis pour ceux qui devraient rester loin de la scène publique , et qui n'y savent jouer que les plus mauvais rôles. Quand on veut servir sa patrie,, il faut la servir avec désintéressement et justice. Lorsque l'homme est dévié de son état naturel , dit à peu près Pascal , il abrège sa vie et perd sa réputation.

1 Premier médecin dn roi de Prasse.

Enfin , si deux autres Nestors de ces montagnes duraient encore, restaient fermes et debout, le pays les jugera aus^. Us suivent paisiblement et assez heureusement leurs inclinations et leurs principes. Tous deux octogénaires, ne sont ni trop pressés, ni trop méfiants sur Tarrèt que prononceront leurs concitoyens. L'on , à Moscou et a Waterloo , a bravement servi son pays sous les armes ; Taotre, qui avécu quarante ans sous la toge, a servi la justice et non la politiq^ue avec ses passions. L'un, oomme doyen d'âge, vient de présider, à la satisfaction générale , le. Corps législatif ; l'autre, comme doyen de la magistrature de son ressort, ne reste ni inactif, ni indifférent à son culte.

Tous deux voudraient continuer leur modeste destinée en pratiquant les vertus de celui qui vient de les précéder au tombeau, dans la ville natale et dans layoie de Thonneur.

BQRÉLY.

Aix, janvier 4870.

DISCIPLINE JUDICIAIRE

PLAllfTE Claire «n Présldeiit de Chamlipe.

Messieurs»

Dans le cours ordinaire du monde /les moindres manquements peuvent donner lieu aux plus graves et aux plus regrettables accidents de la vie : on le voit tous les jours ; on Ta même vu, la semaine dernière, devant le tribunal de la Seine , à cette audience dans laquelle trois duels étaient jugés correctionnellement.

La rencontre , à Maison - Lafiitte , entre M. Frédéric de Beaumont et M. de Maugny n'avait lieu que parce que M. de Maugny avait salué très-légèrement M. de Beaumont.

L'autre jour, on lisait dans un de nos journaux sérieux ^ cet échantillon des mœurs du grand monde parisien, extrait du Gaubis.

Dans le grand escalier du Cercle Impérial, un ancien dé. puté ne répondait pas au salut qu'il recevait : son chapeau fut enlevé d'un coup de canne ; le chapeau ramassé, l'ancien député fut décoiffé de nouveau.

1 Gazette du Midi da 47 décembre 4869.

Si nous ne savons pas le reste , nous savons comprendre ce que peuvent occasionner tous les incidents de cette nature : nous savons surtout les ressentir d'une manière plus vive lorsque, d'une part, pareille injure vient d'être faite en grande réunion de Cour souveraine par un ancien subordonné à l'égard de son ancien chef , et que , d'autre part, même injure était aussi accentuée , par un allié , en pleine promenade du Cours, en réunion de marquis mieux élevés que lui.

Tout en retraçant les faits relatifs à la plainte actuelle , il ne saurait être inutile d'en rappeler d'antérieurs et d'indiquer , dans les pièces ci-jomtes , sous quel point de vue ils ont toujours été envisagés. S'il n'a été donné aucune suite à quelques-uns de ces outrages , il sera certainement démontré qu'un nouveau chef de magistrature impériale n'a pas été bien avisé de rappeler à un ancien chef de magistrature constitutionnelle qu'il y aurait plus de grandeur à our blier qu'à poursuivre les torts qu'on aurait pu avoir envers lui.

Toutefois, si ces poursuites antérieures n'ont pas eu lieu, elles ne pouvaient , sans manquer de grandeur , éviter de donner occasion de les recueillir dans nos méditations sur la justice actuelle et sur les moyens d'en réformer les abus et d'en relever la dignité.

