‹ De la justice la révolution et dans l'église;Chapitre 27 sur 45 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Cîomaption de la Raison publique par l'Absolu. — Suite,

Heureux celui qui est parvenu à séquestrer de son esprit la pensée de l'absolu ! Rien n'arrête dans sa bouche la confession du vrai. 11 a brisé le joug de Thypocrisie, et conquis de ce chef un privilège d^impeccabilité...

Il faut le dire cependant, à la justification de la conscience humaine : l'opposition entre la raison scientifique et la raison théologique ne fut pas d'abord aussi vivement aperçue qu'elle l'est aujourd'hui; et pendant longtemps les plus fervents adeptes de la philosophie naturelle et sociale purent se dire, en toute sincérité, les plus religieux des hommes.

Les Bénédictins, ces hommes de piété autant que de savoir, qui firent tant pour l'interprétation des Écritures, n'imaginèrent point que leur foi dût servir de flambeau à leur érudition, ni que leur érudition dût sanctionner leur foi. Et cependant, de combien de doutes n'ont-ils pas été assaillis! Quelle difficulté leur a échappé? Quelle contradiction n'ont-ils pas vue ou prévue? Et que pourraient aujourd'hui leur apprendre de vraiment grave les modernes conciliateurs?

La religion, se disaient ces âmes candides, est 1^ fait capital de la société, le grand intérêt de l'homme ; jnais elle est d'une autre sphère que la science, elle se connaît, s'éprouve, par une autre faculté. Elle se propose, il est vrai, par la parole, mais elle pénètre par la grâce; elle se démontre, non par des arguments humains, des étalages 5Cicn tifiques , mais par \a xvée.^^s\\& de sa mission, par

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Oh! s'il ne m'en cul comI*'; iïiviXvh .-. vcnUtr* ' , , , . ,, -. tu, comme le voulaient r.e> piriK rr ^iin». '.'r..,i. :. aire abstraction de mon f^uy^u^f-Uif-u^ . '■ -, n r ..,..■ ' nenl, bien loin d^; Us unir, rr. » r < .. amais ma crovanc. ï\fy\'. f^-. -^ .^..•. '. uslice a fait de r.ioj '>r. :.■•..' ,1 • )lus humble ^t le y. r^ ■-.'Vf'.^ .-^ - '■ .

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guc, de se mclire à runisson de mon intelligence, de s'appuyer sur mes idées, qui sont, aussi bien que les mots, les instruments de mon appréhension : RatioM' bile sit obsequium vesirum.

Tout cela est de principe en théologie.

Dieu a parlé à Abraham : en quelle langue? En hébreu. Vous me traduirez cette révélation en*grec si je suis Grec, en français si je suis Français , afin que je puisse juger de ce discours du ciel.

Qu'est-ce que Dieu a prescrit au patriarche? La circoncision. Vous expliquerez à ma raison occidentale Timportance que Dieu attachait à une cérémonie incommode, d'une utilité médiocre pour le corps, et pour la morale d'une parfaite indifférence.

Je n'élève pas d'objection sur le fait de la communication divine ; je ne vais pas jusqu'à soutenir, avec David Hume, que la révélation et lé miracle sont de soi choses impossibles, même à Dieu : ce serait raisonner de l'absolu, ce dont je fais profession de m'abstenir. Tout ce que j'exige de l'Église qui m'enseigne, c'est l'intelligibilité ^u discours, Tauthenticité des monuments, la bonne foi de rinlorprétation.

L'exposé des preuves de la religion chrétienne, la plus grande manifestation de l'absolu qui aurait eu lieu parmi les liommes en dehors de la phénoménalité ordinaire} cet exposé peut-il être intelligible, surtout sincère?

Telle est la question que je me pose à cette heure, indépendamment des fins de non-recevoir développées dans mes précédentes études. Elle n'est à d'autre intention que d'assurer, contre les prestiges du mysticisme et les outrages de l'imposture, l'intégrité de mon jugement.

Eh bien ! non : dès qu'il s'agit d'attester l'absolu, il n'est pas vrai que la preuve puisse être faite d'une manière intelligible et sincère; avec l'absoju il n'y a plus i|i

bon sens ni bonne foi, et ce que je dis ici de Tex^èse chrétienne, je le dis de toute religion, de la religion pré* tendue naturelle comme des autres.

Prenons un exemple.

Ijc saint roi Ézéchias lombe malade. Le prophète Isaîe, après lui avoir déclaré qu'il mourrait, vient ensuite lui annoncer de la part de Dieu que la guérisou lui est octroyée; et pour preuve, ajoute le voyant, je vais faire avancer ou reculer, à ton choix, Tombre au cadran solaire.

On sait la réponse du bon Ézéchias. Il n'est pas difficile de faire avancer Tombre, dit-il, fais-la reculer !•••

Mais le néophyte qui sait son astronomie, sa théorie de la lumière, demande ce que cela veut dire. On essaie toutes les explications , physiques , cosmographiques , philologiques; bref, la foi est forcée de convenir que l'explication , au point de vue de la raison scicntinquc, est impossible; que cela signifie en gros que Dieu fit pour Ézéchias une chose qui lui parut être un miracle ; que pour le surplus le récit est allégorique, et le fait qu'il rapporte up mystère; qu'on ne saurait, sans s'exposer à rendre le texte sacré solidaire d*une interprétation ridicule, en dire davantage.

, Or, il en est ainsi, au point de départ, de toutes les révélations et de tous les miracles : ce sont toujours des mystères racontés dans un langage mystérieux, ce qui est l'inintelligible élevé à la seconde puissance.

Pour sortir de celte impasse, au fond de laquelle la foi courait risque de rester prisonnière, il a bien fallu chercher des hypothèses, entasser les sophismcs, alambiqucr, falsifier les textes, tordre les noms et les verbes. C'est ici que commence le rôle des conciliateurs, ce que Michelet a appelé la vaccine de la vérité^ et que nous passons de l'inintelligibilité au mensonge.

i^our établir la génération étemelle du Christ on cite ce passage des psaumes : « Le Principe sera avec toi au « jour de ta force dans les splendeurs des saints; je t'ai a engendré de mon sein avant Taiirore. > Tecum prinei" pivm in die virtutis tuœ in splendaribus sanctorum ; ex utero ante luciferum genui te. Explique cela qui pourra.

Je vais à Toriginal , et je traduis coiit'amment : « Les ç peuples d^m mouvement unanime te suivront au jour « du combat sur les monts sacrés; dès le matin tu verras « accourir la fleur de ta jeunesse. » C'est un poète qui promet à David, dont la royauté est encore incertaine, Tadhésion prochaine des douze tribus.

Que voulez-vous que je pense d'une exégèse aussi infidèle?... Or, tout ce qui ne tombe pas dans l'inintelligible, en fait de révélation, tombe dans la supercherie : je me ferais fort de le démontrer par tous les versets de la Bible.

C'est pourtant de cette source qu'a coulé à toutes les époques la dépravation des intelligences : elle a commencé par les prêtres; des prêtres elle a passé aux philosophes; de ceux-ci aux hommes d'État, gens de lois, gens de lettres , artistes ; elle a fini par epvaliir tout le corps social. C'est elle qui en ce moment nous consume, et qui retient haletante la Révolution. On peut la définir: Pratique universelle, raisonnée, encouragée, sanctifiée, du mensonge, en considération de l'Absolu.

Quelle pitié de voir les contorsions des prétendus conciliateurs pour accommoder leur mythologie aux exigences d'une observation inflexible, et dont chaque jour s'étendent les découvertes ! Que d'escobarderies, de tours de paillasses !

a Voilà, par exemple, que Copernik se répapd (}ans rEurope^

— âM —

et le derçé s epourante. Essaien-t41 de le proscrire, et faudrat-il en Tenir à brûler les roathématiques ? Les j&uites font mieui. A Cologoe, leur Koster eoseîgnera Copernik d'une manière également instructive et agréable... Un Copernik agrvable ajournera Galilée. » (Michelet, la Ligue, p. 111.)

