‹ De la justice la révolution et dans l'église; (volume 2)Chapitre 24 sur 46 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

La Femme.

Monseigneur,

Vous allez être bien surpris : après vous avoir si longtemps combattu, j'éprouve le besoin de recourir à votre assistance et de me placer sous votre autorité. Il s'agit d'une question bien autrement scabreuse que toutes celles que nous avons épuisées, et qui peut nous attirer à l'un et à l'autre beaucoup de désagrément : je veux parler de la qualité, valeur et dignité de la femme.

Vous qui, tout en prêchant avec l'Âpôtre l'infériorité de la femme vis-à-vis de l'homme, déclaré par vous chef de la communauté, jouissez du privilège de vous faire écouter de ce sexe susceptible, vous seul pouvez trouver des paroles qui aillent à son cœur. Nous autres, maris et pères, par cela même que nous sommes les maîtres, on nous tient pour suspects, on ne nous écoute pas.

Puis donc que mon incrédulité ne me permet pas d'invoquer pour moi-même les lumières de l'Esprit saint, priez-le pour vous, Monseigneur, et que la Sainte Vierge vous soit en aide! Ave Maria.

L'homme et la femme sont-ils égaux entre eux ou équivalents? ou bien sont-ils simplement complémentaires Tun de Tautre, de telle façon qu*il n'y ait entre les deux sexes ni égalité ni équivalence?

Dans tous les cas, quelle est la fonction sociale de la femme ? Partant, quelle est sa dignité ? quel est son droit! Quelle doit être sa considération dans la république?

Je fais pour le moment abstraction du mariage, puisque c'est le mariage qui est en question; à plus forte raison dois-je faire abstraction de la maternité. La femme peut \i'être pas mère, et de fait elle ne l'est pas toujours. Avant de le devenir, elle a de longues années à vivre; après l'avoir été, elle en aura d'autres encore : elle a donc, dans la société, antérieurement et supérieurement aux charges maternelles, un emploi. Quel est-il? Pendant la maternité même, elle ne perd pas ses droits de membre de la société; ajoutons que la liquidation des charges maternelles, charges qui naturellement, et pour la part la plus forte, lui incombent, cette liquidation, dis-je, devra se faire, non pas seulement en raison du travail et de la dépense , mais en raison de la dignité sociale, morale, de la femme. Tout se réunit donc pour nous faire un devoir de rechercher la nature et l'étendue de cette dignité, qui a pour terme de comparaison la dignité de l'homme.

J'ai longtemps hésité devant la question que je me décide à traiter aujourd'hui. Quelques brusqueries échappées de ma plume, bien moins contre la femme, qui donc songe à attaquer la femme? que contre ses soidisant émancipaleurs, m'ont attiré tant d'affaires, que je m'étais promis de n'y plus revenir et de laisser aller les choses, J*eusse voulu abolir, entre nous et nos moitiés,

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Imâiwtartté pkfaliiM

Sor ce point la discussion ne sera pas longue : tout le nonde passe condamnation. J'avais pourtant espéré que fs dames, poussant jusqu'au bout la logique de leur inse, prendraient le [lartî extrême de nous dénier l'avaivage de la force : point du tout, ellfs déclarent s'en niporter au dynamomètre, et ne protestent que coiilre Vabut lODt, suivant elles, nous nous rendons coupabks.

Je réprouve 6ncrgi<iiiemeiil toute esjièufi d'abus, sur- Ml celui de la force. Mais avec l'abus il ne luul pas con- »(lre l'iu : or, c'est à quoi tendent invinciblement les

théoriciennes de Tégalité sociale des sexes, au mépris de la nature et de la Justice.

Que dit d'abord la nature ?

C'est un fait d'expérience, commun à tons les mammifères, que jusqu'à la puberté la complexion du jeune homme et celle de la jeune fille ne diffèrent presque en rien , mais qu'à partir du moment où commence la masculinité, l'homme prend le dessus sous plusieurs rapports : carrure des épaules, épaisseur du cou, roideur des muscles, grosseur des biceps, force des reins, agilité de tout le corps, puissance de la voix. C'est un fait qu'on peut arrêter ce développement, et retenir, pour ainsi dire, à l'état neutre le jeune mftle en le mutilant; que l'adulte lui-même, soumis à la castration, redescend insensiblement et perd ses qualités viriles, comme si, par la faculté génératrice dont il est doué, l'homme, avant d'engendrer son semblable, s'engendrait lui-même et se portait à ce degré de puissance auquel n'atteint jamais la femme.

C'est encore un fait d'expérience que l'abus des jouissances amoureuses et les pertes séminales font, comme la castration elle-même, déchoir l'homme de sa force et des qualités qu'elle engendre, l'agilité, l'ardeur, le courage; et que l'âge où il commence à vieillir est celui où ses organes produisent moins de cette semence, dont la plus forte part est employée à la production de la force.