Dès lors , on pourrait déjà voir quels ont été les ménagements dont nous avons entouré certaines positions et qui jusqu'ici nous ont fait retenir sous le boisseau quelques essais d'actualité qui n'auraient peut-être pas été sans échos ^

1 Les Salais , ce qa*ils sont encore en France et ce qu'ils y font faire. Une ancienne candidatore an trône de Grèce et une nouvelle candidatore an trône d'Espagne.

Mais, voyons aujourd'hui où nous en sommes et où nous a conduit l'invitation que nous adressait M. le Premier Président de la Cour pour assister à la cérémonie d'installation de M. le Procureur Général Reybaud.

S'il a été adhéré k cette invitation, le temps éUM aux mor fdfesUs et au libéralisme comme on l'a écrit à M. le Premier Président lui-même , ce n'était point pour y recevoir cette dernière et si grave injure dont j'ai tant k me plaindre et dont il a bien fallu demander le redressement au chef de la compagnie. Sa réponse ainsi que ma réclamation , jointes k ces pièces, motivent la plainte actuelle.

Si ce qui s'est antérieurement passé k notre encontre ne peut être mis en oubli ; si ce qui vient de se passer a tant saisi toutes les facultés de notre âme, tant ébranlé nos sens, aurions-nous eu besoin , Aèc et nunc , en réunion si solennelle et en temple si auguste , aurions-nous eu besoin que

ce grand poète du xvu°" siècle nous revint en mémoire et nous émût k ce point ? ^

Consterné , il est vrai , devant tant de circonstances dont l'aggravation du passé surpasse toutes les circonstances aggravantes prévues par la loi , nous ne serons jamais déconcerté ni découragé pour demander justice, c On commence

> a savoir qu'il est un pays dont chaque habitant n'éprouve

> aucune crainte de se mettre en avant , et que rien n'arrête cet homme libre quand il s'agit d'un devoir k rem-

> plir et de réclamer justice ^.

1 Qa'an sortir de Phftrsale, le meilleur capitaine Saurait mal son métier, s'il laissait prendre haleine Et s'il donnait loisir à des cœars si nardis De relever du eoap dont ils sont éionrdis.

< Voir dans le Jourvui/ êe$ Débats du t\ novembre 4869 on article de M K. Hillebrand sor lord Byron à propos de révélations américaines.

n est un autre ps^s et des sitnatioBS 4i96reate8 que nous rappelions oagnère au sujet d*uD iosulteur mercenaire quoique fort opulent.

A cette occasion , nous étions forcément amené à laire comprendre que celui qui ayait poursuivi les duels ne pouvait jamais donner un exemple mille fois plus affligeant que le duel luHBdéme. En môme temps il était ajouté qu'on ne pardonne point Tii^e faite à celui qui ne peut pas en demander raison.

Qu'au moins un andra chef de justice répressive puisse encore retrouver devant la justice ré^ée , par voie disciplinaire , ce qui doit toujours conserver Thonneur et couvrir fat dignité des corps èux-mémes ^

La discipline judidaire serait-^ donc paralysée , entièrement étetaite , panni nous , lorsque ce grand corps qui veille toujours & la eMservation de sa prépondérance et de ses privilèges s'occupe «n premiëre ligne de l'observance qui doit régner dans ses ordres relij^eoi et dans tontes ses affaires mtérienres.'Cest sdnsi qve nom voyons dans une

1 ffagnAre el à notre «leoDtie » M A vfi ^conaiil 49 4imitkm im avocats de ce barrean • indiseipUné aa point d'ontrager le magistrat qui avait él6 si longtemps à la tète de^Totdre eomme procnreor généni, alors qu'il venait de prendre sa pcopce d^fénee. Il n*7 anm pta» à l'avinir à (^sespérer de tant de défaillances dans les coips et dans les caractères ; mie nanviMe phase déteint. L'ordre 4es av^dcitë de Pans n'anrait-il pu déjà décidé hier de ne point faire visite an chef de lamagîstratareaetnelle par cela seul que M. Emile Ollivier aurait été autrefois rayé dn tableao de Tordre ?