Dieu, dit la Bible, a créé le monde en six jours. Laissons de côté la question de création : ce serait raisonner du néant et de labsolu, deux conceptions inaccessibles à Texpérience. Mais que faut-il entendre par le mot fours? Est-ce une révolution de vingt-quatre heures, ou une période indéterminée? Le jour de Jéhovah, comme celui de Brahma, est-il long d*un siècle, de mille ans, cent mille ans, un million d*années? Combien, en un mot, faut-il ipettre? Depuis les derniers travaux des géologues , les cxégètes ont incliné vers cette interprétation, à laquelle les anciens n avaient pas pensé du tout. Mais voici que d^autres savants, M. de Blainville à la tête, soutiennent la création simultanée : allons-nous revenir aux six jours de la tradition vulgaire, bien plus convenables à la promptitude et à la liberté du créateur? — Pourquoi non? répondent les conciliateurs. Abondance d^arguments ne nuit pas : nous étions empêchés par une théorie, nous voilà justifiés par une autre ; nous sommes prêts pour toute éventualité. Quoi que dise la science, notre texte pourra s'y accorder, Quidquid dixeris^ aryu^ mentaàor.

Le déluge a-t-il été universel? Les anciens interprètes n'en faisaient aucun doute, et le récit biblique ne peut guère s'entendre autrement. Mais la science y trouve de la difficulté; et par un bonheur inouï, le saint Siège, sur l'observation de Mabillon, a évité de faire de l'universalité du déluge un article de foi. — Nous avons une opinion en réserve ,. disent les faiseurs d'harmonies : Qtiidquid ^ixeris^ argumentabor.

Le genre humain est-il vieux de 58^0 ans, comme le veut la chronologie d'Ussérius, généralement suivie; ou bien de 8000 au moins, comme Texigent les listes de Manéthon, qui infirment sur ce point toutes les données de la Bible ? — Ici encore, répondent les accordeurs de Tabsolu, nous sommes préparés pour toutes les éventualités. Par un bonheur providentiel, nos textes ne s'accor« dent pas! L*hébreu donne 6179^ans, les Septante 7415; restent, pour aller à 8000, 585 ans, ce qui n^est pas une affaire. A quelque conclusion que doive arriver Tarchéologie, la modernité du monde en ressortira : c*est tout ce que nous demandons pour la Bible. Quidquid dixeris^ argumentabor.

Que faut-il penser de la longue vie des patriarches? Le texte est précis, et les docteurs ne manquent pas qui, par toutes sortes de convenances, affirment la chose. Fourier semblait y croire : on sait que le réformateur fixait la durée moyenne de la vie de Thomme au phalanstère à 196 ans. Condorcet y croyait aussi : il attendait du progrès des connaissances un allongement indéfini de la vie humaine. Cependant une étude plus approfondie des conditions vitales et des harmonies de la nature y est contraire. Que penser, à travers toutes ces incertitudes? — L'Église, nous répond«on, ne saurait éprouver d'embarras. Si la possibilité d'une vie de neuf et dix siècles devient jamais un fait démontré, on suivra le sens littéral; dans le cas con< traire, il y aura la ressource de dire que les patriarches anté-diluviens et post-diluviens figurent des sociétés constituées, ce qui ne présente plus rien d'irrationnel. Quid* guid dixeriSy argumentahor.

Toutes les races humaines sont-elles sorties d'un couple unique? — Nous espérons, disent les conciliants interprètes, que la négative ne pourra jamais être expérimentalement prouvée; mais quand elle le serait, le dogme de

la déchéance et Téconomie de la religion n'auraient pas plus à &ï souffrir que le texte même. L'unité du genre humain résulte de l'identité de sa constitution, beaucoup plus que de Tunité de son arbre généalogique; de cette identité constitutive serait résultée alors la communauté de prévarication 9 et nous saurions à quoi nous en tenir sur certains passages desquels on pourrait induire qu'il y avait sur la terre, au temps même d^Âdam, des hommes qui n'étaient pas de sa race. Quidquid dixeriSy argumeniabor.

Et sur l'unité de langage, que devons-nous penser? — Certainement il est à désirer, pour la Bible et pour la tradition ecclésiastique, que tous .les idiomes de la terre soient dérivés de celui d*Adam, comme nous voudrions que tous les humains fussent sortis de sa cuisse : nous aurions ainsi un témoignage vivant que l'homme ne parle qu'en vertu d'une communication reçue premièrement du Verbe, et transmise de génération en génération parmi les races. Cependant on pourrait se contenter à moins, l'unité de langage tenant également à Tidentité de constitution plutôt qu'à l'unité d'origine; et nous savons du reste, par l'Évangile, que le Verbe illumine tout homme venant au monde. Quidquid dixeris, argumeniahor.

Tout cela se dit, et s'imprime, et se produit avec assurance : c'est la besogne des Schlegel, des d'Ekstein, des Wiseman, des Receveur, d'une multitude de brouillons, occupés de siècle en siècle à recommencer sans cesse leur exégèse, aux applaudissements du saint Siège dont ils soutiennent ainsi l'infaillibilité, et à la grande édification des dévots, charmés que la révélation ait toi raison de la science, quoi que celle-ci dise : dixeris, argumeniabor.

Si les Écritures sont susceptibles de tant d*ii

lions, la doctrine à son tour ne peut pas ipanqiier de recevoir, à l'occasion, de notables adoucis^ments. On n*est plus hérétique, il est vrai, et tout le monde est prêt, sur la moindre invitation du saint Père, à faire abstraction de son sens privé et à renouveler Texemple de Fénelon ; mais le diable n*y perd rien : ce que Ton n'oserait afOrmer publiquement, dogmatiquement, on ne se fait faute de le proposer de vive voix, sous la cheminée, comme opinion probable.

Ainsi, dans notre jeune clergé, il n'est pas rare de rencontrer des ecclésiastiques, d'ailleurs fort honorables, qui mettent une sourdine sur certains dogmes ou qui les interprètent d'une façon plus douce, malgré les définitions les plus formelles. Le petit nombre des élus , la réprobation des enfants morts sans baptême, n'ont presque plus rien qui eiîraie. Que dites-vous de cette tolérance, Monseigneur? Vous semble-t-elle vraiment orthodoxe? Si nous recevons dans un paradis quelconque les innocents non baptises, qui empêche d'y admettre aussi , en vertu de certain passage de l'Apôtre, Socrate, Confucius, tous les sages de la gentilité? Mais prenez garde : si vous admettez Socrale, qui en mourant sacrifie à Esculape, je ne vois pas pourquoi vous repousseriez les saints de la philosophie et de l'hérésie , ceux-là mêmes que vous avez brûlés, Jordano Bruno, Jean Hus, Spinoza, Kant, et jusqu'au docteur Strauss. Le plus court, croyez-moi, est d'amnistier tout le monde et sans condition : c'est d'aussi bonne politique dans l'Église que dans la République.

Pour quelques-uns le diable n'est plus qu'une abstraction, un mythe, la personnification du péché. De là à conclure, avec les antitliéistes, que Dieu n'est aussi qu'une abstraction, un mythe, la personnification de la Justice et de l'ordre, il n'y a qu'un pas. Soyez logiques, cl voire christianisme tfesV \Av\s oja^^ V^ «i^aitx)|ique de

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progrès. Vraiment, je serais charmé d'entendre cette pro« position de la bouche du saint Père, en termes qui ne pussent laisser de doute à un élève de la Révolution. Mais H. Tabbé Mitraud serait fort en peine de définir la liberté et Tcgalité; quant au progrès, il m*a tout Tair de Tentendre à la façon du R. P. Félix, pour qui toute la doctrine du progrès se réduit à cette question du catéchisme: Pourquoi Dieu nous a-t-il créés et mis au mondef^-^Pour raimer, le servir, et par ce moyen acquérir la vie éter* nelle. Sinon, ajoute le révérend Père, point de progrès; la décadence !...

Tout le monde a lu les Provinciales; chacun sait cornment les jésuites, avec plus de bonne volonté chrétienne , selon moi, que de perversité de cœur, entreprirent de concilier la discipline canonique avec les tendances d'une époque qui s*éveillait au libre examen, et, dans une dissolution de mœurs effroyable, de donner des règles de conduite compatibles tout à la fois avec le principe chrétien et avec les exigences du siècle. La conscience du dix-septième et du dix-huitième siècle a condamné les maximes des jésuites, et mon intention n'est pas d'en prendre la défense ; mais, casuistique i part, j*bse dire que les pouvoirs qui les ont proscrits, rois et pontifes, ont été injustes.