Enfin, c'est un fait d'expérience qu'entre les individus de sexe masculin les difi^érences, quant à la force et à l'agilité physiques, ne sont pas, en général, proportionnelles à la taille, au volume et au poids, mais à Ténergie virile et à la manière plus ou moins parfaite dont cette énergie sert et entretient le système. De là ces tempéraments adoucis, aux formes moins anguleuses, aux eorpfl moins membrus, que les paysans de Franche-Comté ap-

pellent femmelinsy d*antani plus portés à ramour que leur complexion parait plus faible, ou, en autres termes, que la résorption de la semence se fait en eux moins complètement.

P'après ces observations, rinfériorité physique de la femme résulterait donc de sa non-masculinité.

L*étre humain complet, adéquat à sa destinée, je parle du physique, c*est le mâle qui, par sa virilité, atteint le plus haut degré de tension musculaire et nerveuse que comportent sa nature et sa fin, et par là, le maximum d^action dans le travail et le combat.

La femme est un diminutif d'homme, à qui il manque un organe pour devenir autre chose qu'un éphèbe.

Pourquoi la nature n*a-t-elle donné qu'à l'homme cette vertu séminifère, tandis qu'elle a fait de la femme un être passif, un réceptacle pour les germes que seul l'homme produit, un lieu d'incubation, comme la terre pour le grain de blé : organe inerte par lui-même et sans but par rapport à la femme; qui n'entre en exercice que sous l'action fécondante du père , mais pour un autre objet que la mère, au rebours de ce qui se passe chez Tbomme, en qui la puissance génératrice a son utilité positive indépendamment de la génération elle-même?

Une semblable organisation ne peut avoir sa raison que dans le couple et la famille; elle présuppose la subordination du sujet, hors de laquelle il pourrait se dire -.l'affligé de la nature et le souflTre-douleurs de la Providence.

Partout éclate la passivité de la femme, sacrifiée, pour ainsi dire» à la fonction maternelle : délicatesse du corps, tendresse des chairs, ampleur des mamelles, des hanches, du bassin, jusqu'à la conformation du cerveau. En ellemême, je parle toujours du physique, la femme n'a pas de raison d'être : c'est un instrument de reçrodw^vSKkW

qu*il a plu à la nature de choisir de préférence à tout autre moyen, mais qui serait de sa part une erreur, si la femme ne devait retrouver d'une autre manière sa pe^ sonnalité et sa fin.

Or, quelle que soit cette fin, à quelque dignité que doive s'élever un jour la personne, la femme n'en reste pas moins, de ce premier chef de la constitution physique et jusqu'à.plus ample informé, inférieure devant l'homme, une sorte de moyen terme entre lui et le reste du règne animal. A cet égard, la nature n'est pas équivoque. Suivant les embryogénistes, le sexe mâle n'est pas primitif dans l'échelle animale; il est le produit final de l'élaboration embryonnaire pour une destination supérieure. (Développement de la série naturelle, par le docteur Favre; 2 vol. in-12.)

Nous avons recueilli le témoignage de la nature; que va conclure maintenant de ces premiers faits la Justice?

Sans doute dans la société, comme dans la vie, la force physique n'est pas tout : il y a d'autres éléments, d'autres facultés, dont nous devrons tenir compte. Mais si la force n'est pas tout, elle compte pour quelque chose : or, pour si peu qu'on la compte dans l'établissement des droits de l'individu, dans la balance de son actif et de son passif, il est évident, sous ce premier rapport, que de quelque façon qu'on s'y prenne, et à moins que la femme ne se rachète par d'autres avantages, son infériorité sociale et sa subordination vis-à-vis de l'homme en sei*a la conséquence.

Quelle que soit l'inégalité de vigueur, de souplesse, d'agilité, de constance, que l'on observe, d'un côté entre les hommes, de l'autre entre les femmes, on peut, sans risque d'erreur, dire qu'en moyenne la force physique

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dn sexe fort à Tégard du sexe faible; j*apprM?e, j*ap|Niie sur ce point, la protestation de ces dames. Je ne doDaii^ que justice, puisque c'est au nom de la Justice qu'on reyendique pour la femme l'égalité. Il restera toujours, en accordant à celle-ci toutes les conditions d'éducation, de développement et d'initiative possibles, qu'en somme la prépondérance est acquise au sexe fort dans la propo^ tion de 3 contre 2, ce qui veut dire que l'homme sera le maître et que la femme obéira. Dura lex^ sed tex.

Ce que je viens de dire est de pure théorie : dans la pratique, la condition de la femme encourt, par la maternité, une subordination encore plus grande.

