MAXIMIN
Le successeur d'Alexandre-Sévère fut Maximin.
De même qu'entre Élagabal et Alexandre il y avait eu contraste de vie et de mœurs, de même entre ces deux prince! et Maximin il y a contraste de tempérament. L'élection de tu césar est une représaille des prétoriens, qui, depuis dix-scp ans, trompés par des noms , n'étaient plus conduits par de hommes. Enfin ils se donnent un mâle : jamais pareil capitain ne fut vu à la tête d'une armée. Son élection fut électrique : u jour qu'il passait une revue, il fut salué, in-promptUy emperei par les soldats, qui rendirent bientôt, par le meurtre d'Alexandi et de Marnée» l'élection irrévocable.
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f âmes calomnies. Que de cruautés rachètent de pareiUfii in* suites ! Maximin pouvait arrêter un char lancé dans la carrièff) casser la tête à un cheval d'un coup de poing; il broyait la pierres dans ses mains^ arrachait de jeunes aitres : mail on ne lui reprocha jamais d'avoir un sérail et de prostituer KA corps aux goujats des légions. Par contre^ on vanté sa taone Pauline, pleine de douceur^ de sagesse^ de bienfaisanee, ott Pallas mariée à un titan. Preuve encore que ce barbare avut, plus que les Romains qui l'outrageaient^ le sens moral^ etRf* pectait les lois de la nature.
Maximin devait sa fortune à Septime-Sévëre, qui se oonnaiisait en hommes, et avait découvert en celui-d autre chose que sa masse. Après le meurtre de Caracalla, il n'avait pas vouki par reconaissance, servir sous Macrin; accueilli par robsoène Ëlagabal, comme Chéréa par Galigula, il aima mieux retourner à ses champs que de suivre, sous un tel monstre, sa fortaae ' militaire. Combien de Romains en firent autant?...
Après l'élévation d'Alexandre, yaximin reparut à l'anD^ passa par tous les grades avec l'applaudissement des soldati^ qui l'appelaient leur Ajax et leur Hercule ; obtint le coomandement de la 4« légion , qui devint sous lui la plus ywt lante et la mieux disciplinée. De tels états de service radotaient bien la sauvagerie de sa naissance. De plus en plussatiS' fait de ses services, Alexandre n'avait pas été éloigné de donner au fils du paysan goth sa sœur en mariage : qui donc ici aurait eu à se plaindre de la mésalliance ?
Devenu empereur, il ne souffrit jamais qu'on lui baisit les pieds : « Aux dieux ne plaise, disait-il, qu'un homme libro colle ses lèvres sur ma chaussure ! » La barbarie, en I9 p6^ sonne de Maximin, faisait honte à la civilisation ; les rtles étaient intervertis : l'invasion des barbares est justifiée.
Mais tout ce qui est fondé par l'idéalisme doit périr par 11' déalisme.
Autant les princes syriens, par leurs qualités et leurs vices contraires, choquaient le caractère prétorien, autant MaximiOi par son individualité barbaresque, rendue plus effrayante par la renommée, faisait violence aux habitudes sociales. On le
m wnutiiifi pu fotr lu fmèt r» fiMJt. Ayrtt teiil. a faUati hk» rtwi U iMfeaBiit h hiiftn* p« il que k dii«» i^mim.. bippMiB h lOHM ipe iTnMHMnrMiMiaaCir ittiit 4e r jn prrlarii le . H «MiéqaMat MMi cteràw. miinin tjni •atenr ém IMiflM !■ Arct d'irpnt dn din r |m eoamllr m m fnplt, fB qiHbian eDdr litm miian m Mm J PHT M* idola que de ■« iih liO* hupM', !!■ N^DU, M ré*olle dam la ..aul« : H tri W aém fMM ■ . ■iBflte(«,isppof^(mcaDvuneui,MaifonBt4rpfMli.^Hvr toi, dsM rOfntfaw. M bil prwilntT'MBiwfcwri h Ula ari tenlAl porl^ à Maiimin. Eullii um «wIiIwa d* (wlw*, tm BtM^Dl ks lates Turf^rt de IbitmMi, f ("f nv . lU MiMf4 Inn otbvei. Icon clienCi. Imn p«Tun>, n ^•'ImmMIm im Gonlira. Diaoïu un mul dr 'n cbh'I i>l«ii
Gordien pèr«, fH-ilUt<) 'it iv»in-*i$itu mm, OrwMidaM éâ Tnjao for » infr«,H par kjd pit« dn Ofvjiuei U )«w>ui M nDkrdclapluiiwUeuiaum . pfrSM-i lutdnàU »tti Uéu mu. Protecteur d» iHIm <i dn ■»•, li c-uj cM.^ «ikmc
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tms plus à mépriâer^ atsure-t-on, que ceux de Km lértil: quelle satire des mœurs de Maxitnin, de MatimÎD le Ûotb, de Maximin l'illettré^ de Maximin le monogame !
Après trente-six jours de réfolte, les deux Gordien difl|ilraissent , écrasés par le gouverneur de Mauritanie^ CmHdGlr nus. Mais le sénat compromis persiste^ et nomme à leur place Balbin et Maxime^ puis^ sur la demande du peuple, un troi^ sième Gordien, ftgé de treize ans.
Maximin apprend en Pannonie ces événements : il médHik une expédition contre les Sarmates, dont le résultat devait èM de soumettre tout le nord, entre le Danube et la Baltique^ I l'empire. Comme on pouvait s'y attendre, sa fureur édate â } menace jusqu'à sa famille. Il maudit cette Iftche civilisatioi f qui, après un Ëlagabal, un Alexandre, lui préfère encore dei raffinés, des épicuriens» des noms!... 11 sévit sur tout œ qô , l'entoure, notamment sur les chrétiens, excréments de fotttti • ces superstitions qu'il ignore.
A la tête de son armée, composée des meilleures légioltf^ victorieuse dans trois campagnes, il se dirige, à la fin de IVver, sur l'Italie par les Alpes rhétiques, franchit le Timiffe débordé sur un pont de futailles, ne rencontre partout qne campagnes dt'solées, villes abandonnées, et vient mettre b siège devant Aquilée, après en avoir arraché les vignes et brûli les faubourgs. Les habitants se défendent en désespérés, comme on fait contre une bête féroce ; les femmes rivalisent de coorage avec les hommes : la peur, le mépris, la religion, surotcitent toutes les âmes contre le barbare.
Cependant l'armée assiégeante commence à être travaillée par les émissaires du sénat; le silence qui l'environne, la di* solation du pays, le froid, la faim, portent le découragement au cœur du soldat. Le monde a condamné leur chef, et, malgré leur dévouement à sa personne, ils tiennent au monde. Enfin on parti de prétoriens, qui tremblaient pour leurs enfants et leurs femmes laissés à Rome, met fin à la crise en massacrant Maximin et son fils, déjà fait césar. Leurs têtes, portées sur deux piques, sont le signal de la paix. Balbin, à la i^eption de ce trophée, ordonne de grandes réjouissances : on érigea cent autels de
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lu: fl fuit qu'il satisfasse à tout le« iili''aliiiiiie« (|ui^
dit oûDttTOÎr; il Taut, en un moi, qu'il rêaluo vu m
l'aleolu, fimpossible.
PRORE.
iG, Probus est élu par les soldaU H con(lrni«'<! |Ntr la ilgré sa répugnance sincère. Comnu! Tarili*. i*li«liiuila, oesseurs^ il voyait les nii8«>rea minit giniri! ilt* rniipiri!, sait ce calice d'amertume. Ainsi les lioiiurUja y^tm i foi à l'empire : il n'y a que les sc^l«*raU et lits iiuliél'ambitionnent.
, originaire d'IUyrie, compatriote d'Aur^lien, d« le Dèce, âgé de quarante -quatre ans, e»t le ■yiiil»<«k conciliation des deui pui^ifumn-s, t.imlf. fi unuUmn. ion annonce la (in prochaine du itft-UtnnuMêy, Itrpf /^ - 'une idée qu'il sert avec z«;ie, il en a^ra W. Uà^iit . t cet homme?
is les camps, d'un père qui m^jurut t/iUiO uuUîMUk, li-méme à vii^t-quatre aAx, thsuUi is/AMUM ^:t^/Ut mme Aurélien, proLe ujuat^. va umu ; d^AM«^ ym d'une multitude de ln€^.kiU, ^, *j^>térMt, é^ ^i$i^mtt l'honneur, de OMiroiuKt KiM0\^» . »«jM|wib<m 4*» Wr« iprÈi s'être ûça^^ datf* um *iiiM; dt \m^i»m^ ^
Afrique, dans Je Pont, sur Je Rhin^ le Danube et fEupbnte, S avait mis le sceau à sa réputation par la conquête et la padfication de l'Egypte. Â Aurélien et à lui Tempire dut d'échapper à la dissolution de Gallien et des trente tyrans. Dès longtempi désigné par les empereurs eux-mêmes, Yalérien, Gallieo, Claude, Aurélien^ Tacite, comme l'espoir de l'empire et l'honneur de la pourpre, il fut enfm acclamé par l'armée, et soumit 8on élection à la ratiûcatiôn du sénat, qui se montra vivement touché de cette déférence. Prenant pour lui la politique et h guerre, le nouvel empereur rend à l'auguste corps l'administration civile, et semble se regarder comme son général» Mais le temps n'est pas venu de tenter cette division périilease des pouvoirs; et quand Probe mérite Téloge des bons citoyens, il déplaît à l'armée, de moins en moins civique, et qui ne sait ce que c'est que la liberté.
Sous Probe servent une foule de généraux, qui presque tous arriveront à l'empire : Carus, Dioclétien, Maximien, Constance, Asclépiodote, Galérius, Licinius, Annibalien.
11 punit les meurtriers d'Aurélien, fait un traité de paix afee les Francs et leur permet de s'établir dans la Gaule. Toujours vainqueur, il emploie, en- temps de paix, le soldat à des travaux d'utilité publique, fait planter la vigne sur les coteaux du Rhin et de la Moselle , et rend partout libre cette culture, qu'avait prohibée Domitien.
Le règne de Probe fut court; mais quelle vie ! Probe, dans sa carrière militaire, fit quatre fois autant de chemin que Napoléon : sa biographie, dans Yopiscus, ne tient pas vingt-cinq pages.
En 277, il purge la Gaule des barbares qui l'infestent, ramassis de Francs, de Lygiens, de Burgondes, d'Aries, de Vandales. Quatre cent mille de ces barbares sont tués, seize mille incorporés ; la race entière des Lygiens est anéantie. Soixante et dix villes gauloises sont délivrées de la présence de l'ennemi par l'empereur. Puis il passe le Rhin, triomphe des Germains révoltés, exige la reddition de tous les prisonniers qu'ils avaient faits, et songe même à désarmer la nation.
En 278, pacification de la Rhétie, de l'IUyrie et de la Thrace :
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mort : si parfois le prétorien était ivre, en fait de justiec i expédiait besogne.
Guerre de Probe contre les Perses : la Perse est le passetemps des empereurs, quand les autres parties de l'empire kl laissent en repos. Probe contraint l'ennemi & la paix.
