LE TRAVAIL
■JRCSElGRElîR,
Ëii traiânl, dans ma troisième élude, de la réciprocité iu services comme principe de la répartition des biens, je me suis promis de revenir sur le service môme, autre- Qletit dît le Travail : j*avais pour cela plus d*une raison.
EU premier lieu, c*cst dans la question du travail que se révélé sous son aspect le plus fier Tàgc qui commence, en même temps que se découvre sous sa plus laide face l*âge qui finit : contraste significatif, qu*il ne nrétait pas permis de négliger.
Pais je m'aperçois qu'on s'efforce de Tenterrer celte question du travail , oq fait la sourdine autour déclic, on r^ouffe sous les bandelettes de la philanthropie. En quoi, certes , notre société agioteuse fait bien voir quel esprit l'anime, mais ce qui est aussi une raison de plus pour moi d'agiter le grelot.
Enfin, c'est à pro|K)sdu travail, de ses droits et de ses devoirs, que j'entends accuser sans cesse la classe trarailieuse, dans laquelle il faut bien, de par ma naissance, non éducation et ma vie tout entière, que je me range.
N'est-ce pas trois fois plus qu*il ne faut pour que je n'accroche, du bec et des ongles, à cette controverse, |ue toute âme chrétienne aimerait autant voir régler mite deux portes, par la corde ou par le plomb ?
Que le christianisme est bien la religioi^de la condamnation!
Condamnation de l'homme dans sa personne, déclarée inique par nature, incapable môme d*un bon mouvement ;
Condamnation dans la terre, dont il est Tàme et le souverain, et qui, à cause de lui, a été nmudite;
Condamnation dans Téconomie sociale, dont la loi, suivant TÉglise, est l'inégalité, et le dernier mot la misire;
Condamnation dans TÉtat, incompatible avecla liberté;
Condamnation dans le travail, insigne de toute senri* tude ;
Et nous verrons plus tard :
Condamnation de Thomme dans ses idées, condamnation dans son histoire, condamnation dans son amour ci sa génération, condamnation même dans sa Justice.
Et ce que le christianisme a prononcé contre l'homme, toute philosophie spiritualiste le répète fatalement, l'économiste Taffirme, l'honîme d'État le confirme, le littérateur, comme si sa muse habitait le troisième ciel, le chante dans ses vers et dans sa prose. ^
Mon biographe, un homme à vous. Monseigneur, luu fait voir écolier : il va me montrer compagnon.
J'étais, suivant son récit, un sujet atrabilaire, murmu* rant contre la besogne, mécontent de ma condition de salarié. Enfant, le maillet de mon père me répugne; jeune homme , je donne l'exemple de l'insubordination, et ne cesse de m'insurgcr contre mes bourgeois..» D'où les a-t-il connus, mes bourgeois? Je possède encore mon livret d'ouvrier, revêtu de leurs signatures; pi»' sieurs sont vivants, et je pourrais au besoin invoqoef leur témoignage.... Tout cela, conclut mon historierii
•roe que je MÛ ùi génie insoumis, rcbollc h la religion i ennemi de b société.
Piresse, inoondnite, esprit do révolte : voilà mon poi^ raiU Or, appliquez la formule à la masse des ouvriers, et roos aurez le mot de Tapologne. Sous le nom «Vun seul, c^est le portrait de toute la ealé^rorie.
n n*entre pas dans mon plan de faire le pan(Sg>-riqne te dasses laborieuses; je préférerais de beaueonp faire hnr critique.. .è Je n*ai pas non plus envie (IVnlonner un dithyrambe sur le travail et ses magniriconres; je laisso co loin à nos poêles. Nous avons en eonp sur coup TFai^vm» tion anglaise et TExposition française; le monde a retenti te gloires de l'industrie et de Pagrieultnre. Quelle vérité poorrait sortir de ces amplification!; n^battues.^
Par le travail, bien plus que par la guerre , Thonime a ninifesté sa vaillance; parle travail, bien plus que |>nr la piété, marche la Justice; et si quelque jour notn> agisute espèce parvient à la félicité, ce sera encore par le tnvail.
Ces quelques mots suffisent. Passons, sans autre ccmupUtaenty à la véritable question, ipic je formule en ces termes:
La condition du travailleur, dans la société religieuse, eit une condition d'infériorité ; le travail lui-niémc est li> ■gne de Tinfériorité, le compagnon Ao. la pauvreté, le lœau de la dégradation.
D*où vient cela? C*e^t que, comme la loi de justice n'a junais reçu son application, ni dans Tordre économique, lûdans Tordre politique, ni dans la pédagogie, clic ne Ta jUDâis reçue non plus dans le travail.
Sans cela, si justice était faite au travail , la condition 4i travailleur serait intervertie : d'inférieur il dcvîcn- ' <bût maître; de pauvre il serait fait riche; de condainnc 3 panerait noble.
Donc,
Déterminer les principes rrapplication de la Ju aux lieu et place du hasard ^ de la fraude et de h lence, à tous les faits de la vie sotiale qui intéti V homme en tant qu'agent de production ou travaillt
Telle est pour moi la question. Ce que les éludes cédentes nous ont révélé des effets de la Justice, dar application aux choses humaines, nous permet d*< voir déjà dans cette manière de poser la question um tée et une certitude que ne comportait point la foi fameuse du Droit au travail.
Et puisque nous avons pris pour méthode, dan investigations juridiques, de suivre le fil de Thistoire, diviserons la question suivant notre habitude :
1. Qu'a fait la religion pour le travailleur, dans tiquité et jusqu'aux temps modernes? Qu* était-il de i ture de faire? que [jourrait-elle faire encore? Une re du travail est-elle possible?