N'y aarait-il pas également lien de relever ici et de faire léprimer la conduite si ineoiivenante d'an bàtomuer qui se serait fait l'insligatear de tout ce qni fot si honteosement pfatiqné contre cet anden et haat magis* trat qa'on s'est tant pin alors 4'accabler de dédain et de mépris dans la flireonitanoi Uplna honorable deaa vie passée et aetnelle.

commission de la foi qu'oui été nommés les membres de la congrégation spécialement chargée de b discipline dans toii« tes les grandes aSaires qui ¥ont être soumises 2(a concile œcuménique.

3i au lieu de cet exemple du jour même, nous jetions un regard rétrospectif et si instructif encore sur un passé qui ne s'oublie et qu'on cherche tant à faire revivre , nous retrouverions dans le corps le plus sévèrement discipliné ce qu'est en effet cette forte discipline qui seule maintient les corps et leurs doctrines malgré vents et marée.

Lorsque c'est, par la discipline elle seule, qu'cm lutte avec tant d'opiniâtreté et de succès ôontre les lois du pays, contrp les arrêts les plus solennels de la justice ; lorsque après tout ce qui a été révélé par le plus illustre de nos prédécesseurs ; après ce célèbre réquisitoire que le procureur général Monclar prononçait le i janvier 1763 devant le Parlement de Provence, chambres assemblé/^» et le mémorable arrêt du 28 du même mois , il faudrait au moins se souvenir de ce qu'est toute la puissance d'une discipline luttant contre tQutes les puissances d'une époque ; c'est en comparant ces dimensions d'instruments conservateurs d'un temps , avec les instruments destructeurs d'un autre , qu'il faut ne considérer à chaque époque et en toutes choses qu'une bonne fin justifiée par les meilleurs moyens , par la loyauté et la franchise. Alors tout se conserve par la vraie tolérance en principe , par la vraie discipline en application ou bien tout se détruit par l'intolérance et la fausseté.

Puis, nous repliant une bonne fois sur nous-même , en invoquant notre grand pontife de la justice française , nous redisons orgueilleusement avec Daguesseau que si le pre-

mier soin du magistrat est de rendre la justice , il ne doit pas oublier un instant c que le second est de conserver sa

> dignité, de se respecter lui-même, de révérer la sainteté

> de son ministère H trahirait ses intérêts s'il négli-

> geait les jugements du public, puisque telle est la délica-

> tesse de ce censeur inflexible , qu'il impute au corps les Y fautes des membres et qu'un juge inconsidéré et rancu-

> neux répand souvent sur ceux qui l'environnent la con-

> tagion funeste de ses mauvais exemples. »

Serait-ce donc qu'une Cour souveraine,tout entière, aurait voulu infliger à un de ses anciens chefs cet affront qu'on ne pardonne pas dans le inonde et qui malheureusement encore aujourd'hui fait mettre l'arme au poing et verser tant de sang généreux.

Eh quoi ! cet émérite octogénaire qui , certes , n'a point quitté , en transfuge , le poste élevé qui lui avait été confié après une grande victoire , et qui après une grande défaite et la disgrâce n'a jamais été reconnu que comme un vaincu sans reproche , n'ayant succombé sur le champ de bataille que pour la défense du droit et des libertés les plus chères, et quoi ! l'ancien athlète aurait-il donc démérité dans son camp et serait-il déconsidéré dans le camp ennemi ? Auraitil trahi sa conscience et sa réputation ; aurait-il fléchi sous quelque point de vue qu'on veuille l'envisager ?

Deux mois après sa disgrâce, une république inopinée et soudaine confirmait toutes ses prévisions et voulait les récompenser par l'appas des plus hautes charges et par une nomination conférant le titre honoraire le plus élevé de l'ordre judiciaire.

