CHAPITRE ni
Méthode de direction pour l'esprit dans la recherche de la vérité, d'après l'Éc/liae. — Théorie du probabilisxne.
Dans ces derniers temps, une déclaration émanée da saint Siège, en réponse à l'objection fameuse de l'impossibilité de concilier la raison avec la foi, portait expressément qu'il n'était pas vrai que la foi catholique eût par elle-même rien d'irrationnel; que les dogmes fondamentaux, tels que l'existence de Dieu, l'immortalité deTâme, la nécessité d'une religion, se démontraient par lia raismi, en même temps qu'ils étaient appuyés par la révélation; que les dogmes secondaires se déduisaient des premiers avec la même logique et se confirmaient par les mêmes iémoignngcs ; qu'en conséquence le reproche fait à l'Église par une certaine phUosoçW dL^^;kc»\v^v^\\^\:^ve«3iQLWs&.^
était une franche calomnie, que le lexte des Écrilurcs, la tradition constante de l'Église et la teneur du dogme chrétien s'accordaient à démentir.
Des réclamations se sont élevées du côté de la phiioso* phie contre cette assertion du saint Père. On Ta accusé lui-même de tergiversation et d'équivoque, pour ne rien dire de pis. L'incident n'a pas eu d'autre suite.
A mon tour je prends la parole» et je demande : Qui trompe-t-onici, et qui en impose, de la philosophie ou de rÉgliseï
Au risque de scandaliser les rationalistes et de passer pour faux frère, je dirai qu'à mon sentiment c'est le pape qui a raison. Mais il faut s'entendre.
Il est trop évident qu'aux regards de la science, qui, tout« en raisonnant ses découvertes, se fait une loi de ne rien admettre en théorie qui ne soitdémontré par l'expérience, raccord de la foi avec la raison est une chimère ; pour parler plus exactement, un pareil problème n'existe pas. La condition de la science étant Tobservation des faits, non pas de faits produits par exception, aperçus par aventure, signalés par des témoins privilégiés et ne pouvant pas à volonté se reproduire, mais de faits constants, placés sous la main de l'observateur et toujours vérifiablés, on conçoit que la religion ne puisse en aucune sorte se soumettre à de telles exigences, et que la foi qu'elle réclame soit, sous ce rapport, avec la raison radicalement incompatible. Jamais entra-t-il dans l'esprit d'un théologien de constater par une observation directe la divinité de Jésus-Christ et son incarnation du Saint-Esprit?...
Mais autre est la raison scientifique, dont la théologie n'entendit jamais se prévaloir, et autre la spéculation métaphysique, sur laquelle elle s'appuie, et qui fait tout Vavoir de la philosophie ^ rivale.
Cette spéculation abusive aspire, tvow* VviNQW3»N\X'»^
faire la déduction des choses en soi, de ces chosies qai dépassent le pliénomcne et ne relèvent que de Vidée pure^ absolument comme de faits observés et toujours observables la science déduit ou induit une loi. Sous ce rapport, la théologie chrétienne est tout aussi rationnelle que pas une philosophie ; j'ose même dire que jamais système philosophique, ni celui de Spinoza, ni celui de Hegel, n'approcha de la rigueur de ses déductions.
 quoi bon ressasser contre TÉglise une équivoque qui ne prouve que la mauvaise foi des prétendus rationalistes, et ne peut tromper que les personnes étrangères à la spéculation philosophique?
Dans cette sphère du transcendantal et de l'absola, ^ont toute science qui se respecte s'exile, la tbéolc^e chrétienne, cultivée pendant dix-huit siècles, héritière de toute la métaphysique et de toutes les théologies antérieures, professée par les plus beaux génies qui aient paru en ce genre, raisonne aussi juste ou plus juste que la philosophie soi-disant rationaUste, née d'hier, et qui n'a pas même encore acquis la conscience de son identité avec la religion; elle a même sur cette philosophie un immense avantage, qui est d'appuyer sa déduction métaphysique d*unc sorte d'expérience, qui manque complètement aux rationalistes.
Que les nouveaux mystiques s'inclinent ici devant leur maîtresse et leur mère.
Plus sage, en ciïet, que ses impertinents contrefacteurs, l'Église n'a jamais prétendu, comme Fichte, Hegel, aller de l'inconnu au connu, de l'en soi des choses à leur phénoménalité; expUquer l'observable par l'invisible, l'ordre de la nature par celui de la Providence, l'histoire par la théodicée, et, au rebours de l'oracle de Delphes et de la méthode de Descartes, conduire l'hon^ne & la connaissance de lui-même par la connaissance de Dieu.
L'Église a d'abord donné à sa foi mystique une sorte d'empirisme : ce sont ses livres, sa tradition, ses prophéties» ses miracles, et jusqu'à certain point la série dés révolutions humaines, en un mot Tensemble de la rêvé" laiion.
La révélation, dans le véritable esprit de l'Église, n'est pas ('identité du réel et de Tidéel, comme l'enseigne la philosophie hégélienne; c'est une portion de la phénoménalité, créée tout exprès pour affirmer ensuite la réalité ultra-sensible et le règne transcendantal de l'absolu.
c Et moi aussi j'ai mon expérience, dit l'Église; expérience antérieure et supérieure à toutes les expérimentations incertaines , éternellement sujettes à contrôle , des savants; expérience décisive, qui me vient de Dieu môme, et à laquelle ont assisté mes auteurs : c'est la création du monde, dont la science ne rendra jamais compte; c'est la formation de l'homme, que la physiologie n'explique point ; c'est sa première éducation par les anges ; be sont les révélations, réitérées pendant une longue suite, de siècles, d'Adam, d'Hénoch, de Noé, d'Abraham, de Moïse, des Prophètes, de Jésus-Christ.
