‹ De la justice la révolution et dans l'église;Chapitre 10 sur 45 · IM · texte numérisé non relu

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dépil de nos prétentions à la sainteté et de notre vei restent encore nos modèles.

Inutile d'observer, du reste, que de ces deux con( desquelles dépendait la bonne mort, savoir la plé de la vie et la communion sociale, la première sup seconde. Pas de vie pleine pour l'esclave, pour 1 damné, pour le banni, pour celui dont la patrie et vahie par Téiranger, déchirée par la guerre civ asservie par le tyran. Pour celui-là, vide absolu de tence ; conséquemment, la mort avec toutes ses hoi

Aussi, quel désespoir saisit la société antique, par l'effet des révolutions le lien social vint à se n et qu'il n'y eut plus de communion ! C'est un des ] mènes les plus saisissants de Thistoire, et en temps le moins compris, pour ne pas dire le aperçu. A mesure que la vie collective se dissout, vie individuelle perd de sa plétôlude, on voit s'ac l'angoisse de la mort. 11 semble que les âmes dé autrefois si calmes, si vivantes dans la mort, criei son aiguillon. Le grand Pan est mort ; les âmes soi la consternation, elles remplissent l'air de leurs sements !

Alors commence la période de dissolution : 1 science, isolée, perdue, cherche un remède à l'horn la tourmente, et tâche en vain de s'étourdir. C'est i route, un sauve-qui-peut. La |)oésie rêve de sque les francs-maçons d'Eleusis offrent leurs mystèn philosophes leurs abstractions. Qui nous délivrera d atroce pensée de la mort? Car, hélas ! plus de patri d'euthanasie : la vie et la mort sont toutes deux abs

C'est par Tlonie que commence la débâcle.

L«es Grecs d'Ionie sont tombés sous la dominatic

sme. Pour oomble de misère» entre eux el le grand roi te place la tyrannie indigène. Mus ^e communion : des enrichis et des esclaves, pour qui la \ie libidineuse remplace l'héroisme. Les poésies d*Anacréon sont remplies de cette épouvante : rien ne fait mal à voir comme ce poète octogénaire appelant sans cesse, contre la mort, rétourdissement de la volupté :

Elles m'ont dit, les femmes :

AnacrêoD, tu es vieux !

Prends un miroir, et regarde

Tes cheveux : il n'y en a plus.

Et ton front est ras!

— Moi, s'il me reste des cheveux

Ou si tous sont partis.

Je l'ignore ; mais je sais bien

Que c'est un deioir au vieillard

De mener joyeuse vie

Plus il approche de la mort.

Ainsi, la vie inimitable^ comme la nommèrent Antoine etCléopâtre, cette recette du désespoir, était pratiquée en Asie dès le temps d*Anacréon, cinq siècles avant J.-C.

Après la grande guerre médique, la (irèce se déchire pir la guerre civile ; chaque république appelle Tétranger, et toute liberté expire sous les Macédoniens. Épicure parait, et ce qu avait chanté Anacréon, son école le met en théorie.

C'est cette théorie qui, jointe au scepticisme de Caroéade, excita d'abord la réprobation des Romains.

Mais la grande république penche à son tour vers sa mine; l'empereur remplace la communion latine : vainqueurs et vaincus deviennent les pâles sujets de la mort. Lucrèce place sa philosophie sous Tinvocation de Vénus, fforace se range sans façon dans la grande étable, avec Mécénas et ses amis. Toute la noblesse, Tordre équestre,

épuisés, haletants, embrassent la religion du plaisir. Virgile, qui chanta la régénération romaine, le messianisme de César, appelle tour à tour à son aide la philosophie d'Épicure, la science d'Archimcde et la métaphysique de Platon. Pas plus que les autres il ne croit à la vertu patriotique, et se sauve dans l'humanité.

Quelques-uns protestent en faveur dés mœurs antiques, par haine du prince, dégoût delà multitude, regret de leurs honneurs : ils sont si bien de leur siècle, qu*ils ne pensent même pas que cette vieille république, si elle pouvait renaître, serait le seul et efficace remède à la peur de la mort.

Nous touchons à la transition qui amènera bientôt le christianisme. À défaut d'une communion qui n'est plus, et dont on ne sait même pas se rendre compte, on de« mande une foi ! Le stoïcisme apporte son dogme, aussi impuissant que celui d'Épicure.

