‹ De la justice et des jugesChapitre 7 sur 30 · DUPIN · texte numérisé non relu

DUPIN

SUR LES GÂNDIDA/TURES A L'ASSEMBLÉE CONSTITUANTE.

A ■. le Hédaetear Au JVëtMoritil ét'Aiat»

Aiz5l0 46iiiar8 4848i

Monsieur ,

Parmi les candidatures à Fassembtôe Mtiooale que votre feuille aimoiice ce matin, vous avez placé .mon jpomieo première ligne. Je réponds sur4e-champÀ l'initiatiye que vous avez bien voulu prendre àmonk>égard, moing j>ûur:Vous par^ 1er de moi que pour m' exprimer sur.un)autre nom qui ne saurait être oublié et qui, pariai nous, doit ;pjas&er avant qui que ce soit sur toutes les listes dç ce ^département.

Je ne dois pas souffrir qu'on me place avant celui que j'ai toujours reconnu, dans notre Midi, comme l'illustration la plus vraie, la moins contestable. Les grandes illustrations d'un pays sont aujourd'hui le prix des connaissances politiques, des travaux parlementaires, des suoes manlike quaUHeSj pour me servir du mot technique.

M. Thiers n'a jamais été suspect lorsqu'il a été question de défendre les libertés publiques et la gloire de la France

Aux services qu'il a déjà rendus, notre ancien député d'Âix peut certainement en ajouter de plus importants.

Au milieu d'une assemblée qui va décider des destinées de la République française, la patrie a besoin des lumières et de Texpérience de ceux auxquels nous reconnaissons le plus de talent, de dévoûment éprouvé et d'attacbement à la liberté. Je ne sais qui nous pourrions placer, ici, avant le compatriote qui, pendant dix-huit ans, a représenté cet arrondissement.

Je ne crois pas exprimer une opinion ni une préférence individuelles. M. Tbiers est aussi bien apprécié par les étrangers que par ceux qui le connaissent plus particulièrement.

Un ancien chancelier de la Grande-Bretagne, c'est-à-dire un des hommes éminents qui ont le plus d'influence dans les affaires publiques, m'écrivait le 5 de ce mois : QucM à MM. Thiers, OdUon'Barrot et BiUaut, us se sont couverts de gloire. Leur adhésicn^ vu les circonstances, a éM parfaitement patriotique et désintéressée.

L'illustre auteur du Traité de philosophie politique s'exprimait ainsi lorsque, déjà, il avait écrit dans son pays pour faire sentir la nécessité d'une adhésion franche et affectueuse à l'œuvre de Février.

Que, si l'on voulait ensuite reconnaître quelques titres à un magistrat disgracié qui a fait le devoir de la justice et qui a conservé sa pureté et son indépendance au milieu de la corruption qui vient de perdre le dernier gouvernement, je ne saurais reculer devant le difficile mandat que le suffrage universel va conférer le 9 avril. On me permettra seulement de rester dans cette réserve et dans cette dignité que

donnent les habitudes sérieuses. Les graves préoccupations passent avant les sollicitations de suffrages. Je voudrais avoir le temps de présenter quelques idées sur la justice. J'ai étudié des matières qui peut-être ne sont pas assez connues en France. Depuis plus de dix ans, dans de longues conférences et par une correspondance suivie avec le premier jurisconsulte d'Angleterre, avec un des députés les plus libéraux de Westminster, j'ai pu entrevoir ce qui est à faire pour rendre la justice véritablement indépendante et digne de sa haute mission. J'ai à travailler t)eaucoup et dans peu de temps. Le plus que je pourrai, je resterai à l'écart du mouvement électoral. Je ne suis cependant ni indifférent, ni suspect, pas plus alarmé qu'irrésolu. On sait dans toute l'étendue de la juridiction de la Cour d'Âix comment j'ai succombé sur le champ de bataille. Trois départements connaissent des opinions et des travaux qui ne doivent pas être rappelés par moi. Je n'ai donc qu'à insister, à insister avec force et conviction sur la supériorité incontestable, sur la prééminence d'un compatriote dont l'affection inaltérable m'a toujours été précieuse et que je ne cesse de regarder comme un des premiers hommes d'État de notre époque.

Recevez, Monsieur le Rédacteur, l'assurance de mes sentiments distingués.

BORÉLY

— ZW> —

Démission de Colonel de la C^ardie W|itloi|fUf <

Aix, 6 décembre 4854.

Monsieur le Maire ,

Pour tout Fra)[>çais, le 3ervice de la ^rde nationale est obligatoire et personnel. Mais pour ceb4 qui. est appelé à l^i tête d'une légion, il peut en résigner le comtuandement.

Le garde national restera do&ic dans les rangs où le place la loi, quelles que soient les circonstances qui puissent sor^ venir : le colonel doit en sortir lorsqu'il n'est plus en rapport avec ses supérieurs, avec sa conscience, ni avec les principes qu'il a professés toute sa vie.

Je ne pourrais seconder les résolutions du chef de l'Éta* qui veut rompre toutes les traditions parlemeataires que la France possède depuis près de quarante a^ées, Je w pourrais non plus prêter mon concours à l'autorité départementale qui proclame en tête de ses actes nouveaux que fwns avions tous pressenti ou désiré Vacie solennel et suprême qui viole la Constitution, qui brise la représentation nationale et qui met en captivité des représentants que nous avons choisis et des amis qui nous sont chers.

Je ne serais bientôt plus à l'aise avec le chef de l'administration de cet arrondissement qui suspend une compagnie de la Légion sans demander ni donner au colonel commandant aucune explication préalable ni officieuse.

/QQII

— MMU -•-

Je ne trouverais d$ncltu«^evaiit de moi qu'une autorité municipale avec laquelle, je Tavoue volontiers, je n'ai eu que les meilleures relations sous tous les rapports.

Je me tais sur certaines relations d'intérieur. Mais en quittant le corps d'officiers qui a bien voulu m'élever k sa tête, par le choix assez étrangle d'un ancien magistrat, qu'il me soit encore permis d'adresser les vœux d'un chef habitué au oimmandement d^une autre milice connaissant la discipliite et les égards qui sont dus à tout chef de service. Le service militaire de la garde civique, comme le service judiciaire des parquets, exige ce dévoùment bienveillant et empressé qui garantit le respect des. lois, des propriétés, des personnes, des consciences et qui assure partout une bonne administration des affaires publiques.

J'aurais voulu résigner mes fonctions dès qu'a paru la première dépèche télégraphique. J'ai dû attendre que les événements fussent entièrement connus. A Paris, c'était la veille que le général Perrot quittait le commandement de toutes les légions de la garde nationale. Cet officier général ne reculait pas devant les périls de la situation : il ne le cède à personne en résolution ni en courage ; il est aussi brave que le général de Lavœstine qui le remplace dans ce commandement important.

De quelque manière que soit envisagée la conduite que j'ai à tenir aujourd'hui, on doit savoir que je n'ai pas l'habitude de céder à la crainte ni aux dangers. Je ne voudrais pas être dirigé non plus par d'autres sentiments qui peuvent égarer et faire dépasser le but. Je sais seulement résister aux entraînements des pouvoirs et des masses.

Recevez, etc., etc.

BORÉLY

P.-S. A cette lettre était joint Tordre du jour suivant :

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