Mais que fait à la multitude la vertu de Tempereur? Le peuple n'a plus rien de romain ; le sentiment civique est mort dam son àme : c'est à ses sens qu'il faut parler.
L'an 281, Probe, vainqueur de tous les eunemia de l'empiro au dedans et au debors, donne u la grande ville le spectacle du triomphe. Aux magnificences de cette solennité, on vit une forêt transportée dans le cirque à bras d'hommes, peuplée de mille daims, mille cerfs, mille sangliers, mille autruches» qû furent abandonnés à la multitude. Le lendemain parurent pour les combats cent lions, cent lionnes, deux cents léopards, troii cents oui*s et six cents gladiateurs. Quatre-vingts de ces malheureux se jettent à Timproviste sur les gardiens, les tuent, se répandent dans la ville, qu'ils remplissent de meurtre et d'épouvante, comme si les bêtes s'étaient toutes échappées de Tarène, et ne succombent que devant des troupes régulièresi en vendant chèrement leur vie.
Ainsi, tandis que les classes supérieures, travaillées par lei idées, subissaient une transformation incessante, passaient da sensualisme désespéré de Sylla et de Lucullus ji la frugaliti d'un Probe, d'un Carus, d'un Dioclétien, la plèbe ne changeait pas. Comme les bêtes féroces dont elle repaissait sa curioûti stupide, elle gardait sa brutalité, forçant l'empereur de flatter ses vices et de se faire à son image.
La prise de Ctésiphon , de l'autre côté de l'Euphrate, fut le dernier exploit de Probe. De retour en lllyrie, août 282, ileit assassiné à Sirmium, sa patrie, autant pour sa politique de riforme que pour la rigidité de sa discipline et les travaux qu'il imposait à l'armée. Dans son zèle de réformateur et d'économiste, Probe avait trop laissé voir aux soldats l'esprit qui l'auimait, esprit qui dépassait le christianisme même de sel» siècles. Il lui était échappé de dire qu'un temps viendrait ai V empire n^auvait plus besoin de soldai ni de tributs /... C'étai
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topie papale ; mais dont la funeste équivoque, après av(ur fait pendant près de mille ans, de compte à demi avec la papauté, la désolation de l'Europe, est, avec la papauté, le dernier obstacle à la liberté de Tltalie.
L'empire français n'eut de commun avec celui dM Césars, renouvelé par Charlemagne, que le nom : par aoB origine, son idée, sa tendance, il ne fut point la continoation de son prétendu type, il en fut la négation. L'idéal politique de la France, élaboré depuis des siècles, par l'établissement des communes, les parlements, l'pppos tion de la royauté à l'empire, la dissolution de la féodalité, la centralisation de Louis XIV, la philosophie dû 18* siècle; cet idéal, que la Révolution, vint eûQn proclamer, est rÉGALiTÉ, c'est-à-dire la Justice même, dam ' sa réalisation objective et économique. L'empereur fut en France, non plus comme autrefoisà Rome, la personnification de l'idéal national, la loi vivante et incarnée; mais le vengeur du droit, le général de l'égalité, l'épée de la Révolution. La popularité dont jouit Napoléon s*adressait à la personne, nullement au titre; et si, après Télection du 10 décembre 1848 et le coup de thèUre de 1851, on a pu dire que le peuple avait accueilli atee enthousiasme la restauration de Tempire, c'est qu'il y vit, comme en 1804, non pas \a réalisatidh de son idéal, mais l'espoir et le gage de cette réalisation.
Du reste, l'empire français, combattu par la papaaté et les nationalités, n'obtint auprès des populations étrangères, en dehors de l'idée qu'il défendait, aucun succès. Accueilli avec une équivoque sympathie sur les deux versants des Alpes, de l'autre côlé du Rhin et des Pyrénées, il ne put jamais s*incorporcr la moindre partie du sol allemand ou ibérien ; bien moins encore réussit-il à forcer le respect des races slaves, anglo-saxonnes et Scandinaves. Si l'empire de Charlemagne fut, dans une certaine me»
tme [ii»iiiéwtlHHg.à U cMMnhwo Ultétôtntioii. dont il »*élail an imtint A-art^, rttill mm par U charte : c*r*t U «jor nnui l'iiiendom 4b ■it— . On M «mlraftrt pis l'biohHtc.
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nous a permis ensuite de déterminer le rôle que jo< l'absolu dans les Idées, détermination qui nous a imox diatemcnt livré, avec les éléments de la métaphysiqa les garanties de la Raison et de la Foi publiques.
Maîtres de ces données, nous avons pu aborder enfin théorie du Libre arbitre, qui seule pouvait à son tour oo mettre sur le chemin du Progrès,
Maintenant la théorie du Progrès va se changer po nous en une théorie de l'art, autant du moins qu'il < permis d'appliquer ce mot, tout mathématique, de ihécr à des choses qui, comme l'art, la liberté, ^'absolu, aq par nature indéflnissables.
Ainsi, par la déduction de son idée fondamentale, q est le droit, la Révolution se lève complètement ami en face de Tancien monde : aux révélations et aux mytl elle oppose, sur toutes les parties du domaine phila phique, sa certitude; elle possède ce dont les âges de et d autorité n*eurent jamais que l'ombre, une métipl siquc, une éthique, une économie, une politique, u pédagogie, une psychologie, une esthétique; elle scc( naît elle-même, elle a, selon l'heureuse expression M. Oudot, science et conscience.
Maintenant, une esthétique, une théorie de l'art, ( elle possible?
Si une pareille théorie est possible^ en quoi l'art dide; t-il de la science proprement dite, ou de Tindustrio? Di le cas contraire, c'est-à-dire si l'art ne se peut rédi en préceptes et formules, quelle peut être la légitio d'une notion, la réalité d'une chose, qui se refuse i définition?
On voit que le problème de l'esthétique est le mê que celui du libre arbitre : Si le libre arbitre se défli c'est de la fatalité; s'il no se définit pas, c'est néaoU
Puis donc que rantinomie est la même, la ihéorie, sauf h changement des termes, sera aussi la même ; et les propositions suivantes, que je ne fais qu'extraire de nos (feux Études sur la Liberté et le Progrès, peuvent être regardées comme le résumé de toute l'esthétique :
1. L'art est la liberté même, refaisant à sa guise, et en rue de sa propre gloire, la phénoménal ité des choses, uécutant (qu'on me passe le mot) des variations sur le ihème concret de la nature.
2. L'art, ainsi que la liberté, a donc pour matière l'homme et les choses; pour objet, de les reproduire en Us dépassant ; pour fin la Justice.
3. Pour juger de la beauté des choses, à plus forte nison pour les idéaliser, il faut connaître les rapports des choses : toutefois, si l'art ne peut se passer de cette connaissance ni la contredire, elle ne peut pas non plus ia suppléer, et ne l'explique pas tout entier. Il relève encore d'une autre faculté, qni est le goût.
4. Elu tout objet, produit de Tart ou de la nature, la beauté, d'accord avec la réalité, est proportionnelle à la iomme des rapports que contient l'objet ou qu'il est censé exprimer.
5. L'art est solidaire de la science et de la Justice : il i^élève avec elles, et déchoit en même temps.
' Observations^
Les deux premières de ces propositions sont fondamentales» Elles expriment le principe» le caractère et le ^ but de l'art, la source de l'idéal : à cet égard, nous n'avons ptt à entrer dans d'autres développements que ceux qui <nt été donnés précédemment & propos de la Liberté et iu Progrès.
Remarquons seulement que la notion de be^w '\ii(^t\
implique et suppose dans Fart celle du laid idéal^ mak dans une moindre proportion que le beau : la réaiiA telle qu^elle s^oflTre à l'artiste, étant par elle-même asseï dérectueuse, et la fin de l'art étant de relever» plutôt qQB de déprimer, l'humanité et la nature.
La 3« proposition contient tous les principes de la critique en matière d'art.
L'art ayant besoin pour se produire d'une réalité idée positive, qui lui serve de motifs il s^ensuit qu'il ; nécessairement de la raison dans l'art, comme il y en dans la réalité et l'idée. Mais cette raison artistique, visant point à Texactitude, ne se gouverne pas excl ment, comme la raison dialectique ou mathématique, d'immuables et inflexibles formules; elle ne se pi pas en définitions, syllogismes et théorèmes : autrei tout mathématicien serait artiste, tout artiste juii suite et philosophe. L'art, expression de la liberté, posant une certaine latitude laissée à la fantaisie et i ridéal, relève d'une autorité particulière, le goût, d tout ce qu'on peut dire est qu'il dépasse la réalité choses, sans que cependant il puisse en contredire raison.
Do là cet arbitraire inséparable de toute critique matière d'art, source de tant de jugements contradi et de tant d'injustices. Dans la science, il est touj possible d'avoir raison du sophisme par la logique \ rexpérience , et la démonstration faite acquiert force chose jugée. Dans l'art, le talent ne s'apprécie pins raison démonstrative, mais par le sentiment que ]'< éveille dans Tâme du spectateur, sentiment dont 1* loi est de n^en reconnaître aucune : De gustibus non HtH puiandum. Le goût, en effet, est pour chacun la libeilfl L'artiste dont Fœuvre, en respectant la raison desdioMit pluii au j)his grand nombre, sera réputé le plus grand A<
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-«^ -ât lisais mif&. 1 -a: ^&: ^ms Oi "iôai.. àw; 3imEK«3C es vnomniaxine. <. 'i-Hif it.i. n ^uu;;!^^^ ifiaoe ess îeli:.. i£ yrtmessé iZâTanUL»* Tv^urjmv^ que r€9£s:« àL j»eiixK i-^uzk ihunnit roii:i:\*i; T-hr*^
Dses aoi «ije ô^ 'enian: . Tiar.^ oliMi^ ^^j:: n'ixs
»pljée; parof que. k iipai: eiaiii iLfjkruiy*!.'*^ £ $, v-ai^ pleodissemeot est en msan àr u twaIiit nr^p'<;M)« ite.
«orde que le plosbeâu des àcu\ sexes^ s<m\ là irnmw * ui Yienl cette su|iéhohtè. bien que sa )VTs^>niK' (\\i>« i assurément moins de choses que celle de Thommc? que chez l'homme» destiné surtout à là )H>ns<v %^ k m, la nature, tout occupée de la puissance, a lu^ l'idéal. L'essence YÎrile, plus riche d*ôlômonts, Ton* rait encore pour la beauté, si la natun\ «pii no luit i*inuiile et que n'émeut pas Tidéal, n'axiiil Kiiti'jO vantage au sexe le plus faible, cominn lo n\^tu\ niAmo . faiblesse, la beauté croit dan» Tôtrc avec 1« (W'vcli\\\\\*n\\\ \\\
des organes et la multiplioaiion des rapports» sera-eô forcer l'induction que d'affirmer, en conséquenee de ce principe, que le sentiment du beau et le talent qui aert ; à l'exprimer croissent en même temps et par les mkom \ pauses, non-seulement dsms l'individu» ipais aussi dans î l'espèce? !