« Sur. cette expérience vénérable, dont le souvenir s'est conservé chez tous les peuples, s'appuient ma théologie et mon enseignement. Ni moi non plus je ne crois à Tabsolu métaphysique destitué de toute manifestation sensible : je le récuse, je le blâme, comme la source de toute illusion. Dira-t-on que ma révélation, ne se renouvelant plus, n'a d'autre garantie que des témoignages ? Mais j'existe, et mon existence à elle seule est une révélation incessante, un miracle perpétuel. »
Ainsi parle l'Église, bien différente en cela des faux mystiques, appuyant leur théodicée sur la pure notion de l'absolu, refaisant sans le savoir la théologie, qu'ils accusent de déraison, aussi incompétents en matière de
science qu^en matière de foi, et dont on peut dire que leurs prétentions, poussées jusqu'au charlatanisme, noérileraient mieux aujourd'hui que des huées. Du reste, les religionnaires de bonne foi sont d'accord avec TÉglise : ils admettent à Torigine des sociétés et à certaines époques critiques des communications entre Dieu et l'homme; je citerai entre autres MM. Jean Reynaudet Henri Martin , l'estimable auteur de Thistoire de France.
Telle est donc, en ce qui concerne la dii^ection de VeS' prit, d*abord relativement aux sciences naturelles, Ifl conduite de l'Église :
Assurée par la manifestation de l'absolu dans le temps, au sein de THumanité, que sa foi n'est pas une spéculation vaine, mais Tcxpression authentique du Verbe éternel, l'Église se croit en droit de soumettre au critère de cette foi, non-seulement toute élucubration du transcendantalisme produite en dehors de sa propre théologie, mais la science elle-même, dont les conclusions ne sauraient en aucun cas prévaloir sur son autorité.
C'est pour cela que TÉglise a une censure^ un index ^ des approbations et des condamnations^ des anaihèmes^ des excommunications^ pour cause de témérité scientifique, perpétuelles et irrémissibles.
Cela veut-il dire que TÉglise s'arroge la science univer- * selle?
Nullement. L'Église, hors de sa foi et de sa révélation, la première transcendantale, la seconde, suivant elle, phénoménale, ne se soucie de rien. Elle abandonne le monde à la curiosité des savants , mundum tradidit dispuiatUh nibus eorum. Seulement elle exige que tout ce qu'ils professent en vertu de leur expérimentation particuliëro 5'accorde avec la T6vè\al\ow eV \^ lo\ , ^ ^t» ^ «k voir
eitcommiifiiés, et leurs livres brûlés ainsi que leurs personnes, si l'Église en a le pouvoir.
Et pourquoi cela, encore une fois ?
Parce que l'Église sait parfaitement que Texpérience, ainsi que nous Tavons établi , mène à la conception de l'absolu. Or, TÉglise a la prétention de connaître Fabsolu mieux que personne ; elle soutient que les vérités de sa foi, appuyées par la révélation, qui n'est autre qu'une expérience directe de l'absolu, sont autant au-dessus des conclusions abstraites, plus ou moins transcendantes, d'ailleurs nécessairement partielles, et par conséquent toujours provisoires, de, la science, que le ciel est élevé au-dessus de la terre; de sorte qu'en cas de contradiction entre la science et la foi, ou bien il faut croire que la contradiction n'est qu'apparente, ou que l'observation scientiûque est dans l'erreur. '
C'est ainsi que pendant des siècles on a vu les malheureux savants, toujours menacés du bûcher, placer leurs travaux sous la protection d'un acte de foi et de soumission à l'Église, distinguer entre la science profane et la VÉRITÉ RÉVÉLÉE ; [avouer en toute humilité que la première est peu sûre, variable, pleine de contradictions, sujette à un doute invincible, partant toujours suspecte ; protester en conséquence qu'ils ne présentaient le résultat de leurs études que comme un aperçu de ce que pourrait être la vérité, s'il était permis à l'homme de s'en rapporter au témoignage de ses sens et au cas où il serait réduit à ce seul témoignage; une hypothèse de l'empirisme, ^ui devait rester hypothèse tant qu'elle n*aurait pas reçu la consécration spirituelle.
Voilà le spectacle que pendant plus de mille ans les savants de tout genre, ceux dont l'humanité s'honore le plus, ont donné au monde ; celui que plusieurs d'entre eux donnent encore, avec une hypocrvsve c(i\\ xC^ ^vy&\^
même excuse : car, si à une autre époque il y aJïait de la liberté et de la vie, aujourd'hui il n'y va plus que de la vente des écrits, qu'il dépend d'un archevêque de laisser entrer dans les séminaires ou d'en exclure.
Dans tout cela, certes, ce n'est pas la logique qui manque à TÉglise, et je souhaiterais à ses adversaires d'en avoir toujours donné de telles preuves. Maiis Voici où le critérium de la foi devient plus scabreux.
Ce qui arrive pour les sciences naturelles se présente, à plus forte raison, pour les sciences morales et politiques. Comme les premières, celles-ci relèvent de Tobservation et se réduisent à une connaissance de faits et de rapports; comme les premières aussi, elles touchent de toutes parts à l'absolu, qui est le domaine propre de la religion. Enfin, troisième et décisive considération, elles marchent incessamment, et la société qui les suit ne s'arrête pas; une seconde.