Sorte de platonisme pratique et sévère, le stoïcisme prend le contre-pied d'Épicure : il foule aux pieds la volupté; il nie que la douleur soit un mal ; dans la vertu seule il découvre le souverain bien, dans le vice la souveraine misère, et enseigne à mépriser la mort, en élevant à h hauteur d'une déduction métaphysique la vieille, l'impure croyance aux revenants, la Superstition ! ' Avec quel art îl la' décore !

a Le monde est un être animé, vivant; Dieu en est Tâme: et comme Tâme et le corps de Thomme forment un sujet unique, de même Dieu et le monde forment un tout inséparable, qui est TAbsolu.

a De cet Absolu font partie les corps et les âmes, dont fanion constitue notre vie, dont notre mort n'est que la sépantion. Après le trépas, le principe animique rentre en DteO} âme universelle ; le corps est rendu aux éléments. »

7e8t ainsi que les stoïciens essayent de relever les mrs, et de guérir les courages.

1 faut voir avec quelle timidité ils sont accueillis! Les inétes gens, les hommes d*une vertu déterminée, voulant qu'ils eussent raison; ils n'osent s'y liwer. Cicéles admire, les favorise; mais Garnéade lui ôte la foi! laton lit et relit, avant de mourir, son Phédon, non tant pour s'encourager, comme on Ta dit : celui-là, avait conservé les mœurs anciennes n^avait certes plus peur de la mort qu'un Gassius, un Pétronius, et t d'autres épicuriens qui moururent avec honneur; on cherchaîtà se consoler de la république, il cher* it si la perle de la liberté n'avait pas quelque raison. s l'ordre éternel.

Iiraséa fait comme Gaton. Avant de recevoir sa conination, il cause avec Démétrius de la séparation do le et du corps. Puis, quand le questeur arrive, porteur ['ordre fatal, le Romain dit adieu au philosophe, orne à sa femme de se conserver pour sa fille, heureux son gendre ne partage pas son supplice; et tout enà cette communion sacrée de la famille et de la patrie, t il est le dernier représentant, il se fait ouvrir la le, et offre son sang, comme une libation, — à l'imlalité de l'âme? non, à Jupiter libérateur. 'adte, à la fin de la vie d'ÂgricoIa, son beau-père, rie, dans un mouvement de tendresse poétique :

SU est un séjour aux mânes des saints; si, comoie le ent les philosophes, les grandes âmes ne périssent pas les corps, d

n voit qu'il s'agit pour Tacite d'une opinion nouvelle, les anc^s n'avaient pas connue, et dont leur reli- [ n'aviÇlpl^ éprouvé le besoin. On a dit que les lois snt l^djte de la décadence des nations : comment se 1 quiilir^croyance à une vie future se répande parmi

les hommes, juste aux époques où ils ne valent plus rie pour celle-ci?

XLUI

Mais nous n'avons fait encore qu'effleurer ce funèbi sujet.

En supposant que la théorie de la dissociation des âme et des corps ait pu être, aussi bien que celte d'Épicure de quelque soulagement dans l'universelle épouvante, o\ comprendra que de tels remèdes n'étaient pas à la porlè du vulgaire, et que, le jour où les masses réclameraient i leur tour un antidote contre l'ennui de Ja mort» les poème érotico-bachiques d'Anacréon, d'Alcée, d'Horace, de menu que les spéculations platoniques et stoïciennes, seraien d'un médiocre effet.

Or, ce jour/là était venu. La société romaine dissoute la plèbe, aussi bien que le patriciat, était dans le vide; h âmes vulgaires, comme les âmes d'élite, pendaient a l'air, ouvertes au vent, comme des vessies crevées; c'a le tableau qu'en fait Virgile :

... Aliaî panduDtur inaoes Suspensae ad ventes.

Qui viendrait au secours de cette multitude?

Il y a des médecins pour toutes les fortunes.

La Grèce, dont la gloire et la décadence avaient devanc de plusieurs siècles celles de Rome, avait produit, à Tv sage des classes inférieures, une philosophie péremptdn // n'est pas permis à tout le monde d'aller à Corinih disait Démosthènes. — Nofljf^ répliqua Diogène; mais est permis à tout le mondé de n'y pas aller, et de se pasn de Gorinthe.