Je crois trouver une preuve de ce que j'avance dans la progrès contemporain de la musique.
D'où vient que, tandis que la poésie, l'éloquence, il statuaire, atteignaient un si haut degré de perfection chfli les Grecs et les Romains, la musique resta daas unesorio d'enfance, et qu'elle n'a véritablement pris son essor quo de nos jours, comme évoquée du néant par la multitadi jj de la science?
Je n'ai pas la moindre teinture de l'art musical» et n*ei puis parler que sur des impressions tout à. fait partieft* lières, que je livre ici pour ce qu'elles valent, La musiqui agit peu sur mes sens ; le plus souvent elle, m^ennoiei Mais il m'est arrivé d'en entendre de belle; l'émotioBi j très-vive alors, m'est venue tout entière par le centeaQ. Ol J que la statuaire est au corps, la musique, seloB mot»rsrt I à l'entendement. Platon donnait des ailes aux idéeai \ j'ai cru, en écoutant les chefs-d'œuvre de notre scène l^i : rique, que j^entendais chanter les miennes, tt me seo- -' blait assister à une conversation divine , que j'aoral^ 1 presque pu traduire en ma prose grossière. Ddaqu'alIP^^ me devient inintelligible, la musique m'importune; à sens, elle ne vaut rien. Suis-je un barbare qui prend sautillements de ses nerfs pour une révélation de Yi Je n'en sais rien ; mais je crois fermement que c^ qui passe en moi est l'analogue de ce qu'a dû éprouver MA compositeur. Les idées,* même à son insu, le pressaioift^ mais, parce qu'il en saisissait moins la philosophie qiMB ridéa), il les a tran^^formées en mélodies. La mudicpje.e^''
1 par l'««ii>: c'mI pont'Ara pour méb
(OB la mhm ir \'an. ftu Moina <Um loin portrKiu. Ml l'air éfmi : cr* hamoMB ae nfarAmt paa. ili An»< lest lui cbul ralmrar, ^ l« tavil at la> «nivr*.
Si e» pmoptc aont tnia, «t ja ns eanco» p» <»■• ■cal M h* funirait RicTt mu pouvot» (Jtn< eo (|uoi ■MHl* h pnîpte de Vvi, ^mi\c m U raitw de n propte, on. a 4)ai nwnl m idAiii*, quelle c« ia raum qui Ut lanlAt BMintiT. tJwlAl dérlioir l'uldal, iwuqtin c'nl|iar liiéal, biMifiliB qiMpari'balnlatédeMniaui.queMiv annan«le l'annlr.
Je pnnd» pour my'l di- ma tltèse ce quejt cmoaii !• ■oiM mal en fail d'arl, la lilUr«lui«.
R y ■ dans Imto aHnre liu&ntro 4 tuiuidinr Irait Énea l la Mrt*i l'id'c, lu pntnu uu ditcomn.
^m «cfb« m la langue c*t iloniié Jana le Tncaltlliirv et bpaoïnuitv, luHJi.iuiaiil, jn.- !-■ nutiTirl ili-» moU, (■flexioas, la KjrnUie, les luura, loculiun», alliaricet de polt) idiotismes; l'ucLeiil, la iiirgure, la |iit>H»lii-, li-s rigleide venilicalion, la [i^riodidli'', la iiiarclic oruUiirc, hpuùbaaced'abstracliun, clr.
Du reslf , comme loule cliuse sialic de la nature, la lingue a ses défauts, pruvi'riant de luiirdt'ur, DlisciiiiLé, sordité, vague, nionoluiiic, ruJcn^e, iiii)iiiishaiii'i'.
La philvk^ic expliiiuf la Luiisliluiii'U du bu^j^'u : clic lÊmooire que, dans celle criation de la s]K)iil:iiiêité oilbclive, rien n'est arlulrairc; que loiil csl gouvenu' par de» lois in(;éiiicuses «pii oui leur siiiiue dini> Ifs jimlandeurs de la rai>un , i:t au.\i|iiillu3 l'ri i ivdjji l'si U'iiu plus que loul autre de su suijiiu'tlii', à pt'iiii' ilr uullili'.
L'bonuiie de lulliis, i>i"'k- uu pioa.iU'Lii-, n'est [•■.i> lu tiiéauurdc la langui^ >' cti est, si l'on lue permet lellâ
expression socratique , raccoucheur : c*2st lui qui la roconnaît, la dégage, la purge, puis la reproduit dans aon œuvre, avec un surcroît de netteté, de force et d'éclat.
Il faut donc, avant tout, que Thomme de lettres soit grammairien, philologue, polyglotte même ; qu*il possède la philosophie et le génie de la parole. Sans cela il ne saura jamais frapper la pensée ; incapable de parler avec distinction la langue commune, il tombera dans tous les vices des langues pauvres, mal faites ou décrépites; pa^ lant un idiome ébauché ou corrompu, il épuisera son talent dans une œuvre mort-née, aussi éloignée de l'art que de la nature.
I^ langue faite, c'est-à-dire manifestée, viennent les idées. Celui qui écrit pour les autres, de même qu'il est tenu de leur parler leur propre langue et de la leur parler mieux qu'ils ne feraient eux-mêmes, doit aussi leur révéler leurs idées, leurs sentiments, leurs passions, lemi intérêts, leurs mœurs, tout ce qu'ils sentent dans la coih fusion de leur pensée, et qu'ils sont incapables d'exprimer et de définir. Alors même qu'un auteur semble parler de l'abondance de sa raison, il ne peut être toujours» à peine de forclusion immédiate, que l'interprète de II raison collective, de ce qu'il y a de plus intime dans II vie populaire, et dont le peuple n'a pas la conscience nette et formelle.
De là, pour l'écrivain, une autre condition à remplir :
11 doit savoir, au moins avec une généralité sufflsante, ce que savent ses contemporains, théologie, philosophiei droit, morale, politique, économie, histoire, beaux->art8, les sciences et l'industrie. Gomme il a trouvé la langue, il faut encore que, contemplant toutes choses en lui-» même, agitant toute pensée dans sa pensée, il dégage de cet amas de connaissances, de théories, d'intérêts, d'hypothèses, les rapports nouveaux, les faits en éclosion, lei
riosâL*duns lo moe v\ i tare: h-mc a ics lonure
iis^.OLBS ou mi mi:.
ic IVcrivain, ;iiiqii'-l *iriil «!•■ n >'\^ rninlinrf la
assiiinu «le la piri^I»' 't il-- li p-ii-t-f ^•. u. ran-s,
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ins rhaqii»' vt-isoii |ilirj«»«', iLiii'» rlia-jnt' struphc
lie, dans c haqiip «liant nu li\if*, en un riir>l iIju»
•s divisions (*tsutitli\i«>i( tris il«* 1 ti'ii\rf(M>i'tii|ui*ou
le procédé csthrlMiUt' suivi par 1** pim* |«npiiis la coristructinn ii(*s \(irablrs, «pu k4tnt 1« ^ pail- I gf'mmules dont est ti^su le discuur.*», chanté,
ou écrit.
rnol d'une langue |ieut l' tre cun>idéré comme un oétiqiie. Analysez ce mot ilan*» Sfs lettres formaans son accent, sa [irosoclie, suivez-le dans , ses analogies, sa parenté, ses dérivés, lei TOUS resterez frappé d'étonneroent i la vue de
richesse concentrée ilans un infiniment petit. pliie, sentiment, éloquence, mélodie, la (ifécisioo, indeur, la couleur, le caractère, Tidéal, tout t'f
pression de plus en plus complexe et de mieux en mifiox . conjuguée, d*après la loi et les types fournis par la langue. C'est ainsi que le sanscrit a des mots de trente et quarante syllabes, équivalant à de longues phrases; c*esi ainsi que furent conçus le vers hexamètre, la strophe plus longue encore, le parallélisme des psaumes, la pé«. riodc oratoire, d'après les combinaisons primitives des ^ modes, des temps, des genres, des nombres et des cas. Le poème épique, la plus grande des compositions poétiques, n*cst lui-même encore qu'un moi^ comme Tiih' dique son nom grec, Ittôc....
Une œuvre de littérature à composer, discours, bis-, toire, drame ou chanson, c'est donc, en dernière ani*> lyse, un mot, Mç, à créer à Taide d'autres mots, poor. une idée qui n'en avait pas. En cela consiste louU> l'originaUté de l'écrivain. Car, ne vous y trompes pas, son originalité plaira d'autant plus qu'elle pftraîtra sortir du fonds de la langue, et exprimer 11. pensée do tout le mondé. Elle ne serait pas regue, si elle aflectait l'indépendance « le mépris des lois de la^ parole et du sens commun. Rien de plus libre, en.appt*: rence, que l'art du poète; rien, au fond, de plus mathé*: matique, de moins négligé, de plus exact. Une pdns. terrible attend l'écrivain qui s'oublie : il ne sera pas. lu, ou, si quelque temps il parvient à surprendre lii suffrages, la réaction ne tardera pas à se déclarer contra, lui; il ne vivra pas. r
Je ne m'étendrai pas davantage sur ces considérations' d'humaniste. Elles m'étaient nécessaires, d'abord pouf* expliquer aux personnes qui n'en font pas métier en quoi consiste l'art littéraire; puis, pour démontrer aux litké*rateurs eux-mêmes, dont la plupart ne semblent pas s'oi douter, que, ifi mouvement étant inhérent à la littérature Lomnio à la société, si la société est en progrès Ifi litté* ^
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Or, la civilisation ne s'immobilise pas dans un pre* niier moule, et la société ne peul pas non plus se passer (l'une ex])ression liltéraire. Soit donc qu'après un laps lie temps plus ou moins considérable la liberté, re* prenant ses vieilles formes, se borne à les approprier à un nouvel idéal; soit qu'elle donne plus de hauteur et d'extension aux genres secondaires ou qu'elle ea crée de nouveaux, je dis que les produits de l'époque subséquente, exprimant plus d'idées et plus de choses» seront nécessairement d'une qualité supérieure à ceux de la période écoulée; que telle est la loi du mouvement littéraire, d'accord avec le mouvement social; que le contraire est impossible: et cela, J'entreprends de le prouver par la comparaison des deuX; plus grands poètes de l'antiquité classique, Virgile et Homère.
Nous voilà loin de la Justice , de la déchéance cluéi!i^ tienne et de la régénération de 89 ! Patience, Monsei* gneur. Parler de littérature, surtout de poésie épique^j c'est parler de religion et de Justice; parler de Virgile]
c'est parler du christianisme.
Le sujet de l'Iliade est la lutte de l'Europe contre YSài^* lutte qui, déterminée originellement par l'opposition géofâ graphique des deux pays et la différence des races, cofliHi mence avec l'initiation même de la Grèce , et se montlii d'abord dans les aventures de Persée, de Bellérophon^ de Jason ; qui bientôt éclate dans la guerre de TroÎM se rallume plus terrible dans le§ guerres médiques, ^ qui dure encore. , \
L'objet ou le but du poème est la confédération hdl^ nique, la patrie grecque. C'est l'idée de la Grèce, depoâ| l'expédition des Argonautes jusqu'à la mort de PhilqNiif
nen, idée qui fait sa vie, hors de laquelle, pour les enants de Deucalion, point de salut.
