‹ De la justice la révolution et dans l'église; (volume 2)Chapitre 2 sur 46 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Critique de l'idée de Progrès.

11 faut l'avouer, le progrès a été aussi r ceux qui s'en sont faits les apôtres officieux été auparavant la liberté et la Justice. On progrès de longues dissertations, desquellc que le doute. On a jeté au public, par g professions de foi progressistes si étranfr

que qui voudrait s*y tenir devrait sans hésiter conclure contre le progrès, comme a fait, avec un juste sentiment de la dignité humaine. M, de Lamartinç.

D'abord, qu^entend-on par Progrès? Pour les uns ce mot est synonyme de mouvement, c Nous marchons, disent-ils; la figure de ce monde change : donc... » Ces sortes de gens ne savent pas le premier mot de la question. Progrès est plus que mouvement, et Ton n*a pas le moins du monde prouvé qu'une chose est en progrès quand on a montré qu'elle se meut.

Pour les autres, le progrès est une évolution viulc, une série décrite dans le temps, quelque chose d'organique et de plein où l'on peut noter une certaine spontanéité, mais où le mouvement ne se montre d'abord en progression que pour se ralentir ensuite d'autant. Gomme si des crises déterminées à priori^ et dans un certain ordre, par la nécessité de notre constitution, ou arrangées par la Providence pour des fins dont elle se garde le secret; comme si cette suite de transitions physicosociales, qui ne dépendent pas de la volonté de l'homme, étaient du progrès humain, le progrès d'un être libre!

L'idée étant aussi mal déterminée, il ne faut pas demander si du moins on a fourni quelque preuve de la réalité du fait : comment constater un fait dont on n'a pas même la notion? Aussi le fait du progrès n'est-il rien moins qu'établi par les adeptes; et comme à tous les exemples d'évolution en mieux qu'ils citent on peut opposer des exemples équivalents d'évolution en pis; comme à toutes les marches en avant de la société, depuis le commencement des temps historiques jusqu'à l'époque actuelle, correspondent des rétrogradations compensatoires, il est réellement impossible, dans l'état où se trouve aujourd'hui la discussion, de dire si, dans l'huoianilé, il y a avance, recul, ou statu qtw.

Tout est à faire : je tâcherai pour ma part» si le prc^ré comme fait d'observation , est encore un desideraiu pour la philosophie, que Ton sache du moins à quoi s*< tenir sur le sens du mot et les conditions de la chose.

Si le lecteur a retenu quelque chose de nos premier Études, il doit pressentir que le progrès est la mêii chose que la Justice et le libre arbitre considérés l** da leur mouvement à travers les siècles, 2° dans leur act» sur les facultés qui leur obéissent, et qu'ils modifie en raison de leur marche, un être synthétique ne po vant se développer dans une de ses puissances sa que toutes les autres s'en ressentent et participent mouvement.

Une théorie du progrès, pour être complète et vra doit donc remplir les conditions suivantes :

a) Prendre son point de départ dans le libre arbitre la Justice, et s'étendre de là à toutes les facultés l'homme collectif et de l'individu : faute de quoi» le pi grès dans une faculté étant compensé par la diminuU d'une autre, il n'y a pas progrès;

b) Être affranchie de toute fatalité, comme le libre i bitre et la Justice;

6') Présenter un mouvement direct et accéléré en ava: non un mouvement évolutif, parabolique ou concc trique : ce qui, impliquant une influence exlérieui ferait toujours du progrès un pur fatalisme;

d) Enfin, donner l'explication du péché, et par su de toutes les décadences et rétrogradations sociales.

Le progrès, d'après ces conditions, embrassant l'huix nité dans l'intégralité de ses manifestations, peu impoi par où nous commencerons notre examen.

La statistique nous apprend que depuis la Révoluti

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plusieurs points du territoire, une augmentation de la vie moyenne. On attribue cette augmentation tout à la fois à la somme plus grande de richesse et à sa meilleure répartition» ce qui fait reparaître la Justice.

A cela on répond deux choses :'

La première que, si la vie moyenne s*est accrue, le maximum est invariable : de sorte que par cette augmentation nous ne faisons que rentrer peu à peu dans les conditions normales assignées par la nature, et dont la misère nous avait fait déchoir. C^est une réparation, ce n*est pas un progrès.

La seconde observation, c'est qu*à l'augmentation de la vie moyenne correspond une dkninution proportionnelle du chiffre des naissances : en sorte que, la multiplication s' arrêtant devant la longévité, nous reperdons d*un côté ce que nous avons gagné de Fautre. C'est ainsi, par exemple, que de 1850 à 1856, la population ne s'est pas augmentée d'une manière sensible. De pareils faits ne sont certes pas un argument du progrès, ils témoignent plutôt contre lui.

Autre bascule : En même temps que la statistique si-^ gnale une augmentation de la vie moyenne, elle dénonce une diminution de la stature : verrons-nous dans ce nouveau fuit un symptôme de décadence? Pas plus que nous n'avions le droit de voir un signe de progrès dans l'accroissement de la vie moyenne. 11 est permis d'espérer qu'avec un régime alimentaire convenable la taille de nos conscrits regagnerait, en une génération ou deux, ce que la guerre et la famine lui ont fait perdre : la réaction de la vie ramenant la santé publique au ni~ veau d'où elle est descendue, tout rentrerait dans ï& statu quo.

Ne 'confondons pas les oscillations de la vie, tant coL^ Jective gu'individuQlle, avec le développement génératl

et soutenu qu'implique l'idée de progrès : ce serait nous faire de puériles illusions.

Il y aurait progrès si, depuis qu'elle existe, la race humaine avait augmenté continuellement en nombre, en taille, en force, en santé, en longévité; comme il y aurait décadence si le mouvement s'était produit en sens inverse, d'une manière continue, et abstraction faite des accidents de force majeure, dont il convient de faire la part. Or, en dépit des traditions et des fables, il ne parait pas qu'il y ait lieu d'affirmer l'un plus que l'autre : la raison des choses et l'équilibre général y répugnent.

Changeons de terrain. Ce que la fatalité organique nous refuse, peut-être le trouverons-nous dans la sphère de l'esprit.

Il est certain que dans la totalité de l'espèce il y a augmentation de la somme des connaissances : de ce côté, il n'est pas possible de nier le progrès.

Mais à ce fait on oppose deux fins de non-recevoir : le premier est l'invariabilité , sinon la décroissance des facultés de l'esprit; le second, Tin variabilité encore, sinon h décroissance de Tart.

Ainsi, pour ce qui est de l'esprit, il n*est nullement établi que la puissance de Tentcndement, l'imagination, la mémoire, soient proportionnelles à l'accumulation des faits observés et des lois déduites; que par exemple les Newiou, les Kant, les Cuvier, aient été de plus grands génies que les Aristote et les Archimède. Le magasin scientifique s'emplit, en même temps que la science étend sondoQiaine par la division. Mais c'esi tout : Tinteiligence ^^ gagne pas , la fonction cérébrale reste la même.

Souiiiies-nous même sûrs de garder à cet égard le statu quoP

Comme les facultés intellectuelles sont plus vives dans la jeunesse que dans Tâge mûr, il est permis de croire, par analogie, qu*il en est de même dans Tespèce; et bien des gens trouveront qu*il a fallu plus de spontanéité, plus de puissance, plus de génie, pour créer le langage» inventer récriture et les nombres, que pour découvrir» à ]*aide de ces premiers instruments du savoir, Timprimerie et Talgèbre.

Osiris, qui imagina la charrue, fit plus pour Tagriculture que tous nos machinistes; Dédale, qui tordit et trempa le vilebrequin, peut revendiquer la propriété de ces formidables tarières à percer Vécorce du globe ; Arachné la tisserandc remporte même sur Jacquard; Parmentier, qui nous fit présent de la pomme de terre, ne saurait entrer en comparaison avec l'inconnu qui trouva ou produisit le blé; et je donnerais toutes les découvertes de Lavoisier pour celle de Noé, qui le premier fit fermenter le raisin.