En quelques secondes, Thomme devient père. L'acte de génération, modérément exercé et dans l'âge voula, loin de lui nuire, lui est, comme l'amour, salutaire.

La maternité coûte autrement cher à la femme.

Sans parler de ses ordinaires, qui prennent 8 jours par mois, 96 jours par an, il faut compter, pour la grossesse, 9 mois; les rclevaillcs, 40 jours; Tallaitement, 12 à 15 mois; soins à l'enfant, à partir du sevrage, cinq ans : en tout sept ans, pour un seul accouchement. Supposant quatre naissances, à deux années d'intervalle, c* est douze ans qu'emporte à la femme la maternité.

Il ne faut point ici chicaner et marchander. Sans doute la femme enceinte, et la nourrice, et celle qui soigne les enfants plus grands, est capable de quelque service. J'estime, quant à moi, que pendant ces douze années le temps de la femme est absorbé par la gésine; que ce qu'elle peut faire en plus, sans se détériorer, est boni, en sorte qu'elle et ses enfants tombent entièrement à la charge de l'homme.

Si donc pendant la plus belle partie de son existence,

la femme est condamnée par sa nature à ne subsister que de la subvention de Thomme; si celui-ci, père, frère, mari ou amant, reste en définitive seul producteur, pourvoyeur et suppéditeur, comment, je raisonne toujours selon le droit pur et en dehors de toute autre influence, comment, dis-je, subirait-il le contrôle et la direction de la femme? Comment celle qui ne travaille pas, qui subsiste du travail d'autrui, gouvernerait-elle, dans ses couches et ses grossesses continuelles, le travail? Réglez comme vous Tentendrez les rapports des sexes et l'éducation des enfants; faites-en Tobjet d*une communauté, à la façon de Platon, ou d'une assurance, comme le demande M. de Girardin; maintenez, si vous aimez mieux, le couple monogamique et la famille : toujours vous arrivez à ce résultat, que la femme, par sa faiblesse organique et la position intéressante où elle ne manquera pas de tomber, pour peu que l'homme s'y prête, est fatalement et juridiquement exclue de toute direction politique, administrative, doctrinale, industrielle.

Infériorité Intellectuelle de la femme.

Ce qui, plus que tout le reste, a fait imaginer l'utopie de l'égalité des sexes, est la doctrine platonico-chrétienne de la nature de l'âme, doctrine à laquelle la dernière main a été mise par Descartes.

L'âme, se dit-on, est une substance immatérielle, essentiellement différente du corps. Cette âme est tout l'homme; le corps n'est que son enveloppe, son instrument. Considérées en elles-mêmes, les âmes sont égales ; le corps seul détermine entre les personnes les inégalités de puissance organique et intellectuelle qui s'y observent. Or, si la destinée de l'espèce est de s'affranchir, par la religion, la science, la Justice, l'industrie, des fatalités

de la chair aussi bien que de la nature, il s'ensuit que Tégalité des âmes doit apparaître peu à peu entre les personnes, et toute différence de prérogatives entre les sexes s'effacer. Ce n*est qu'une question d'éducation, analogue à celle du prolétariat. Le peuple non plus n'est pas au niveau de la bourgeoisie ; mais par l'éducation il peut y arriver, et c'est son droit d'en obtenir les moyens. Le problème de la destinée de la femme est le même. Qu'il lui soit possible de se racheter, selon le vœu et la loi de la nature, elle ne demande rien de plus ; le lui refuser serait une tyrannie et un crime.

Ainsi on ne nie pas Tinfériorité physique de la femme et les conséquences qui s'en suivent;

On ne nie pas davantage son infériorité intellectuelle, au moins dans l'état présent des choses;

On se borne à dire que l'infériorité de puissance organique doit être compensée par le progrès industriel, et l'infériorité intellectuelle neutralisée en tant qu'elle résulte des influences de l'organisme, de l'insuffisance de réducation et de la constitution sociale; de sorte que les deux sexes demeurent en présence, ramenés à leur valeur purement animique, ou, pour mieux dire, angélique, semblables à de purs esprits, que la mort et le ciel ont dégagés de la sexualité et de la matière.

Telle est la thèse soutenue par M"«* de Staël, George Sand, Daniel Stern et autres.

c( Dans ses plus brillantes manifestations^ le génie féminin n'a point atteint les hauts sommets de la pensée^ il est poui ainsi dire resté à mi-côte. L'humanité ne doit aux fenunes aucune découverte signalée^ pas même une invention utile. Nonseulement dans les sciences et dans la philosophie elles ne paraissent qu'au second rang, mais encore dans les arts, poai luels elles sont si bien douées, elles n'ont produit aucune rre de maître. Je ne yeux parler ici ni d'Homère, ni de Pbi<

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