Toute la Grèce, ses origines, ses tribus, ses mythes, ses lieux, ses dynasties, sa géographie, ses dialectes, sa politique, son économie, ses mœurs, ses passions, son industrie*, sa flore même et sa faune, est dans Tlliade. Ceci nous explique pourquoi le poème épique est unique de sa Bature, comme la religion, comme la nation et TÉtat. Cest la Bible donnée à chaque peuple, le pacte fait entre lui et le ciel, le dépôt de ses oracles, la somme de ses institutions, le gage de son avenir.
Après l'Iliade, on fera encore des romans épiques, dont le plus considérable sera TOdyssée. L* Odyssée est la fatnUle grecque, ce qu'il y a de plus grand parmi les hommes ftprès la patrie. Qui l'emporte, de l'épouse exposfie sans défense à toutes les séductions de la viduité, mais Adèle U*absent jusqu'au martyre, ou de l'époux qui, pour re« roir l'élue de son cœur, dédaigne Timmorialité offerte par une déesse?... Tel est le mariage selon le génie grec, père, sous ce rapport, du génie celtique : Home -et le christianisme ne dépasseront pas cet idéal. Mais ni l'Odyssée, ni aucun autre poème grec du même genre, n'atteindra à la hauteur de l'Iliade : en sorte que, s'il eût été possible que l'Iliade n'existât pas , on douterait aujourd'hui de la faculté épique de la Grèce.
Le sujet du poème donné, ainsi que son objet, Homère est tout ce qu'il peut être : digne chantre d'une grande épocpie, d'une grande idée, d'une race héroïque fraiclieinent entrée dans la vie, et qui, comme l'essaim à peine éclos, travaille à résoudre le problème de sa démocratie.
Lep/an de l'Iliade est celui d'une chronique : on dirait presque le journal d'i^n siège. Le vers^ facile, rapide, bal>iUard, est souvent négligé, mais ravissant de jeunesse, ^ sérénité et de gr&ce. Le privilège de l'enfance est de
ne pouvoir être ni parée ni enlaidie par aucune toilette : ainsi est Homère. C*est lui faire tort et le méconnaître que de parler de son art , je dirai même de son sublime. Son style peut se comparer à celui de nos vieux poèmes do chevalerie ou chansons de gestes. Un homme comme la France en compte peu, comme la Révolution jusqn*id n'en eut guère, aussi savant que lettré,' aussi philosophe que savant, à qui je ne trouve à reprocher que de s*ètre fait disciple quand il pouvait être maître, M. Littré, de rinstitut, a montré à ceux qui lisent le grec comme à ceux qui ne le lisent pas, ce que c'est qu*Homore. 11 a traduit, vers pour vers, dans la langue dei troubadours, le [)remier chant de Tlliade; et l'original n'y a guère perdu. Voilà bien la simplicité, la naïveté, la prolixité d'Homère, inimitable surtout en ce que, chez lui, l'art et la tension poétique ne se voient jamais. C'est beau parce que la nature prise pour modèle est jeune, belle, héroïque; mais c'est vrai comme une photographie. Homère, en un mot, est divin, parce que la beauté de rH(3llade est divine.
Du reste, ce qui fit la gloire d'Homère et le succès de son œuvre, ce fut son idée. La Grèce est homérique, nonseulement dans sa religion et ses arts, elle l'est dans sa démocratie fédérale, dans son amphictyonie. Telle Favait conçue le poète dlonie, telle la trouva le grand roi» quand il vint lui demander ses armes. La collection des rapsodies par les Pisistratides fut le terme de cette pro* pagande fédéraliste, qui durait, dit-on, depuis quatre siècles. Homère, plus encore que Léonidas, Miltiadit Thémistocle, Cimon, Âgésilas, Alexandre» vainquit ki Perses. C'est l'Iliade qui combat et qui triomphe à Marathon, aux Thcrmopyles, à Salamine, à Mycole, à Arbèles...
Toute la littérature qui vient à la cuite d'Homkeei'
00 développement de riliade. Eschyle et les Tragiques, Hérodote, Thucydide, Xénophon, Phidias, sont fils d'Homère. Le cycle se ferme à Platon et Démostliène. Dans Une nation, tou$ les écrivains forment une seule famille, animés du même souffle, rapsodes du même poème, dont le but et le plan est d*exprimer, sous toutes les formes, la pensée de leur âge et de leur race»
Ces choses ont été dites, j*imagine, et je n*ai pas la prétention d'avancer ici rien de neuf. Pourquoi donc les mêmes principes soiit-ils mis de côté, quand il s*agit de Rome et de l'Enéide? Gomment la haute signiRcation do l'épopée latine est-elle si complètement méconnue, qu'à peine lui accorde-t-on plus d'inrportancc qu'au iélémaque?
Au sein de la Grèce même, dès le quatrième siècle avant Jésus-Ghrist, la raison historique de TÉnéide se décèle.
Quand la Grèce, fatiguée de ses divisions intestines et de l'imbécillité de ses démagogues, se jette, malgré la protestation de Démosthène, dans les bras du Macédonien, cherche dans la monarchie l'unité, la victoire et la paix, elle sort de la tradition homérique.
Quahd Platon, oubliant le système fédératif et démo- <^tique, publie son idéal de république, il abandonne la pensée d'Homère.
Quand Aristote écrit sa Poétique, sa Logique, sa Politique, son Histoire naturelle, sa Métaphysique, il marque le terme du développement grec, l'avènement d'un état tumveau et oniversel.
Quand Ëratostbënc prend les dimensions du globe, calcule I*obllqaité de l'écUptique, dresse la carte du monde connu, il efface d*uii trait de plume la terre, la mer et le ciel d'Homère.
. Quand Évhémère cherche le sens des mythes et réduit à des aventures mortelles la théologie nationale, il fait appel à un idéal plus grand que celui d'Homère.
Quand enfin le monde vaincu se range sous la loi de Rome, que la Grèce est devenue une province du grand empire, le monde anéantit Homère, non-seulement dans son idée, mais jusque dans sa raison.
Homère disparu, la Grèce littéraire et artistique s'évanouit. Que parle-t-on ici de décadence? Un cycle nouveau va commencer : gloire éternelle à celui qui le premier comprit cette immense révolution !
Magnus ab integro saeclorum nascitur ordo.
D*abord , une épopée nouvelle est indispensable : le monde, en entrant dans Tunité romaine, n*a pas cessé d'ôtre épique. Qui la donnera, cette épopée? I-a Grèce! Elle n*est plus à la hauteur; elle ne peut d'ailleurs se démentir. La Grèce est fédéraliste; Tempire est unitaire. L'initiative est ôtée à la Grèce. Elle-même, aussi bien que TAsic, TÉgypte, la Gaule, TÂfrique, TEspagne, vient de recevoir la parole latine : à Rome seule appartient de chanter le chant nouveau, comme de dire le nouveau droit.
Virgile n'était pas né que la sévère Clio, la plus puissante des Muscs, à peine connue d'Homère, avait dit i ce paysan de la Gaule cisalpine : Tu seras le chantre da Capitole. N'est-ce pas tout, pour un poêle épique, que d'être une nécessité de sa nation, une nécessité da monde?
11 s'agit maintenant de voir comment Virgile a compris sa mission fatidique, avec quelles ressources il a saisi là tâche immense. Son poème est resté inachevé : comme sH eût perçu l'ineptie des commentateurs, il avait ordonna par son testament qu'on le brûlât. Il pouvait arriver pis '> Virgile pouvait mourir dix ans plus tôt y l'épopée latini tomber en partage à un Lucain, à un Slacc : quel argu-
1 contre le propfa 1 Grto ao cîd , l*haaiaa ■*■ pi* "ipoqwi; c'en 1% rmian, hélM* qm i déÙfli faas rbomiDff. INxir muire t Vincil« la )muiir» q«i Imî ■t due, ce n'est pu uaet <le dm » qa*t«t l'Eiitid»: H tel pMatrer ce qu'cnlm im nuini àk fdl <tr»mw # Mt pimlt" aovre, mlrefirite j«f an «1 1»™—»»! amil |a toe ad)Mée pv un tnil booiair.
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Le tm/H de l'Ên^ide t«t U rixKUlioii de b ôli Um« IV dite, en flulm leroicf. U* urifiBei et aaliquiléi de iMoeddr riUlw.
Sn of9'*< 0*1 U rénonijon du noodaeoww. mm Ta»ibrtii taideHame.
Do [nriDier mol notu avooc qiMlqM dMi« qii. fMr tetwd et b funnr. dépave riliade. 9am ftmtméim me Propcrco : Saric quld wngn» mwwiJmr tUwât.
TirgOe e fofnrf le ptiu fframle eolrapna» ^ i* Mit medaruIcmonJe de rtnlellir-ciicc. fji r«(cbrjtil Upm- ^r ili; lliiriK- dans $es nrigifK's. il B «ouId ofiéfcr U rtléDérition m^tne de Home, k\, |iar Itouic, d« X dini la rclifiion, les mutin, le* lois, U p Uilulions, les idî-vs, la |ihilMO|ihie, l'ert.
QiK de clio<e.s direi-voiis, pour on p Oui, i]iie de chou» ' F.l noXet qii« pan») ( ncst une limle que les conlempurain* d*H éliiocapaliles d cicvcr juMju'i l'idràl, et d (Al nculé la muse grecqun. C'vUii tout cela p ^(lil elianlvr Virgile, el ce ne pouvait èlre i ttla. Vue ceiii qui wnl à iiiCiiic de tonifiari'r ti ^ grec, el dont l'iniavinuliun n'est )iaa i dWku des liériM de l'Iliade, di&eal m c'ut [i ^ de son sujet qu'a railli II- (xx-te.
Virgile, on le voit de:) ta 4* r^logue, oa 1« a
bout à l'autre des Géorgiques, avait une pleine conscience de la palingénésie sociale. En homme qui connaît son siècle, il la voulait, cette révolution, par le développement des idées qui de tout temps avaient fait le patrimoine de la raison populaire, par le respect des traditioiii et dos légendes.
Son Enéide, qui pourrait aujourd'hui le méconnaître? devait servir d'évangile aux nations. Je dirai toute ma pensée : TÉnéide est le christianisme même. Comment, direz-vous, le messie de la ville éternelle s'csl-il laissé détrôner par celui de Capharnaûm ? Gonh nient le grand poëme a-t-il été supplanté par cette macédoine du JSouveau Testament?... Ah! c*est par là que la gloire de Virgile est restée au-dessous de celle d Homère. L'idéalisme impérial , d'épouvantables césars, i'atrocilé prétorienne, l'égoïsme patricien, perdirent tout. Le monde opprimé repoussa l'initiative dâ la force. Un Logos que n'avait pas même rêvé Platon prit la place du Verbe légitime. Ce qu'avait vu, pn>phétisc, chanté sur tous les tons, le cygne de Mantoue, s'accomplit par la raison des esclaves^ et Home s'affaissa dans le sang et l'orgie, et l'antiquité périt tout entière, et l'humanité, déclarée par une superstition abominable déchue dès sa naissance, s'ajourna pour dix-huit siècles, parce que empereurs, prétoriens, noblesse et plèbe, tous avaient été infidèles à la révéla^ tion virgilienne.