Il n*y a pas une de nos inventions modernes qui ne suggère des réflexions analogues. Notre progrès industriel ressemble au progrès culinaire. On nous apprend à manger le cheval, Falpaca, Tigname, à fabriquer Todnoïde ; ce qui n*empêchc pas la disette d*aller son train... Mais je ne veux faire tort à personne. De deux ou plusieurs idées réunies, nous en formons une nouvelle : voilà à quoi se réduit, pour Thomme, la faculté d'invention. Ainsi firent avant nous les anciens, et,* on vient de le voir, avec tout autant de bonheur. Depuis, nous avons tiré à perte de vue les conséquences des principes et singulièrement multiplié l'emploi de nos éléments: est-ce du progrès? Oui, relativement aux bêtes, qui n'ont qu'une manière de penser, Tinstinct, et sont incapablesd'en sortir; relativement à nous-mêmes, je le nie. L'idée d'un tel progrès a même quelque chose de contradictoire;

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titude comme un progrès; Malgré ses efforts, la littérature se sent passer; elle-même le proclame. Depuis soixantedix ans, les lettres françaises sont en décadence; la littérature allemande n'a brillé qu'un instant; la littérature anglaise est flni^ depuis longtemps. Quand les facultés les plus hautes de l'esprit, celles qui rendent le mieux sa liberté, quand ce qu'il y a dç meilleur dans l'humanité s'affaisse, me vicndrez-vous entretenir de vos progrès?

Parlons de l'industrie et de ses capitaux.

C'est ici le triomphe des progressistes. Ils font le dénombrement de leurs chevaux-vapeur ; ils jaugent leurs mines; ils comptent leurs locomotives, leurs wagons, leurs rails, leurs navires, leurs bobines, leurs paires de meules; ils calculent combien de fois leurs lignes de fer et leurs (ils télégraphiques feraient le tour du globe; combien de kilomètres carrés ils couvriraient de leurs calicots; combien leurs écus empilés représentent de mètres cubes. Us se pâment d'aise aux comptes rendus de la banque, aux recettes du fisc, aux milliards de la dette publique et de l'hypothèque. — « C'est à la Bourse» disent-ils, qu'il faut admirer le progrès, comme en son temple, voir les merveilles de l'association et du travail. Ah ! faites-nous grâce de votre idéologie, de vos libertés et de vos droits! La richesse, voilà une idée positive. Avec la richesse nous aurons le bien-'être ; avec le bienêtre la sagesse, la science, la vertu; l'art lui-même et la poésie ne nous feront pas défaut. Sans doute il est encore bien des misères à guérir, bien des douleurs à adoucir, bien des ignorances à instruire; mais, vous le dites vous-même, Rieti ne s'accomplit en zéro de temps^ et quel plus puissant antidote pourrions-nous offrir à la misère, cause première et résumé de toutes les souf«

Frances, de toutes les erreurs et de tous les crimes» que la Richesse?... »

Nous en sommes là. La prospérité croissante^ autrefois reléguée dans les discours de la couronne, est devenue le lieu commun des quiétistes de la rente aussi bien que des escrocs de la spéculation. L'humanité marche quand ces messieurs émargent. Et il ne manque pas de gens d*csprit à qui ce tapage de capitaux engagés, de privilèges coalisés, de primes levées, d'écus sautés, fait complètement illusion. A propos de la féodalité industrielle, dont j'ai dénoncé les œuvres dans un Manuel de la Bourse, à Tapplaudissement du public et du Pouvoir même , n'a-t-on pas trouvé moyen de me dire que je méconnaissais le progrès, qu'on eh avait assez de la critique, et qu*on attendait de moi autre chose que des démolitions? Ceux que la rente nourrit trouvent qu'il y a progrès quand elle augmente; mais ceux qui la payent?... Toujours le même esprit : démaugeaison de parler, incapacité de penser; au tond, indillèrence pour les idées et absence de sens moral.

11 y a, dit-on, augmentation de trafic, augmentation de receites, augmentation de richesse, partant augmentalion de la soiiime moyenne de bien-être... Faux calcul et fausse conclusion.

11 y a déplacement de trafic, déplacement de recettes, déplacement de richesse, le tout au détriment de la multilude des petites industries qui composaient la démocratie industrielle, et au profit de la grande industrie ^ I qui forme à.cette heure la nouveilp féodalité. En admettant que ce déplacement général soit accompagné d'une cerlaine augmentation dans le trafic, par suite de Técononue de frais, cette augmentation est compensée par la ^1 subalternisution des producteurs, qui jadis étaient indè- ^^1 peadantset sont aujourd'hui salariés, tombés de petite

bourgeoisie en prolétariat. Un homme, travaillant dix heures par jour, gagnait 3 fr.; on trouve moyen de le faire travailler douze heures pour le même prix, ou bien, en ne changeant ni la durée du travail ni le chiffre du salaire, on augmente de 20 0/0 les objets de consommation, ce qui revient au même : progrès pour l'entrepreneur, le capitaliste, le commissionnaire, qui profitent de la différence; recul pour Touvrier, qui la perd. Le progrès est nul, que dis-je? le nombre des exploités étant plus grand qu'autrefois, il y a rétrogradation.

Point de progrès pour la société dans Tordre économique sans une balance exacte des forces, des incTustries, des capacités, des travaux, des produits, revenus, salaires, loyers, escomptes, bénéfices, primes d'assurance, impôts, etc.

Or, nous vivons sous un régime de privilège, de coalition et d'accaparement, où tout est arrangé pour l'iné* galité, où par conséquent tout est faux : l'industrie est fausse, le commerce faux, la propriété fausse, les perfectionnements faux, les balances fausses, par suite la comptabilité fausse, les comptes rendus faux, les services scandaleusement exagérés ou dépréciés, les produits fictifs, les revenus pris sur le capital et consommés vingt ans à l'avance.

La statistique elle-même est fausse, et ses moyennes cachent les plus grossiers mensonges. Qu'importe, en effet, que la richesse totale augmente, si la répartition est telle que le grand nombre soit plus pauvre qu'aupavant? A plus forte raison, que sert de remuer cette richesse, de faire rouler ces écus, si la circulation ne profile qu'à l'agiotage?...

On assure que depuis cinq ans un milliard au moins a été gagné à la Bourse et partagé entre une quarantaine au plus d'individus» Ce milliard provient d'entreprises

qui sont encore à cette heure en cours d'établissement» et n'ont pas rapporté, tout compte fait, 10 p. 0/0 de leurs capitaux. C'est donc le produit d'un déplacement. Quel avantage ce déplacement de capitaux et d'industries a-t-il procuré à la multitude travailleuse au service des compagnies? Rien, qu'une dépendance plus absolue, un surcroît de cherté et la perspective d'un salariat perpétuel. Vainement prétendez-vous que l'augmentation de richesse finira par atteindre le prolétaire, que la masse est intéressée à ce qu'il existe une aristocratie riche, comme le gouvernement est intéressé à ce qu'il y ait des rentiers de l'État. Avec la féodalité industrielle, ce progrès est mathématiquement iippossible. Ce qu'elle fait aujourd'hui, elle le fera demain, elle ne peut pas cesser de le faire. Fausse balance, faux poids, fausse mesure, fausses écritures, fausse statistique : voilà son principe, son idée, sa méthode, sa justice, sa fin. Otez-lui cette condition d'existence, vous la tuez.

Quoi que vous fassiez donc, sous ce régime d'iniquité systématique, vous tournez dans ce cercle, qui résume tous vos prétendus progrès :

U multiplication spontanée des hommes amène le déficit des subsistances;

Le déficit des subsistances pousse à l'aggravation du travail ;

Le travail, ramenant l'abondance, provoque de nouveau la population ; et ainsi à l'infini.

Mais ce n'est pas tout.

Le travail, par sa répugnance même, surexcite l'industrie, la science, l'art, en un mot l'esprit.

L'excitation de l'esprit augmente la sensibilité, étend l'idéal, multiplie en proportion le besoin, rend plus insupportable la pauvreté.

Or, quand votu^ aurez tourné pendant cent générations

bourgeoisie en prolétariat. Un homme, travaillant i heures par jour, gagnait 3 fr. ; on trouve moyen de faire travailler douze heures pour le même prix, ou bi< en ne changeant ni la durée du travail ni le chiffre salaire, on augmente de 20 0/0 les objets de consomn lion, ce qui revient au même : progrès pour Tentrep neur, le capitaliste, le commissionnaire, qui profitent la différence; recul pour l'ouvrier, qui la perd. Le prog est nul, que dis-je? le nombre des exploités étant p ^rand qu'autrefois, il y a rétrogradation.

