DEDX VILS DE NOTAIRE
Tan Premier PrésMeHf ^Fantre ProenreorCiénéral
en la méine Cpnr.
Ce D'est point parce que Tud sera fils d'un notaire de grande ville et l'autre fils d'un notaire de village, qu'il faudra rechercher la différence qui a existé dans la conduite de ces deux magistrats. On peut , dans le plus petit bourg comme dans le plus grand , retrouver les traces de cara<^tëre généreux et élevé, ou celles de ce qui va manquer aux plus simples inspirations de la justice et de la délicatesse. S'il y a lieu de le répéter ailleurs et bien souvent , il y a certainement ici l'occasion de rappeler que la justice est plus dans l'instinct naturel de l'homme que dans la science et la pratique du juriste.
Le récit des deux faits qui sont à retracer à ce sujet donne également plus de certitude à la justesse de nos aphorismes que tout récit oratoire artistement exposé.
En différentes occasions et surtout lors dQ la première candidature du fils du premier président de la Cour pour le canton de Trets, au conseil général ^ voici ce qui se passait , ce qui se disait a voix basse dans tous les coins des villages et à haute voix dans toutes les chambrées et réunions publiques.
M. Augarde , successeur au notariat du père du premier président, n'avait point encore payé le prix de son o£Goe ; il ne s'en est acquitté qu'après sa nomination à la justice de paix de Trets , et ce n'est qu'alors et par ce moyen que le premier président est ainsi parfenu au recouvrement de certaines sommes epcgre du^s à son p^re.
Il n'en a pas fallu davantage , et c'était déjà bien assez, pour infliger au fils la plus forte humiliation qu'il pût éprouver dans son canton natal.
Mais si rien n'arrête une jeune ambition, qui devait déjà tant rêver et tout espérer devant les traces politiques et m^ gistrales de son père , on a droit de se demander si ce père lui-même mérite ou non la sanglante réminiscence de ces deux vers de Lafontaipe un peu retournés à notre sujet , si fatalemept et si justement amenés à la fin de cette plainte à laquelle donnaient lieu la seconde candidature au conseU général et sa réussite dans le canton de Gardanne.
Mais il s'agit ici de cet autre épilogue qui est le parallèle à (développer entre le chef actuel de la Cour et l'ancien chef ()6 m pa^q^et,
C'est à cette occasion qu'il doit être nécessairement r^ pelé la conduite c|n fils de notaire en grande ville.
Pendant qq^ j'ét^i^ premier vice-rprésident du tribunal de Marseille , jp me trou? ais en remplacement pennanent du c;hef de ^ siég^. M. Rigordy, âgé et fort souffrant , était si i)at^Qr^l)p|Q^q( di^PQ^é m F^pos et aux habitudes de quiétude coloniale , quft l€\ plu^ souvent j'étais ohargé de toute 1^ juridictioq gf2fi\^xï^ personnellement attribuée au chef (Ï9 siège,
Dans une grande ville , cette juridiction donne lieu à dp
fr^nentes déljigf^tioqs de notaire poi^r r^préseptation de mineurs absents aux inventaires et 9Utr§s aç^ de pareil office.
Malgré cet état d'pq président valétudinaire et ses Patentions habituelles , il existait entre lui et un notaire re^ tourné des Aotiltos r comice lni-rQt^pie , les relations trèsr étroites qui se contrôlent d^ne les cQlooîes ratre compan tripte^ de même çHé.
foutes les Qomiq^tions de la juridiction gracieuse du président titulaire étaient réservées et faites en faveur de ce notaire : on all^t jn^qu'à dire que c'était pour lui ui) bénét fice assuré qui devait s'élever annuellement à sis mille francs,
h w^^ tout cela comme tout le monde, et tout le mon^ de ne }e s^v^t p^ p}qs impvmémeiAt qu'un fil^ de notaire en ipémo résidence,
Ansgi au P^aiis coQiBoe ^llem^, ftc^uraitH^^n vers moi ar vec plus de ponfianoe qu'auprès du chef dô ce aiége. On sar vait que loin d'^^oir qqelque préférence dans le notariat, quelque prédileetion perticqli^re pour qui que ce fût , je n'avais consacré ep jiiridiçtion gracien^e qu'une exoeptien : c'était celle de mQR P^Fb qui n'avait jamais reçu de son fils de délégation pareille , de nomination quelconque pendant toute m^ magistrature en ee aiége.
Aussi pourraia-je me contenter d'indiquer qu^k toutes les élections marseillaises de cette époque, si j'avais de la peine à m'éloigner de toute candidature législative, j'en éprouvais encore plus de la part dU b^rfeg^u çt de toute l'admim^tr^ition de la justice qui sans cesse aurait voulu me témoigner tous les sentiments que leur inspiraient UU déslnt^reasQ^
ment si rare et un déyoûment si apprécié dans le seul intérêt de la jastice elle-même.
Je puis dire encore qu'en m'éloignant ainsi de la carrière législative , j'ajoutais de plus à cette conduite un autre déyoûment et une déférence respectueuse : je ne voulus jamais entrer en concurrence avec les personnages que je respectais et des amis qui m'étaient chers.
En quittant cette magistrature de siège inférieur , j'étais élevé au premier rang de la justice répressive d'une cour souveraine , avec cet assentiment général formulé dans les vœux qu'exprimaient le lendemain de la révolution de juil* let 1850 les nouvelles autorités d'Âix ^
Ce n'est certes point par aucun sentiment d'amour-propre ni moins encore par vanité qu'on se trouve amené à pareille réminiscence ; mais lorsqu'on est 'contraint k rappeler des époques et à rapprocher des individualités , il faut bien dire ce qui d'un côté conduit à la justice par le simple essor des libertés publiques et par l'eiTet des bons sentiments, et ce qui , de l'autre côté , ne conduit qu'aux vams honneurs par la restriction de ces libertés et par le despotisme.
On en arrive alors au plus étrange parallèle et on ne doit pas craindre de le retracer quand il émane de mains qui ne peuvent être suspectes.
n faut donc comparer ce que chacun doit retrouver dans son bagage au moment qu'il entre dans la retraite.
1 Ces V€Bax dont il est donné copie à U page SO de oeyolnmeontété transcrits par une main qui est devenue celle d*nn ministre de l'instraction pobliqiie. Avec pareil titre et one teUe origine, on a pn aUer josqn'à l'aatographie qni donne et conserve une espèce d'authenticité à tont ce qui touche au domaine judiciaire et historique.
Si je D'en yiens pas, en décembre 1870, à la situation si équivoque d'un premier président qui se trouve hors de son siège et môme hors de France , ce ne sera pas sans une satisfaction dont on appréciera la valeur, que je pourrai reproduire encore comme autographes les vers que m'adressait ., lors de ma disgrâce , le père même du premier président Rigaud.
Si je comprends toute la valeur de la modestie qui porterait à garder un tel document dans le portefeuille avec tant de pièces pareilles, il y a cependant dans cette circonstance quelque chose qui l'emporte sur toute pudeur d'étiquette et sur toute modestie de bon goût.
Hommage respectueux d'un juste appréciateur
des hommes et des choses
âgé de 84 ans.
Intègre Borély, sois gai, console-toi;
N'a-t-on pas vu cette ville en émoi,
En apprenant ton injuste retraite ?
Le grand Choiseul tombe d*an même coup.
Mais son exil à Chanteloup
Fut un triomphe et non une défaite.
Pour toi,*mêmes regrets ;
Chez toi, même affluence ;
Hébert, sache-le bien, n'aura que des sifflets
Et l'on se souviendra de ton indépendance.