Le sujet-objet^ il faut réunir ces deux termes quand oa parle de Virgile, tant il a su profondément les fondre; la ' svjet-objet de l'Enéide est quintuple dans sa majestuem et puissante unité :
Chute d'ilion , c'est-à-dire déchéance irrévocable ds r\sie, à qui est ôté l'empire du monde;
Migration d'Énée : la dignité messianique ne s'arrête
point à Ift Grèce i ftnarchique et frivole; elle passe à l'Italie^ grave et juriste ;
Établissement des colons troyens dans le Lotium : initiation dès peuplades ausoniennes, à demi barbares, et passage de celles-ci de Tétat saturnien (âge d*or, mœurs primitives) à une civilisation supérieure.
A ce propos, nous remarquerons avec combien peu d'intelligence on a comparé les combats de TÉnéide à ceux de riliade. Les situations ne sont plus les mêmes; je ro» pette seulement que Virgile, par quelques corrections, n'ait pas plus fortement marqué la différence. Tumus sera d'autant plus intéressant qu'il posera moins en Achille; de même qu*Énée, Un guerrier revenu de Troie, paraîtra d'autant plus héroïque qu'il montrera, en face denses nouveaux adversaires, plus de calme ;
Réconciliation des dieux sur le berceau de Home : position du principe de Tunité des cultes, exprimée plus dairement par Auguste dans le Panthéon;
Développement historique, provideniM^ de la puisnnce latine, et première révélation du progrès et do la catholicité du genre humain; idée développée cent ans iprès par Florus et imitée au dix-septième siècle par Bossuet, qui en fit un argument de la révélation chrétienne.
Le dénoûment de l'Enéide est d'un haut enseignenieot. Vaincue en la personne de Turnus, en réalité Junon Iriomphe. Le refuge est accordé aux Troyens en Italie; inaisils perdent leur nom et leur nationalité. L'Italie reste iavioléei avec ses mœurs, sa religion, son nom, ses lois, la langue; l'Asie est absorbée, et le gage do cette absorption est la gloire de R«me, de toutos les villes du monde la plus dévouée au culte de Junon. La civilisation, semble <iire Virgile aux Romains, devenus à leur tour conquérants et colonisateurs, se communique^ elle n'ôte pas aux raoes
leur caractère. — Rôle immense de la malrone, ûguréi par la reine des dieux : Créûse est enlevée, Didoa | donne la mort, Camille est tuée sur le champ de bataill| Vénus n'obtient pour son fils qu'un asile ; toute l'actiqji roule sur le mariage de Lavinie, fiancée par rorafl|| domestique à un étranger, mais qui, fidèle à la patii| ne doit s*unir à Énée qu'en régime parapbernaL
Si le choix du sujet doit èlre compté pour qudi chose en poésie, on m'accordera que TÉiiéide est sous rapport autant au-dessus de l'Iliade que Tempire roi était au-dessus de la Confédération hellénique, et celh au-dessus de la famille grecque. Mais qui jamais, de| le Iriomphe de l'Évangile, songea à reconnaître tou| ce^ choses dans PÉnéide ?
A côté de ces idées mères, qui forment la charpente Toriginalité de TÉnéide, idées dont le christianisme sV paré plus tard comme s*il les eût trouvées de son foi il convient d'en rappeler quelques autres, d'une im| tance secondaire, mais qui n'en font pas moins du une œuvre unique en son espèce, sans modèle coi l'Iliade, et, comme i'iliadc, inimitable.
Le problème de Tempire circum-méditerranéen posé, Timpuissance de la Crèce constatée, la viei Asie écartée. A qui écherra cet empire? La lutte n\ sérieuse qu'entre Rome et Carlhage : d*un côté la pui sance continentale, noblesse propriétaire et plèbe a| cole ; de l'autre la puissance maritime, le commerce Tindustrie.
Caithage succombe; cela devait èlre: la mer ne jamais que le chemin de grande communication qui les continents; le navire, qu'un instrument de trai au service du laboureur. Venise et la Hanse» aussi que Carthage, l'Angleterre elle-même, l'apprendront v leurs dépens. *
Ainsi, la guerre finie entre les deux grandes puissances de terre et de mer, Fempire, la monarcliie universelle» existe. Un nouveau soleil se lève sur le monde, ramenant avec lui, pour embellir la civilisation, Tinnocencedu premier âge, le règne de la Vierge céleste. Comme signes, nous avons la réconcilialion des peuples antagoniques, marquée par les épisodes d*Évandre et de Diomède ; le croisement des races, indiqué par l'oracle rendu sur le mariage de Lavinie ; la condamnation de l'égof sme national en Turnus. Tumus, hélas! c*est Pompée, Brutus,Cassius; c'est l'âme vertueuse et patriotique de Caton ; c'est cet ordre patricien tout entier, qui se refusait à octroyer le droit de cité aux nations vaincues, qu'appuyaient de leur côlé César et sa plèbe.
Une semblable régénération devait être avant tout religieuse : Énée le pieux est le patron d'Octavien Auguste et d'Antonin Pie; quatorze siècles après, il servira encore de type à Godefroy de Bouillon. Dès lors, condamnation de l'athéisme politique en Mézence;, annonce du nouveau dogme : providence, immortalité des âmes, expiation, toute la substance du christianisme; réforme des mœurs domestiques et proscription de la volupté : c'est le sens des amours de Didon , de la rencontre d'Énée et d'Hélène, de l'épisode de Nisus et Euryale. Je reviendrai sur ce sujet dans une autre Étude. Redisons seulement qu'Énée, pour devenir fondateur de l'état romain, de la famille romaine, doit se séparer de son épouse asiatique et renoncer à Didon la Phénicienne : ainsi le veut la dignité de la matrone, représentée par l'invisible Lavinie. C'est la réprobation des Cléopâtre, des Bérénice, des Julia Domna, des Marnée, des Zénobie, de toutes ces étrangères à diadème, dans lesquelles Torgueil romain ne put voir jamais que des
courtisanes.
XLTl
Virgile est l'expression du caractère romain, de la religion romaine, le poète des traditions et des destinées du peuple romain. Gomme la littérature grecque gravite sur l'Iliade, de même la littérature latine, avant et après Vûrgile, gravite sur TÉnéide. Virgile est la pensée condensée de Rome, de la Rome républicaine aussi bien .que de b Rome des empereurs.
Quand le sénat, un siècle auparavant, envoyait Scipion Masica, déclaré le plus honnête homme de la république^ chercher en Phrygie, patrie d'Énéc, la statue de la Bonne Déesse, il posait le thème de rÉnéide.
Lucrèce, au commencement de son poème de la iVoture, invoquant Vénus, mère des Romains, suit la même idée.
. Horace, composant le chant séculaire, travaillaiit dans ses OdeSf ses Épitres et ses Satires^ à la réforme des. mœurs et à la célébration de l'empire, est l'auxiliaire de Virgile.
Ovide, dans ses Métamorphoses^ que fait-il autre chose que de reprendre la grande pensée de Virgile , devenue plus tard la base du christianisme, que tout dans la mythologie des nations et dans leur histoire a été préparé et préordonné pour la grandeur de Rome 1
Autant Homère avait été compris des Grecs » autant Virgile le fut de ses contemporains. Je ne parle pas d'Auguste, qui y avait un si grand intérêt; je ne dis rien de Mécène, de PoUion, de Varus, de Gallus, tous plus ou moins associés à la gloire impériale. Mais Lucain ne le comprit que trop, quand, plein d'une horreur généreuse pour la tyrannie de Néron, il essaya dans la PkarsaU, un poëme impossible, de détourner au profit du vieux républicanisme cette haute et pacifique dictature que
Virgile» dans TÉnéide) attribue à la famille des Jules, descendants de Vénus et de Troie.
Plus sage que tueain, Tacite ne fait pas d*opposition à Tmipire, qu'il accepte, ainsi que son ami Pline, et qu'il loue dans les successeurs de Domitien. 11 ne sévit que contre les monstres qui déshonorent le nom de César et font douter de la sagesse des dieux.
La multitude comprit Virgile, dont le poème lui tenait lieu d'oracle, sortes Virgilianœ.
Les chrétiens enfin comprirent Virgile : témoin Lactance, qui, à l'exemple du poète, fait servir les prédictions des sibylles à l'annonce du rèf;ne mcssiaque ; témoin le père Hardouin, qui, dans sa folie énidite, entrevit pourtant cette vérité écrasante pour un jésuite, que le christianisme existait dans l'Enéide cent cinquante ans avant que d^absurdes compilateurs s'avisassent de le mettre en évangiles.
Rien de ce qui fait la valeur positive et sociale du poète épique, à savoir la tradition, la politique, la religion, la légende, la révolution, ne manque à l'épopée latine. Seu* liment la réalité épique s'est agrandie de toute la distança qui sépare le siècle de Priam de celui d'Auguste, la reli^gîcm d'Homère de celle de Platon , le pacte fédéral des HellèneB de la suzeraineté de Rome et de la messianité des Césars.
De même qu'Homère, enGn , Virgile sert de pivot à un cycle littéraire, dans lequel on peut remarquer quelques lacunes et dont la durée fut aussi plus courte, mais dont l'inspiratiou est certainement plus haute, l'originalité plus puissante. Si la tragédie manque aux Latins, si Trogue-Pompée, Tite-Live, Salluste, ne font que balanc«r Hérodote , Thucydide , Xénophon, en revanche, la Grèce n'a rien qu'elle puisse opposer aux Géorgiques , aux formules du préteur et des jurisconsultes. Le sens
pratique do Cicéron vaut à lui seul tous les systèmes des Grecs, toutes les raffineries de leurs sophistes. Tacite surtout est hors ligne; c*est le défenseur du droit, c'està-dire de la mission romaine^ chantée par Virgile en vers magnifiques , contre l'infidélité des empereurs, vis-i>m desquels il remplit le même rôle que les prophètes de Jéhovah vis-à-vis des prévaricateurs de Juda et d'israâ. Du reste, le progrès se montre dans tous les genres : les bergers de Théocrite sont des bergers; ceux de Virgile, sans sortir de leurs bergeries, sont devenus des politiques, des théologiens, des philosophes.
A partir du second siècle, Tempire devient pour ainâ dire bilingue. Néron s'était efforcé de soutenir, dans des vers ridicules, l'honneur des muscs romaines;-' Gallioi après lui, en môme temps qu^il laisse tomber l'empire, sa distingue encore par de jolis vers dans la langue de Ti* bulle et de Properce. Marc-Aurèle et Julien écrivent en grec, l^a parole officielle est double : cette dualité, accélé* rânt la dépravation de l'idéal impérial et le déchaînement des superstitions, affaiblit l'influence de l'épopée latine et en diminue la gloire. Le triomphe de l'^Église et des livres hébreux porte le dernier coup : après la défection de Constantin et la version de saint Jérôme, l'Énéide perd peu à peu sa raison d'être ; ce ne sera bientôt plus qu'une fantaisie d'amateur, un vain exercice d'école, un pastiche de l'Iliade !...