Point de progrès pour la société dans Tordre éco mique sans une balance exacte des forces, des incTustr des capacités, des travaux, des produits, revenus, salaii loyers, escomptes, bénéfices, primes d'assurance, pots, etc.

Or, nous vivons sous un régime de privilège, de ( lition et d'accaparement, où tout est arrangé pour V: galité, où par conséquent tout est faux : l'industrie fausse, le commerce faux, la propriété fausse, les | fectionnements faux, les balances fausses, par suit comptabilité fausse, les comptes rendus faux, les serv scandaleusement exagérés ou dépréciés, les produits tifs, les revenus pris sur le capital et consommés vingt à l'avance.

La statistique elle-même est fausse, et ses moyei cachent les plus grossiers mensonges. Qu'importe, effet, que la richesse totale augmente, si la répar' est telle que le grand nombre soit plus pauvre q' vantî? A plus forte raison, que sert de remuer ( chesse, de faire rouler ces écus, si la circulation file qu'à l'agiotage?...

On assure que depuis cinq ans un milliard .' été gagné à la Bourse et partagé entre une c au plus d'individus» Ce milliard provient d

gligée depuis rétablissement du christianisme. L'opinion répandue que TÉvangile était le code suprême de la morale, d*une morale divine, dispensait de cette étude. Ce n'est guère que depuis Descartes et Spinoza que la raison libre s'y est portée, et quels minces résultats elle a obtenus ! Les philosophes, ne se doutant seulement pas qu'avec leur métaphysique ils ne faisaient autre chose que recommencer le christianisme, ont abouti an christianisme. Leurs théories du droit et des mœurs ne sont qu'un maigre corollaire de la théologie, un pastiche de l'Évangile, concluant toujours, par la force de la logique, et malgré la répugnance des auteurs, à Tinégalité des conditions, à l'absolutisme gouvernemental, à la dépravation des intelligences, au relâchement de la famille et de toute vie privée. Sous aucun rapport nous n'avons suivi l'impulsion des moralistes antiques. Où trouver chez nous le pendant de Confucius et de Socrate? Où est notre école du Portique? Je dirai même, en écartant de vaines hyperboles, où est notre école cynique? où notre école d'Épicure?

Que si, depuis dix-huit siècles, la spéculation est demeurée nulle, avons-nous davantage à nous louer de la pratique? M. Vacherot, philosophe démissionnaire de l'Université et partisan du progrès, commentant dans la Bevae de Paris (Ib sept. 1856) les théories de MM. Pierre Leroux et Pelletan, et relevant avec ce dernier le découragement de M. de Lamartine, convient avec franchise que le mélancolique poêle aurait trop beau jeu contre une semblable prétention.

«Où trouver, s'écrie-t-il, une vertu plus héroïque, plus calnie, plus sûre d'elle-même que daus la cité et la philosophie antique, dans l'âme d'un Socrate et d'un Caton, d'un Épictète ctd'unMaro-Aurèle?... On ne saurait trop protester contre ces chimériques interprétations de la doctrine du progrès* >>

Je remarque d'ailleurs que les plus grandes vertus apparaissent constamment aux époques de grande corrup*tion : comme si, la rareté étant compensée par Théroîsme, rhumanité ne faisait ici, comme partout, qu'osciller autour d^une moyenne immuable.

Au surplus, Monseigneur, en ce qui concerne la pratique, je vous laisse volontiers la parole. Vous qui tenez le verrou des consciences, que pensez-vous de notre état moral? Toute réponse que vous ferez à ma question me sera utile. Si vous jugez que nous valions mieux que nos pères, malgré l'affaiblissement de notre foi, je réponds : Tant mieux ! le progrès humain existe donc ; et m*emparant de votre déclaration, je conclus contre vous. Si vous dites que nous avons dégénéré, je demande quelle est la cause de cette dégénérescence. Et puisque c'est l'Église qui depuis dix-huit siècles est chargée de nos mœurs, je conclus contre vous* Si, prenant un parti mitoyen, vous pensez que la figure de ce monde varie , mais que le fonds reste le même , je vous adresse cette autre question ; A quoi le christianisme a-t-il servi? Et, pour la troisième fois, je conclus contre vous. De toute manière, par le progrès, par la décadence, par le statu quo^ vous voilà condamné, et votre scepticisme ne vous sert de rien. A moins que César ne vous sauve, il ne s'agit plus que de savoir si vous fmirez par la croix, par la ciguë ou par le glaive.

Qu'est-ce donc que le progrès, si nous ne devons le chercher ni dans notre corps, ni* dans notre intelligence, ni dans nôtre industrie, ni dans notre richesse, ni dans notre vertu, ni dans notre idéal ?

Jamais question plus intéressante ne fut posée à la philosophie, et jamais la nécessité d'une solution ne fut plus

instante. Toute créature tend à se définir : n'y a-t-îl que rbomme qui reste dans le vague, qui ne puisse, parle développement de son être, exprimer sa loi, manifester ses mœurs, ce qui revient justement à dire, qui ne ee même pas? Car le progrès, après tout, c'est la réalisation de la Justice : tout le monde le sent, et vous le procla* mes vous-même 9 puisque vous en faites honneur au àristianisme. Mais la question est de savoir si ce progrès n'est pas une illusion, puisqu'on avoue que la vertu ne grandit pas; puis, il faut dire comment le progrès se réalise, et c'est à quoi je ne trouve nulle part de ré-

On me dit, je résume en trois lignes la théorie des progressistes : C'est dans Tesprit général des sociétés, c'est daos l'organique de la civilisation, qu'il faut chercher le progrès, et c'est laque l'histoire universelle nous le montre. L'esprit social n'est pas le même en Orient, dans la Grèce, Tempire romain, le monde chrétien; il va s'améliorant, s'épurant de siècle en siècle, changeant ses formes : à cet égard, la civilisation ne fait que continuer l'échelle des êtres, que la Nature a conçus et organisés se* Ion une série ascendante, image première et paradigme du progrès.

J'avoue que j'ai été autrefois dupe de ce bilboquet physiologico-politique, qui n*a pas tenu longtemps devant l'examen.

L'idée d*un mouvement dans l'ordre social n'a pas été inconnue aux anciens : elle apparaît comme un co* rollaire de leurs hypothèses cosmogoniques, par lesquelles commençaient leurs histoires. Ainsi, dans la Genèse, après les six jours de. la création viennent les dix générations de patriarches, représentant l'âge pastoral , l'établissement de l'agriculture, l'institution des sacrifias» l'origine des arts et métiers, etc. Puis arrive le dé-

luge, symbole révolutionnaire, point de départ d'une au'tre période.

A part quelques détails de zoologie comparée et de géologie, œuvre du siècle, qu'est-ce que les auteurs de V Encyclopédie nouvelle, qu'est-ce que M. Pelletan nous donnent de plus? J'ai montré, dans mes deux premiers vo-^ lûmes, qu'en tout ce qui concerne la Justice et la liberté, la philosophie ne fait que répéter la révélation : voici qu'à propos du progrès on nous ramène à Bérose, Sanchoniathon, Moïse; on refait pompeuseiùent, mais sans la moindre philosophie, les HAétamorphosesl...

Certes, l'idée d'une transformation successive de la so-. ciété a quelque chose de si séduisant, de si plausible, elle se présente si naturellement à l'esprit, Texpérience de deux ou trois générations lui donne tant d'apparence,

Su'elle a dû venir aux plus anciens philosophes. Sur cette onnée empirique et bien vieille, il ne fut pas difficile aux historiens de diviser le cours connu des siècles en époques plus ou moins caractéristiques, et qui, s'engendrant l'une l'autre, semblaient tendre à un but marqué. Tel est le tableau des quatre grandes monarchies, attribué à Da* niel, et qui servit dp canevas à Bossuet pour son Discours sur l'histoire universelle. Telle est aussi la* pensée de Florus dans le prologue de son histoire, où il compare le peuple romain à un homme qui traverse les quatre âges de la vie : enfance, jeunesse, âge mûr et vieillesse. Tout cela répond-il à l'idée de progrès, à cette idée.que le dix-neuvième siècle salue comme gage de liberté et dont la Révolution a fait un dogme?

Quant à moi, je le déclare, si le progrès ne doit nous fournir rien de plus, ce n'est pas la peine de tant nous agiter et fouiller nos cervelles, le mieux est de nous laisser vivre comme il plaira à Dieu et de suivre le conseil du moine ; Chacun son métier, ne médire du gouvernement,

laisser le inonde aller comme ii va : Officium recUare^ benediceredepriorey sinere niundum irequomodo vadit,

Réduisons à sa juste valeur cette idée à*évolution où se befee la faconde des littératuriers du progrès.