Or, ces rapports que les sciences morales constatent chaque jour, la révélation ne les a pas toujours prévit^; l'Église, saisie au dépourvu, manque souvent de solutions : voilà son dogme, sa discipline, son autorité, en échec. Car les aiïaires ife peuvent attendre-, le besoin commande, il faut marcher, il faut vivre. Ici la pratique est indissolublement liée à la théorie, et toute pensée se traduit immédiatement en acte! Que faire dans cette occurrence, où il ne s* agit plus seulement 4'opiiiîo°^ sur les choses, dont l'esprit peut jusqu'à certain point s'abstraire, s'en remettant à la souveraine Sag€|sse qui tôt ou tard fera connaître la vérité, mais de la conduite de la vie, de tout ce qui tient à la Justice, à la conscience, et peut compromettre le salut? Plus d*une fois on a vu les décisions à priori de la casuistique en opposition diamétraJe avec les besoins et les coutumes de la pratique civilisée : j'en ai cilé uu exenvçX^ ^ v^cs^»^ ^xi ^t à
intérêt. A qui recourir, quand, la foi se taisant, TÉglise .partagée, la sagesse humaine parle seule et conclut droit contre la foi?
Faut-il interroger TAbsolu révélateur? Mais V Esprit souffle où il veut et quand il lui plait; d'ailleurs n'avonsnous pas TÉglise qui le représente?
Faut4l admettre, comme révélation supplémentaire, au moins provisoire, cet empirisme profane qui, s*imposant avec rinflexibilité du destin , devance la- définition de VÉglise et aspire aussi de son côté à la certitude?
Quelle part d'autorité accorder, enfin, soit pour ce qui jegSiTde les cbose§ de la nature, soit pour ce qui concerne )qs mœurs de Thumanité et soii gouvernement, aux ensei* gnenoents de la science? Comment la concilier avec la révélation ? Ce qui revient pour nous à ceci : comment purger la raison pratique de ce que tend incessamment à y introduire d'illégitime l'absolu ?
C'est ici que le transcendantalisme s'est surpassé, et gu^ TËglise a mérité l'admiration et la reconnaissance 4es siècles,
(j'Église a inventé le probabilisme.
Le probabilisme est l'application du principe d'autorité à toutes les choses, de la pratique et de la théorie pour lesquelles la conscience religieuse réclame une direction, attendu que d'une part il est impossible de ne pas tenir compte de ces choses, et que de l'autre elles semblent en dehors de la foi, sinon même inconciliables avec ses données.
Je cite mon théologien ordinaire, Bcrgier :
« Il y a eu çntre les cdsuistes une dispute longue et vive pour savoir quelle conduite on doit tenir entre deux opinions pluç ou moins probàbJes, dont l'une décide ^v\^ l^\\!^ ^^^^ ^^^
permise^ l'autre qu'elle ne l'est pas. Sur ce point, comme sar plusieurs autres^ on a donné dans les deux excès. Quelquesuns ont soutenu qu'il est permis de suivre l'opinion la moio8 probable^ et ils entendaient par opinion probable toute opinion en faveur de laquelle on pouvait citep au moins le sentiment d'un docteur en quelque réputation : ils ont été appelés probabilistes. Il est aisé de voir que cette morale était absurde et condamnable. D'autres ont prétendu que Ton ne peut, en sûreté de conscience, suivre jamais une opinion, quelque probable qu'elle soit; qu'il faut toujours prendre pour règle une opinion certaine et incontestable : on les a nommés anti-probabilistes. Autre excès qui nous mettrait hors d'état d'agir dans une infinité de circonstances dans lesquelles il faut nécessairement prendre un parti, sans pouvoir cependant sortir du doute dans lequel on est, touchant ce que la loi prescrit
m Le seul milieu raisonnable et le seul approuvé par l'Église est qu'entre deux opinions en faveur desquelles il y a des raisons et des autorités, il faut, après un sérieux examen, suivre celle qui paraît la mieux fondée, afin de ne pas s'exposer témérairement au danger de pécher.
« 11 ne faut pas croire, en effet, que tous les probabilistes ont donné dans le même excès de relâchement. Plusieurs ont entendu par opinion probable, non celle en faveur de laquelle on peut citer tout au plus une ou deux autorités, mais celle qui est appuyée sur des raisons, et soutenue par un grand nombre de docteurs graves et non suspects. Le probabilisme ainsi entendu a été le sentiment commun des casuistes de toutes les écoles, de tous les ordres religieux et de toutes les nations. 11 y a de Tentêtement à soutenir que ce sentiment était une corruption de la morale, un prmcipede fausses décisions, un moyen d'excuser et d'autoriser tous les pécheurs, t {Dictionn, de Théol.)
Un inspecteur do l'instruction publique, M. Gournot, a publié il y a quelques années un Essai sur les fonde' menis de nos connaissances^ qu'on pourrait appeler aussi
bien une Théorie de la prohabilité philosophique. Mais quelle différence de ce probabiliisme universitaire à celui des théologiens !
M. Cournot commence, ainsi que M. Babinet, par poser en principe que nous ne saisissons des choses que les formes; quant au fond ou à la substance, qu'elle est tout à fait inaccessible. Puis il considère que dans ces formes, dans cette phénoménalité qui nous est seule donnée, l'esprit tend invinciblement à démêler le pourquoi, la raison ; que c'est donc à chercher la raison des choses que con- 6iste toute notre philosophie ; et comme cette raison des choses ne peut, hormis des cas fort rares, être saisie dans sa plénitude, il conclut que l'œuvre du philosophe, en quelque genre de connaissance que ce soit, se borne à obtenir une estime^ une approximation.
Mais comment le philosophe s'approchera-t-il de la raison des choses, qui serait pour nous, si nous la possédions dans son intégrité, l'absolue vérité? Par des contemplations intérieures, des suggestions de la spontanéité, des évocations, des révélations, des conversations magnétiques, des prophéties, des traditions, des symboles apostoliques, des décisions de conciles, des scrutins populaires, des actes de foi, des autorités? Ah bien oui ! la philosophie de M* Cournot en fait peu de compte : elle n'admet que la méthode scientifique, observation directe, expérience personnelle, analyse mathématique, tout ce que l'on peut imaginer de plus incompatible avec la foi, dont elle est la négation formelle !