Si la partie réelle de l'Énéide fut, après la chute de l'empire, si étrangement méconnue, ce devait être bien pis de la pailie surnaturelle, de ce que la critique moderne appelle le merveilleux. Quel logogryphe pour les littérateurs du dix-septième et du dix-huitième siècle, chrétiens et philosophes, qu'un génie tel que Virgile faisant parler
; qu'il n'y avait pas trr|io(H'v s.ins intrn'cnlion du sans miracloc. ('/est h ( clti» l»rllt* thr^iric que nous
les merveillnsitrs (!•• la 11**nriail»' : los purrilitrs aîrc |H*sent do tout Ifur f^niiis sur l* rliaiitre d'f Inée,
ainsi coupable tic nntn* prnpr** inoptie. leneilleux, puisque mer^nllcui il y a, dans 1*1-% fsl de doux sortes, suivant t\u\m le considM* dans e ou dans le fond.
la forme : la rrli-'inn Av Vir;:il'', ou, si Ton aime de son [«W'me, est une ^rnosi'. ni plus ni moins que 3 Platon» d\\[iollnnius de Tliyanc, de Simon le de saint Paul et autres, lians cette {rnose, les an»
divinités ne sont plus trlles sans doute qu'on les arer dans Homère, pas plus que le Jéliovah des ues du deuxième el du troisième siècle n'est le |uc celui du Pentatruipie : ce sont des frénies qui lent les forces de la nature et prôsident aux daiiis nations. Ainsi conçue, la foi aux dieux, du temps île, foi déjà tonte ilirétionne, était, j*osc le dire, rkfnnle. nlus vivare Mue ianiais. Junon mue fiml
le hlàme, comme l'Éternel dans l'Apocalypse , et qui dè| lors commençiat à remplacer dans l'opinion Tmlif^t Destin.
Lorsque Virgile , au 2* livre de l'Enéide, montre avi regards d'Énée tes dieux acharnés au sac de Troie, il ii| fait que raconter en vers sublimes la croyance la piusr4f pandue de son temps, à savoir que les nations et les TÎjM placées sous la protection de divinités indigènes» pe pom vaient être vaincues que par l'évocation de ce» divinités Tous les auteurs sont pleins de cette idée. Déjà, au Uvr^ t^ ^ des CréorgiqueSf Virgile avait dit qu'au moment.de la mort ' de César la Germanie entendit dans le ciel un binil d'armes :
Armonim «opUiim toto Gerfoaqia e<slo Audiit...
comme si les dieux des nations vaincues allaient revenir à la charge, Ovide, Tibulle< Lucain, parlent de mèoiic Tacite et Josèphe rapportent à leur tour que, lors da aiégs de Jérusalem par Titus , on entendit dans l'air des vofat surhumaines et comme le bruit d'une armée qui s'en allait. Et nous lisons dans le 4« livre des Bois que, peu* dant le siège de Samarie, le prophète Elisée fit voir à son serviteur Giezi toute une armée A'élohim Gombitn tant pour le roi d* Israël.
Du temps de Virgile, la mythologie vulgaire avait perdu de son crédit, je' veux le croire; mais ce discrédit n'at« teignait que les noms , et, tandis qu'on se gaussait de Jupiter, Junon, Vénus, Bacchus et Flore, on ne plaisantait pas des génies et des dieux. Le monde surnaturel prenait dan& les esprits, et bientôt dans la langue, un ca^ ractère plus élevé ; les anciennes appellations tombaient en désuétude; la foi au divin et au merveilleux gran<* dissait toujours, tout le monde y croyait : les stoïciens, les platoniciens, les pythagoriciens y crurent; les pères
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les habitants de Lystra en Lycaonie, après une harangué de saint Paul, le prirent pour Mercure, qu'y avait-il d'étonnant à ce que les Romains, en écoutant Virgile, le prissent pour un saint, un interprète des dieux, sacer interpresque deorum? Gicéron, pour quelques vers des Bucoliques qu'il avait entendus, appela Virgile, dans son enthousiasme, le second espoir de Rome, magnœ spet altéra Romœ. Qu'eût-il dit à la lecture de l'Énéide?
En fait, ce que la raison moderne repousse à bon droit comme surnaturel, et qu'elle prend pour une fantaisie, poétique dans les anciennes épopées, n'avait rien d'ez« traordinaire pour les Romains, même du siècle d'Auguste, tant ils y étaient habitués. Us vivaient au milieu des miracles; ils ne croyaient qu'aux miracles; le vrai seul lei trouvait incrédules. Si quelque chose dut les étonner dans l'Énéide, ce ne fut point la succession des prodiges, , des apparitions, des oracles, doft elle est remplie : quand la moindre aiïaire exigeait une consultation de l'augurai' ils eussent été scandalisés que le fondateur de leur race n^cût pas été conduit, pas à pas, comme Romulus et Numt Pompilius, par le conseil des dieux, et couvert de lenr protection. Virgile, au surplus, comme Homère, ne bit dans son pocme que suivre les traditions : il n'y a peuUêtre pas une de ses fictions qui lui appartienne.
Ce qui dut paraître inouï, ce fut le fond même de C0" merveilleux, ce sont les théories philosophiques, poli^ tiques, religieuses et morales, que Virgile enveloppait dans ses récits et qui constituaient sa gnose*
Tel est, par exemple, ce dogme d'une Providence^ souveraine, tôt après posé par l'Église en article de foi, et dont nos philosophes voudraient faire aujourd'hui un article de science; — tel est cet autre dogme de rimmorlalité des âmes, qui troublait Gaton, Thraséa^ Séncque, Tacite, article de foi aussi pour l'Église» eC^
devenu à son tour, s'il faut en croire les nouveaux plato^ nicienSy article de science; — telle est encore cette explication de Torigine du mal par l'union de Tâme et du corps, idée sur laquelle gravitent tous nos Taiseurs de théodicées. Ajoutez cet établissement prodigieux de l'empire, la plus grande des merveilles, avant que le christianisme fût devenu le plus grand des miracles; — cette piété tendre d'Énée, chef militaire, chef d'État, et pourtant fidèle à la religion et à la miséricorde, comme un saint Louis ; — ^ cette royauté pauvre et sans faste d'Évandre, si éloignée du luxe patricien, et qui faisait pleurer d'attendrissement Fénelon; — cette fantaisie platoni« cienne de l'égalité des sexes, exprimée par Camille la vierge guerrière, prototype des Clorinde, des Bradamante, des Tfaéroigne de Méricourt, annonce d'un accroissement de dignité pour la femme ; — cette amitié sans tache de Misus et Euryale, dont notre érudition impure n'a pas même aperçu le fnotif.
Voilà quel dut être, pour les contemporains de Virgile, le merveilleux de F Enéide, merveilleux inconnu à Homère, et dont l'effet fut de développer dans l'humanité un sentiment jusque-là endormi, la mélancolie poétique, en don* nant à la poésie pour thème, non plus la nature vierge et les dieux nouveau-nés, mais Thomme et ses douleurs. L'épisode des Troyennes pleurant leur patrie, celui d'Hélénuset Andromaque en Épire, la mort de Didon, l'oraison funèbre du jeune Marcellus, la réponse de Diomède anx députés du roi Latinus, toutes ces scènes dont la tristesse est si délicieuse, où les larmes se changent en une mélodie du cœur, me feront comprendre.
MaiS) me dit-on, vous ne ienes pas votre promesse. Vous avez prouvé que TÉnéide est supérieure îi V\\\^A^
par le sujet du poème » par le but que se propose le poète, par la philosophie, par la nature du merveilleux, ce qu'il paraît difficile de vous refuser. Or, il s*agit de poésie, d*idéal , d'art, et Ton nie que Thumanité chantée par Virgile, que ses personnages,^ ses épisodes, atteignent u ridéalité de ccu}[ d*Homère. On soutient de plu3 que r Enéide n*est belle que de la beauté de sa rivale, que Yir« gile doit tout ou presque. tout à Homère, qu*il l'imite, le copie sans cesse ; bref, que sans Homère Virgile n*eût pas existé.
Je croyais avoir fait tomber Tobjection; puisqu*on insiste, on me pardonnera si dans ma réplique U se ren* contre quelque redite.
Commençons par les emprunts; nous parlerons ensuile du style, et nous terminerons par ce que la poésie a da plus intime, Tart de plus original.
J'avoue, quand j'entends parler des plagiats de Virgile» que je suis tenté de me cacher le visage, tant la critiqua moderne me fait honte. Nos arislarques, ayant totalement perdu de vue l'objet de TËnéide , ne comprenant rien k sa raison historique, à sa nécessité sociale, à sa porléa politique et religieuse, à sa gnose, ne découvrant dana CCS dix mille vers qu'un exercice de versificateur, ont jugé en conséquence. Ils ont relevé la disposition dea quatre premiers livres, imitée de T Odyssée ; la descrip-t tion des jeux au cinquième; celle du bouclier d'Ënée; puis, force comparaisons, force hémistiches, imités, traduits de riliade. Ils ont pris pour la substance du poème ce que j'en appelle moi la technique; et comme ils n'apercevaient rien au delà, ils ont prononcé doctement que Virgile n'avait fait qu'une œuvre d'imitation, qu'au chantre d'Achille seul appartenait la palme de l'invention et de l'originalité. On ne saurait croire le tort que s'est fait Virgile par ce mot qu'on lui attribue, qu'il était
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de ses dieux. Elle fournissait le texte : idées, sentimenls, fictions, la langue, le mètre et la musique , et elle exigeait que ses artistes remplissent le cadre, quitte à recommencer jusqu'à ce que Tœuvre parût digne de TidéaL
Que ce soit donc le mérite de la Grèce, mérite qui ne doit être compté qu'à elle, d'avoir la première mis en œuvre, sinon inventé, avec le vers hexamètre, certaines fictions et combinaisons épiques, devenues depuis le type de l'épopée; d'avoir sous cette forme produit, célébré son idée politique et sociale, exprimé des sentiments qui dureront autant que le cœur humain.
Je dis que les écrivains postérieurs, Virgile entre autres, devant continuer la chaîne des temps , rattacher Rome à la Grèce, l'Enéide à l'Iliade, ont eu le droit de disposer souverainement de ce matériel, publica materies; que c'était pour eux une nécessité, et que, comme on ne doit pas leur en faire un mérite, il n'est pas juste non plus de leur en faire un grief. Dans l'Iliade, 1 épisode du bouclier d*Âchille est une conception charmante; reproduit dans l'Enéide, le même épisode n'a plus de valeur que celle de l'idée* qu'il sert à rendre, et qui dépasse de cent coudées celle de l'Iliade. Pour juger les deux épisodes, il ne faut pas regarder l'armure, il faut voir ce que les "Cyclopes ont gravé dessus.