L*Église n*ayant pas de morale, ni pour les personnes, ni pour les biens, ni pour les rapports politiques, ni pour le travail, ni pour Téducation, ni pour les idées, je Tai prouvé^ ne pouvant pas, en vertu de son dogme, en avoir une, je Tai encore prouvé; et la civilisation marchant toujours, quoiqu*avec lenteur, dans le sens de la Justice : la direction des consciences allait échapper à ! l 'Église y incapable de ixmiiVmt ^\i N\&>ax «Ystème d^iné* i

galité et de hiérarchie, incapable de lui en substituer un autre, incapable à plus forte raison de saisir le sens du mouvement. Toutes les relations, dans les moindres circonstances de la vie, étaient comme aujourd'hui faussées; ce qu'on avait pris jusque-là pour juste se trouvait dans la pratique être injuste, ou du moins servir de prétexte et de raison à l'iniquité.

Que firent les jésuites ?

Partant de ces principes, enseignés par TÉglise, que Dieu, l'absolu par excellence, est Tunique sujet et auteur de la loi morale; que la Justice n*est autre chose que la déclaration de sa volonté; que les actions sont indifférentes de leur nature, et nedeviennent saintes ou coupables que par leur conformité ou opposition au dessein de la Providence, et conséquemment par Vintention qui les accomplit, les jésuites en vinrent à prendre cette intention pour critère du bien et du mal, et à soutenir que toute action peut être sanctifiée ou corrompue, selon qu'elle a pour but de procurer la gloire de Dieu et le triomphe de l'Église, ou qu'elle tend à détruire la religion. ^

Tel est le principe général des jésuites ; c'est celui de toutes les sectes qui, se constituant sur un principe et pour un but autre que le droit, formant une société dans la société, un état dans l'État, font de leur succès la loi Suprême; c'est celui des hommes politiques pour qui la Justice n'est autre que la volonté du souverain, l'honneur du prince et de la nation ; c'est celui des nouveaux casuistes qui, à l'exemple de l'Église, faisant de la Justice une notion surhumaine, refusant à l'homme toute espèce de droit et ne lui reconnaissant que des devoirs, sont forcés, comme les jésuites, de ramener toute la morale soit à la raison théologique, soit à la raison d*&\.^\.,<\^ s^siSiucr Vinfenù'on à /a définition, (\cT\èg\\%^^\^^^^^^^

tnoralô pour la grande morale, et de conclure toujotii au nom de la religion contre la Justice, au nom de Tord contre la liberté.

C'est par là que les jésuites, plus logiciens que len adversaires, tant de Port-Royal que de la Réforme, ( vinrent à innocenter le vol , la paillardise, l'assassina le parjure

(( De même que dans leurs missions ils employaient to les costumes, ils paraissent aussi en justice avec toutes sort de doctrines et d'affirmations diverses. Les tribunaux ne save comment prendre ces esprits fuyants dans leurs démentis été nels. Généralement, ils nient d'abord ; puis, convaincus (eu to turés)^ ils avouent, et à Téchafaud ils nient. Forts du princij d'Ignace, Obéissez jusqu*au péché mortel inclusivement ^ i mentent hardiment dans la mort, sûrs d'être justiliés par '. devoir d'obéissance. Sur toute chose^ oui et non. » (Michèle: la Ligue,)

La morale des jésuites est le plus beau fleuron de I couronne du Christ , c'est le dernier mot de la religioi Les jésuites nous ont fait ce que nous sommes : ils nou ont appris à mettre en toute chose T intention à la plac de la règle, à considérer la fln, non le moyen, à sacrifle l'œuvre à la foi, la vérité à l'absolu. Notre hypocrisie si bien profité qu'aujourd'hui nous refusons de les recoc naître pour nos initiateurs et nos pères. Le régent Phi lippe d'Orléans croyait se déguiser en se faisant donne des cou[)s de pied dans le derrière par son précepteu Duijois : nous nous déguisons en jetant la pierre au jésuites. Que leur importe, s'ils régnent.^ Que fait à Mé phistophélès de servir Faust, s'il possède son àme?

On n'a pas oublié les démêlés des jésuites avec le dominicains à propos des cérémonies chinoises. Les demi nicains accusaient les jésuites de complaisance idolâ trique : il parait que l'accusation était fondée. A cctt

époque la conscience des papes, violemment secouée par la Réforme, qui criait de son côlé à l'idolâtrie, n'avait pas eu le tettips de s'aguerrir par la direction d'intention : le respect de la sévérité orthodoxe coûta à l'Ëglise ses plus précieuses colonies. Périssent les colonies plutôt que les principes! Gela fut dit à Rome, par les rigoristes de Saint-Dominique, longtemps avant qu'un écervelé de la Convention le répétât. Je doute qu'aujourd'hui le saint Siège, pour quelques révérences exécutées devant des porcelaines , rendît un pareil décret. Or, les jésuites nous traitent comme Chinois : nous sommes bien malades.

En résultat, les jésuites ont compris mieux que personne le système chrétien. Ils eurent raison contre Pascal, contre les jansénistes, les dominicains, les protestants, les gallieandy les partisans de la séparation des pouvoirs; ils avaient raison contre le pape Clément XIV , Ganganelli. La réprobation universelle dont ils n'ont cessé depuis trois siècles d'être l'objet ne prouve qu'une chose, c'est que le monde est' devenu jésuite, tout en cessant d'être chrétien.

Forcés de céder à la nécessité des temps et au courant de l'esprit humain, ils ont louvoyé de leur mieux à la faveur du probabilisme, cette quintessence de toute idée religieuse.

Les plus savants d'entre eux ou les plus hardis ont parfaitement aperçu, je n'en fais aucun doute, la fausseté du système théologique, comme ils ont vu l'inconséquence de leurs adversaires. Mais comme ils n'arrivèrent point jusqu'à la connaissance rationnelle de la Justice, comme ils ne découvraient point de solution au problème social, ils embrassèrent héroïquement, sous le manteau de lu religion, la théorie de la nécessité, c'est-à-dire de l'exploitation des masses, pour la gloire et la réjouissance de quelques-uns.

Les sectes dissidentes, auxquelles il faut joindre désor^ mais les rares représentants de Téglise gallicane^ s*agitent en ce moment pour recueillir la succession du catholicisme, dont elles voient approcher la dissolution. Hais comme déjà le besoin d'unité se fait sentir, elles s*ef<forcent de dissimuler leur incohérence sous le vague des prospectus, sauf à recommencer plus tard la guerre, sur le dogme.

Ainsi il existe une alliance chrétienne universelle, dans le cénacle de laquelle je vois figurer, à côté des pasteurs Coquerel père, Coquerel fils, Montandon et Paschoud, MM. Odier, régent de la Banque de France, Monnin-Japy, membre du Corps législatif, A. Duméril, professeur agrégé à la Faculté de médecine, de Quatre- Fages, membre de Tlnstitut, L. Figuier, docteur essciences, des sénateurs, des députés, des professeurs, ciCa, eic*

Les principes de Talliance sont :

« Amour de DieUf créateur et père de tous les hommes; « Amour de tous les hommes^ créatures immortelles et enfants de Dieu; « Amour de Jésus-Christ, fils de Dieu et sauveur des hommes. »

La devise est prise de TÉpître aux Corinthiens :

« Trois choses demeurent : la Foi, TEspérance et la Charité^ mais la plus excellente est la charité. »

L*œuvre de l'alliance est triple, ainsi qu*il résulte de la composition de ses trois comités :

Comité de bienfaisance; Comité des écoles et du patronage; Comité pour Vexposition et la propagation des principes ds r Alliance,

Dans tout cela, pas un mot de Justice, pas plus que dans le catéchisme des orthodoxes.