Si tout a été refusé dans les régions les plus élevées pour

conserver une indépendanee si connue et si respectée jusqu'à ce jour , comment d'anciens et honorables collègues voudraient - ils refuser aujourd'hui le simple respect dû a l'âge , ce respect que le grand orateur de Rome a si dignement invoqué dès le début et dans la dédicace de son sublime TraUé de la VieSksse : c Je fais à vous-même, mon cher Âtticus , rapplicatipn des vers qu'a Flamininus adressa cet homme dénué des biens de la fortune, mais riche en vertus. Je suis pourtant bien sûr que comme Flamininus les ennuis ne vous tourmentent pas les jours et les nuits.

9 Je connais l'égalité de votre âme ; je connais sa mode ration. Ce n'est pas seulement un surnom que vous avez rapporté d'Athènes , vous en avez rapporté toutes les qualités sociales , et la sagesse. Je soupçonne cependant que vous êtes quelquefois vivement ému , comme je le suis , et pour les mêmes causes. Les motifs de consolation à cet égard exigent plus d'étendue et d'autres circonstances ^

» Je cède aujourd'hui à l'envie de vous faire part de quelques réflexions sur la vieillesse ; mon but est de diminuer pour nous la pesanteur de ce fardeau qui nous

1 Oq a toujours remarqué dans cette phrase combien Cicéron était blessé des pro^s de César vers l'Empire. Il voyait la liberté presque évanouie, et n'osait exprimer ouvertement à son ami la douleur qui l'affectait. Ce courage qu'il fit paraître , quand il sauva Rome des attentats de Gatilina, qu'était-il devenu ? Catilina perdu de débauches et de crimes offrait à l'éloquence de son accusateur un champ vaste et libre. Quel moyen donc pour risquer des attaques contre le plus grand homme de ces temps, celui dont la hardiesse et l'audace semblaient légitimer l'ambition et l'adulation de Rome.

est commun , qui déifà nous presse , on que nous aUons

du moins éprouver bientôt ; qnoiqu'intîmément persuadé que vous le porteree patiraiment et en sage , ainsi que tous les événements de votre vie, dès l'instant que je me proposai cet ouvrage , vous vous présentiez sans cesse à mon esprit , comme vraiment digne du don que je vous en tais , et je vous le destinai dans la pensée qu'il pourrait nous être à tous deux d'une égale utilité. La satisfaction que m'a donnée ce travail est telle , qu'il n'a pas seulement écarté de moi les ennuis de la vieillesse ; il me l'a rendue même agréable et douce. 9 Quels éloges ne mérite donc pas la philosophie qui donne à ses vrais sectateurs l'heureuse &ctaJté de passer, exempts de chagrin , tous les âges de la vie ! Mais j'ai parlé beaucoup ailleurs , et je parierai souvent racore, des avantages divers qui résultent d'elle ; je me borne aujourd'hui à ceux que la vieillesse en retire ^ »

1 Licet enim vereibas iUdem mihi affiui te, Atiioe, qaîbas ailatar FUminimuD. Ille vir baiid magnà eam re« sed pleniis fidei. Qaaroqaam certo aâo, non at FumininoiD, sollicitari ta. Tite« sic notesque diesque.

Novî enim modéra tionem animi toi et oeqaitatem : tequenon cognooem 80l«m AtSenls déportasse, 5ed homanitatem et pradentiam' inlelligo: et tamen suspicor, lisdam rebas te, qaibos meipsam interdftm graTÎfts eommoveri : qoanim eonsolatio et major est, et in aliad tempos dilferenda.

None aatem mibi visam est de senectote aliqnid ad te scribere. Hoc enim onere , qood mîbi tecnm commune est, aat^jam urgentis , ant cerfè advertantis senectntis, et te. et meipsnm levari volo. Et si te qaidem id modicà ac sapienter (sicat omnia) et ferre et lataram esse eert6 seio. Sed mihi, cftm de senectote aliqnid vellem scribere . taoecnrrebas dignns eo manere, qnonterqne nsstrûm commnniter nteretor. Mibi quidem itàjiiconda bajas libri confectio fuit , ut non modo omnes abstersedt senaotatis molestias, sed effècerit mollem etiam et jocondam senectutem.