D'avance le moule de l'Enéide, aussi bien que le vers, était jusqu'à certain point donné par les poèmes homériques, d^autant que la plupart des -fictions venaient de plus loin, passant d'une nation à l'autre, comme un héritage. Filles toutes deux de Japhet, adorant les mêmes dieux, parlant presque le même -idiome, l'Italie et la Grèce étaient liées l'une à l'autre dans leur destinée épique , leur patrimoine intellectuel et moral était le même ; différentes par la physionomie et le tempérament, plus que par le fond de leurs natures. Tout ce qu'avait chanté,
rêvé la Grèce, devait se retrouver modifié, développé, agrandi, dans l'Énéide. Les Romains n'eussent pas sup* porté, par exemple, que leur Énée fût armé par un autre Yulcain, qu*il fût sous ce rapport moins glorieusement traité qu'Achille, et que l'avait été avant Achille le fils de l'Aurore, l'oriental Memnon. Ce n'est pas là ce qui a occupé le génie de Virgile, et, tout en faisant état de ridée première à ses devanciers, nous ne devons pas nous en occuper pour lui. Qu'il ait traduit en latin, avec plus ou moins de bonheur, je ne sais combien de vers, de figures et de situations du poète grec, c'était pour les Romains une manière d'exercer leur droit de conquête, en même temps que d'établir leur communauté d'origine, de croyance et de destinée avec THellade. 11 est absurde de faire travailler un grand poète pendant douze ans à une contrefaçon. Ce que je dis est si vrai que Virgile était le premier à se plaindre du fardeau que lui imposait cette loi de tradition : il savait, mieux que ses critiques, qu'eu fait de poésie les emprunts, imitations, transports, etc., réussissent rarement; que les choses sont toujours moins belles quand on les sort de leur milieu; et le fait est que ce qu'il y a de moins heureux dans TEnéide, je parle des détails poétiques, c*est précisé* ment ce que Virgile y a transporté de l'Iliade. La transfusion de l'or d'Homère lui coûte plus que la taille de ses propres diamants. Tous ces plagiats, on n'a pas rougi ^e se servir de ce mot indigne, sont dans Virgile de pur machinisme, ni plus ni moins que les trilogies d'Eschyle et les trois unités de nos tragiques. Ce n'est pas par les matériaux qu'il a trouvés sous sa main, c'est par la mise en œuvre, que nous devons juger le poète.
le ne m'éteadrai pas longuement sur le style. Virgile^ m %.
disposant d*uti idiome sourd, traînant, ingrat itoi les rapports, si on le compare à celui d*Homère, e soin de beaucoup plus d*art que son rival. Ce n\ tout de considérer Tœuvi o, il faut ici tenir com| moyens. La langue, comme la ffgure, est un av de nature; Tart, comme la Justice, est le produit d berté. Pour Virgile, Tobligution d*une facture supé à peine d*éviction immédiate, résultait du milicH était placé. La Grèce faisait partie de l'empire; ' monde lisait les Grecs, les Juifs eux-mêmes helléni L*épopée latine ne passerait pas, si, sous tous les ra| elle n'était supérieure à celle du peuple vaincu. Li même de l'empire en dépendait. Quelle honte [ Rome impériale, si son idéal politique et religieux dieux, ses héros, ses mystères, ses traditions, si f stitution, sa famille, si sa langue enfin, étaient 1 inférieurs à ce qu'on les voyait dans l'Iliade I La d'État devait faire supprimer cette œuvre mal treuse, absolument comme le tsar qui, rêvant { Russie la conquête du monde, devrait, de deux l'une, ou arrêter à la frontière de ses États les étrangers, ou créer une littérature moscovite, sup à toutes les littératures de l'univers.
Sous la main de Virgile, les défauts de l'idiome ; deviennent des beautés* Le latin, s[X)ndaïque, conc veux, en baryton, apparaît comme la vraie lan( seule langue possible de Tempire, je veux dire de l'I Toute cheville a disparu : autant de mots, autant i Les licences sont rares, admises, non plu!» pour la o dite du vers, mais pour l'embellissement et Than réiision évitée, la césure toujours à pa, place; les n six pieds éliminés, surtout à la fin du vers, dont la par dactyle et spondée, arrive régulière. Si le gre< mère peut âe comparer pour la mélodie à la fUtt
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rudes épreuves, appellent Tindulgence et le pardon. Ul multiplicité et la complication des rapports rendent Te!» prit plus sérieux, la pensée plus prosaïque, l'Ame plut sombre. La nature même semble vieillie de tous Ifli désenchantemcnls de Thomme. Autant de difficultés H vaincre qui n*existaient pas pour le poète primitif, d qui s'imposent au poète moderne comme une. loi» IL faut qu'il suive le mouvement : ce qui revient à dira|^ en vertu de nos principes, qu'en présence de difficultiH^ plus grandes, il est condamné à déployer plus de talenti par conséquent à faire plus et mieux que ses devandeiV^ et SCS modèles. ij
Ainsi fait Virgile dans ses églogues. Les bergers d\ Théocrite ne sortent guère du cercle de la bergerie ^[ en apprenant la langue de Virgile, ils deviennent, sanA. cesser d'être bergers, politiques, philosophes, révolution^ naires !... La première églogue célèbre la fin des guerrei^ civiles; la quatrième chante le siècle nouveau; la ciii*H qiiièmc est une lamentation sur la mort de César; lifi sixième contient une philosophie de la nature. Les idéoêi les plus profondes, les plus vastes, les plus tristes, sonli mêlées aux peintures attrayantes de la vie champêtre; < le tout si bien fondu, si parfaitement harmonique, qu*offi n'imagine pas que des bergers vivant au premier siècle • avant notre ère aient pu ni penser autre chose ni s'exprimer autrement. Et ces petites pièces n'ont pas cent vers !... Si jamais le genre bucolique ressuscite dans Iw lillératures modernes, les bergers devront être citoyens, savants, ingénieurs, économistes : qualités dont l'idéalisation, de plus en plus difficile, suppose un art toujours plus puissant.
Qu'est-ce qui fait des Géorgiques le chef-d'œuvre da l'antiquité, et peut-être de toute l'humanité poétique, un ix)ëmc qui à lui seul mériterait qu'on enseignât je latiA
dans nos lycées? C'est que les Géorgiques sont un poème essentiellement, exclusivement utilitaire.
Il a fallu, pour ramener le goût de rugriciilture et des mœurs rustiques, idéaliser, jusque dans les moindres détails, les travaux du labourage, de la vigne, de Télève dos bestiaux, de Tapiculture, cette industrie sucrière des anciens. Et c'est à quoi Virgile est parvenu par un art dont ceux-là seuls peuvent juger qui sont en état de lire son ouvrage.
Virgile est si profondément pénétré de la nécessité pour le poète de s*appuyer sur ce que la vie présente de plus positif, de plus réel, qu*il n'imagine pas pour luimême, le grand idéaliste, d'autre prix de son dévouement à l'art que la connaissance des secrets de la nature et des lois de l'humanité. Ce quHl demande aux Muses, c'est la science, et, si la science ne peut lui être donnée» la vie de paysan. < Que les douces Muses, s'écrie-t-il , dont je porte avec un fervent amour les insignes sacrés, me reçoivent et m'enseignent leurs secrets, la marche des corps célestes, la cause des éclipses» des tremblements de terre et du flux de l'Océan !... Et si la faiblesse de ma raison me rend indigne de participer à ces grands mystères, oh ! alors, que je retrouve mes champs, mes rivières, mes forêts avec leurs masses d'ombre!... »
Le secret de Virgile ici lui échappe : pour lui, point de poésie sans un sentiment profond de la réalité; point d'idéal en dehors de la pratique raisonnée des choses. C'est diaprés cette poétique qu'il conçut son Enéide.
Citons seulement quelques épisodes.
Hien de plus beau dans l'Iliade, rien de plus touchant, d*une plus complète poésie, que les adieux d*Hector et d*Andromaque. Je voudrais pouvoir, par mon admiratm
éloquente, ajouter à l'admiration si justement mériléi de trente siècles. Qu*eût pu faire de mieux Virgile? Rien. Il ne Ta pas essayé, et je Ten loue : de pareilles choM» no peuvent ni se répéter, ni se copier, bien moins enoM se surpasser.
Ce que la vie humaine offre de plus idéal, l'amour Mi gitimc, Homère s'en est emparé : il n'a rien laissé à fiÔN après lui. La séparation de Briséis est encore bien tan^ chante ; mais sa condition est inférieure, bien qu'admil; par les mœurs grecques : aussi cet épisode est-il hors jfc toute comparaison avec le premier. Le ton de riliaij s'élève ou s'abaisse selon la beauté naturelle des chosa^l c'est lu loi du poète grec. Ce qui tourne à l'ignoble» il laid, à rimpureté, il l'effleure, le raille ou s'en abstieil|
Cependant la civilisation avait marché, il fallait malt cher avec elle. Que va faire Virgile?
11 s'empare de cette situation inférieure de Briséis, dl cet amour de tolérance, non pour l'élever à la hauteCl du mariage solennel : un poète de nos jours n'y eût pli manqué; non pour glorifier, en rabaissant l'union 1^ time, le conoubinat, même légal ; mais pour montrer, pà ce que la passion et le remords ont de plus touchant! de plus tragique, de plus idéal, Tabime immense qui sépare la sérénité glorieuse de l'épouse des joies É Tamour clandestin. Virgile dérobe Lavinie, l'épouse trdi fois sainte; il met en scène l'amante d^un jour, que tal dieux n'ont pas jugée digne du mariage. Ce que Did^ pleure, en s' accusant, ce n'est pas, comme l'amante d'I bailard ou la perruquière du Lutrin, ses plaisirs perdus c'est le mariage, sur lequel sa folie a anticipé, per optaiû hymenœos... Et comme, dans Virgile, par la complicatiol des rapports sociaux qu'il avait à peindre, chaque épisod doit être à plusieurs fins, il a trouvé le secret de fairi de l'amour sitôt dédaigné de Didon la coadamnatioi
d'Antoine et la prophétie des luttes de Rome et de Carthage.
Suivant une découverte de rérudition moderne, Virgile aurait emprunté sa Didon à un poète grec aujour* d'hui perdu. Que nous fait cette prétendue imitation? Le Grec qui le premier chanta les amours de Didon et d*Énée n'avait pas entendu parler, apparemment, des guerres puniques, non plus que de la fameuse Cléopâtre ; il se souciait peu du mariage romain, de la dignité matronale, et de la défense faite par le peuple aux empereurs d'éponser des étrangères. Or, c'est dans la combinaison de ces idées et de ces sentiments que se trouve Tidée épique, et non pas dans les cent cinquante ou deux cents vers, plus ou moins imités du grec, qui servent à peindre la déconvenue de la malheureuse Élisa.
Orphée, suivant la légende. Hercule ensuite, Thésée et Pyrithoûs, étaient allés aux enfers, qui pour réclamer sa fiancée, qui pour délivrer son ami. Homère connaissait ces fables ; il n'en a pas usé ; aucun de ses héros ne va aux enfers. Dans l'Odyssée, Ulysse évoque au bord d'une ibsse, après y avoir versé le sang d'une victime, les âmes des morts ; il ne s'aventure pas dans leur royaume. La poétique d'Homère répugnait à descendre dans le séjour d'horreur, elle s'arrête à l'entrée.