A qui donc ce monde prétendu réformé, prétendu vivant, prétendu ami des hommes, pense-t-il faire illu- »on au dix-neuvième siècle T

La profession de foi de V Alliance implique tout ce qu'il r a d'essentiel dans la doctrine catholique : — d'abord, (uant au dogme, l'existence de Dieu, personnel et distinct le l'univers ; l'intervention de ce Dieu dans les affaires de 'humanité; la Providence, la révélation, les prophéties, es miracles, la Bible, le péché originel, la Trinité, l'inhumation, la rédemption, la résurrection, la grâce, les acrements; — quant à la discipline, l'inégalité des conlitions, la subordination du travailleur, la charité en ^ise de droits, l'institution divine des gouvernements, me éducation du peuple selon les maximes prédestinajennes, et tôt ou tard, malgré les semblants de tolérance, a condamnation de la pensée libre et la proscription de a presse.

Nous sommes édifiés sur ce dogmatisme et cette discipline; mais je puis bien demander à MM. les pas- :eurs Coquerel père et fils , Montandon et Martin Pas- )houd, plagiaires du catholicisme, ses contrefacteurs, de ]uel droit ils se' sont séparés de Rome, et ce qu'ils ont Il nous offrir de mieux que Rome. Je puis bien demander i M. Odier, qui en sa qualité de régent de la Banque doit Mivoir ce que c'est qu'une balance ; à M. de Quatre-Fages, i qui ses longs travaux de zoologiste ont dû montrer, lans l'organisation des animaux, le principe de la division lu travail et de la série équilibrée; à l\f. Louis Figuier, ]ui n'a pas obtenu son diplôme de docteur es sciences sans comprendre la portée de cet axiome : Bien ne peut être ialancé par rien; je puis bien, dis-je, demander à ces lonorables philanthropes si l'amour àe Vv^vx ^V. ài^\^^>\s-

Christ leur parait une condition bien assurée d'équilibre économique et de stabilité sociale; s'il ne leur semble pas que la charité a depuis assez longtemps servi de prétexte à Texclusion de la Justice, et que le moment est venu de fonder le droit public sur des bases moins fantastiques, et réducation du prolétaire sur d'autres maximes?

Que des prédicants intriguent dans les déUx hémisphères pour la gloire de leur secte et la conservation de leur prébende, ils nls font après tout que leur métier de prédicants; mais des hommes tels que MM. Odier^ de Quatrc-Fages etL. Figuier, devraient savoir, quand la . bancocratie menace les mœurs et les libertés^ quand l'agiotage, l'escroquerie, l'infidélité, la concussion, là banqueroute, sont à l'ordre du jour, quand toutes les puissances du mysticisme conspirent Tabêtissement des peuples, que le moment est mal choisi pour prêcher les vertus théologales et distribuer leur Catholicon.

Un autre prospectus, sans signature ni date, mais qui émane de la nouvelle église gallicane, a pour titre :

IlESTArRA^TION DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE PRIMITIVE, aVCC

cette épigraphe tirée de Y Observateur catholique :

(( Le gallicanisme signifie aujourd'hui le catholicisme débarrassé de toutes les inventions ultramontâines ^ de toutes les superstitions. »

Qu'entend-on par inventions et superstitions ultro' montaines?

Est-ce la révélation des livres juifs? non; — la Trinité, le paradis terrestre, le fruit défendu, le déluge, la tour de Babel ? non ; — la divinité du Christ, la virginité de Marie, la rédemption, la transsubstantiation? non, non. — Est-ce la résurrection des cadavres? A Dieu ne plaise. < Ce dogme, « dit le prospectus, doit être aujourd'hui, comme au (( temps de la primitive l^^glise, mis sur le premier plan (K dans les instructions que les laïques donneront à d'au-

< très laïques. » Que veulent-ils donc? 11 s'agit de quelques bagatelles comme les indulgences, la primauté du saint Siège, surtout la défense de mettre la Bible entre les mains du peuple, défense que la papauté juge à propos de maintenir, et contre laquelle protestent les gallicans.

Se peut-il rien de plus idiot? Pareilles disputes se pouvaient comprendre il y a dix-huit siècles, au temps de V Église primitive, alors que le christianisme n'avait pas vécu, et que son idée ne s'était ni développée dans les faits, ni philosophée dans les écoles. Aujourd'hui... Mais qu'enseignez«vous donc à vos séminaristes, Monseigneur, qu'une fois devenus vicaires ils oublient si vite leur Credo, et que le nionde fourmille de prêtres réfractaircs, appelant comme d'abus du commandement de leur évéque, publiant dans les journaux leurs adieux à Rome, et se rattachant, assurent-ils, à l'Église primitive, dont ils embrassent avec ardeur la foi communiste, l'espérance résurrectionniste, la charité agapétique, et jusqu'aux diaconisses?...

Les nouveaux gallicans paraissent jaloux des triomphes du protestantisme et ne s'en prom<ettcnt pas de moindres du retour aux libertés gallicanes.

Les libertés du gallicanisme ! la tradition des concordats! Gomme si le peuple avait à gagner quelque chose à ce que son curé fût l'homme du préfet plutôt que l'homme de l'évèque! Gomme si la liberté politique de l'Angleterre et l'esprit philosophique de l'Allemagne étaient des créations de la Réforme ! Gomme si d'ailleurs, dans ces deux foyers du protestantisme , l'exploitation de l'homme par l'homme, le libertinage des mœurs, l'hypocrisie religieuse, le despotisme d'état, laissaient quelque chose à envier aux nations catholiques!

Vous parles d'Ëglise gallicane ! Sachez-le donc , il n*y

en a pas d*auirc que celle de Candide et de Pantagruel, et elle date de plus loin que la Réforme.

Je m'arrête : la vue de tant d*inepties me fait monter le rouge au front et suffoquer de colère. Bossuet a écrit les Variations des églises protestantes, et le protestantisme n*y a répondu qu^en récriminant. Or, qui dit variation en matière de foi, dit impuissance et jonglerie. Sommes-nous destinés à fournir \in nouvel exemple des mystifications réformées? Que je meure, plutôt que d*être témoin de cette ignominie. Charlatans, qui parlez de faire lire la Bible au peuple, commeifcez donc vous-mêmes par ap« prendre à lire dans ses textes originaux avant de la falsifier, comme vous faites tous, en langue vulgaire; commencez, vous dis-je, par approfondir ce chef-d'œuvre du machiavélisme hébraïque, devenu plus tard, entre les mains chrétiennes, un chef-d'œuvre de platitude, et vous aurez le droit après cela de nous parler de la Bible.

Au surplus, il est juste de le reconnaître , ces zélateurs de la simplicité apostolique sont encore moins à blâmer qu'à plaindre ; la raison parle à leur conscience, et le [tremicr mouvement de toute âme religieuse qui s'éveille à la vérité est d'accorder sa raison avec sa religion. Apres tout, l'homme de foi qui, comme les Bautain, les Lacordaire, les Félix, les Havignan, fait un pas vers la science, prouve déjà son bon désir ; à peine si on peut lui imputer le trouble dont il est à la fois la cause et la victime. La foi est si forte dans son cœur,. qu'elle ne lui laisse pas apercevoir l'indignité de ses sophismes : comment aurait-il le courage de secouer sa servitude? comment ne verrait-il pas avec horreur celui dont l'audace a brisé toute entrave ?

Mais que dire de celui qui , faisant profession de libre pensée, rétrograde des données de l'expérience aux r£«

vcrics de l'absolu, tend une main à la scionco et Taulro au miracle?

C'est Uescarles qui le premier, aprùs la réforme do Ite* con, donne ce triste exemple.

De quel droit ce philosophe, pénétrant au delà du phi» nomène, distingue-t-il entre la substance matériollo et la substance immatérielle, entre l'absolu et l'absolu ?••• IK) cette distinction chimérique entre les corps et les AmoR est née la fausse psychologie, où s'est consumée sans fruit Tune des belles intelligences du siècle, Jouiïroy. Quelle perte, je vous le demande, si les Écossais n'eussent jamais trouvé de traducteur, que dis*jo 7 si leur prétendue philosophie était restée dans le néant !•••

De quel droit ensuite le vénérable Kant, après avoir révolutionné la métaphysique par sa Critique do la Raison pure, s'en vient-il, dans sa liaison pratique, afflrmcr tout un monde d'absolus, contre-partie du mond.o phéno« menai, et postulé de la conscience et de la liberté 7

Réintroduit dans la science par Descartes, Spinoza, Kant, l'absolu tend aussitôt à se poser de nouveau en religion. Il produit ses systèmes, il élabore ses d/igmcs, il crée une gnose, il a ses initiés et ses profanes ; déjà mémo le jeune monstre est intolérant. Grâce à lui, inntmnihh^ ment la philosophie se reconnaît dans la théologie, avec laqodle elle fraternise; elle a son églii>e, son ortbodoiio et son hétérodoxie, son histoire et son exégèse, son pro» babilisoie, soo idectisine. Comme la théolc^ie, et plus que la théologie, elle se prétend d'accord avec Y^\ihysnrji^ tofodée eo science et rien qu*en science : sm quoi je Vki^ réie, et hn fais observer tré&'homblemeDt qu'elle en impose.