Quoi qu'on pensede l'ouvrage de M. Cournot, et quelques réserves que j'eusse moi-même à faire sur certaines parties, ou plutôt certaines expressions de son livre, il en résulte au moins deux choses : l'une, que YEssai du savant inspecteur général a rendu, plus profond encore et plus large l'abîme qui séparait la raison philosophique de la
raison théologique; l'autre, que son probabilisme, si tant est que ce ne soit pas abuser des mots que de confondre la probabilité avec Tapproximation, s'il avait paru du temps de Pascal, aurait fait de la casuistique des jési|ites une abominable caricature.
' Il y a donc eu dans tous les temps, dans l'Église, des conciliateurs, chargés par mission spéciale, qu'elle leur tint de l'autorité canonique ou de leur propre mouvement, peu importe, chargés, dis-je, de confronter les données de l'empirisme avec les prescriptions de la foi; de vérifier si elles s'accordaient ou non avec le dogme ; en cas de discordance ou contradiction, de produire des iiypothèses au moyen desquelles la conciliation pourrait être conçue comme possible ; provisoirement, de fournir des décisions, ayant force d'orthodoxie, pour tous les cas.
La proposition qui réunit le plus de suffrages, ou les plus considérables, est censée vraie. On peut la suivre jusqu'à nouvel ordre, en toute sécurité de conscience.
De cette manière, c'est toujours l'absolu qui règne, toujours la révélation qui définit, toujours la foi qui décide, toujours l'autorité qui gouverne, toujours l'Église qui a raison, même dans l'ordre de la science. Par contre, le phénomène et tous ses rapports sont définitivement subalternisés, l'expérience rendue suspecte, la raison frappée d'incertitude, le libre examen déclaré ill^time, le sens privé ridicule.
Tel est le probabilismc,quidureste,il faut le dire pour être juste, n'est point particulier à l'Église chrétienne. Le probabilisme est de toutes les églises : vous le retrouverez chez les rabbins, les bonzes, les derviches; il trône dans notre jurisprudence, ivée ^aienne^ comme vous sa-»
yez, et absolutiste; il fait le fond de la philosophie écleo tique. Çe^i Tignoble queue, torticul'am caudam^ que sont (X)ndamnés à tirer, jusqu'à extinction d*iatelligence et de s^ns moral, les initiés de Tabsolu.
L'étrange figure que fait TËglise avec son probabilisme !
Quoi! cette autorité instituée d*en haut, cette fille du Père des lumières, est réduite, en ce qui intéresse le plus l'humanité, la Justice et la morale, à des probabilités !
Il est vrai que les catholiques prudents, comme le (^ndide Ber^ier, s'eflbrcent de relever leur probabilisme en lui imposant pour condition de réunir le plus grand nombre d'autorités possible. Mais c'est précisément ce qui choque le plus l£^ science, et qui témoigne du désarroi de TÉglise et de la désertion du Saint-Esprit. Dans la science, il n'y a, en fait de certitude, ni majorité, ni minorité, li'expérience prouve que l'opinion la moins probable, c'est-à-dire, suivant la méthode de l'Église, la moins appuyée, est souvent la plus vraie. Qu'eût fait Copernic, s'il avait suivi l'opinion probable? Où en serait Toptique, ai les savants avaient continué de suivre, sur l'autorité de Ifewton, le système de l'émission, et de repousser celui de Descartes; s'ils s'étaient obstinés à admettre sept couleurs primitives, tandis qu'il y en a seulement trois?....
Que diriez-vous vous-même. Monseigneur, si nous autres révolutionnaires nous n'avions à substituer à votre probabilisme que des probabilités? Que penseriez -vous d'une Justice probable, d'une liberté probablci d'un projgrès probable )f....
Bergier se fâche contre Pascal, qui aurait, suivant lui, confondu malicieusement le* bon probabilisme et le mauvais probabilisme, pour en écraser les jésuites.
Je n'ai pas besoin de répéter que Pascal avait souverainement raison ; qu'en fait de morale, comme d<6 t^d^ci^
le probabilisme est nul de sa nature; qu'il ne peut servir qu*à dévoiler Tineptie des théologiens et la défaillance de la foi. Mais Pascal à son tour était inconséquent de ne pas voir que, lorsqu'il transperçait ces malheureux casuistes, il coulait bas toute TÉglise.
Où donc est-il ce Christ qui disait aux pharisiens avec un si parfait bon sens : Pas tant de discours, mes maîtres, pas tant de serments ; pas taijt de distinctions et de probabilités ; pas tant d'auteurs graves et non graves ! Cela est juste ou injuste : le savez-vous? prouvez votre savoir; ne le savez-vous pas? tenez-vous cois, et descendez de vos chaires.
Quand je serais imbu de tous les mystères de la transcendance, quand j'aurais jusque-là suivi le développement de la révélation, je m'arrêterais court au probabilisme. Le probabilisme me trouverait rebelle, parce que dans un ordre d'idées qui ne relève quelle l'absolu, le probabilisme, le bon comme le mauvais, est le mélange de l'opinion humaine avec la foi théologale, un adultère, une contradiction.
Or, sans le probabilisme, que deviennent la foi de l'Église et sa discipline, en butte l'une et l'autre aux interpellations incessantes de la raison pratique et de l'expérience?
Le probabilisme est nécessaire à la foi ; mais autant il est nécessaire, autant il est subversif du sens moral Qt de la raison. N'est-ce pas pitié de voir l'Église, cette autorité la première du monde pour le dogme et la morale, distinguer sans cesse, et sur les choses les plus essentielles, des opinions obligatoires^ des opinions probableSf et des opinions libres?
