III. Organisme de la raison publique
L'idée de Tabsolu s*étant réalisée dans toutes les créations de Tancirn régime, Tidée de la Justice doit se réaliser de même dans toutes les institutions du nouveau.
Vous demandez quel est Torganede la raison collective?
Naturellement ce ne peut pas être Tindividu, bien que rindividu soit capable, par Thabitude de la dialectique et par la pratique de la Justice, d'exprimer avec plus ou moins de bonlieur la pensée générale. Trop d'absolutisme se mêle aux œuvres de la personnalité pour qu'elle puisse être jamais prise pour arbitre du droit.
L'orgone de la raison collective est le même que celui de la force collective : c'est le gro\ipe travailleur, instructeur; la compagnie industrielle, savante, artiste; les académies, écoles, municipalités; c'est l'assemblée nationale, le club, le jury; toute réunion d'hommes, un un mol, formée pour la discussion des idées et la recherche du droit : Ubicumque fuerint duo vel ires congregati in nomine meo, ibi sum in medio eorum.
Une seule précaution est à prendre : c'est de s'assurer que la collectivité interrogée ne vote pas, comme un homme, en vertu d'un sentiment particulier devenu commun ; ce qui n'aboutirait qu'à une imniense escroquerie, ainsi qu'il se peut Toir dans la plupart des jugements populaires.
Posons donc ce principe : L' impersonnalité de la raison publique suppose pour organe la plus grande multiplicité possible. Et c'est seulement afin d'assurer cette imperson-
nalité qu'il ptiiîf \ii-' » p . .,■ débats et ia ; ir :.^ :•• n : .•• . .
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ment il est devenu pour le travail une causé de réprO' bation et de servitude.
a Jeunes écrivains, le juste et le ^Tai sont deux termes auxquels toute raison particulière aspire avec force, mais qui ne sont donnés avec plénitude que dans la raison collective, dont la logique et Texpérience s'accordent à démontrer rincompalibilité avec Tabsolu.
<K Jamais donc vous ne supposerez dans vos écrits, comme réalité positive, nécessaire à Fintelligence et à la sanction de la Justice ; jamais vous n* admettrez dans vos définitions et vos théorèmes, qui tous doivent porter exclusivement sur des faits et des rapports» ni Dieu, ni âme, ni esprit, ni matière, ni ange, ni démon, ni paradis, ni enfer, ni création, ni résurrection , ni métempsycose, ni révélation, ni miracle, ni sacrement, ni prière, rien enfin qui implique une existence de Tabsolu séparé du phénomène, une manifestation en soi de l'absolu.
(( Ce serait superstition pure, la mort de la science, de la morale et de Fart.
« 11 se peut, il est rationnel de penser, d'après la marche des sciences, qui nous révèle sans cesse de nouvelles essences, de nouveaux absolus; il se peut, disons-nous, que Dieu, l'absolu des absolus, pas plus que la maliëre dont Tunivers est formé, ne soit un pur néant : c'est une hypothèse qu'il serait d'une égale faiblesse d'esprit de nier ou d'admettre, et c'est déjà le signe d'une raison malade des*en préoccuper. Ce qui est certain, c'est que cet absolu qui, sous le nom de Dieu, nature, force créatrice, se présente sans cesse dans le discours pour la commodité de l'exposition , n'existe pas pour la science en dehors de la phénoménal ilé universelle; que hors de cette phénoménalité il doit être compté par le philosophe comme rien, par le jurisconsulte comme moins que lion, pnr récrivaiu el YavWsVô eo«\T!îv^\^^^wV^\ftft<lerii'«.
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relations de miracles, trouvent-elles dans ce même Institut un favorable accueil? Pourquoi pe .qui est dédaigné, conspué, voué au cabanon par MM. de l'Institut, chez les adeptes de la sorcellerie moderne, est-il loué» récompensé, couronne, chez les apologistes de la foi? Sur quoi fondés élablissent-ils entre ceux-ci et ceux*là une diffé* rence?
Nous sommes vis-à-vis de l'absolu eh état de guerre. Jusqu'à ce que l'humanité ait secoué cette terreur, il est du droit et du devoir de la Révolution d'en poursuivre partout les vestiges et d'en neutraliser Tintluence. Notre moralité et notre progrès en dépendent. D'autres, en haine de TÉglise, dont la conduite après 1848 a trompé leur attente, voteront la suppression du budget des cultes : satisfaction promise à la Révolution, dont je n'ai plus à m'occuper. Je demande que le lendemain de ce vote on n'ouvre pas un crédit pour la célébration de quelque fête à l'Être suprême; je demande que la foi théologique reste à l'avenir dans le cœur des croyants, devenus pour tout de bon, selon la parole de l'Évangile, adorateurs en esprit. Quant à la multitude, la seule religion qui lui convienne désormais est celle de sa propre dignité. Âpprenons-lui, à cette multitude trop longtemps avilie, que ridée de Dieu lui fut donnée comme allégorie de la Justice ; et Dieu et la Justice y gagneront tous deux, le premier de mériter enfin notre estime, la seconde de n'être plus tenue en échec par sa soi-disant caution.