Virgile, composant l'épopée latine, exploitant les mythes de la Grèce comme ceux du Latium, ne pouvait iQoins faire que de mettre son héros en rapport avec l'autre inonde; c'était une des conditions obligées de son poème. Hais, d'abord, quelle supériorité de motifs! Si touchants, Â sacrés, que soient l'amour conjugal et l'amitié, on peut dire que de telles considérations n'étaient pas à la hau« teur d'une si merveilleuse entreprise. Aussi pour Énée &*agit.il de bien autre chose. En premier lieu, les révolutions de Rome et la grandeur de l'empire, lanl Ae ^e\%
prédites; puis réiaboration anté-organique des destii humaines, le principe de Tâme, sa génération célest ses métempsycoses; la théorie des délits et des cli mentSy des vertus et des récompenses; la sanction ul mondaine de la Justice, tout le plan de la civilisatioi de la Providence : voilà, et la chose en valait la peine qu'Énée rapporte de sa visite aux sombres bords,
L'Église, héritière de TÉnéide, a repris ce thè comme un article de sa foi que le poète païen lui an dérobé. Le Christ, pendant les trois jours qui séparëi sa passion de sa résurrection, serait aussi descendu i enfers, suivant les théologiens. Et quoi faire? 0 mis des contrefacteurs! chercher les âmes des vieux patri ches qui languissaient dans les limbes, en attendant venue. N*est-il pas vrai que nous retombons dans la gende primitive, insipide, de Thésée et Pyrithoûs? Af Virgile, Thistoire des enfers est finie, le sujet est épui ridée ne peut plus que rétrograder. Dante et Milton t tout leur génie ne la soutiendront pas : des amplificatio des reprises avec changements de costumes et de pers nages, ne sont pas des poèmes.
Je termine par l'épisode d*Évandre.
Dans rhistoire de ce réfugié d*Arcadie qui se donn Énée on trouve, avec la fusion des races et la subor nation de la Grèce à Tltalie, indiquées dans d'ant parties du poème, le rapprochement de trois époqu la première est celle du brigandage primitif, personn dans Cacus; la seconde, celle de la civilisation naissai représentée par Évandre; la troisième, celle d'Augui indiquée par la langue même et les idées de TÉnéi Tant de choses condensées dans un épisode de 260 Vf sans confusion, sans embarras : voilà qui dépasse d tout Tari de Tlliade. Mais ce qu*Homèrc, dont les 1 sont si glorieux, si vanlards, n'côt jamais osé faire, è^
h description d'une royauté indigente; c'est le portrait de ce bon ÉYandre, rcn l)erger, chaussé de guêtres, qui 8*éveille au diant du coq, habitant pour tout palais une eabane de branches au pied du Capilole, montagne alors sans nom et couverte de bois, mais déjà terrible aux mortels par les apparitions foudroyantes de Jupiter. Quel contraste entre cette pauvreté vertueuse et le luxe de Tère impériale! Que de sentiments avait dû faire naître, quelle mélancolie avait dû soulever, pour produire, pour rendre possible un semblable épisode, rex))ériencc de tant de combats eh de tant de ruines ! Et quelle force do poésie chez l'homme qui le premier osait idéaliser ce qu'il y a de plus triste sur la terre, la pauvreté, une pauvreté royale!...
J'ai dit la raison de FÉnéide. Sous quelque aspect qu'on Tenvisage, religieux et politique, psychologique, moral, bistorique et philologique, cette raison est supérieure à celle de riliade : d'après nos principes, elle suppose dans la poésie une supériorité égale.
Cette supériorité, Virgile l'a-t-il obtenue? En autres termes, le chantre d'Énée s'est-il élevé, comme poète, au oiveau du sujet qu'il avait conçu comme penseur?
Ici, la dialectique et l'érudition ne sont plus de mise. L'idéal se sent, il ne se démontre pas. Tout ce que peut le critique est de mettre ses lecteurs en présence de Tœavre qu'il examine, et après leur en avoir expliqué l'idée, de leur en faire sentir, par la communication de son propre enthousiasme, l'idéal. Mais il faut pour cela que le critique soit lui-même poète, qu'à la philosophie et à la science il joigne une puissance de sensibilité, ^^'imagination et d'expression, qui me manque. C'est
une tâche que je renvoie à M. Sainte-Beuve, dont la belle.
m SS
étude sur Virgile me semlilc réclamer ii après ce que j'ai dit moi-même, un posl-scriplw
Qu'il me suffise, pour constater le progrès eslhéliij»^ de l'Iliade à l'Enéide, de rappeler que depuis plus de Jiilioil siècles le monde suit la gnose de Virgile; que le chrislianiïuic n'en est que lu déducliou; que l'umpire, après avoir fasciné les peuples, est devenu la base du droit public moderne; que jusqu'à l'époque qui scnit de prcparaliou à la Révolution française, poètes, lilléFateurs, théologiens, .philosopbes, politiques, liistoriens, tous ont vécu de Virgile, et que l'Enéide, autant que la Bible, a été pour le monde otxidental le livre dt« desUnées. Pareils effets n'appartiennent point à la philosophie des écoles, pas plus qu'à la raison pratique des peuples^ c'est l'effet de l'art, le privilège de l'idéal.
Pourtant il est un nuage qui plane sur l'Enéide, et qui dès son apparition la tient comme plongée dans une pénombre.
' Au lit de mort, Virgile condamna aux flammes soc jioëmc, la plus grande gloire du génie latin. Les critiquai ne savent que [wnser do ce suicide. Le poème est complet, l'action finit nalurellement à la mort de Turnus; nulle part d'ailleurs on n'aperçoit de lacunes. Ce n'est pas pour quelques hémistiches interrompus, pour quelques quarts de vers restés en arrière, que Virgile aurait crtf son œuvre déshonorée. De quel doute était-il saisi contre lui-même, â l'heure où il entrait dans son immortaliléî Ëtait-ce dégoût de la gloire, caprice d'agonisant, défaillance du cerveau sous l'étreiatc de la mort?
Nous pouvons révéler ce secret funèbre, comm«-l nous l'eussions recueilli de la bouehe même du p
Virgile ne doutait pas de ses forces. Hais il pour assurer une épopée, il faut une société comme son acte consLilutif, et qui par c
cautionne ; or, plus Virgile avait médité son sujet, plus il sentait que cette condition allait manquer à TÉnéide. Seul auteur d'un si grand poème, avait-il eu d'abord le temps de tout apprendre, de tout prévoir, de tout formuler? et n*était-il pas à craindre que, faute d'une intelligence sufûsante, au lieu d'une épopée fatidique, également acceptée des nations soumises et de Rome victorieuse, il n*eût élevé qu'un monument à l'égoîsme des enfants de Romulus et à l'orgueil de leurs Césars? Devant cet empire gigantesque, où s'était engloutie toute nation et toute tradition ; en présence de ce monde en fusion, où toutes choses, en se régénérant, allaient changer de face, religions, institutions, mœurs, lois, idées, sciences, beaux-arts, industrie, pouvait-il affirmer avec pleine autorité le droit impérial, alors que la moitié des Romains protestaient contre l'empire, alors que les nations ne suivaient sa loi qu'en frémissant, alors surtout que l'œuvre épique, pour être vraie, doit obtenir la sanction des masses, de génération en- génération ?
L'Iliade, pouvait-il se dire, est une œuvre achevée, d'abord parce qu'elle est adéquate à son idée, qui est la confédération hellénique, et que cette idée est sainte ; puis parce que, quelle qu'ait été la part du rapsode dans la composition du poème, ce poëme est Tœuvre de la Grèce entière. L'Enéide est à moi seul; son idée est dans l'avenir beaucoup plus que dans le présent et le passé; et elle embrasse l'humanité, le monde, l'infîni. L'avenir etl'inQni se reconnaitront-ils dans l'Enéide? Qui, parmi les nations aujourd'hui muettes, chantera dans mille ans à l'unisson de l'Enéide, comme les enfants de la Grèce chantèrent pendant six siècles à l'unisson de Tlliadc?
Sans doute Virgile avait fait assez pour sa gloire, assez même pour la gloire de sa nation ; grâce à lui Rome pouvait, devant la muse, balancer la Grèce et sow VVv^4l^.
Mais rindividualité de Rome allait bientôt se perdre dault
riiniversalité des nations; l'épopée du peuple-roi devn
donc devenir aussi la leur. Que répondraient les év&flîl
gélistes virgiliens à ces races déshéritées, quand olk
viendraient demander leur part dans ce règne de la
vidcncc, leur place à ce nouveau soleil; quand, di
cette apocalypse des destinées romaines, elles chei
raient leurs traditions, leurs destinées et leurs dieux?
diraient-ils à la Grèce, attestant ses héros, ses poètes,
législateurs et ses sages, opposant avec orgueil aux céstti
son Alexandre? à Jérusalem la sainte, appelant à graodi
cris son Moïse, et ses prophètes, et son Messie? à MempU|
la vénérable, montrant son âge et sa science mystérieuai
écrits en caractères sacrés sur des monuments six tdà
vieux comme le Capitole? à Babylone la superbe, d(
les astronomes calculaient le mouvement des astres mi
ans avant que Tétoile de Vénus conduisît Énée sur
Tibre? Que diraient-ils à la Gaule, vaincue par ses dif^
sensions intestines plus. que par Tépée de César, et qi^
n'avait abdiqué sa personnalité qu'à la condition d'eiK
trer au banquet impérial? à l'Espagne, semi-afri(
amie de Carthage et d'Annibal? à l'Italie, enfin, à
Étruric sacerdotale, à cet héroïque Samnium, à
ces cités disparues, dont les âmes pleurantes avai<
droit au souvenir de l'humanité?
Telle qu'elle est sortie des mains de son auteur, l* néide consacrait une épouvantable iniquité; au lieu d*l noncer la Justice, elle glorifiait l'idéal prétorien. Ce n'i pas pour rien que la conscience des peuples se souleva,! contre l'égoïsme de la vieille Rome, contre Torgueil césars, contre l'œuvre du plus grand des poètes, refaii à sa manière l'épopée humanitaire, produisit le chrii nisiiie. Deux mille vers répartis entre les douze chantiîl rÉnéido eussent rendu peut-être Tespérance et la
nité aux âmes, apaisé tous les amours-propres. Rome affirmant elle-même, par la bouche de son poète, de son béraut, le Droit et TIdée, associant les nations à sa forlune, la protestation nazaréenne devenait impossible. La mort ne Va pas voulu. Aussi bien la civilisation, troublée dans sa marche et déjà en décadence, ne pouvait plus se reconstituer par des voies régulières. J\endons du moins cette justice à Virgile, d*avoir au dernier moment protesté contre le crime de lèse-humanité dont son œuvre allait le rendre solidaire. Son sacrifice, en nous révélant sa grande âme, achève de nous révéler son génie et ajoute à sa gloire.