Dites-moi, Monseigneur, vous qui jadis servîtes le gouvernement monarchique avec le même dévouement que vous servez aujourd'hui le pouvoir impérial, la monarchie
-aile JQ ilkl rliil irfUf ime <2çûm>» ff^hililfi. <t U me opinioB Mk^* Lj GxftstEtatiMi Ji^ l$i$ Hâil^h" obligatoire, oa û fi'eA ^&e Je^ l$5i? Iaxiî$ \V1IU ^iiî» iprès vingt-cinq ans dt trvwbk$« rymiiNi U tàûù^ «f<« empsy était-il nsar|iâteiir, et Napoléon III, qui« aptte rente-flept ans d'interrègne, a prétendu rvnoiior au$^ la ;halne, est-il légitime?... De tels faits nK^ritaieiil oorU"» l'être préms dans le système de rélornolle Jt^nisaloin. ^'avez-vous là-dessus rien qui nous guide? Allons, pus tant le serments, s'il vous plaît; pas tant do circonlocutions 3t de subtilités. Où est le droit? Si vous le snvex, ditos-lo, 3t soyez martyr, s*il le faut, do votro conviction. Si rous ne le savez pas, à genoux devant la Révolution, (|ui 3lle du moins saura reconnaître les usurpateurs et mar- (juer les apostats.
Mais TÉglise ne manque pas d'excuse. Ce n*ost pas pour rien qu'elle a établi le probabilisme.
a La sagesse de l'Église^ dit un de ses récents apologisif s, If. Nicolas, Ta toujours retenue de se prononcer sur ce ffiii n'est que pure spéculation. Elle ne donne que le nécefWRîrp; elle ne révèle que le fait; elle livre le comment h nos difipntofl; elle détruit Tinquiétude et non la curiosité; elle /innortc/" h solution et laisse subsister le problème. »
M. Nicolas a In dans Job ce m6t de r^^rn^l f»rAf»;ffir la parole après le bavardage d*Élihii : (/^/A /».«/ /«//^ involvens senteniioM sermonibuM impêrffU? (:t*<^^ 1a ^Mrl sentiment qui me soit resté de la le^tof^ dA ^^^ /pvyiff' tomes.
Certes, nous savons que la M^tti^iK* dt> fisy^u^i-rn^ /•« de convertir font en problème, ;*fîn Ja //» ffi -^r *f ,» tt /. nopole de b direction; noiw 'wnnî»i«'Ai" ♦•r-i •» v ♦*'. matie de la eoor lie Rome, ^x !e -/^i ii>* ■»^ **^' » i ^-y ger son influence avec tow .e^ -)»•>/*/•»« vr» >'<♦/'>' • légitimes*
que, si j'ai été quelquefois encouragé, je n*ai jamais été prêché : Tindépendance de mon esprit ne l'eût pas enduré longtemps.
Allons au fait. Ces exhortations pieuses, que .l'on me fait adresser, il y a quelque vingt-cinq ans, par un prêtre anonyme, ne sont à d'autre fin que de mettre en relief ce qu'on a appelé mon apostasie^ et de parler du procès que j'^i perdu en 1 853 devant la cour de Besançon, et dans lequel s*est fait sentir l'influence du clergé.
Ici, je dois suivre ma biographie pas à pas : il y a des choses que je serais quelque peu embarrassé de dire.
J'avais publié en 1837, sans nom d'auteur, un Essai de Grammaire générale, faisant suite aux Eléments primitifs de l'abbé Bergier.
« Cette œuvre^ assure M. de Mirecourt^ contenait^ chofle bizarre^ d'éloquentes manifestations religieuses^ destinées sans doute à rendre l'académie favorable à l'auteur. »
Non pas précisément religieuses, mais bibliques, et empreintes de transcendantalisme, ce qui n'est pas tout à fait la même chose. C'est ici que je dois rendre compte de la déviation qu'avait produite en mon esprit la notion de l'absolu.
Quiconque s'est occupé de philologie comparée sait que Tune des questions que se pose d'abord et involontairement le philologue est celle de l'unité des idiomes. C'est Tanalogue de l'unité des cultes, posée par Dupuis, Yolney et autres philosophes, bien des années avant que MM. de Lamennais, Gerbet et consorts songeassent à faire de cette unité un argument en faveur de la révélation.
L'unité en toute chose est une loi de la nature et un
l^esoin de Tesprit. Mais il y a unité et unité. 11 y a l'unité
de série qui résulte de YwtvilwmVfc ôft^Vis&^W nature;
et il y a Ynmlé que f appt'lU'rai ^îo tllialku), qui v.v«>i<to à expliquer les fiiU siuùluirvs {vir un ^vuôratiuu' ivutmun, qui lui-mênio ne s'o^^pliquo {ms, la pivuurn' Jo CCS unités, toute de raison, est oonfornu* t\ ^onllt^ do la nature; la seconde nVst qu*une oonroplioii do rohimt. une réalisation de l'absolu .
C'est en ce dernier sons que lu HiMn iintmij rutiitô du langage, Tunité du genre humain, vi Inulri lim iinitrq iln Tunivcrs. Pour elle, ainsi que Tonl rx|ilu]iiit dit IIiuimM «^i autres, c'est le Verbe éternel liil-tii^niis qui jir |,MMfiff communique au premier hounni; l;i pm-oli-, dohi U^ nr menls, plus ou moins altéréH, hc Uiiu^uMSU'uS tu^utU. v tous les peuples. Pour ell<s «mconr, i!t^.i U^t-u )'^ $tJ*t^. qui de ses mains, prenant un |>«;iid<rl/«yij<'. i^tohu* ;• ..«<. micr couple, duquel naliront irn^uii/-, hjuUi, U: t^,AA*^ successivement distingu<'^;h par |V|M Oy - ..fi,,,», .« j.«.,
grès ou la dépravation tin l<;uf ^ iivj;.uit C'est ainsi que MM. f>^yf!i</} }>^:rA)i v:«t m «j.,..!. ^
me semblent avoir eiiUikOU; J vf.. : utn.i '.i v^»i.), ,.
tion du règne aniiiial, J uuUt; i '.Mi-.i ci .^.,t.^, i. ..
création tout entière, pf^uf U; {j«iui'it:i .i.. ,.x,i..t.
pèces seraient tous w^tu ; pu» uit« niii.« <«< .i..wi' ..*.,.
tions embryogénique», cl un ii^o.» oi^,.*i....... ,. j, i. ,.
primitif quelcouquf^ : «;"«^i'. I «:..i*:»i..i*-ii <.. n...!.. '■- . i...