Les cyniques trouvent ici, dans le naufrage généri leur emploi, et, sans qu'il y paraisse» c'est kOf'systèg qui a le plus de vogue. Trop peu de gens soM^ème^

prendre les dragées d'Épicure, un pins petit nombre encore pourrait digérer les pilules transcendantales de Zenon ; la besace de Di<^ène est accessible à tout le monde. La plèbe césarienne, quatre à cinq cent mille lazzaroni partageant l'empire avec César, nourrie par la frumentation, c'est-àrdire à peu près pour rien , baignée pour rien, eoDtentfi de sa gueuserie, prend le parti héroïque de mépriiar cordialement une existence dont elle a perdu, en M donnant à César, le sentiment, la dignité, Texercice, Fobjet, la signification.

^>ar se fortifier contre la mort, elle s'habî|fe à ne faire liol cas de la vie : chose facile, sous le gouvernement de César. La vie, en effet, pour cette multitude, est dolanae un non-sens. Au lieu de la plénitude des jours, qui I ttudt la félicité des anciens, on a le spleen. Si donc ce pins rien de vivre, dans cette société en poussière, snt seraitrce quelque chose de mourir? Écoutez le du prétorien à Néron fugitif, tremblant devant la [Iwrt : Vsque adeone tnori miserwn est ? Ton règne est meurs donc : cela est-jl si difficile?

Analyses le caractère du peuple romain des derniers de la république et de ceux de l'empire : au fond, le trouvez que le cynisme; c^est le cynisme, dans la lié du Capitole, qui fait le tempérament du peuplela vie morale de Rome, le génie de César. Or, quand le peuple se mêle de quelque chose, philolie ou religion, amour de Dieu ou mépris de la vie, il re à des conceptions fantastiques, il crée des géants des monstres. Les fils de la louve, prenant la besace, iae mettant en tète de combattre la mort et ses terreurs, dent accoucher d*une idée horrible, qui ferait frémir rek ^Le suicide n'avait plus rien de neuf; depuis longtemps avait appris, par de nobles exemples, à l'honorer; on

savait qu'il était le refuge de la dignité contre toute i jure de la tyrannie ou de la fortune : mérite vulgair bagatelle^ dont on ne parlait plus. La république mort le suicide se trouva usé.

Qu'est-ce donc que découvrit la ferocîtas romanaP Les combats de gladiateurs.

Certaines gens blâment les combats de taureaux, comni entretenant la cruauté; la sévère Albion a renoncé à s boxe. Que dirions-nous si le gouvernement, au lieu d'en voyer à Téchafaud les condamnés à mort, s'avisait, pou le divertissement du peuple, de les faire battre en pleii hippodrome jusqu'à ce que mort s'ensuivit?...

Mais ce n'étaient pas deux hommes, deux criminels dont Rome se donnait le régal ; c'étaient des centaines des milliers de prisonniers, de vraies boucheries, où h sang coulait à flots comme aux champs de Pharsale et d( Philippe. Sous la république, il était défendu de donne) à la fois plus de cent gladiateurs. Auguste, voulant plain au peuple, éleva ce nombre à soixante couples par représentation. La rage de ces spectacles croissant toujours, k chiifre de cent vingt hommes fut bientôt dépassé, soi Texigence du peuple et par la complaisance du sénat sans compter que ces massacres avaient lieu partout ; ta moindres cités avaient leur cirque, avec leurs casernes di gladiateurs. Le roi de Judée Agrippa fit battre un jouJ quatorze cents condamnés. Gordien, étant édile, donnai régulièrement de cent cinquante à cinq cents paires Trajan, dans un seul jour, fit paraître dix mille gladiateurs; et dans la grande naumachie qui eut lieu, soui Tempire de Claude, sur Je lac Fucin, il y eut jusqu^àdis* neuf mille combattants. Au triomphe de Probe, six centi hommes étaient destinés au cirque : de ce nombre, quatre

Vtngu, s'étant échappés, altaqiièrcnt les s|>cclaleursy se rtpandirent dans la ville, et Turent enfin terrassés par les Vègionoaires, après avoir vendu chèrement leur vie. Ce fut un scandale énorme.

Les historiens qui ont touché cette question, tels que Chiteanbriand, ne manquent pas en général de lexploiter SQ profit du christianisme : comme si les combats de gladiateurs, dont la corruption romaine s'assouvit pendant plus de cinq siècles» étaient de l'essence du paganisme, comme s'il ne fallait pas chercher ailleurs la raison de ce nnglant phénomène!