Tout commence, se développe, puis décline et prend fin >[ dans l'univers : c'est une des grandes lois de la nature, qui parait d'autant plus belle qu'on l'approfondit davantage. Mais, chose étrange, c'est précisément le thème favori du fatalisme, matérialiste ou mystique; et je m'étonne qu'on ait pu y trouver rien qui rappelle la liberté, la Justice, surtout la Révolution.

« Les générations passent et les générations viennent, dit i'Ecelésiaste;

« Le soleil se lève, tourne, franchit le méridien, puis s'ioclioe vers le couchant;

«Les fleuves reviennent à l'océan d'où ils sont sortis;

« La plante germe, monte, fleurit, produit sa graine et sèche ;

« L'animal nait, prend sa croissance, engendre son semblable, et meurt. »

Remarquez que l'écrivain juif conclut de ces évolutions tout juste le contraire de ce que nous attendons, nous autres modernes, du progrès ; Tout est vanité, dit-il, hors d'aimer Dieu et de le servir !...

Qu on suppose donc, tant qu'on voudra, que la loi iVé-^ solution qui régit les trois règnes trouve également son application dans l'histoire; qu'il en est des nations et de nuimanité tout entière comme des individus, dont l'existence est tracée dans .une courbe infranchissable : je dis que, dans celle hypothèse mAme, le mouvement de retour étant égal au mouvement d'ascension et lui corresï)ondant point pour point, on ne pc^ul pas dire qu'il y ait progrès, sans compter que, l'évolution étant entièrement sous-

luge, symbole révolutionnaire, point de départ d' tre période.

A part quelques détails de zoologie compan géologie, œuvre du siècle, qu'est-ce que les aul VEvcyclopédie nouvelle^ qu'est-ce que M. Pellet donnent de plus If J'ai montré, dans mes deux prer lûmes, qu'en tout ce qui concerne la Justice et la la philosophie ne fait que répéter la révélation : v< propos du progrès on nous ramène à Bérose, niathon, Moïse; on refait pompeuseiùent, mais moindre philosophie, les lUétamorphoses!...

Certes, Tidée d'une transformation successive i ciélé a quelque chose de si séduisant, de si plausi se présente si naturellement à l'esprit, Texpér deux ou trois générations lui donne tant d*ap

Su'elle a dû venir aux plus anciens philosophes. £ onnée empirique et bien vieille, il ne fut pas difi historiens de diviser le cours connu des siècles en plus ou moins caractéristiques, et qui, s'engendn Fautre, semblaient tendre à un but marqué. T< tableau des quatre grandes monarchies, attribu niel, et qui servit d^ canevas à Bossuet pour son I sur rhistoire universelle. Telle est aussi la pc Florus dans le prologue de son histoire, où il i le peuple romain à un homme qui traverse le! âges de la vie : enfance, jeunesse, âge mûr et vi Tout cela répond-il à l'idée de progrès, à cette le dix-neuvième siècle salue comme gage de li dont la Révolution a fait un dogme?

Quant à moi, je le déclare, si le progrès ne A fournir rien de plus, ce n'est pas la peine de V agiter et fouiller nos cervelles, le mieux est de r ser vivre comme il plaira à Dieu et de suivre le c moine : Chacun son métier, ne médire du gouve

organique, on s'est approché davantage, je le veux bien, de la vérité objective et physionomique de l'histoire; on n'a rien fait pour le progrès.

L'histoire est-elle donnée tout entière dans la constitution de l'espèce, dans la configuration du globe et la mécanique de l'esprit : dans ce cas point de progrès ; l'histoire est une pure physiologie. Au contraire, la liberté ft-t-elle aussi sa place dans l'histoire : alors le progrès, du fait delà liberté, est possible; on demande seulement quel il est. Mais jusqu'à présent la question est restée sans réponse; il ne manque même pas d'historiens, et ce sont justement les partisans du progrès, pour dire que la liberté n'apparaît dans l'histoire que pour en troubler l'ordre, ce qui veut dire en arrêter le progrès! ! !

Le livre deHerder, Idées sur la philosophie de V histoire^ joait d'une réputation méritée, et je n'y trouve qu'un défilât, c'est que les idées n'y sont absolument pour rien. Tout le système repose sur le fatalisme géographique , chimique et organique, sol, climat, plaines et montagnes, rivières,' lacs et mers -, d'où se déduisent successivement, pour chaque latitude et méridien, la flore et la faune, puis l'honmie, finalement la société et son histoire. Rien à y reprendre ; seulement, on se demande ce que la liberté et le progrès ont à faire là-dedans , on ne voit pas môme de quoi y sert l'intelligence.

Voici Hegel : sans doute il va nous donner du nouveau, car il prend tout le contre-pied de Herder. Suivant lui, les idées forment le système nerveux , non-seulement de la phénoménalité sociale, mais de la nature même ; il y asealement cette difierence entre l'évolution de la nature ^ te développement humain, que là il ne surgit rien de nouveau, tandis qu'ici tout est soumis à la loi de perfec*

tibiiilé ci de progrès. Aussi, dit ce philosophe, l*h universelle est l'histoire de la liberté; lo inonde or le monde grec et romain, le monde chrétien, en s( phases successives : c*est ce qu'il s'efforce de dém par l'ensemble, en négligeant les détails et tout est purement accidentel.

C'est déjà quelque chose de fâcheux qu'un s; historique où Ton ne s'occupe que de Tensemble, < écarte les détails et toute la partie réputée accidi Que ne peut-on pas faire de l'histoire, avec cette d'élimination? Il n'y a plus de réalité, plus de certit

Passons cependant. Sans doute, avec les idées m Ions posséder enfin le progrès, le progrès libre, qui soit véritablement du progrès. Il n'en est rie idées de Hegel ne sont autre chose que la desc de Vorganisme intellectuel qui gouverne Thon: la nature, de même que sa liberté n'est autre force aveugle qui pousse cet organii^me, ainsi qi explique lui-même :

« A la place de ces vaines discussions qui porte nature et les limites de la connaissance, dit Hegel, il / trer comment la conscience naturelle devient savoir et absolu : tel est le but de la phénoménologie. Elle f série des transformations que l'âme parcourt, com de stations que la nature lui a marquées pour dev< par l'expérience de ce qui est en soi. » (Willm, Hi philosophie allemande, t. III, p. 400.)

Traduisons cela. Ce que la nature a fait pou et qui est l'objet do Tanatomie et de la physiol voir l'organisme , elle l'a fait également poir tés, passions, instincts : c'est l'objet de la psy dinaire; elle l'a fait encore pour nos idées : dire que l'entendement est un organisme comme l'âme et le corps.

Hégèl s'applique donc à décrire le mouvement organique de l'esprit, duquel il déduit ensuite l'organisme de la 4 nalure et celui de la société : ce qui revient à dire qu'il ^''' donne la théorie de la fatalité naturelle et sociale d'après q la théorie de la fatalité de l'idée. 11 le déclare :

a L'histoire est la marche naturelle et nécessaire de l'esprit ooiversely dont la nature est toujours une et la même en soi^ mais se développant^ se déroulant, pour ainsi dire, dans l'existence du monde. La sagesse éternelle a pour théâtre tout aussi bien l'esprit que la nature. {Ibid., p. 424.)

Le mouvement de Tesprit se nomme procès^ mot emprunté à la terminologie allemande de la chimie, et qui sert à désigner le travail chimique. Le procès signifie donc un travail interne, un mouvement gradué, produisant une série de formes transitoires, dans l'intérêt d'une forme définitive, qui est la Jin du procès. Ce développement se fait en trois temps : thèse, antithèse^ synthèse.

