CHAPITRE II
premières manifestations de la Justice matrimoniale.
De toutes les parties de l'éthique, celle qui a le ] fait divaguer les auteurs est sans contredit le mariage.
La variété des usages, toujours si instructive, l oppositions même, si bien faites pour éveiller l'esj tout ce qui devait faciliter la solution du problème justement ce qui a embrouillé les doctes; et TondeaM
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posons à priori que ces «manifestations sont le prodai des lois mêmes que nous cherchons, lesquelles lois on ainsi pour expression la série des phénomènes.
C'est ce que nous avons explicitement déclaré, dès I commencement de ces Études, en posant ces axiomes :
Rien de nécessaire n*est rien;
Rien ne peut être tiré de rien ni se réduire à rien;
Rien ne se produit en vertu de rien;
Rien ne tend à rien ;
Rien ne peut être balancé ou stabilisé par rien^ etc.
Opérant sur ces principes, nous avons constaté qi l'humanité marchait, par de longs et douloureux t&loi nements, à une constitution générale dont nous avoi essayé de déterminer les principales parties.
Or, de même que nous avons supposé, puis démentis par celte méthode d'observation, qu'il existait dans société une constitution de la propriété, une constiti lion du travail, une constitution de l'État, une constitu tion de la raison publique, etc., nous supposons encoi et nous démontrerons qu'il existe une constitution d mariage et de Isf famille, constitution qui naturellemei ne s'est pas révélée du premier coup dans sa profonden mais qui d'abord se révèle dans la donnée première de sexualité, puis se dégage peu à peu dans les formes < l'amour et du mariage, pratiquées, consacrées ou toi rées chez tous les peuples.
Que parlc-t-on ici de préjugé ? On s^étonne qu'aya nié, d'une façon assez énergique, propriété, gouveri) ment, religion, j'aie conservé toujours un certain respc pour le mariage, de tous les préjugés, pense-t-on, le moi respectable, j'ajoute, le moins défendu par la démocral moderne.
Mais tout est préjugé dans les institutions humai» c'est-à-dire jugement provisoire, prœ-judicaUi^m; \xi
Ta qu'un but, la reproduction. C*est un drame qui, de a nature, ne se joue qu'une fois, et dont l'évolution se iivise en deux périodes opposées, Tune d'ascension ou le désir, l'autre de satisfaction ou de décroissance.
Pendant la première période, l'âme, livrée à riiallucilation d'une volupté ineffable, affamée de ce qu'elle lomme son souverain bien, haletante, s'absorbe, se »Dfond dans la personne de l'objet aimé ; elle est prèle i se sacriGer pour lui, elle s'en fait l'esclave, elle l'appelle sa divinité. Tout amant est idolâtre et a perdu la possession de lui-même : c'est alors qu'il rêve d'une union intime, continue, inviolable, éternelle, abîmée dans la solitude, loin des hommes et des choses. C'est l'amour tel que l'éprouvent le jeune homme, la jeune fille, à moins qu'une expérience précoce ou de sordides calculs ne les ûent dépravés; tel que les poètes et les romanciers aiment à le peindre, pour l'enivrement, la déception et tôt ou tard la dépravation de cette jeunesse.
Hais nous ne resterons pas longtemps dans ce septième ciel. Les amants se possèdent: le cœur a joui, la chair est satisfaite, Tidéal s'envole. Un mouvement inverse du premier, tout aussi fatal, se déclare; la période de décroissance a commencé. En vain l'imagination fait effort pour retenir l'âme dans l'extase : la raison s'éveille et rougit; la liberté^ au plus profond de la conscience, fait entendre son rire ironique ; le cœur se détache; la réalité et ses suites, grossesse , accouchement , lactation , fait pâlir ridéal : heureux alors celui que le besoin de se ressaisir ne pousse pas jusqu'à la haine et au dégoût !
Effet inévitable de la possession, qui désole la femme, plus lente à se dégriser, la fait crier à l'infidélité , à la trahison, et la livre corps et âme à son amant ; qui en înème temps commence pour l'homme une période de libertinage en le rendant, incrédule, et fait calomnier par
l*opinion unanime des auteurs; elle résulte de tontes ks lois et de toutes les coutumes; et il ne parait point quie les premiers instituteurs du mariage aient eu dans l'esprit une autre idée. Suivons ce fil.
Vamour. — Je n'ai pas la prétention d'en apprend» grand* chose à mes lecteurs : il n*est adolescent sortan' du lycée qui ne se croie profès eu la matière, bachel^b qui ne se flatte d*en remontrer sur cet article à son grand papa. Contentons-nous donc, pour Tintelligence de h discussion, de le représenter d*abord tel qu*il est et qu nous Favons éprouvé tous; nous aviserons après ce qn'i peut devenir.
L'amour est un mouvement des sens et do l'âme, qn a son principe dans le rut, fatalité organique et repu gnante, mais qui, transfiguré aussitôt par l'idéalisme à Tesprit , s'impose à l'imagination et au cœur comme 1 plus grand, le seul bien de la vie, un bien sans lequel I vie n*apparait plus que comme une longue mort.
Sous Tun et l'autre aspect, soit que nous le considé rions comme Tellet de la puissance génératrice, soit qi» nous le rapportions à Tidcal, Tamour est entièreraen soustrait à la volonté de celui qui l'éprouve ; il nait spoa tanément, indélibérément, fatalement. Il arrive à notn insu, malgré nous; tout lui sert de moyen, ou, comDM disaient les anciens poètes, de flèche : jeunesse, beauté, talent, la voix, la démarche, et je ne sais quelles cer taines affînités secrètes, qui d'ailleurs tiennent beaucoa] moins de place dans la réalité que dans le roman. i< mets de côté la vertu, dont l'admiration a pour effet A produire entre l'homme et la femme un sentiment d*un autre espèce, par suite, de transfîgurer l'amour une se conde fois.
L'amour ainsi donné par la nature et l'idéal, et jusqu* ce que la Justice lui assigne une nouvelle destinatioii
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