D'après Cicéron, Sénèque, Pline, Juvénal, et les auteurs contemporains, on voit que Topinion les regardait comme une école de courage, où les citoyens apprenaient à mé- |iriier le sang et la mort. Sous un empereur, je crois que ce fut SepUme-Sévère, comme on songeait à réformer les mœurs, les jurisconsultes qui formaient le conseil impérial soutinrent avec force les combats du cirque, nccesiiires, disaient-ils, pour entretenir le courage militaire et former Tàme du soldat.

Mais il est évident que cette allégation ne contient que Il moitié de la vérité : comment le soldat de Icmpire mit-il besoin de cet excitant, dont s*étaient passés les gaerriers de la république? La vraie cause, je le répète, eit dans la desorganisation universelle, qui, laissant l*homme sans liberté, sans droit, sans communion, sans pitrie, n'offrant à sa solitude pour toute compensation qne C^r, le poussait au mépris de la vie on même temps qu'elle le livrait sans défense aux allres de la mort.

L'influence, telle quelle, des combats de gladiateurs nr les courages, se manifeste chez les martyrs trop ^nmtésdu christianisme. C'est le même sang- froid devant Il mort, la même bravoure ou crânerie, la môme impas«

lîbilité. Ils méorenty ces combattants du Christ, comme

des gladiateurs. C'est l'éloge qu*efi font les éci eccl^iastiques : la comparaison revient sans cess( les récits du martyrologe et dans les hymnes. < des hommes libres, des chevaliers, des sénateui femmes, s'élançaient dans le cirque, sans autre bi de faire montre de leur courage dans un combat trance, comment des fanatiques, unis contre l'em par leur foi au Messie étemel, n^auraient-ils pas su i pour leur Église et pour leur Dieu?...

Mais j'ai hâte de savoir comment le cfarisUaniso treprit de mettre fin à cette panique, qui plus q massacres du cirque et toutes les débauches déshoi fin de la société païenne.

Le premier mot du christianisme fut un cri de vi< Que parlez-vous, cyniques, de votre mépris de 1 vous, stoïciens, de votre indifférence pour la doxil la mon? vous tous, héritiers des anciens sages, prêtes des dieux, de Tévaporation des âmes et d< nés impalpables? Que nous vantes-tu, troupe d'Ê( tes joies au désespoir? et toi, plèbe affamée d mulus, tes combats de gladiateurs? Écoutez ces hoi venus de Judée, que Néron fit enduire de poix et fl dans ses jardins, en guise de lampions. Us annono la résurrection des corps J

C'était par là, en effet, que débutaient les non sectaires.

Le christianisme, par ses origines, avait plus d'u port avec les sectes qui s'étaient donné missiez de i aux Romains le calme et la sérénité de leurs aïeux, i niques, il avait l'affectation de pauvreté et de dé ment ; des stoïciens, il prenait la gravité «et déjà le tualisme; des épicuriens, il retenait, pour l'-époq!

iii¥rait le retour du Christ , l'espoir des voluptés matéielleSt Hais il les surpassait tous par son prodigieux logipe de la résurrection des eorps^ sans lequel l'immoralité des ftmes n^eût paru elle-même qu'une fiche de insolation.

Certes» ce ne fut pas la moindre addition que Paul et es autres se permirent à la doctrine du Galiléen. Mais linsi se forment les religions. Une religion est un symbole^ » qui veut dire une cotisation* Le pharisaîsme devait [wyer son écot dans celle-ci : Jésus , qui pendant sa vie n'avait cessé de le poursuivre, lui dut après sa mort ravantage» sans lequel il ne fût pas devenu dieu, de ressusciter.

Un ccsmr de Juif pouvait-il goûter la survivance de Xtme jï la façon métaphysique des stoïciens If Qu'est-ce que cela, uqe ftmelf... Cela peut^il manger, boire et faire l'amour?... Im pharisaîsme affirmait donc l'immortalité, non plus par une creuse et obscure métempsycose , non pirla conservation, au sein de l'éther, de cette particule de js divinitii, divinœ particulam aurce, comme disaient in philosophes, qui forme la quintessence de notre être, nais au moyen d'une belle et bonne résurrection en corps If 4iii«, et, ce qui valait mieux, très- prochaine.