à tout le règne an il nu), ^ou? l« ri<.4,<^ii< .. «,•'.•■... .■
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dansune périodf^ cir>;oi>:j(:MU' <,«>i(iii«4 ./«.ihd.' i ...• ,
robser^'ation géoLo;:it|ui. «ï11« î. 4;u mihu '. -.1.
la Bible le dunii'.* u i:iiitiiUf< ■! i.« .<iiiii..ii
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thèse d*uu cuu)il<.' iifimili*. «' i«i.- ... .. .-
vélée de Dmi, du m. mv.iIioi .ui »i ....
dégradation insensible que l'on observe dans les langues, les races, les genres et les espèces, aussi bien que dans la cultes et les climats. Partout éclate l'unité ; et si parfois la chaîne semble rompue, on peut accuser l'observation: la nature ne fait pas de sauts.
Pour moi, appuyé sur le fait universel de l'inconvertibilité des espèces, et rejetant des hypothèses dont l'origine conceptualiste est maintenant avérée, je pense , et c'est ainsi que j'accorde Saint-Hilaire, Blainville et Cuvier, que la force génératrice, agissant dans des conditions aujourd'hui inconnues, et pendant une période dont il est impossible d'assigner la durée, a produit séparément, à plusieurs reprises, et sur tous les points du globe, mais d'après un plan suivi, subordonné d'ailleurs aux conditions de sol et de climat, Thomme et tous les autres êtres.
J'ajoute qu'il en a été du langage comme des trois règnes ; et tout en reconnaissant la précocité de certaines races et la supériorité de quelques autres, tout en admettant que la puissance d'expansion de ces races précoces ou supérieures Içs ait portées de bonne heure à essaimer de çà et de là chez de moins avancées, je regarde comme une fable la prétendue migration des peuples des sommets de l'Himalaya aux plaines de Sennaar, de celles-ci aux îles de la Grèce, etc. La ressemblance des langues caucasiques n'a pas besoin, pour s'expliquer, de cette descendance imaginaire; pas plus que les religions de la Polynésie n'ont besoin, pour rendre raison de leur origine, d'une mission des bouddhistes ou des mages. La philologie moderne (voir entre autres les ouvrages de M. l'abbé Chavée) a reconnu la diversité de formation des systèmes sémitique et indogermanique, et cela nonobstant les analogies et les oppositions, qui sont encore des analogies, que présentent ces deux grands syslùinos. Pourquoi ne pas faire un pas de plus? pour-
qo&i ne pas attribuer la resscmblaiipr plii> arr.ii{;(V* dn croc, du latîn, du sluvc. du germain et du cdtr^ d'abord à la oonstitutiou dt- l'esprit bumain, puis: à la conformilr dos dîmats et à celle des tf?in]»éramentf qui en rcsultont? Pourquoi nt pa>>dire. enfin, chose si sim[i)e. que Ir lanprago de lliQniiDe, de même que sa figure, serait, nonobstanl la d^ersité d'origine, identique et invariable sur toute la face du globe, si le.^ conditions de sol, de rac^, de température, d*alimentation , d'industrie, etc., étaient constantes et identiques!...
Me pardonnera-t-on. à celte heure, de n'avoir pas été toujours fidèle à la méthode d*obser>'ation, et, quand il fallait suivre le fihénomène, d'avoir, par précipitation de jeunesse et d'esprit, à Fexemple de tant de maîtres, embrassé Tabsolu! Ch! lecteurs, s'il faut que je le dise, ce h*est pas une fois, mais cent fois, mais mille fois, que j*ai dû changer d'hypothèse avant d'arriver à cette doctrine de la Révolution que je vous présente aujourd'hui. R^ardez autour de vous, regardez dans Thistoire, regardez dans les li^Tes, et dites, la main sur la conscience, si, pour sortir de cette immense forêt vierge des préjuges humains, il n'a pas fallu bien des détours, bien des retraites, des changements de front, des volte-face , accompagnés d'immenses fatigues, de blessures cuisantes, de sauts périlleux et d'atroces découragements ?
Mais que fais-jc? On ne me reproche pas (h\ tn'Alrc trompé, quelque humiliant qu'il soit pour uu écrivain qui cherche la vérité avec ardeur de se Ironipcr ; vo dont ou me fait un crime est d*avoir rejeté ce ({ui me faisait tromper : car telle est la prétention des seclcs (pm celui qui s'y trouve une fois engagé l(!ur appartient corps et Arne, à peine d'être considéré comme renégat; cVst, en uu
mot, d'avoir fait scission avec l'absolu !... Suivons mon biographe.
« Cette œuvre contenait d'éloquentes manifestations religieuses, destinées sans doute à rendre l'Académie favorable à l'auteur. »
Allusion à la pension Suard, qui me fut accordée en 1839, deux ans après la publication de mon Essai. Deux ans ! Il faut avouer que c'était m'y prendre de loin.