Je ttb qoll n*T a pas loin de M^^n à Vf^^tU-.^ et je ■"cBleB^d'aUleiirsréTonner eo d<»li^ U nînc^ilé r ^^;^iem^ ^ fOSiMHK* Si TéeletltHBtf; a rainené ^.CutmtkàUUÂ, n Vk

tanl mieux; je l*en estime davantage, et pour la rectitude de son jugement, et pour la probité de son caractère. Qu'il affirme ses convictions, quUI les manifeste, c'est son droit, et ce peut être son devoir ; je n'y contredis pas. Mais sur quoi fondé M. Cousin converti serait-il venu à nous dire qu*autre chose est l'éclectisme qu'il a rajeuni, et aptre chose le catholicisme; que le premier est le produit de la raison humaine opérant sur sa propre phénoménalité, et construisant la science de l'esprit; l'autre Texpression de la raison divine, dont les procédés dépassent l'observation rationnelle; qu'ainsi M. Cousin, assistant à la fête deç écoles et donnant la main à Tarchevêque de Paris , c'est la science profane appuyant de son témoignage la science sacrée, l'expérience d'accord avec la transcendance , la raison conduisant l'homme à la foi? Ce n'est pas delà philosophie, ce que vous faites là, M. Cousin, c'est du maquerellage...

J'ai lu avec grand plaisir, et, quoique je sois loin d'adopter les conclusions de l'auteur, avec assez de profit, Y Histoire des langues sémitiques^ par M. Renan, de rÂca^ demie des inscriptions; je goûte beaucoup moins ses Études d'histoire religieuse^ auxquelles j'ai à faire des reproches de plus d'un genre.

Quelle est d'abord cette prétention, si hautement exprimée, que la science est aristocratique, et que son sup> pléant naturel pour le peuple est la religion? Que signifie cette division de la société en deux catégories d'intelligences, les intelligences qui savent et les intelligences qui croient ? Jusqu'ici l'idée de renvoyer la religion à la multitude semblait d'un machiavélisme révoltant; M. Renan en fait un principe de philanthropie :

a Pour rimmense majorité des hommes, la religion établie est toute la part faite dans la vie au culte de Tidéal. Supprimer ou affaiblir dans les classes privées des autres moyens d'édu-

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M. Renan, qui se classe luP-même en dehors de la tourbe religieuse, pourrait passer pour un des coryphées de ce système.

Mais qu*a donc le monothéisme en soi de plus intéressant que le polythéisme? Est-ce que celui-ci n*est pas tout aussi primitif, aussi naturel, aussi moral, je dis plus, aussi impérieusement donné dans la spéculation transcendantale, que l'autre? Est-ce que nous ne les voyons pas, dans Thistoire de tous les peuples, se succéder l'un à l'autre, comme thèse et antithèse, au gré de la politique et des circonstances ? Au commencement , chaque ciîé grecque avait sa divinité propre, c'est-à-dire que sous des noms divers Dieu était un pour tous les Grecs : c'est , ce mo semble, la tradition orphique. La confédération fait régner partout le polythéisme, qui disparait ensuite dans Tunité romaine, transformée en christianisme. Mais à peine celui-ci est établi , qu'il se- refait polythéisme par sa Trinité, sa croyance aux anges, aux saints» aux démons, etc. La même chose s'observe parmi les Sémites... Comment M. Renan, qui apprécie à sa juste valeur Tuuitarismc moderne et en montre si bien l'inconséquence, ne voit-il pas que toute son argumentation retombe sur lui ?

Il faut une religion au peuple, il en faut une à tout prix. £t pourquoi faut-il une religion aa peuple? Parce qu'il faut que le peuple, qui n'a pas eu la bonne part, et qui, comme Marthe, doit servir, apprenne par la religion à être content de sa servitude. Voilà le secret de tout ce charabia académique.

Qui ne sait que la distinction prétendue de la raison philosophique et de la raison théologique en matière d'absolu, par suite leur soi-disant raccordement, se réduit, après avoir posé le dogme comme parole, révélée, d'abord à le concevoir comme une évolutioQ c(çç ço^œpts,

puis à prendre celte évolution fantastique comme une démonstration rationnelle et positive de l'absolu, de cela même que le théologien n'admet que sur la foi de miracles et d'apparitions? C'est le résultat le plus clair de l'histoire de la philosophie, qu'on ferait tout aussi bien d'appeler philosophie de la philosophie. Elle nous montre, cette histoire merveilleuse, comment, une fois saisi par .l'absolu, l'esprit est entraîné continuellement, sans pouvoir se retenir ni se fixer à rien, à travers les régions désolées^ thofiou oua hohou^ du matérialisme, du spiri- - tualisme, du mysticisme, du théisme, du ;panthéismey de l'idéalisme, du scepticisme; comment ensuite, prenant ses idéalités transcendantales pour sujet de la Justice et loi de sa pratique, il tombe dans l'adoration de sa propre chimère, et parcourt, ange déchu, les cercles expiatoires du fétichisme, du sabéisme, du brahmanisme, du magisme, du polythéisme, du messianisme, du para* clétisme, en sorte que, dans cette double chaîne de philosophies chimériques et de. révélations insensées, il n'y a de distinction à établir que celle du fractionnement et de l'inconséquence.

Aussi ne vous étonnez pas que la philosophie, comme la théologie, incline au despotisme. Toute philosophie de l'absolu a pour résultat inévitable de soumettre la conscience à une sorte de fatalisme spéculatif à priori : il n'y a pas un philosophe, s'entendant avec lui-même, qui, partant de l'absolu, affirîne la liberté. Or, qui nie la liberté nie la Justice et affirme la raison d'État : il n'y a pas un philosophe, sachant d'oii il vient et où il va, qui, partant de l'absolu, ne soit contre-révolutionnaire.. •

Mais il est un spectacle plus triste encore, celui de la science se faisant, à la suite de la philosophie, la servante

de la religion. Galilée tomba dans cette faute. Si Ténormité de sa condamnation n'avait couvert sa chute, on saurait que le motif qui détermina l'Inquisition à lui faire son procès fut que Galilée, non content d'enseigner le mouvement de la terre, prétendait l'accorder avec la Bible, qu'il interprétait à sa manière, pour la siûrcté de la foi et la gloire de l'Église. De quoi se mêlait [ce physicien? Pourquoi, chez un savant de profession, ce souci de la théologie? Quoi de commun entre le mouvement des sphères et la sainte Écriture, entre la géométrie et la révélation? A coup sûr le Saint- Office fut absurde autant qu'atroce ; mais lui, Galilée, l'homme de la science, l'interprète de la nature, accourant avec son télescope au secours des mystères, proclamant avant d'avoir vu l'infaillibilité de la révélation, et par le fait réduisant la science au probabilisme , quelle honte!

Combien en trouvez-vous qui aient été plus sages qiia Galilée ?

Est-ce Newton , accusant de fragilité le systènie du monde démontré par lui-même, et |:éclamant pour en soutenir l'équilibre la main de Dieu ?

Est-ce Cuvier, conjecturant, disait-il, d'après ses découvertes, que l'état actuel du globe ne date pas de plus de 5 à 6,000 années ; accordant ainsi, pour la satisfaction de sa piété, je le veux croire, non pour la sécurité de sa fortune, sa raison de savant avec sa foi de protestant, et tendant à l'exégèse un argument qu'elle dédaigne aujourd'hui ?