Tous ceux qui seraient morts dans la foi du Christ devaient ressusciter pour régner avec lui ; la génération contemporaine ne passerait point avant que cette résur- Kction arrivât. Au deuxième siècle, les rédacteurs des Évangiles, qui n'ont rien vu encore, croieut néanmoins devoir répéter la promesse. Puis on ajourne la résurreclion au troisième siècle , puis on la calcule pour le cin- Vûème. De siècle en siècle, le millénarisme refait ses Vipputatious. Enfin, l'attente étant toujours trompée, on prit le parti de retourner l'annonce. On avait dit d'abord ^ le llessie, revenant peu de temps après son ascension,

ressusciterait les moi ts et régnerait avec ses fidèles peu* dant mille ans, après quoi tout finirait; on prélcDdit désormais que cette venue messianique ne devait avoir lieu qu'à la fin du monde, comme la conclusion de toutes choses.

Quoi qu'il en soit, en dépit de la physique, en dépit de Descartes, qui a fondé le nouveau spiritualisme par sa distinction des substances, TÉglise a conservé le dogme de la résurrection des corps et l'enseigne dans son catéchisme. Ce n'eâl plus, il est vrai, comme autrefois, le pivot de la propagande ; mais c'est toujours un article, l'avant-deriiier, de la profession de foi, carnis resurrt^ tionem.

Qu'on se figure l'étonnement des Romains à cette idée étrange, quand pour la première fois elle se fit jour dans la capitale de l'Empire, que Tacite, justement à cette occasion, compare à une sentine des folies humaines!

Ces hommes, qui n'osaient en croire les stoïciens sur l'immortalité des ûmes, que devaient-ils penser à cette idée inouïe delà résurrection des corps ? La foi aux mânes était traitée par eux de superstition : que serait-ce delà revonance des cadavres? Une seule chose peut donxMT l'idée du dégoût qu'ils durent éprouver, c*est la croyance aux vam [lires, encore répandue chez les peuples slaves» et qui n'a pas d'autre origine que la résurrection. Exiliabilis superstitio f dit Tacite, qui se console presque, A cette idée, du supplice atroce par lequel Néron fit péri* ces misérables.

Me demanderez-vous, après cela, si le cordial oflîertpfti le christianisme contre la peur de la mort produisit d^ l'effet?

Hélas! la maladie était de celles qui ne se guérissen

— us —

point par des conjurations et des actes de foi. Ni le taucobole, ni le baptême, les infusions de sang pas plus que tes immersions dans l'eau, n'y pouvaient rien.

Avec le christianismey le monde parut comme une fantasmagorie.

< Et je VÎ9, dit l'Apocalypse, un cheval pâle , et celui qui le iwmtait avait nom la Mort, et l'Enfer le suivait. »

Une société qui ne vivait plus que dans Tespoir de la lésurrection était morte en effet ; ses cités, ses palais, les théâtres, étaient des cimetières, ses temples des catacombes. Morte de son épouvante , ou morte de sa nouvelle religion, lequel pensez-vous qui soit plus à la gloire donomchrétiep?

Tant que dura la persécution, la lutte soutenant les omirages, l'Église vécut de la vie de l'ancienne société : l'ère des martyrs, qui commence et finit en même temps que celle des gladiateurs, est la plus vivante de Thisloire eedésiastique.

Mais quand César se fut converti, quand on vit les empereurs, atteints sous la pourpre de la maladie univerlelle, se munir, à leurs derniers moments, des sacre- Mits des morts, toute vertu s'évanouit. D*un côté, Il résurrection ajournée à la fin des siècles , les âmes, en. attendant l'heure de la réunion aux corps, gardées dans les limbes; d'autre part, la terreur des jugements de Dieu, tout cela, loin d'atténuer le mal, ne fît ^ l'empirer. Peu s'en fallut que le monde chrétien, à peine installé, ne s'enfuit, tant la vie lui était triste, tant le mort lui donnait de tremblement. Les uns, comme [ Antoine, parlent à dix-huii ans pour le désert, se dépouillent de leur vie, apaisent Dieu par une mort de cin- <inanteetde quatre-vingts années. D'aulros, comme Jcrtme, sans quitter tout à fait le moudc, s'exténuent

d*ab8tinences, s'abîment de travâ^ix et dé veillefl, p^mr* suivis qu'ils sont par la trompette du dernier jotif •