« Ce qui arriva par la suite est assez curieux. Proudbon^ continuant à Paris ses études de linguistique^ remania son premier travail et le présenta à l'Académie des inscriptions et belles-lettres, en l'intitulant Essai sur les catégories grammaticales. L'Académie mentionne très-honorablement l'ou*vrage ; »
Plus honorablement, je l'avoue, qu'il ne le méritait.
(( Mais sous prétexte qu'il n'en était pas satisfait lui-même, Proudhon refusa de le livrer au public, et fit vendre chez un épicier toute l'édition imprimée à Besançon. »
Sous prétexte est charmant. Avais-je besoin de prétexte pour une décision qui ne dépendait que de moi seul 7 Quelle considération, quelle loi, quel devoir pouvait m'obliger à faire confidence au public d'une œuvre que mes juges, des hommes comme MM. Eugène Bumouf, Quatremère/ Reynaud et Jullien, avaient jugée indigne du prix? I^ mieux n'étaiMl pas de la refaire?
Quant à l'édition imprimée, ce ne fut que onze ans plus tard que j'en fis le sacrifice. Cette date mérite d'être retenue.
« Par malheur, en 1848, »
C*étail en 1850, ne vous déplaise.
(( A l'époque du plus grand retentissement des doctrines anti-chrétiennes de Pierre-Joseph, un libraire de sa ville natale retrouve les feuilles dans l'arrière-boutique de l'épicier, les
rachète^ en fait des volumes, et les vend avec le nom de Proudhon^ qui avait cru convenable de garder l'anonyme. »
Ajoutez donc que de 1837 à 1850 il s*était écoulé treize ans^ pendant lesquels le livre de Bergicr, destiné surtout aux ecclésiastiques, dont il complétait la collection, était resté invendu, malgré les offres et les annonces ; — treize ans pendant lesquels le clergé, peu curieux de linguis* tique comme de toute science, dédaigna les Éléments pri" mitffs aussi bien que la Grammaire générale; — treize ans sans que le libraire en question, à qui mainte fois j*avais offert mes ballots à vil prix, voulût s*en charger.
Cependant, dans ces treize années, j'avais publié mon mémoire sur la Propriété^ la Création de l'ordre et les Contradictions économiques^ sans m'inquiéter plus de mon Essai de 1837 que le voyageur arrivé le soir à retape ne s*inquiète du gite qu'il a quitté le matin. La lassitude seule me détermina à ce sacrifice de plus de 3,000 francs, faiblement compensé à mes yeux par l'extinction d*une rapsodie.
Quel était donc cet intérêt que prenait tout à coup le clergé franc-comtois et son libraire Turbergue à un mé« chant travail de linguistique , où se trouvait reproduite une thèse définitivement rejetée de la science? De quel droit s'emparait-on de mon nom, de ma personne?
ce Jugez de l'effet de cette publication !... »
En vérité, monsieur mon historiographe, vous êtes bien bon de vous imaginer que je rougisse, que j'aie jamais rougi d'avoir été chrétien, d'avoir cru à la Bible, d'avoir, avec le Père Thomassin, Court de Gébelin, Geoffroy-Saint- Hilaire, Blainville, et tant d'autres savants célèbres, commencé mes études d'anthropologie par l'hypothèse d'une langue première, d'un couple premier, d'une révélation première, d'une faute première, en un mot par l'hypo*
thèse inévitable que fait toute raison sans expérience, TAbsolu. Si j'avais eu d'autres maîtres, je n'aurais pas eu la peine de changer, à trente ans, d'hypothèse ; je ne me fusse pas trouvé placé par ma mauvaise éducation entre l'apostasie et l'hypocrisie , forcé d'opter pour l'une ou pour l'autre; j'aurais conservé la virginité dama raison, et je ne serais pas à cette heure dans la nécessité de répondre à ceux qui me reprochent de l'avoir perdue, que ce sont eux qui ont commis le viol.
(( L'auteur du livre se fâche, et le Tribunal de commerce condamne Téditeur à la destruction des exemplaires. »
En effet, je ne pus m'empêcher de voir dans cette édition subreptice une spéculation ignoble, de plus une atteinte à la liberté d'auteur, et le Tribunal, dans un juger ment dont on n'a pas essayé de réfuter les motifs, pensa de même.
a Mais le libraire s'adresse à la Cour d'appel : tout le clergé prend fait et cause pour lui. »
C'est bien cela : M. de Mirecourt est parfaitement renseigné. Est-ce vous. Monseigneur, qui avez excité ce beau zèle?... Pendant trois jours que durèrent les débats, Tenceintc de la Cour fut remplie de prêtres, dont la présence plaidait pour Turbcrgue, comme s'il se fût agi du frère Léotade ou du curé Mingrat.
« On explique les motifs de la conduite de l'écrivain. Ses pages en faveur de la religion (de l'hypothèse biblique, encore une fois) sont lues en plein tribunal. »
Je n'y étais pas , mais je Tai appris de témoins oculaires, juste comme M. de Mirecourt le raconte.
Pourquoi cette lecture, d'abord? Qu'est-ce que ceh faisait à la question? Le débat, entre Turbergue et moi, roulait-il sur la tour de Babel et la langue d'Adam? U cour, en matière de linguistique, était-elle CQn)pélentc?
ravais-je pas le droit, moi simple laïque H nmat^Mir Ar. uriosités philologiques, do renoncer h iirif. Mirons* qim abbé Chavée, plus savant qn'ortlinrloxn, r^^pronv^.^ Pourquoi, ensuite, s*il plnisiiit à la r/mr do. tr^dnir^ k i barre mon grec et mon hébreu, n'a^t^^JU: (-ffm f.itt \trn ussi le manuscrit envové à Tarindému: d/-/-; mv . jr,t«r,ri««, t dont j*avais fait parvenir wipift a rnr.n tff^M"^ fj^ lanuscrit, de 104 pages in-ffihn, f/ift-^ni. !:• d;!»/» î/^ i < 'A, *avail pas été composé sans don u* ftn (,r/«.v!;i/.n u- . i-.'^ « B 1853. Peut-être anmit-il donné >. u-apm > rr.* ' •allons grammaticales, f-X r-Srtvii , -'.r.^.o-.^' *../f / •'.' auditoire.