Nonqnam igitor satis laadari digne poterit Pbilosophia, coi qui pareat, omne tempos aetatls sine molestia possit degere. Sed dec»teriset diximos molta, et sœpe dicemos. Banc librom de senectote ad te misimos.

Sous cette haute et bienfaisante influence de tout ce que la vieillesse peut retirer des tradlMons eu Mtnps antique, qu'allait donc inspirer te temps acMei devant cette injure reçue en si grande solennité ?

Est-ce que la béatitude magistrale dn jour serait d'endurer l'injure et de pardonner l'outrage 9 Nous répondrions alors avec un célèbre orateur de l'Eglise , avec Bourdaloue, que selon la morale du monde (fe^ une lâcheîé que de siHpporter la moindre offense.

Que faire donc dans le temple de la justice ? Dans c« t^Bple ébranlé que oet autre grand poète du siècle suivant dépeignait de la sorte :

Où toute la nature

S'émeut à son aspect, où nos sens éperdus Sont dans le même trouble et restent confondus ?

Sortant d'une telle audience et de pareille assemblée, on se fait conduire chea un vieillard qBÎ se meurt et au-devant de nos deux pasteurs prêchant l'Evangile aveo la. même fcd.

Mon compatriote Sylvestre, ancien coutelier éeSisteron, avait voulu terminer sa csurrière auprès du magistrat qu'il i^'avait cessé d'affecUonner et de respecter. Il était venu prendre gtte dans le plu» près voisinage de l'hôtel de son procureur général bas-alpin. A ses quatre-vingt-dk ans , je prescrivais un peu d'éloignement pour jouir en hiver des bienfaits du soleil de Provence. Il y a cinq ans qu'il vivait paisiblement en plein midi , à côté du Palais de Justice et ttOQ loin de la rue Mondar.

C'était la dernière fdiis que je revoyais le doyen de ma VH^ natale ; le lendemaÎB , à. l!àgè de quatre-vingt-quatorze ans, il était dans le cercueil.

De ce numéro 8 de la rue Peiresc , le carrosse des grandes cérémonies me conduisait au palais archiépiscopal et je trouvais que le d^[ne prélat, qui ne pouvait point être au concile œcuménique, ressentait cependant une amélioration très-visible dans sa santé. A ma troisième visite , j'éprouvais aussi une satisfaction non moins réelle : je retrouvais M. le pasteur Elysée Chenaud, entouré de sa bonne famille, des jeunes anglais confiés à ses soins et qu'il chérit autant que ses propres enfants.

Ces trois visites, qui ne devaient être sans consolation ni sans besoin de leur diversion, occupèrent le temps destiné à cette grande visite officielle que la Cour est dans Tusage de faire incontinent elle-même au magistrat qui vient d'être reçu. Je n'arrivai donc auprès de l'heureux installé du quartd'heure qu'au moment même où la Cour s'éloignait de la demeure de mon ancien substitut, nouveau procureur général en siège d'une célébrité plus que centenaire.

Je ne voulais plus rencontrer cette Cour et je ne saî» » je la reverrai jamais , à moins que satisfaction complète n'ait été dignement offerte et agréée.

Quand donc, là et ailleurs, sera rendue cette justice à cet émérite endurci qui ne cessera de la demander et de se défendre à travers tant de passions , «tant d'ambitions personnelles, à travers quelques rancunes invétérées et pour tout ce qui se meut dans le milieu complexe et tourmenté de la vie moderne qu'on vient de nous faire.

Jadis, magistrat de résistance, aujourd'hui plus résistant que jamais , il faudrait enfin qu'on pût savoir si celui qui a vécu pendant quinze ans en présidence de police correctionnelle dans la grande cité méridionale la plus passionnée,

pendant près de vingt ans à la tète d'un parquet de Cour souveraine en vieille cité parlementaire , peut continuer à vivre respecté, mourir en paix et sur place, quels que soient les projets, les astuces cachées et les perfidies ouvertes qu'il sait comprendre et saura déjouer.