Les siècles se sont écoulés , et l'humanité continue de marcher dans son propre deuil : le moyen âge tout entier est un long enterrement. L'Homère de la société féodale est Dante : il chante Y Enfer ^ le Purgatoire et le Paradis. Son philosophe est Tauteur de V Imitation : il préconise les jouissances intimes do la solitude, les voluptés du dévôtissement, Tégoîsme du cercueil. Sans doute le quinzième, le seizième siècle, ramenant la philosophie, les ' sciences, les lettres, les arts, l'industrie et ses découvertes, vont, aux cris puissants de la Renaissance et de la Réforme, mettre fin à ce pèlerinage d'outre-tombe, changer en une civilisation joyeuse l'Église do ténèbres et ses fêtes nocturnes. Rien : la philosophie et les muses sont encore des revenants. Drapées dans leur suaire et faisant le signe de la croix, elles rafflnent siir la mort; elles nous apprennent à la savourer, à la goûter^ comme n'avaient pas su les martyrs, comme ne le soupçonnèrent jamais les ' Pères du désort.

Lisez nos scrmonnaires, nos auteurs ascétiques et inyitiques, nos livres de menue et haute dévotion : toujouni ré|)ouvantoment de Tautre vie, la dramaturgie de la mort La Mort ! rÉternité! le Jugementl le Paradis oui'Enferl Y avez-vous pensé à ces quatre fins dernières ?... Il est on livre, modèle du genre, qui (circule encore par les cam^ pagnes : c'est le Trésor des âmes du Purgatoire. Tout plein d'apparitions de morts et de damnés, on ne saurait imaginer le mal qu'a fait cet abominable ouvrage» de quelle pusillanimité il a rempli l'âme du peliple.

On demandait à César quelle mort lui semblait préfé^ rable : La plus prompte et la plus inopinée ^ répondit4l< Tous les Romains pensaient comme lui. Fais vite^ o*ast l'unique prière qu'adressaient m\ bourreaux lea condaHi'

— lis —

la tyrannie iiupériale. La guîHotiiio les aurait ravis

sristiaoïNuey au contraire, a l'ait de la mort subitr, ptôme de damnation, le plus grand des nialhcui*s. l'expirer, ne faut-il pas que le chrétit^n se rfcon-

Il y a une oraison de sainte Brigitte tout exprès iDJurer ce danger. J*ai connu, dans ma première B, un jeune homme qui, à la suite d*un violent 3, saisi tout à coup d^un vomissement de sang, ans sa détresse : Vite un médecin et un prêtre ! mot, ni pour ses amis, ni pour sa famille; il ouisqu'à sa mère. La peur de la mort, exaltée par ) l'enfer, étouffait en lui tous les sentimenls liulamais je n'*oublierai ce cri de suprême égoïsme : \ médecin et un prêtre!...

)ur de la mort est un moyen pour TÉglise do gouent et de captation. Elle dit à la jeune fille : Songe rt! étouffe cette pensée d'amour, pensée Je dan)-

épouse de Jésus-Clirist, le plus beau des enfants ornes, porte-lui ta virginité et ta dot; et tu seras I et tu seras sainte ! et tu seras canonisée! La pauicoute : Si j'allais me damner! pense-t-elle. Elle vide de son existence sans amour; et ce vide, dont impherait si aisément par le mariage, fait qu'elle 'e dans le célibat. Toute vive elle embrasse la ^mme la fauvette fascinée par le serpent, et qui pite en criant dans son gosier.

sz en revue les morts illustres parmi les chrétiens :

qu'il faut voir l'effet de cette exitiabilis suspersti-

orne l'appelle Tacite. Je m'en tiens aux exemples

les*

il, comme saint Jérôme, i)oursuivi par une hallu-

ci nation mortifère, renonce au mariage, se fait moines et expire dans Tépouvanle.

I^a Fontaine, atteint par la contagion, porte à ses derniers moments un cilice.

Racine abdique son génie, se met à rimer des psaumes, et fait avec ses enfants des petites chapelles.

Le grand Condc, c'est Bossuet qui le raconte dans son oraison funèbre, s'encourage lui-même à quitter la vie par l'espérance de voir Dieu « comme il est, face à face», sicuti est^ facie adfaciem, L'bomme dont le courage avait étonné les plus courageux , atteint des terreurs chrétiennes, fléchit devant le prêtre, et tremble. 11 n'y avait rien dans cette âme, qui n'avait connu ni la patrie ni la Justice, et qu'avait ensorcelée la foi,

Turenne converti se tient prêt à mourir, tous les jours faisant ses dévotions, si bien, dit madame de Sévigné, que personne, ni à la cour, ni à la ville, ni à l'armée, n'eut la moindre inquiétude de son salut.