Tout cola peut être vrai : car, comme je l'ai dit dans ma dernière Étude, la nécessité et la liberté se partagent le monde, et le premier acte de celle-ci est de prendre la mesure de sa rivale. J'accepte donc, comme théorie de la nécessité historique, tout le système de Hegel : je demande quelle est la part de la liberté. Probablement qu'il la réserve pour le détail^ pour toute cette partie accidentelle qu'il avait d'abord jugée indigne de ses regards? Non, il n'y a point de rôle pour la liberté dans le système de Hegel, partant point de progrès. Hegel se console de cette perte à la façon de Spinoza. Il appelle liberté le mouvement organique de l'esprit, donnant à celui de la nature le nom de nécessité. Au fond, dit-il, ces deux mouvements sont identiques : aussi, ajoute le philosophe, la plus haute liberté, la plus haute indépendance de l'homme, consiste à se savoir déterminé par l'idée absolue, science ou conscience que Spinoza a désignée

comme l'amour intellectuel de Dieu. (Willm,

C/cst comme qui dirait que la plus haute libert< tique, la plus haute indépendance pour le citoyen, siste à se savoir gouverné par le pouvoir absolu : doit mettre à Taise les partisans de la dictature ] tuclle et du droit divin.

Ce n*est pas ainsi, pour ma part, que je conçois la li La liberté, d'après la définition révolutionnaire, n'€ lien que la conscience delà nécessité; ce n'est nécessité de Tcsprit se développant de conserve a nécessité de la nature : c'est une force de eollectivi comprend à la fois la nature et l'esprit, et qui se pos • capable comme telle de nier l'esprit, de s'opposer à ture, de la soumettre, de la défaire et de se défain même ; qui récuse, pour soi, tout organisme; se cré l'idéal et la Justice, une existence divine; dont le vement est par conséquent supérieur à celui de la i et de l'esprit, et incommensurable avec l'un et Yt ce qui est tout autre chose que la liberté hégélien

Tout est donc encore, chez l'Allemand, évolutic nique, fatalité, mort; et nous pouvons répéter le l'Ecclésiaste, le plus ancien de ces évolutionnist nitas vanitaiumy et omnia vanitas.

Que nous font, après cela, les théories les plus si le mouvement est toujours réglé par une i flexible, s'il s'accomplit à notre insu, malgré au besoin, contre nous?

a La aELiGioN se détermine d'abord^comme n nature, ensuite comme religion de ïindividuaUt'

« La religion de la nature parcourt trois plu premièrement religion de magie (fétichisme^ lamaïsme^ bouddhisme); ensuite religion de (brahmanisme) ; enfin, religion de la lumière ( religion symbolique (celle des Égyptiens).

«La religion spirituelle devient sucoessiTement religion du «u52ffn6 (judaïsme)^ religion de la ^eoufi (celle des Grecs), et religion de l'entendement (celle des Romains).

« Celle-ci forme le passage à la religion de V Absolu. »

Nous savions, par le catéchisme, qu*après être tombés dans l'idolâtrie par le péché de notre premier père, nous étions ensuite devenus chrétiens par la grâce de la rédemption. Voici un homme qui nous apprend que tout cela est allégorie , que nous avons dû passer par toutes ces croyances en vertu du procès de Fesprit et du développement nécessaire de l'histoire. J'accepte, sous bénéfice d'inventaire, cette explication ; nuiis dites-moi donc enfin, ô philosophes et prêtres, quelle part vous faites à ma liberté, quelle idée je puis avoir du progrès, quand de toutes vos paroles il résulte que je ne suis qu'une marionnette?

Aussi ne puis-je m'empècher do me joindre à l'historien Willm, quand il dit :

i « Si tout est évolution d'un contenu donné, tout est virtuellement prédéterminé, et la liberté, bien qu'elle soit proclamée resfience même de Tesprit, devient nécessité pour les individus. Tout ce qu'ils croient être leur ouvrage, leur action propre, ^ réellement une partie de l'œuvre universelle, un effet de l'action éternelle de Vidée, de l'esprit, qui remplit et constitue le monde. (Willm, t. IV, p. 328. )

Ce qu'il y a de plus grave dans toutes ces conceptions de l'organisme social, prédéterminé et nécessité de toute éternité dans la Raison ab«K)lue, c'est qu'après avoir nié la liberté, elles conduisent à la négation du bien et du mal, ^ la tyrannie et au quiétisme. Hegel dit expressément que 1& distinction du bien et du mal n'a rien d'absolu; dans 800 système, les destinées et la conduite des individus, i^Koibés dans l'organisme collectif, sont peu de chose :

« l'homme doit être indifférent pour ce qu'il y a d'indivi-

duel dans son existence, savoir se passer de la félic bien que s'en maintenir indépendant^ s'il la possède. tâcher de s'arranger h moins mal en ce monde ^ mais . s'en préoccuper,

« S'accommoder de ce monde tel qu'il est, et | « lui être supérieur », telle était la maxime d< Peu lui importaient le paupérisme et le crime, le un mot; il ne s'en inquiétait point. Sa philosopl mettait pas qu'il y eût là un problème. 11 voyait U de trop haut pour apercevoir sous la pourpre de craties les lambeaux dont se voile à peine la mai tant de millions de malheureux. N'est-ce pas ce a appelé en France la grande morale,, facile et c par opposition à la petite morale, scrupuleuse et ce que l'Église a condamné sous le nom de quiéi que la Révolution a flétri dans le laissez faire passer, et que l'inertie monacale avait défini mundum ire quomodo vadii ?

Moins réservés que le philosophe de Berlin, I pies de Saint-Simon ayant en 1830, sommé la s sortir de sa vie instinctive et d'entrer sans plus dans le régime prédéterminé de toute éternité ps infini, on sait ce qui arriva. La société leur i par la bouche du procureur du roi, qu'elle leur connaissante de lui avoir donné conscience de sa < que, se sachant désormais, grâce à eux, détorn l'absolu, elle jouissait par là même de toute ! désirable; qu'il n'y avait plus qu*à la laisser vivr^ vie et aller son bonhomme de chemin , et si % voulait forcer le pas, qu'il lui arriverait mal]^ saint-simoniens se le tinrent pour dit : revenu^ dispersion, ils ont déposé le casque de la Rcvol

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rieur^ adulte et dans toute la puissance de son développement ne pouvait pas faire, le petit d'une espèce supérieure le fait peu d'instants après sa naissance. Un ruminant, à l'état le plus complet de sa vie, ne pouvait pas manger de la chair ; un tigre, peu après sa naissance, mange le ruminant.

« Ainsi, dans la vie animale, il y a d'un genre à un autre ou d'une création à une autre concentration de vie et de puissance, une véritable incarnation successive de la vie.

« Cette même incarnation a-t-elle lieu dans lliamanité?Oui : les espèces et les genres sont ici les siècles et les générations.

c( La force qui constitue l'homme change de génération en génération. De même que les genres successifs de l'animalité apportent des instincts différents, nous apportons de siècle en siècle, en naissant, une innéité différente...

« A priort cette proposition est certaine. Gomment, en effet, si nous n'apportions pas en naissant une innéité différente de celle de nos ancêtres, pourrions-nous nous nourrir de leurs produits? C'est comme si l'on disait qu'un lion peut naître brebis, et se nourrir pourtant de chair dès sa naissance.

« A posteriori la chose n'est pas moins évidente. Cette transformation incessante de la force qui constitue l'homme est le résultat nécessaire de l'emploi même de cette forée et de son exercice:..

«... De même que l'animal^ selon des lois mystérieuses que nous ne connaissons pas encore, communique à ses petits son instinct et sa nature, non pas précisément telle qu'il l'avait reçue, mais telle qu'il l'a faite par l'exercice de sa vie, de même l'homme, de siècle en siècle, tend à communiquer sa nature par l'innéité à la fois spirituelle et corporelle dont il doue ses enfants...

a ... Outre l'influence reçue par la génération, l'action de la société sur l'individu est immense. Il en résulte qiie ïhommt dans aucun de ses actes^ dans aucun de ses sentiments, daoi aucune de ses prédispositions et des virtualités de sa nature n'échappe complètement à cette action. L'innéité qu'il avai' apportée en naissant, prenant pour objet cette société qui l'entoure, et qui lui transmet tous les produit^ antérieurs de la

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dition de la vie universelle, n'ayant rien qui nou^ propre, il n'y faudrait voir toujours qu'une manifesta ^yde la puissance infinie, un pur fatalisme, qui, loin de 1^/%^ ver la verlu humaine, la détruirait.

Ici encore, Monseigneur, la philosophie ne vous a gue préparé que des triomphes.