Les saints et leurs conséquences n'ébranlent point encore un gentleman qui est chaque jour en selle et en tenue aussi inébranlable dans ses principes qu'à cheval. Ces attaques directes ou indirectes n'auront pas plus de succès extrc^ muros de la vieille cité, au village et dans nos champs qu'elles n'en ont ailleurs.

Après une dernière perfidie qui me poursuivait jusqu'en humble ferme, je ne pense pas qu'aucun émissaire insidieux ne s'y présente de nouveau.

Il n'y a que quelques semaines, un marseillais, pur sang, venait impudemment visiter Nevsr-Powrcelles pour l'acquérir. Lorsque je demandais raison de cette espèce de violation de propriété et de domicile , il me fut répondu que le hruit public l'avait conduit à cette exploration.

Sur-le-champ il fut remontré k telle imposture que le bruit qui avait poussé aune telle agression n'était pas le bruit public dont on se prévalait, que ce n'était que ce bruit outoritaire et si malveillant dont on n'aurait, certes, pas dû se prévaloir: qu'une telle rumeur assurément si restreinte n'avait d'autre origine ni d'autre écho qu'un maire étranger à la commune, un juge de paix étranger au canton et un conseiller général plus étrange encore. Et puis si l'on cherchait quelque honteux dessous de carte dans ce jeu la , on trouverait certainement pour enjeu quelque promesse de substitut faite au fils de ce marseillais subrepticement décoré en

meilleur temps et honteusement conseiller général de la République lorsque, dans le même canton, aucun notable sensé, ne s'était présenté à cette époque.

D'ailleurs qui ne sait qu'on a banni jadis Aristide pour avoir trop fidèlement servi la justice f Qui petit s'étonner qu'on veuille bannir d'une humble ferme celui qui a voulu introduire quelques belles races k New-Powrcelles ; qu*on veuille chasser d'un village celui qui n'a voulu faire qu'un peu de bien à Gardanne et expulser d'une ville paisible celui qui n'a montré à Aix qu'une ferme attitude magistrale ?

On restera donc debout et sur pied , à la villle et aux diamps , et l'on a l'intime conviction qu'on ne verra longtemps ni debout ni en place tous ces autoritaires qui hé (Perchent qu'à satisfaire leur mauvaises passions , à bxve leur grosse fortune et à pervertir la morale publique.

En première et en dernière ligne de tous ces types de moeurs magistrales , d'études contemporaines , il faut bien dépeindre , une fois pour toutes , en traits précis , pièces probantes et tous faits à l'appui , ce ferouche et sournois jugeur devant s'asseoir enfin sur la sellette disciplinaire et recevoir le châtiment le phis mérité par txat de récidives mcessantes et obstinées qu'on n'en a jamais rencontré àb pareilles chez quelque délinquant que ce soit, en monde judiciaire et en nulle adtaiinistration actuelle.

On va le voir : ces coups de pinceau relèt«nt d'une palfette bien garnie en couleurs prises sur la nattre méine. Evidemment il ne sera rien retracé de trop flatteur au moraf ni au physique. Toutefois l'origine d^Un tel ofiginsdF et les copies qu'il en peut laisser ne montrent jusquMci aucun signe de race.

Tou^ d'abord,^ propos de s^u^s et peqjtnMve de rq«i4â9 plus anciens, qui donc, dans nps, Alpes, aidait plHSj^igBfrment salué un magistrat compatraiote , qjjtfi TpAde p^teisnel du président lui-même ? C'est le docteur il^çq^gs^^lmw qui dé^i^, il y a trente-cinq aus, son TP^ofUSi^^i 4^ifa médedm f^ofe au Procureur Cr^néral (p^ j^ Cour 4$ ,f/x» .rassort ^

Qui n'a reçu dans çon passage au pQjiiyoi^ /ipA^s 4âdicaces flatteuses et toujours mieux étud^^es ! :Q)iaiiM^ M )S^ laisse aller à Texhibition d'une t6l)e rénMoi^ç^BAçe fli i^n suspecte , c'est qu'il y aura certaio^e^it ji^ à:$!Arrétfir et à revenir à l'expression la plus cai^^ptéristiime de uoti;e sujet.