La mort de Fénelon, racontée par le cardinal de Beaus* set, est lamentable. Frappé dans ses affections, dans son ambition légitime, exilé par un roi despote, condamna par le pape, trahi par madame de Maintenon, séparé d< la société religieuse, de la société politique, de toute so ciété, il traîne dans le deuil une existence désolée. Pat venu à sa dernière heure, il ne cesse de s'exhorter par^l^ textes de la Bible. Lui, l'homme de charité par excellence après tant de persécutions injustes, d'esj^érances tronc pées, de déchirements atroces dans le cœur et dans Tei prit, la terreur des jugements éternels le poursuit encore Plus il a été juste, pieux, aimant, sympathique à tou^ dévoué à son pays et à son prince, plus sa religion h verse d'amertume. Oh ! quand je n'aurais contre le clirî tianisme que cette mort de Fénelon, ce serait assez po"* ma haine : jamais je ne pardonnerais à ce Dieu.

■ I^OBtuet, rilercnle dn sacerdoce, Bossuet» au lit de

mort, rappelle le pécheur mourant raconté par Hassillon

dansflon Petil-Carémo. Quelle peine à- mourir!... Usque

adeàne mori miserum est? A chaque douleur il murmure

un verset du bréviaire, celui surtout que Jésus agonisant

répétait au Jardin des Oliviers : c Que ta volonté se fasse,

non la mienne!*» Fiat volunias tua! Après une vie

glorieuse et pleine, chargé d*ans et de travaux, la mort

lai est cruelle. 11 gémit, comme ce gros et gras roi des

Amalédtes que fit tuer le juge Samuel : Siccine séparât

mMramors /••• Après avoir soutenu si longtemps sur ses

robustes épaules l'édifice chrétien, le héros gallican sent

levide du système : point de famille, point de communion

sociale, pas même de vie catholique; Tévèque de Meaux

n'est pas plus pour l'Église que le dernier des fidèles.

Fiat voluntas tua! Que le Christ, qui passa par cette

agonie, lui vienne en aide !

c La nuit du jeudi au vendredi il avril fut si mauvais, les douleurs furent si vives pendant la matinée jusqu'à mi(f^ que tous les assistants crurent que Bossuet allait rendre le dernier loupir. L'abbé Bossuet, son neveu, se jeta alors au pied de son Ht pour lui deqiander sa bénédiction. Bossuet était plein de llipritde Dieu, parlant peu, mais toujours avec piété. L'abbé Ledleu lui eiprima en même temps sa profonde reconnaisttice pour toutes ses bontés, en le suppliant de penser quelfMfois aux amis qu'il laissait sur la terre, el qui étaient si dévoués à sa personne et à sa gloire. A ce mot de gloire , BositKt)déjà entré dans le tombeau, déjà étranger à la terre, saisi d'effroi en la présence du juge suprême dont il attendait Tar- ^^ se soulevant à demi de son lit de douleur, et ranimé [)ar ^sainte indignation, retrouva la force de prononcer distinc- '^ent ces paroles : Cessez ces discours ^ et demandez pour *•»' pardon à Dieu de mes péchés. » {Histoire de Bossuet, par '^ cardinal de Beausset.)

C'est ainsi qu'est mort, l'année dernière, Tévôque de II 7.

Ntmes, Mgr Garti encore un saint ; ai c'est ainsi que lens mourres à voire tour, Monseigneur : car Vous aussi toai êtes chrétien sincère, dévoué à la gloire de TÉglifle él prosterné devant les jugements de Dieu.

Concluons maintenant.

L'existence normale de l'homme, considéré comme in* dividu, comme chef ou membre de famille, conune citoyen et patriote, comme savant, artiste, industriel, ou soldat, suppose une mort qui s'y harmonie, c'est-à-dire calme, douce, satisfaite, plutôt joyeuse qu'amère.

Or, sous le christianisme, depuis son origine jusqu'à nos jours, pas plus que sous les derniers siècles du paga* nismc, la mort de Thommc n*a été heureuse.

Il y a donc anomalie dans Texistence et dans Téducation des chrétiens, comme dans celle des païens de la décadence ; et s'il se trouve que la mauvaise mort est essentielle au christianisme, à son dogme, à ^\ foi, il but nécessairement eh conclure que le christianisme ii*ésl pas une religion morale , c'est une religion de démoralisation.

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