« Et les juges, écartant U prs,nl '/* '//'«w. y.--? .•**...* ■■•-• -^ AT, donnent gain de ca.i.^e -f.» ..i.rt.rr ,
Tout cela est vrai, et U;^ iny/rrr.^w,-'. •. •:.'t «t/.-- i»/.- ' «- «it d'une e^actiljj.-îft i ::.*■. ".: ;'•:''•.••• . . " ■ -- ■ lOn alors avec le>. '^iv-ir-. : -f'.v- -. . < / . ■■ ^ ■■ .- • . ^.• e serait-ce point -XfV."> - ^».- K-.' / .. ■• -■ * -' ^-^
iggéré à la o'.ur :-=: V^-a-- .• . ^f; • •-• -^ > : • \VL arrêt irr^f .?T."..«r. .> . *- ^w-.— ^ ;-'* ■ '/' '/''••' , statuant r*:»-lf:r:-<.'.*. j .'*/.'. . ivez que i^ î--** , i^ -'-..t -/-■.- . '. n ZTïc'xdn f^siïTikr*.'.^.. \ y.-. >-. " - • ' •- - •' 'en àHUAiTTic ::<r, >'.- - :•. < ' ■ • ■ ' •
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Qui le nie? Je tiens nos hommes de loi pour les plus retors qu'il y ait au monde. Et puis, dans cette cour qui m'a condamné, n'y avait-il pas un Proudhon» le fils du célèbre jurisconsulte?
Ainsi se serait accomplie sur moi la parole de l'homme apostolique qui dès 1828 ou 1829, selon mon biographe, se dévouait à ma conversion : Ennemi du Christ^ vous avez tout à perdre; chacun sera contre vous !
Et ce n'est pas assez que je succombe dans mes procès, Cùm judicatur^ exeat condemnatus. Suivant la chrétienne et canonique habitude, on recherche ma vie, on remonte aux années de mon enfance, on inquisitionnc ma pensée. Aux préjugés de mon jeune âge, conçus sous l'influence d'une éducation mystique, on oppose les idées de mon âge mûr, produit de ma réflexion investigatrice ; et parce que j'ai sauvé ma raison, on déclare mon cœur corrompu. On nie la légitimité et la bonne fm de cette libre recherche. Car la raison de celui qui a élé baptisé et confirmé chrétien n'a plus le droit de se mouvoir : elle a reçu sa cargaison, elle porte les stigmates du Christ; il faut qu'elle reste, quoiqu'il advienne. Plus je suis remonté de bas, plus on me répute criminel : que je tente une explication, on me ferme la bouche, on écarte le point de droit; et comme, le droit écarté, il'ne reste plus de critérium pour apprécier le fait, on me déclare apostat.
Entendez-vous, chercheurs magnanimes, qui, à T^emple de l'illustre et infortuné Jouflroy, après une lutte désespérée avez quitté le drapeau de la révélation, longtemps et fidèlement suivi, pour celui de la science? vous «'êtes tous que des imposteurs et des scélérats. Cette libre pensée, qui seu\e ïa\\ ^^ no\x^ ôi^'s» ^Vx^'Sim^xMDiables, aux
^eux de l'Église c*est parjure^ ce progrès, qui élève si laut votre dignité, c'est trahison. Car, comme le premier lesoin de l'être pensant est le mouvement de Tesprit, de aême le premier besoin de l'Église est l'immobilité de esprit. Astronome, vous affirmerez, malgré la géométrie, aalgré le témoignage de vos yeux, l'immobilité de la srre; géologue, vous croirez au déluge; naturaliste, vous aurez que toutes les races humaines sont sorties du môme ou pie ; philologue, vous placerez à Babel le principe de I diversité des langues; chronologiste, vous accorderez os dates avec celles de la Bible; économiste, vous vous ouviendrez, et n'oublierez jamais, que le travail est naudit, le bien-être une illusion, la misère indestruc- Ible, [l'inégalité des conditions et des fortunes nécessaire ; qu'en conséquence la raison d'état passe avant la listice, et que la solution de vos problèmes est de l'autre aaonde.
Car, si vous manquez à cette foi dans laquelle furent ïlevés vos pères, que vous avez sucée avec le lait de vr» lourrices, l'Église vous déclare traîtres et vous retranrhr^, de sa communion. Elle fera plus, elle recherchera rengagement que vous lui aurez, à dix an^, ^inscrit; f^Wo. publiera les tâtonnements de votre pensée, et ^Vn Ur* contre vous un trophée de scandale. Rt cr»mme ell^ mf;^ condamné vos idées, elle frappera vca inf^nlK»n<<; aU^ flétrira, dans ce qu'elle a plus de intime, vMr<^ yfrA<*n\A. Kegardez-les, dira-t-elle, retrardez-ie'», ca^ (ihiUi'a'»])^^^. au fond de l'âme: vous y v^rrr*/ r/Mi|r»nr< ^jn^. );i f/*r\/>^ 'Ia la foi a été précédée, accrimpacrn**>^, ^iiwi^, f\^ ).• ^^i*\*\ des mœurs; detouscesenfanu periliis<'|iM *,'^WA*/fi^f\* 'lu Christ, il n'en est pas un, m-m pus un i1'h^,nrtA».A , /V/v* ^i# quifaciai bomum^ nm est u^pt ad uamm.