M. Pierre Leroux, l'homme le plus capable de co prendre la grande pensée de la Révolution, à forœ d' lerroger l'organisme semble avoir perdu de vue la libe HoniHie de religion lui-même, il s'est plus occupa fonder une théologie que d'établir une morale. Il a vu que le christianisme était fini , sinon pour la m tude, qui ne pensant pas ne compte pas, du moins la portion de la société qui raisonne, et dont la rai; fait la Révolution. Mais il en a conclu qu'à cette / religieuse devait succéder une autre, et c'est à ! cherche de cette autre religion qu'il a voué son exis Or, ainsi que je l'ai dit tant de fois, en dépit de la site des symboles il n'existe, n'a jamais existé et n'existera sur la terre qu'une religion; il n'y a théologie, dont chaque église représente un fra théologie à laquelle on est sûr d'acculer toujours disant Novateurs, si mieux ils n'aiment se laiss' vaincre d'inconséquence et de mauvaise foi : ce gion, cette théologie, c'est la vôtre.

C'est ainsi que la philosophie de Hegel , com: de Schelling, qui eut la franchise de revenir au cisme, comme celle de Rousseau, de Leibnitz, de de Descartes, comme toute philosophie qui o par une réalisation ultra-mondaine de Tabsc quune facette de la théologie chrétienne, < matérialisme de certains humanitaires adoran à la place de l'esprit, prenant la communauté suprè.jic, en est encore un simulacre.

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Que rede-l-il. û[ir*j«<'U. q* de f»?utr" dw» U m^- ^on.deluquelknouïiMiu» wMIl■u•tc^u^ulJ lUbUii tdiraBchispar Le proçrèt!Ce*t crqutlisi u-j» (.IjU'.^^^'w.bU

La ualiire, dikenl-iU. qui n^ f»it nfM" 'f »»ui. n* (n-i-

au4lps\-il.' l(nii<-»'toluhiJii i>r^aiii<|ii' lipil I"" t^ murt. iir. le pmp^r Hai.i lu )i.-;:ai|on d<' b riii'il. il > ii lieu 'JcFn.un.' fjtie !•■ )4itti'--ii>.-|ie ilijiil Hi'Vi' If-' ^J|^*SU1I- ni-

bas qu'une partie se continue dans une sphère plus haute , et que, si en vertu de Torganisme nous sommes voués à la mort, en vertu du progrès celte mort est une rentréo à la vie, un renouvellement d'existence.

C'est Topinion de M. Pelletan : « Il y a répugnance à « croire, dit-il, que l'homme progresse pour finir. » Et il termine son dithyrambe sur le progrès par un hymne à l'immortalité de l'âme.

C'est l'opinion de M. Bûchez , qui , réclamant pour le christianisme la gloire de la découv^te et le bénéfice de ridée, conclut pareillement du progrès à la résurrection.

C'est l'opinion de M. Jean Reynaud, qui va jusqu'à supposer que dans certaines nébuleuses le renouvellement de la vie s'accomplit sans solution de continuité, par un progrès que ne traverse pas la mort.

C'est l'opinion de M; Pierre Leroux , qui toutefois ne pense pas que la renaissance des âmes se fasse ailleurs qu'au sein de l'humanité même, dont le progrès résulte précisément de cette métempsycose.

Or, si l'humanité est obligée, pour l'accomplissemait de sa destinée, de se survivre, il faut conclure encore que son existence présente est incomplète ; qu'il y a en elle insuffisance, inachèven^ent , défaut, en autres termes, misère et dégradation. Nous voilà définitivement rentrés, par la porte du progrès, qui n'est autre que celle du péché originel, dans le catholicisme.

a On peut reprocher à Condorcet, dit M. Jean Reynaud, de s'être occupé trop exclusivement du progrès des lumières, et de n'avoir tenu presqu'aucun compte de la sentimentalité religieuse. Cet autre développement non moins certain, non moins admirable en lui-même, et non moins fécond dans ses derniers résutats que le développement de la pure intelligence, méritera bon droit d'être placé au premier rang; et sans lui,

qMl9M dbrt qœ Ton fuse, llustoire du geort humain perd lAmûnmmA k wnUeore piitie de im grandeur, jo dirnh^ piT«|ie de a dffnBté* »

Etpiusbas:

tLliuiiiamté y est dignement reprè»&Rth (àuisi Vmvrhç^c k Condorœt), mais k Àvin y manque : on touche fiartoiit In terre, et nulle part le ciel... C'est pourquoi, privé do sanction religieuse et réduit au seui appui de la jtcienoc, dondorcci éckoue complétenient sur le double prohl^me de la dentinco inle du genre homainet de la destinée finale do rindiridn. r^ [Eneydopèdiê momoeUe.)

Voici donc qni est avéré :

Le progrès, d*après toutes les définitions qni en ont ^ié données, non-seulement n*est pas du fait do noire lîberti^, bien nunns encore est-il le témoignage de notre vertu . Cest le signe de notre servitude, signe qui, si nous savons rinterprâter, nous conduit à Dieu et i Tautrc vie. Hors de là le phénomène reste sans but; la théorie est tronquée, dépourvue de sens. Convaincu de ces hautes vérités, M. Jean Reynaud, dans Terre et Ciel , enchérit encore sur ses coreligionnaires du progrès. Il ne lui sunil pas de la survivance des âmes , il loi faut encore In préexistence. Ce que nous nommons le progrès devient alors une circulation sans fin des ûmcs à travers rinllniii^ des mondes, une série de purifications |)our rétcrnili'*, puisque, dans ce progrès indéfini , la déchénoco 4|ui lui est corrélative est éternelle. C*est ce que rilluslro théotophe démontre par les plus sublimes considérations do In géographie, de Tastronomie, de Tcmbryogénic, et tontes les ressources du calcul différentiel et intégral.

Tel est maintenant le dilemme qui, grâce â ces inielli^ gents progressistes, nous éventre de ses deux coni

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Tlé, à laijUi'llo rifin, .li '^u.. * ... mité, ne [iciit tenir W-'a.

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I Justice, 5a for«:«: rr.r.i f.. , . .-• .

)nservcr rien de f^:-!. v.r- -•..-.-. -.r- . uelle, le [jrojiT';": >-.

que, on di.spui*: ^r.-.-.-. :

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— moment. 11 est ad libiiumy entièrement facultatif, p au gré du libre arbitre, se précipiter, se ralentir, rompre, rétrograder, renaître ; en un hrot il n'a nécessité. Là où une nécessité se laisse apercevc le mouvement social, on peut dire à priori qu' étrangère au progrès.

Celte conception générale de la marche de la nous permettra de rendre compte de la multiti accidents, tergiversations, retards et décadence Thistoire de l'humanité regorge, et sur lesquels 1 riciens ordinaires du progrès ferment bravement h à l'exemple de Hegel, qui ne regardait que Tense négligeait le détail^ un détail qui affecte des mil générations, et des milliers de milliards d'hommi

Le problème ainsi précisé, la solution ne se f attendre. On prévoit, en effet, qu'il en est des ose de la liberté comme du gnomon d*Ézéchias : rier aisé à concevoir que son avance; la difTicuité r/ nique difficulté, porte sur le recvL

Montrons d'abord en quoi consisle cette avar elle a lieu ; nous chercherons ensuite quelle eau puis, cette cause trouvée , il ne nous sera pas découvrir le remède.

Qu'est-ce que la Justice? Téquationde la J

Deux bommes se rencontrent, opposés débat s'engage ; puis ils transigent : équat' conquête du droil, premier établissement Un troisième arrive, puis un autre, et ainsf animent.: le pacte qui liait les deux prem ç'étcndre pour recevoir les nouveaux vr contractants» autant de sujets de la Jus progrès.

Ce n'est pas tout. A chaque objet qui intéresse la vie de CCS hommes surgit un nouveau litige ; de nouvelles transactions deviennent indispensables : autant d'articles qai s'ajoutent au pacte primitif, autant de conquêtes par conséquent pour la Justice. Ainsi la loi des Noachides se compose de sept préceptes , celle du Sinaî de dix ; le code du désert en contient une quarantaine» celui d'Esdras on-ilelcias en a plus de cinq cents. Je ne veux pas dire qu'il faille juger de la moralité et du pn^rès d'un peuple par le nombre des lois écrites : longtemps avant Jésus-Christ cette proposition était devenue une contre-vérité ; je dis que le progrès dans la Justice a pour mesare le nombre des lois qui s'observent^ ce qui est fort différent.

On nomme progressio^c, en mathématique^ une série dont ^<!ue terme est composé du précédent augmenté de la raison oufnuUiplié par la raison.