Je n'entends accuser personne, pas même les morts* U

tendance à justifier le mythe religieux par les données

de la science positive est trop générale , elle a quelque

chose de trop séduisant, je dirai même de trop humain»

pour qu'en la dénou^iaTiX ^n^c; feïvcc%\^ \^ x^^^i ^^ss» cas

toute réserve en faxeiir des personnos. \ji situation fsl sans exemple : Topinion n'a pas eu le tfimps ào se formor; puis, la calomnie détruirait ma thofio. f/osl en vue (\o sauver la morale que la science offre à la foi Tappui de sa sanction; et c'est celte intention, honorable dans <:es motifs, mais illusoire dans ses moyens et funeste dans ses résultats, que j'accuse. Ici, le but cherché est le même pour tous, c'est la Justice; nous ne différons que p.ir le principe: j'espère que, rendant justice à la loyauté do mes adversaires, on voudra bien rendre aussi justice h la mienne.

Qui oblige M. Flourens à soutenir, comme une vérité d'anthropolegie, Thistoire du couple adamique et la descendance de toutes les races humaines de ce couple ]f Quand cette généalogie serait aussi bien établie qu'elle est loin de l'être, il en résulterait seulement que les rédacteurs du Pentateuque et des Paralipomènes ont su le fait avant nous : elle ne prouverait rien ni |x>ur la révélation molsiaque ni pour celle du Christ, choses qui ne peuvent être attestées que par la raison théologique, et n'ont rien de commun avec la science.

Qui force M. Leverrier, l'inventeur de Neptune, un homme qui doit sa gloire à la certitude mathématique, qui le force, dis-je, de recommander aux professeurs de l'école polytechnique de se montrer sobres, dans leurs cours, de considérations sur la certitude, comme d la science n'était elle-même qu'un probabilisinc, comme si les vérités qu'elle proclame avec une si haute assurance faisaient tort aux lueurs vacillanlos de la foir

Pourquoi M. Beudant, professeur de géologie et in(MU- I*ede l'institut, se croit-il oblige, en racontant la forlotion du globe, de faire une petite rcclaivve ^\\ ^ws^wx ^v^ hCf^nê»», qull n'a pas hic, et donl W i\c \v\\ v\\^\^\\\^^\v^^^'^

pas plus qu'à Galilée de se faire l'interprète? Je lis sur la couverture de son livre : Approuvé par Mgr l'Archevêque de Paris. Que signifie cette approbation? Est-ce comme savant ou comme théologien que Tarchevèque approuve?

Pourquoi M. Dreyss, professeur au lycée de Versailles, dans sa Chronologie universelle, publiée sous la raison sociale Duruy et 0«, adopte-t-il, pour toute l'histoire ancienne antérieure à Cyrus, le système biblique? Estrce de la science qu'il fait, ou de la théologie, quand il parle des temps anté-diluviens ^ de la mort d'Adam, do Noé et de ses trois fils, et qu'il passe sous silence les chronologies égyptienne et chinoise?

En Allemagne, le professorat mène la société : il faut avouer que chez nous il ne se distingue en général ni par le génie ni par l'audace. Royer-Gollard nous fait rebrousser vers le spiritualisme; M. Cousin nous jette dans l'éclectisme, JoufTroy dans l'écossisme, M. Guizot dans la doctrine; M. Jules Simon recule jusqu'au platonisme, M. Damiron nous i^onge dans la bouteille à l'encre. Est-ce tout? M. Nisard est fervent chrétien; M. Lenormant croit de toute son âme; M. Saint-Marc Girardin défend la grâce efficace. Gageons que je ne m'arrête pas à cent. Par contre, Broussais est 'excommunié, Michelet destitué; d'autres, que je pourrais dire, donnent leur démission et se taisent. Il ne faut pas que le professeur, en France, parle plus haut que sa chaire, à moins que ce ne soit pour dire du bien de M. Tartuffe, et louer le gouvernement.

Quelqu'un, dont on n'a pu me dire le nom, a bien osé, en pleine Académie de médecine, soutenir la divinité de Jésus-Christ. Qu'on place un crucifix à l'amphithéâtre d'anatomic, cela fera tout aussi bien qu'à la cour d'assises et sur le dôme du Panthéon ; mais je voudrais savoir

en vertu de quelle loi d'Hippocrate, d^ CalietJ, <t'IU»««ou de Bichai, le pieux médicastre préU»d iiii(«MM u M^m^ sa christologie?

Mais voici quelque chose de plus réjoui^isant. Mii'^Hid/^pathie esl née d*hier ; elle e(4 ^sùicfxiz au hi'jiÀ:iiU , ai ûiijif le mysticisme s'en empare. C'est la wiitAhiMH: bpii ituali»U , disent les charlatans de la jésuitièi<^; elle c-^l plut ancienne qu'Hippocrate : elle exisU; d<^uife 1<: iAMautatà^A;ment du monde; elle est d^origindi; burliuiiiaîiif:; i;ll4: fjit partie de ces semeoees précieub<j£ qui, a%M; la paiol^-, l'écriture, l'industrie, ont été donnéf^s à l'Ik^^niM; <i<:A i* premier jour par la Sagesse créatrice:.... fAud^-à étUtéUtH' taires éTkaméapaikie, par le F. Alexis K>I'a>k<. iii-l;^, Paris, 1856.) VestH^e pas que ï'itoiuhi^fkiïkke, atnw a propos pour saorer le yi^f^xui^iiHat:, et la hiUU:, et la gnose, tout en doqs guérisfiaot de la fM;we et du ^i^iUi <; <

IXAJl

Après les seieneesnatureii*^, vok. kst »c*f;f«<>er u^^^a.'.r; politique, jurispnideiice; liiWfa'ii«f<:. ar.. i«iv>ut, W* jours, la suzeraioelé de l'aiiàOiii . ps^rvjai. tou/^ui f., (>^iw gage de véracité, de proUU:. <m; Oi^fiiU: Ou î£éiii4:. i li>i>.' crisie de la foi. Le prxilfabiiioiiA a eijj^iOi<j I iÀ:ii>iÀuujL:, l'éclectisme a eiigesdr%: k <i<>;iriiiarjtMiitfr, 1^: c^/i'A4'kiààfiunA: a engendré le roanflltui^. ijt f^n^^^ij <:i»( au 4>>ii«(>kH , organisée dans Xfjf^t^ mts (bouiurt ùk lêiti t^A:ui\ et ^>i dant toutes les îs«j€«. IJj^ du a la LiÏM-rj., u la iutoii^>(-^ au Travail, à la SeieiK^, a ia V<À^à^., a ! HkM^iiMr, a i k\gèbre : Montrez tc45^ f^sriîi*;**. c vitî//>//K-, bi<i/>i< on ne passe pas!

Pourquoi la GHHUtJVtkc <it J>/4t t. <:b^,-'';U j/l.i'>éA: w/un l'invocation de rCxnE; ^n^t^tun^ ^Jàs/:*-. '^»m: *aiïu *U ït^'Mi, fidèle à Ytsfuh de (i9, n'^^k a y^t *^/j,*j f All>/ w>i U*ft^i, et vous recomaîtr^, i u/in Hfr^t/U^ mf\HkM:, ma U^

Il M

honorables consiitiianls u*avaicni foi ni à rhumanilé, nt à la liberté, ni à la Justice, ci que c'est pour cela qu*Us crurent devoir placer leur œuvre sous la garde du Très- Haut.

Pourquoi le citoyen Mazzini a-t-il choisi pour devise ce mystérieux binôme : Dio e popolo^ Dieu et peuple, appropriant à sa démagogie le système mi-parti de catholicisme et de libéralisme de Gioberti? C'est que le citoyen Mazzini croit aussi peu à la vertu humaine^ seule base possible de la république, que nos constituants.

Pourquoi M. Guizot, qui a écrit quelque part, dans son Histoire de la Civilisation, ces propres parx)les. : % Il « est évident que la morale existe indépendamment des « idées religieuses, » s'occupe-t-il avec tant de ferveur de la réunion des églises, après avoir accompli, diton, la fusion des dynasties? 0 vous dont le dédain tombe de si haut sur les injures de la critique, que vous feriez bien, pour votre honneur et notre édification, de nous dire enfin quelle est votre foi, de celle de Rome ou de celle de Genève; votre prince, du légitime ou du quasi-tégitime; votre politique, de la Révolution ou de la contrerévolution ; votre morale, de la grande ou de la petite!...