Mais sans trop vQuloir rechercb^tr .^o ascendance .ejt é^ descendance si heureusement éloignées.du giron, à1 y^eu awa bien assez de passer forcément en revue itant de ^»\ itr^stes

aperçus mais tous si indispensables à i'îmtr^fff(WfiE($ÇÔ'^^ dont s'agit.

Quçl moment serait donc mieux , çboisi ^4u'Qn |Ce JQvr

1 A Monsieur

Le Procureur Général en la €our Ihyale d'Àix.

Hommage d*un ami de la Justice

et de rhuxnanité

A.n maffistpat zéJé , prpt^oteur de l*4nnooenee

et ▼enseup du ovime*

J. POIL.ROX7X.

même , lorsque les échos de la presse officielle annoncent ainsi le retour du gouvernement parlementaire ^

Laîssous cependant à l'écart toutes ces conyictions qui ne sont arrêtées que sur leurs intérêts et leur but. Laissons aller à Tayenture tout ce qui va si vite et sads honte : attachons-nous seulement à quelques-uns de ces points de vue que l'ambition instinctive ne cesse de dévoiler.

Cest en entrant enfin dans cette voie que nous allons directement à ce point culminant qu'a toujours voulu atteindre un officier de parquet : lorsqu'on n'a montré dans toute sa conduite que de fausses allures et des actes si équivoques j on ne doit plus viser qu'a cette inamovibilité qui, dans l'esprit de tant de magistrats , couvre tout passé quel qu'il soit , prépare ainsi avec de nouvelles transformations une exi&tence plus assurée à toute ambition, vrai monopole de tout siège et vrai programme de tout parquet.

La présidence du même siège vient à vaquer en mars 1843 : la cité judiciaire et la camaraderie régnante sont en émoi ; le chef du parquet de la Cour fait le devoir : il trace nettement la situation , ce qu'exige la justice et ce que réprouverait l'opinion. Dans la présentation ministérielle du 1 S du même mois , un seul candidat , président d'un siège voisin, est proposé pour la présidence d'Âix où il fallait un

1 L'Empereur a donné hier aux Toileries an grand nombre d'audiences, on a beaucoup remarqué qu*au lieu de dire comme autrefois : « Je m'en occuperai, » S. M. répondait invariablement : « J'en référerai au conseil des ministres. • Ce qui prouve que ce conseil est consulté sur chaque aiEure, depuis qu'on est entré dans la voie parlementaire.

(Service officieux du Journal offieiei, le Courrier de MarteiUe, jeudi 18 novembre 4869).

étranger ; un seul candidat est proposé ; un seul candidat est repoussé : il en est appelé à la haute sollicitude d'une administration déjà tant de fois surprise en défaut.

La désastreuse influence des coteries et camaraderies locales remporte sur la fermeté du mandataire direct de la couronne. Le chef amovible d'un parquet inférieur, en constante trahison d'amitié et' en défaillance politique non moins évidente, craignant surtout l'inflexibilité de son chef, s'élance , met tout en feu pour se couvrir du manteau de l'inamovibilité. Mais , pour triompher, il fallait nécessairement invoquer tout le crédit de l'illustre homme d'Etat qui se trouvait k son tour et dans plus d'une occasion sous les fourches caudines des rangs si besogneux et si avides de notre classe moyenne.

C'est malheureusement cette classe elle-même qui a tant abusé , comme tous les partis , de la corruption et de ses mauvais instincts ; c'est dans ces rangs eux - mêmes qu'un jour , après châtiment si mérité , d'autres châtûnents non moins prompts sont cruellement infligés au protecteur le plus éminent et le plus impassible par ces félonies particulières qui le touchent néanmoins si personnellement.