Telles sont les deux séries suivantes : '. 0. 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. iO. etc. HO. 1. 2. 4. 8. i6. 32. 64. 128. 256. 512. etc. Lues à rebours ces deux séries forment une régression. {Mhmétique de Bezout.)

Telle est, dans une société régulièrement constituée , Vii, sans rien perdre de ses principes fondamentaux, y ajoute sans cesse de nouvelles définitions, adoptées et suivies par toutes les consciences, l'image du mouvement juridique : le bien s'ajoutant au bien en raison du nombre des personnes et de la multiplicité des intérêts, le faisc^u de la Justice s*étendant sans cesse , il y a nécessairement progrès.

Le contraire aura lieu si la Justice est en décroissance: A les lois n'ont de sanction que dans la force, si elles ne se comprranent plus, si, par Tinfluence de Tinégalitéécoi^iqne et de la raison d*État, elles tombent peu à peu en

désuétude; si le scepticisme, envahissant les conscienees sape les bases de la morale publique; si Thypocrisie et h mépris ramènent la guerre sociale. Alors il y aura régreê sion, comme dit Bezout, de la Justice, c'est-à-dire déprt vation de la société et décadence.

Aucune difficulté pour rintelligonce dans ce doubli mouvement, dont on pourrait, pour chaque nation, et» blir le compte sur deux colonnes, exprimant par leu? diiîérence les acquisitions et les pertes de la Justice.

Tout cela, en regard des* théories sublimes et savanifa simes dont j*ai donné Tanalyse, est d*une telle «impli cité, qu'il n'y a lieu de s'étonner que d'une chose, c'ei que les théoriciens du progrès ne Taient pas aperçu. S'il s'étaient souvenus de leur arithmétitjue, ils auraient coni pris que le mystère résidait tout entier, non pas dans 1 mouvement en avant, mais, comme tous les peuples < toutes les théologies l'avaient deviné , dans la cause et I possibilité du recul.

Qu'est-ce donc qui enraye la Justice, puisqu'il est cla; que sans cet enrayement le progrès, aussi essentiel à I Justice que le mouvement l'est à la liberté, n'aurait pj de cesse, et que nous serions tous des saints et des biei heureux?

En langage théologique, quelle est l'origine du pécW

Arrôtons-nous un moment en face du problème.

La Justice, avons-nous dit plusieurs fois, est le pac do la Liberté, son sacrement. C'est par la Liberté que senlimonl social s'idéalisant acquiert celle vertu pé trante qui en fait la plus vivace de nos inclinations e plus sublime de nos idées, la Justice. Aucune inflp d'ailleurs ne contraint la Liberté à cette équation n'est su propre dignité, sa gloire. A tous les titres

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toute philosophie saine est forcée de l'admettre 9 est vé ritablement en lui, si elle est de lui, si elle le possëd comme le premier de ses amours ? Car qu'importe qiK dans la décadence générale, quelques âmes pures prc testent et gémissent, si la masse est énervée, si la grft( du droit ne la sollicite plus, si, pour vaincre le mal, ne lui reste que le sentiment de son impuissance?

Qui peut, dis-je, épuiser ainsi une société de toui vertu? Est-ce une cause extérieure et fatale ? Alors tort notre théorie de la liberté croule : l'homme est esclavi Ne parlons plus de Justice; subissons en toute humilil la raison d'État.

Serait-ce que l'âme humaine ne possède qu'une somn de vertu, comme le corps une somme de vie; 'et que provision dépensée, l'immoralité succède, traînant à suite la mort? Dans ce cas, c'est la Justice qui est insu flsante et inefficace; elle appelle un reconfort, une grâ supérieure : ce qui nous ramène au système de la d chéance innée, originelle.

Ainsi l'horrible cauchemar nous poursuit toujoui Vingt fois dans ces études nous avons terrassé l'hydre, < quand nous nous croyons délivrés, nous la retrouve plus menaçante, qui nous déGe à un dernier combi Quelle fascination nous obsède, et nous fait sans ces trouver, à l'analyse, le mal et la mort, là où l'instinct notre cœur nous promettait la vie et la vertu? Eh qui vous vous dites en progrès parce que vous n'êtes pas U à fait morts? Mais les Égyptiens, les Indiens, les Bi triens, les Assyriens, les Perses, sont morts; mais Grecs et les Romains sont morls à leur tour; et vo Français, Germains, Angles, Slaves, peuples d'Orient peuples d'Occident, vous êtes tous bien malades. Allqi secouez cette décrépitude, faites reverdir votre vieilles sinon, à genoux devant le Crucifié, dont le sang répfui

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ciété, quand encore cette énergie irait déclinant, il WBÊ Tirait à la longue de cette universalité de respect, de ofl^ constance de l'opinion pour faire prévaloir le droit. I^ progrès irait moins vite; il ne s'arrêterait pas.

Ce n'est donc pas trop de dire, en m'appùyant sur IV périence des nations, que la Justice est plus forte à ë seule que toutes les causes qui la combattent, et que depuis quarante siècles , il n'y a pas de progrès dai Justice, le statu quo^ à plus forte raison le recul , a< une anomalie contre laquelle la raison psycbologii proleste.

Le progrès, en un mot, d'après la notion de la lusl et d'après les faits, non-seulement est possible, il i'élat naturel de l'âme humaine, on effet de sa coi lulion. -

D'où je conclus que si néanmoins le progrès n'a É lieu, s'il est suspendu, si même il se change en rétrogr dation, l'empêchement ne peut venir que d'une cai^ capable de faire violence ou illusion à la conscience > riiumanité.

Quelle est celte cause ?

La nature? Devant la conscience, la nature est passit

bien plus, nous avons vu, en traitant de la Justice dis|

•butive et des lois naturelles de l'économie, que la nati

est d'accord avec la Justice, et que d'elle-même elle ne

pousse à l'égalité.

Les passions ? Nous venons de rappeler que, réuni toutes ensemble, elles pèsent moins en dernière anah dans la conscience universelle que la Justice.

La seule puissance capable de faire échec à la Just est la Liberté. De quelle manière? C'est ce que nous rons tout à l'heure.

Ainsi, après avoir montré la Liberté comme la fo motrice du droit, nous sommes conduits, par une ind

Ibb ripBVMW, i la lifiuler «miM l'iiricai metnmt pat, et mtm ivot» le mol d* Vin

Qm b LftvU piMM rMOer à U JoUice, ■nwi biri

tMi !■ ÙÊiàman; il ii'jf â pu là dn «liffî^tilld, p ■■ofailbasMnil pu libra, ee<}fn impliqaC' iUkÊU H CHaBW on ne wunit, A poino il« U hi «m ékfÊnàtn, lai (uppcncr d'uilret motif* 0 ■Ibh, U yiertioii nniciil i demander coniroenl U I ' ■ vi«nt à H préUror A la Juslic», qai m wd pMU UU i» préditectioa, um lennenl, à m pariarrr, (M H poial à» lainBf reprandre l« dcHui k U (Mtâïilé, et ■BM«r aimi h propre dfclitenc».

HyMn impteémblt. Uni que U ration pbilutopMqtt» Inwurail inclioéc devxnl la ntmn tniuc«iiiianlr . tûh fu devait se diviper, roaaao Uat d'aulna, «aNlIM fi'ime main liardie aurait dérhiri lo niilr.

I. 'homme, par Mn libre arbtUp, Itriid h rfaliwr en lui et autour de lui, ilans li-s j ht si mur s ijui li- tourlit-iit rt lians les chnsc!i qui lui a|i(>nrlii-i)iicul, (l:iiis hi rili- igu'il haUlo et dans la uniurc <]iii rrriliiurr. «laris Imites te^ |>«ii»jes et dans luus si's actes. I<! t^itLlimo et le lieau, l'absolu.

L'absolu à réaliser, M>ilà sa fui, sa loi, sa distinw, sa U'atitudo, en un nmt suri iii>:u..

De toutt-'s les réiilisaliou-. J<-- Ixltial, la )>liis <':U\rr, uM\ qui duniiiiu les aiiliv-, est li Jiistirp.

