CHAPITRE PREMIER
Idée d'une méthode de direction pour l'esprit dans la recherche de la vérité, d'après la science moderne. — Élimination de l'absolu.
L'homme est sujet à l'erreur : c'est une imperfection do sa nature qui ne saurait lui être imputée à crime.
Mais, chose étrange et qui n'appartient qu'à notre espèce, de cette infirmité de son jugement l'homme a su se faire une spécialité dans le crime. Plus il se sait sujet à se tromper, plus il est enclin à mentir, à telle enseigne qu'il n'y a pas, en général, 'de plus grands mystificateurs que les gens qui savent le mieux comment Thomme se trompe. Au lieu de tendre la main à leur frère, ils l'enfoncent : Omnis homo mendax.
Il est donc du plus haut intérêt , non-seulement pour la santé de notre esprit , mais pour l'intégrité de notre conscience, que nous apprenions, d'abord, à nous diriger personnellement dans la recherche de la vérité, puis à nous contrôler les uns les autres dans nos jugements et à nous garantir réciproquement contre toute espèca de mensonge : il y va de 'notre honneur et de notre liberté.
Où trouver celle direction î
Comme je tiens, avant tout, même en traitant des idées, à rester fidèle à mon système d'expérimenlalisme, je vais donîier la parole à l'un de nos savàkits les plus \)OsvV.\£^>
les moins suspects de tendance métaphysique et révola* tionnaire, à M. Babinet, de Tlnstitut.
Question. — Pourquoi^ se demande M. Babinet, la fin du dernier siècle et la première moitié de celui-ci ont-elles n tant d'inventions physiques^ si neuves, si belles^ si utiles, si merveilleuses^ tandis que les progrès des arts d'imagination, ou même des sciences métaphysiques et philosophiques, n'ont point été aussi éclatants?
Vous le voyez , Monseigneur, le témoignage que j'invoque n'a rien qui doive vous effrayer. M. Babinet, esprit vulgarisateur et qui ne se paye pas de mots , exclut du progrès effectué depuis un siècle les sciences méiaphysi' gués et philosophiques; en quoi je ne doute pas qu'il ne soit d'accord avec vous. Bien sûr que, s'il osait dire toute sa pensée, il ajouterait aux sciences métaphysiques et philosophiques les morales et politiques, ce qui réjouirait fort. Monseigneur, votre religion. Mais à bon entendeur demi-mot. M. Babinet, par l'énumération qu'il fait des découvertes modernes : chemins de fer, télégraphie électrique, daguerréotypie, stéréoscopie, bioscopie , électrotypie, dorure et argenture électrique, etc., etc., donne clairement à entendre ce qu'il comprend sous la qualification de philosophique. Ce n'est pas lui qui mettra au nombre de nos progrès Téconomie politique, l'éclectisme, le socialisme, les tables tournantes et l'équilibre européen.
Réponse. — « Lorsque dans les écoles et dans les livres on s'occupait de savoir si la matière pouvait être conçue sans la notion de l'espace et du temps, si les qualités essentielles de l'existence dépendaient de telle ou telle qualité nécessaire; a la matière, l'espace et le temps ^ ces trois grands fondenieflitB de l'univers ou nous vivons, ou plutôt où nous pensons ;8ii dis-je^ ces trois grands éléments sont indispensables à l'existence des êtres, en sorte, par exemple^ qu'on pût créer on monde sans substance matérielle, sans espace ou sans durie:
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