Ce président de siège et ce conseiller de la Cour, son allié et son complice, tous deux si obstinément et si vivement écartés par les présentations du haut parquet , ne sont pas les moins obstinés pour repousser le protecteur auquel ils devaient toutes les faveurs qu'ils avaient obtenues.

M. Thiers , qui se présentait dans la ville d'Aix même pour faire partie de l'Assemblée Nationale, fut impitoyablement repoussé par ceux qu'il avait naguère accablés de son puissant appui.

Si Ton montrait k ce sujet une partie de la coirespoi)dance de ces temps , on serait peu édifié de ce reflet des mœurs contemporaines.

Mais cette étude , ne pouvant se borner à qudque trahison électorale de cette espèce , conduirait encore à d'autres félonies non moins honteuses et si incroyables.

Ce môme président , admis dans l'intimité d'une famille, considérable et nombreuse , ^'en écarte paiement un jour de détresse particulière.

Cependant il n'en a pas moins fallu faire autre enjambée de présidence d'un siège inférieur à uae .présidence de <diaflibre supérieure. Pour cette fois , ce dennier tomr de force l'emportera sur le mauvais vouloir et les prescriptions sévères du garde-des-sceaux lui-même. Dans une de ses circulaires, celle du 1" août 1 &S9, le ministre rDdiaagle déclare fort résolument ne wuknr plus tolérer des démarches, des mites, des recommandations si étrangères à Vadmimstration de la justice.

Le 1 3 janvier 1 863, le président du siéige d'Âii part pour Paris lorsque venait de vaquer à la Cour une présidence de chambre. Le ministre est avisé de ce départ et rappelé à sa circulaire : malgré cet avis offideux et toujours plus affectueusement accueilli , il passe outre, et ce nouveau tour de passe-passe s'accomplit au seul . profit d'un chef de «oa^pagnie qui croit trouver ,• la, assistance et soutien au«ein de ta Cour tout au moins Jusqu'à évolution et révolution nouvelles.

Il est vrai que tous deux sont habitués à pareittes manœuvres: tous deux, antagonistes au même canton, voulurent un jour entrer tôt au conseil général. L'un, caadidatdes lé-

gitinûstes , û'ambitionnait alors qu'à soutenir son parti. Il était assisté de MM. de La Boulie père et fils. L'échec imprévu décida sur l'heure le départ subit du champ de bataille et d'un banquet municipalement préparé.

L'autre , visant a la décoration par la main gauche , soutenu par le préfet, passait de plus et sans ménagement sur le corps d'un de ses supérieurs les plus distingués, de mon premier avocat-général DesoUiers.

Si l'on se laissait aller à tant et à trop de digressions, on pourrait commencer à faire entrevoir ici et non sans à-propos , quelle était l'attitude d'un chef du ministère public. Celui-ci mettait en pratique les vrais principes d'indépendance qu'il professait en matière électorale dans ses discours et ses circulaires : il poussait le scrupule jusqu'à laisser commettre dans son parquet même le manquement aux égards sociaux , dans la crainte d'attenter à l'indépendance d'une élection, quelque secondaire qu'elle fût.

Quoi qu'il en soit, en détournant la tête des fins infimes et des plus insolites minuties d'un petit parquet si misérablement envahi par l'ambition , retournons aux convoitises personnelles, à toutes ces obéissances d'aspiration au pouvoir, à tout anéantissement de conscience et de justice. C'est ainsi que nous voyons alors tourner le dos au procureur général de la Restauration , premier protecteur ; à un ministre du gouvernement constitutionnel, second protecteur; à un président de chambre , troisième protecteur, et à tous protecteurs passés, futurs et plus abusés les uns que le3 autres 9 moins toutefois ce chef qu'on cherche à outrager en dernière ressource et en désespoir de cause. Mais on aurait dû, certes, y prendre garde ; il est encore debout, celui qui

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