LaJiistiee, «n olT.'t. ab-lia.lic.ii IViil.' il> s i.vl.- iL- .Imit qui coh^tiliicnt su rai->t>ii. cjiii loi uif til \-- iloir-iiri. Ju jurisLonsiiUfi et J'Huii'iil ii,ii,--iiiiM' .i unf mip-im. |.ii-.iIhc, l'éllii.jiii'; lu iiislic- !■-! ii'lli.' hI.mIiIi- jitii^7.,iiil.-. -mi-. 1 111lluenrc d>' lai|ii>'lli: I'Iioiiuik' tnnl .1 ii<'\<'tiii . <l ' < m .iliiri; simiilenicnl sociabk', un jusl«, un xiiiil, un luru-i, un Hi.n.

De ce point de vue, qui est celui du libre arbitre ou d ridcal, la Justice n'est plus seulement l'ordre impérieu de la sociabilité; c'est l'objet principal, pivotai, de l'esthi tique, auprès duquel les autres réalisations de l'idéal n*a| paraissent que comme des créations secondaires» suboi données à la Justice comme des moyens à leur fin.

En autres termes, Fhomme, par son libre arbitre, e artiste, et le premier objet de son art est sa consciena toutes les manifestations de son idéal ont pour objet, ( dernière analyse, sa justification : c'est pourquoi noi sommes tous, au fond du cœur, puritains et rigoriste Mais autant l'indulgence pour soi-même inspire de mé estime autant l'hypocrisie de puritanisme révolte.

Pour réaliser la Justice, la première condition est d\ connaître laloi : car, ainsi que nous l'avons expliqué, si libre arbitre dépasse la nécessité, il la suppose : poi dMdcal, point d'art, point de sainteté par conséquent, i dehors de la raison des personnes et de la raison des chose

Or, il s'en fiiut de beaucoup que la science aille < même pas que l'imagination; que l'industrie, réconon sociale, le droit, soient aussi prompts dans leur dévelo pement que la poésie et l'art. Diverses causes, qui en compliquant, se multiplient à l'infini, retardent le pi grès de la législation et de la jurisprudence : là h baric primitive, la naïveté de l'entendement, l'inexf ricnce des rapports sociaux, les préjugés de religion, pouvoir, de caste, de propriété, etc. ; puis, la tradition, possession acquise ; puis le doute , la contradiction, guerre. 1 1 a fallu quatre mille ans pour découvrir le systài du monde : le système de l'âme humaine n'est pas eno connu, et Ton s'en est occupé cent fois davantage.

Cependant la Liberté ne peut attendre : ce qn*c ignore, elle le devine ou le supplée. L'homme est im| tjent de se posséder et de jouir de sa gloire ; il a bea

si la cause qui fait grandir ou déchoir la Justice n'ini pas, par ce développement ou cette déchéance, bof^ corps et sur rame, de manière à modifier Tespèce, tani à son avantage, tantôt à son détriment, dans toutes I puissances et manifestations, et à rendre le Progrf que nous avons d'abord cherché exclusivement danf- Justicc, commun à toutes les facultés de Thomme.

Je n'hésite point à me prononcer pour Taffirmath

La marche de la Liberté ne peut s'arrêter devant aooi organisme, reconnaître rien de fatal et de supérieur» ^ Toblige à se détourner comme le pilote dwant un éoiN La Liberté, en faisant avancer le droit, agrandit tf dans notre être ; elle ajoute à la qualité de la raisooi riinagination, de la conscience, à la qualité même tempérament.

Il y a pour Thomme deux manières de couler son 61 tencc : suivant qu^il s'abandonne à la direction de sensibilité, n'ayant de vertu que ce qu'il en faut (K éviter les maladies et s'épargner de méchantes affitiri ou selon qu'il se place sous la haute et constante inflniâ de la Justice.

La première n'est autre que l'évolution animale, i présentée par la courbe des âges : enfance, adolesoen jeunesse, virilité, maturité, déclin, vieillesse, séniH décrépitude. A chaque époque correspondent des quall particulières : à l'enfance la naïveté et la gentilliBMÉ la jeunesse, la générosité ; à la virilité, le oourag»; | maturité, l'ambition; à la vieillesse, l'avarice, ladQfi à la décrépitude, Timbécillité.

Dans l'impossibilité d'échapper à la mort et 4o 4 server une jeunesse éternelle, que ne donnerait-OD j du moins pour garder, sur l'arrière-saisoni les fkodj généreuses de la jeunesse, la raison de l'âge mÛTi 4| soustraire aux instincts ignobles, malfaisantSy du niil

^lu ; elle doit B^aSàiblir progressivement par la rectificalictn da droit» et son équation avec l'idéal.

Voilà toute la théorie du Progrès : une théorie de Torigioe du mal moral, ou de la cause qui arrête et fait rétrograder rbomme dans la Justice, cause qui s'explique par un défaut d'équilibre entre le droit et l'idéal. A proprement parler il n'y a pas de théorie du Progrès, puis(]ue le Progrès est donné par cela seul que l'homme possède la Justice et qu'il est libre; il n*y a qu'une thà^rie du péché ou de la rétrogradation.

Heprenons-la, cette théorie, théologique dans les termes, au fond si peu chrétienne, et que la Révolution a le droit de revendiquer comme l'article fondamental de son éthique.

L'homme ne veut pas le mal ; il rêve le sublime et le I)eau, cherche, de toute l'énergie de sa liberté, l'idéal. Cet idéal, il tend à le réahser, d'abord en lui-même par la Justice, puis par une sorte d'extension aux choses de l'idéal que fon âme a conçu pour elle*mème, dont elle seule e9t le principe, le sujet et la fm. De là les œuvres extérioures de la liberté, dans la métaphysique, la théologie, la poésie, l'art, la politique, Téconomio sociale, la science et l'industrie. Dans la liberté, l'univers et l'huma* niléne forment plus qu'un règne, le règne de l'idéal.

Mais l'homme ne oonnalt d'abord qu'imparfaitement la loi de ses moeurs; l'expérience lui fait bientôt sentir combien ses rapports juridiques sont imparfaits et répondent peu à la sublimité de ses idoles. C'est alors qu*il résiste : il s'attache à sa religion comme à la source même de toute Justice ; aux œuvres de son art, comme aux

gages de sa vertu première; bref, de justicier qu'il veut

^eilde\ie|it idol&tre, et par le fait pécheur. Ce n'est

Le Progrès embnaao toates les puissances de H nilé; il ne peut pas ne la pan embrasser toutes^ qu'elles sont wdidaires : ou il est Linivcrset, ou il n'-^

Derniire question. — Où tend In Libellé, parce inU^gral et sans limiloT

Nous l'avons dit ailleurs, l'ceuwede la Hbcrlé est: lisation de l'fitre humain et de son domaine. Elle va fratemiUS universelle, à l'unité Iiumnnitairc, fk 1' monie générale des puissances ds l'homme et des k de la planète.

L'âge rel^euz, dont la fin prochaine s'annoi tant de signes, a été l'Age de la tullD, pendant l'héroïsme du combat et l'enthousiasme du martj tenu Heu de félicité,

L'Age de JosUce, dans lequel nous entrons, sera de contemplation et de calme. L'homme est un ancien, pour admirer les œuvres de Jupiter, devinait l'ère de Justice.

Et après?

Fourier a écrit que lorsque la terre sera nous entrerions en rapport avec les habitants des planètes qui composent notre système, et par cet les habitants de toutes les sphères qui cireul l'infini. Alors, dît-il, commencera l'humanité uni directrice des mondes, manirestalion de l'es] lequel, n'aura plus qu'A se mettre «n rapport avec! talent, dont il est le medtum, pour se rcconnal nrtivement comme organisateur souverain, ooiihJ omniscient, inSni, éternel, Absolu des absolut] mot, DiBD.

Pour moi, dcnit l'intellect fléchit sous cm sublimes, je pois du moins, à ceux de WB

ciiAi'in;». iii

WIII

les mou^*'m' rit> il*' I'imo' |«in«ui m r^rii* r< r 4 aUp:"ri»:5, 1»; \rai, 1» ju*l» , rulil»-, • l 1 i i« il, i«»ijnt aux qiijtr<; [«iriui > lic Wn lml«* liuiiuu.' . U Ic: J:uit. l'in'iu'lri*- et l'art.

iii.?in , aulai.l fii»- y rLo i* rd|i|i*lli', t'*f jrlf il*' 11* iire i'uliic, el Jjwy: i**>il ».n J- iii tiriii«t, kk >â!:.', '-'^ q 1 i.'.'r.*. '.•.lU m-tm: . k* jUèUr, i«

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