Pourquoi M. de Tocqueville, dans son dernier ouvrage sur V Ancien régime et la Révolution, préconise-t-il à son tour l'accord de l'aristocratie et de la démocratie, du catholicisme et de la Uberté? C'est que M. de Tocqueville, de même que M. Guizot, excellent chrétien, est, en matière de liberté et d'égalité, parfaitement incrédule.

Pourquoi M. Troplong attribue-t-il au christianisme la supériorité morale des législations modernes sur les législations anciennes, quand il est prouvé par l'histoire que cette supériorité est l'eiTct de la perfectibilité humaine, dont le christianisme ne fut tout entier que la légende? C'est que W. Tyoy\ox\^, IcycV \v^\i\le à. tirer les

conséquences d'une formule juridique, mais incapable do découvrir en sa propre conscience la source de la Justice, nie en conséquence la perfectibilité.

Pourquoi moji savant et honorable compatriote M. Oudot, professeur de droit à la Faculté de Paris, d* accord avec M. Jules Simon et une foule d*au(res, fait-il du droit une dérivation du devoir, dont il place le princi])e dans ridée de Dieu ? C'est que la raison de M. Oudot, de même que celle de M. Jules Simon, ne peut pas s'abstraire de cette idée Qxe de la Divinité.

Quand je parle de Dieu, je ne puis m'empécher de penser a.tt diaï)le. Qui diable donc avait mis eu tète à ce brave Eugène Sue de conseiller à la démocratie française» fille ainée de la Révolution, de quitter le catholicisme pour se faire unitaire?.,. D'autres, aussi heureusement avisés que Sue, proposent le protestantisme. Déjà M. Louis Blanc, héritier de Téloquence et des idées de Robespierre, avait indiqué le mouvement religieux' du 15* et du I6<^ siècle comme le point de départ de la Révolution. Fiez-vous donc aux historiographes!... Quoi! nous aurions repoussé au 16' siècle la réforme, au 17<^ le jansénisme, au 18* les Jésuites, pour devenir au 19* disciples de Channing! Après trois cents ans d'ironie, nous renierions la foi de Rabelais, de Molière, de Voltaire, de Diderot, de Danton, la vieille, l'inexpugnable foi gauloise ! Et pourquoi, grand Dieu? pour une logomachie américaine!

Certes, il n'est pas de journal que j'estime plus, pour l'habileté de sa rédaction, que les Débats^ et qui sache mieux se tenir dans les temps mauvais. Mais ce doyen de là modération bourgeoise n'est-il pas d'iin degré audessous de MM. Eugène Sue et Louis Blanc, quand il se déclare, avec tant de vivacité, pour l'école spiritual Ule contre l'Église; quand il prétend que cette école a sauvé la France du matérialisme; quand \\ se àW \\\i^ '^'^^ ^^

Y Évangile que le pape> et qifil met au rang des défenseurs de la liberlé les apôtres, les dirangélisies, Jésus-ChrisI ; quand enfin il défend contre les ultramontains les galli' eansf Mieux que personne, cependant, le Journal des Débats doit savoir que tous ces mots de matérialisme et spiritualisme, théisme et athéisme, religion et nonreligion, hors de la métaphysique, n*ont plus de sens.

Je ne parle pas du Siècle^ qui a repris avec un certain succès de boutique la petite guerre que le Constitutionnel faisait autrefois aux jésuites. Le Constitutionnel ^ en passant à la contre-révolution, est devenu logique; le Siècle plaidant à la fois Qour la démocratie et TÉvangile, affirmant ex cequo la liberté et la religion, le travail et la charité, Saint-Simon et le Christ, déblatérant au nom de Dieu contre les prophéties et les miracles, est à la hauteur de sa clientèle.

Pourquoi M. Henri Martin, pour ne citer que ce seul exemple parmi nos historiens providentialistes, présentet-il Jeanne d*Ârc comme une envoyée du ciel , revêtue do la mission spéciale de délivrer la France des mains des Anglais, quand il résulte de son propre récit que cette jeune enthousiaste ne fut que Texpl^ession de la pensée universelle, aussi simple que féconde, qui consistait, en 1429 comme en 1793, à soulever le peuple et à le jeter en masse sur l'ennemi? C'est, il faut bien le dire, que M. Henri Martin en est encore à placer les causes de l'histoire hors de l'histoire même, ce qui signifie que s'il la raconte bien il ne la comprend pas.

Pourquoi le conseil de l'instructioa publique fait-il expurger Voltaire? Pourquoi proscriUon Diderot?

Pourquoi l'Académie ft*ançaise ne propose-t-elle jamais pour le grand prix de 30,000 fr. que des œuvres évangéliques, d'une piété et d'une orthodoxie irréprochables? Pourquoi les œuvres qu'elle couronne, fidèles à ce qu'on

nomme les bonnes doctrines, c'est la condition obligatoire, sont-elles en général si ennuyeuses, si vides, si nulles?

Pourquoi feu M. le ministre de Tinstruction publique Fortoul adressait-il à un professeur son subordonné cet étrange reproche : Vous n*ètes pas chrétien dans vos cours! ce qui lui attirait celte réplique : Monsieur le ministre, je ne suis ni chrétien ni antichrétien, je fais de la science ?•••

C'est, je le répète, qu'en fait de morale, le monde en est resté au probabilisme et aux jésuites. Dieu est le grand Peut-être sur lequel, en dépit de notre libertinage, ou plutôt en châtiment de notre libertinage, nous continuons de fonder notre police; car, vraiment, j*aurais honte de dire notre Justice. Il nous faut, tant nous nous sentons indignes^ un sujet du bien, du beau, du juste, du vrai, autre que nous-mêmes; un sujet de la foi conjugale autre que l'époux et l'épouse; un sujet de la famille autre que les parents et les enfants ; un sujet de TÉtat autre que le citoyen et le travailleur. Et comme il faudra tôt ou tard 'réaliser ce sujet hyperphysique» lui trouver une expression vivante, un organe, un héraut, on nous verra, dévots de l'absolu, aboutir à l'absolutisme pontifical, impérial, dictatorial, saint-simonien. Le sujet mystique, antérieur, supérieur, extérieur et entremetteur de notre droit et de notre devoir deviendra Innocent III, Gharlemagne, Robespierre ou Enfantin.

Accourez maintenant, pour donner à ces conceptions sublimes les embellissements de votre art, poètes, statuaires, musiciens, décorateurs! Qui aurait le courage de vous accuser, enfants perdus de la fantaisie et du caprice, incapables de ne parler qu'après avoir réfléchi ; enthousiastes dont le lyrisme se sent d'autant plus à l'aise qu'il respecte moins la raison et la mesure ; pour qui la Justice signifie bénédiction» la morale plaisir, le travail largesse.

H qui trouvez le peuple toujours assez riche et la cifè assez libre quand le prince est magnifique !•••

J'en aurais long, si je voulais tout dire; ces exemples <6unisent pour montrer aux moins clairvoyants à quel abaissement cette fureur de piétismc promet de nous faire descendre. C*cst la mort du génie français. 1^ franche i^tude découragée, la vraie vérité proscrite, c'est à qui se fera, avec le plus d'impudence, corrupteur de la raison publique; à qui mentira le plus lâchement à sa science et à sa conscience, falsifiant les faits, dénaturant la langue et travestissant Fhistoire.

Pour le progrès de Tœuvre, l'hypocrisie des vivants ne suffisant pas, on conversionne les agonisants, on exhume les trépassés. Lamennais a fmi dans l'impénitence, ce n'a pas été sans peine; mais le corps d'Arago a passé par l'église, Béranger a reçu son pardon : eu faut-il davantage pour dire qu'ils se sont réconciliés? Les journaux ont parlé des morts édifiantes du maréchal Saint-Arnaud et du comte Raousset-Boulbon, l'aventurier de la Sonora. Henri Heine, grimaçant contre TÉternel, a* uni par des compliments à lÉglise et au^ jésuites. On en promet d'autres. M. Nicolas cite des documents posthumes desquels il résulte que Cabanis, Broussais, Jouflroy, Hégésippe Morean, sont morts en confessant la foi du Seigneur. Car ce n'est pas assez de damner l'incrédule, il faut, pour la gloire de l'Église, que l'incrédulité ne se soutienne pas. Damnés et confondus dès cette vie, c'est ainsi qu'elle nous veut, comme ces assassins qui disent à leur victime : Abjure, et puis, Meurs !

Le comble de l'aberration a été d'avoir rend a la Révolution complice de ce système de mensonge, en faisant d'elle un produit, qued\â-\et\e comvVbs^^»^^^ larévéU*

ÎMOÊk I ■■/ lii— r L BEimrp d nssa canense pour que noiB CB taachkns quelques malsu

Lie cvaidière oommus de l'é^K^Qe des Césurs et de li fin du dû4nîlîème âècie est le TDnmrement (Têmnnci]^tioD populaire: il s^eD b pas falla daraDtaiïe aux partisans mystiques de ia RérolfitiaD pmir en raltadier les omises à la missioD de léBus-QirisL L^ancienDe iDomrcfaie, qui fit tant eentjne la papauté, qui pendant soisantje-dix ans renierra dans Avifaon. a^aît teou à se dire (rés-rkrê' tienne. Dès 17ë9, la noureile démocratie, plagiaire de la royauté, n^imagiae aussi rien de mieux que de se réclamer du réformateur de Nazareth. L'idée une fcHs éclose, on ne pouvait s^arrèter en s beau cbemin. Une secte de conciliateurs se forma pour accorder TÉvaDgile et la déclaration des droits, interpréter le dogme, arranger rhistoire, expliquer la Providence, créer, .enfin, au point de vue de la Rév(rfution déniociatiqtie et sociale et au détriment de TÉglise, tout un système d*exégèse et de probabilisme.

Ces rêveurs de nouvelle espèce ne doutent pas entre etix qu'ils ne possèdent la vraie foi. Gomme il n*est pas donné à Thomme d'imaginer quoi que ce soit de complètement fou, de rien accomplir d'absolument hiutile, on peut dire qu'ils ont porté le dernier coup au christianisme en le faisant synonyme de Révolution.

Encore si ces deux mots : Récélation et Révolution^ étaient en corrélation dialectique; si le Droit divin et le Droit humain formaient entre eux ce qu'on appelle une antinomie, ils pourraient se construire dans une synthèse supérieure, comme le travail et le capital, la propriété et TÉtat, ou toute autre dualité sociale. La conciliation des deux termes ayant quelque chose de rationnel, on pourrait soutenir qu'aucun ne doit être éliminé, et Tespérancîe àes néo-chrétiens serait vaVVowwviW^.

Mais il n'en est rien. La Justice révolutionnaire et la Justice théologale ne sont pas deux puissances qui s'équilibrent; elles sont l'une à l'autre ce que l'idée positive est à Pallégorie, la science au mythe, la réalité au rêve» le corps' à l'ombre. Je ne dis pas précisément qu'elles s'excluent, puisqu'au contraire, comme je l'ai plus d'une fois expliqué dans ces études, l'une apparaît dans rbbtoire comme le signe ou symbole dont l'autre est l'accomplissement ; je dis que, la vérité connue, il n'y a plus lieu de s'occuper de l'allégorie, et que celle^^i doit être écartée, ainsi que les chrétiens le disent de l'ancienne loi dans leurs cantiques :

La Térité succède à Tombre, , - La loi de crainte 8e détruit ;

La clarté cbasse la nuit sombre.

Et la loi de grâce nous luit.

£t certes ce n'est pas vous. Monseigneur, qui admettrez, avec CCS ressuscites de la primitive Église, que les dix'huit siècles déjà écoulés du christianisme ne sont qu'une préparation au christianisme véritable, à un chnstinnisme philosophique, socialiste, anarchique, fait à l'image de la Révolution ;

Que ce prétendu christianisme social aurait commencé de poindre vers l'époque de Roger Bacon , à l'établissement des communes, dirigé précisément contre la féodalité papale; qu'il aurait eu pour précurseurs Paracelse, Télésio, Jordano Bruno, Campanella, Ramus, Fr. Bac^n; l^our pères et représentants, Copernic, Kepler, Galilée, Newton, Lessing, Kant, Hegel, avec Strauss et Feuerbacb; de même que le premier christianisme aurait eu pour ancêtres non pas seulement les patriarches, les prophètes et les pontifes de l'ancien Testament, mais aussi Socrate, Platon, Zenon, Cicéron, Térence, Sénëque, Apollonius de Thyane, Simon le mage, Ëpictète, auxquels il faut joindre

encore les Kabbalistes, les Hellénistes, les Gnostiques, tous ceux que TÉglise a ^.successivement traités d'idolâtreSy d*héréliques et d*athées.

Vous n'admettrez pas que l'histoire de la philosophie, des sciences et des États ne fasse avec celle du christianisme qu'un seul et même système, aboutissant aux affirmations de 1789, 1793 et 1848, ce qui serait précisément abjurer le Christ et condamner la religion, pour vous jeter dans la théorie humaine et révolutionnaire de Timmanence;

Que, d'après cette nouvelle façon de comprendre le christianisme et d'interpréter TÉvangile, la théocratie, fondée au dixième siècle, ait été une déviation du vrai christianisme, déviation arrêtée, il est vrai, dans les vues de la Providence, mais qui n'en aurait pas moins été une défaillance de la foi et une éclipse de l'Évangile;

Qu'ainsi la Rome chrétienne aurait été, depuis Charlemagne jusqu'à la Révolution française, aussi bien que la Rome païenne, la prostituée de Babylone, et le pape un antichrist;

Que, dans le plan du fondateur, l'institution évangélique devait avoir d'abord un efl'et contraire à son effet propre, lequel ne devait se produire qu'après dix-huit siècles révolus, par le massacre des prêtres et le culte de la Raison ; que pendant ces dix-huit siècles le christianisme aurait dérobé aux Pères, aux Docteurs, aux Conciles, à toute l'Église, le secret de sa marche, pour se révéler enfin dans le sans-culottisme, le babouvisme, le cabétisme;

Que les Origène, les Augustin, les Thomas, les Bossuet, tant de théologiens du plus profond génie, n'y ont rien compris, et que le secret de l'orthodoxie était réservé à d'humbles laïques, à de pieux philosophes de notre siècle, tels que MM. liuct, Bordas-Denioulin, Arnaud (du Var),

Fr. Morin , OU, Bûchez, et autres personnages dont le savoir égale l'honorabilité, et qui méritent que nous séparions profondément leurs théories de leurs personnes.

Non, dis-je, vous n'admettrez pas, en dépit des concessions favorables de MM. les abbés Milraud , Guitton, Lenoir, du R. P. Félix et autres, que le prêgrès, qui n'est autre qnc la justification de l'humanité par elle-même, se concilie avec le péché originel... Raisonneur sincère autant que prêtre loyal, vous ne concevrez pas plus de socialisme chrétien que de religion par expérience , de foi positive, de république féodale, A*empire démœra' tique et de mariage libre. Tous ces mots, direz-vous avec moi, hurlent les uns contre les autres ; ils forment des accouplements monstrueux, propres tout au plus à représenter le pêle-mêle d'une transition, mais inca(>abies de définir organiquement une période ni un système.

Mais, Monseigneur, si vous rejetez toute cette interprétation néo-chrétienne, comme injurieuse, arbitraire, fausse,, tendant à l'apostasie et à l'athéisme, il vous faut rejeter encore, et par les mêmes motifs, votre exégèse, voire probabilisme, et toute prétention de concilier la raison théologique avec la raison scientifique, ce qui veut dire qu'il vous faut renoncer à rendre votre révélation seulement intelligible, et votre absolu probable. Je dis plus : il vous faudra reconnaître tout à l'heure que vous avez compromis la morale et troublé les consciences, en donnant pour base à la Justice une conception dont le sujet hypothétique ne peut pas recevoir le moindre commencement de preuve ; confesser que le monde a été par vous livré à la fantaisie, à l'hypocrisie, à la tyrannie de votre transcendance, et faire amende honorable entre les bras de la Révolution, qui seule peut dire : Ego sum Km, Veritas et Vita j Je suis la Voie» Id Vérité et la Vie. .

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