‹ De la justice la révolution et dans l'église;Chapitre 34 sur 45 · IV. La raisonpublique^ seule garantie de la foi publique · texte numérisé non relu

IV. La raisonpublique^ seule garantie de la foi publique

Où l'absolu règne^ où l'autorité pèse sur l'opinion, où ridée d'une essence surnaturelle sert de base à la morale, où la raison d'État prime tous les rapports sociaux, il est inévitable que la dévotion à cette essence, l'autorité qui

— ^tÂâ —

[a repiésenlfc, ks excemionf qt'fiiit crt?* at a.'' a; e; ne devoir- les ini^êU ai.' nia îai» E:tj..rf . .' emiori'în: :.ll> les c.OBur* sa: le resi»er: ôf: il î ♦. ituimqat . sf au v-.j: dire que, f.oiiiiiHr k raisoL îiuiiijqïif: ss: iau»:^- it J jl publique est nulàt.

Ceci est le dernier decrt ùt ù'j^tnr'LÛ'JL ant-ua T»iLî5=<f desceodre ime société.

C'est dt'yarai mal hisn p-anf.. e; Dié zcèi-fiiisiii*^ Liaîief oui servi à le faire comfireniirf^ çulul. lit: >-j.if âf .' jlvasion de l'absolu, loul£ Ja>îjî** 5é: truL-ve itiiLrj.:\.r zk.'j§ les relations humairjef. dkit* "ô:v:iii:iiiiji:- jf: ^'•L'er'nemcnt, réducalion, le travail.

Maif l'immoralilé ne f"arr-!ie inié \k : âan? nnf f»:t:*i^^i livrée de fait au priibaiiliisiûr , it fj.tè.iê aTii '•rirtgemenis, la constance dans ies mLi.siei -.1 .l î-.:o[fduite, deviennent de ]»înï en TiJik rLre>; ez *»»r*i j-'à Tiniquilé générale des siîualijii? <»r p^D-^:.;. i*"^: i:* qu'ils ont de plus odieLiî. le iL-fZi>j:i^t. il .jL*. :-:•:.. >t vénalité, et par contie-cou;!. le Sj-]i:-:'L l:/jîr.i fs ^ caloniDie.

Qui [>onrrail vi%Te dais une «»o"iétt J'oia V:niî.i î >. wt.: bannie? Or, quand la foi publique îu:-*-lje piJr .ijIçi**ment violée, le mépris des principe» et d*^ seJiu-: u -^'htiqué sur une plus grande échelle que de;«iiii k I;êi > lution?...

Fruit de la Révolution, répioideat no? adv^-û :ef. — Oui, comme Tapostasie et lliérésîe furenl k ij-:i.l d^ rÉvangile...

Laissons les récriminations vaines, qui t^ujJiLJeDl a rendre la vérité responsable da mensonge, la ^eitu vjlidaire du crime. La cause de cetUî déirfsse d^ consciences, dont les soixante-dix dernières années n » j- ^fjt donné tant de fois le honteux speclade, vient cie lu Juitératiou des idées i>ar cette religion de Tabyjlu, dont 1*:;>

divcrg organes de la Révolution ne surent jamais enlii< rement se défaire.

Lorsqu'à la suite des journées de juillet 1830, il fat écrit dans la nouvelle Charte qu'il n'y avait plus fle reli" gion d'État^ tout le monde comprit de suite la portée de cet amendement. L'absolu théologique disparaissant de la Constitution, il ne pouvait plus exister de ce chef, dans le corps politique, ni partis, ni antagonisme, partant plus d'hypocrisie ni d'apostasie, pas plus que de favoritisme ou de martyre. Rien à gagner ou à perdre, devant l'État, à suivre telle religion plutôt que telle autre, pas même une mauvaise note à qui n'en professerait aucune. La constance dans la foi ou la défection, relativement à la chose publique, était un non-sens. La trahison ne pouvait plus exister qu'entre zélateurs du mèmfe culte et pour les choses de ce culte; hors de son église, s'il appartenait à une église, le citoyen n'était tenu que d'être honnête homme.

Or, ce que la Révolution a fait pour l'absolu théologique, elle tend à le faire pour l'absolu politique et économique : c'est-à-dire que, s'élevanfelle-même au-dessus de toute forme extérieure de gouvernement, comme de toute classification territoriale et industrielle, elle tend à assurer la liberté et le bien-être de tous par l'équation des rapports, ce que nous avons nommé ailleurs balance des services et des produits.

Ce que la Révolution cherche comme son objet propre étant donc le rapport ou la raison des choses, l'équilibre des forces et des intérêts, en un mot le droit pur, abstraction faite de tout élément absolutiste, les opinions extra-juridiques, en fait de gouvernement et d'organisation sociale, tombent devant elle comme les opinions religieuses; elle ne s'en inquiète nullement. Elle professe h l'égard des partis et des écoles, toujours formés dans

un bol JÂhiDiiiifile» ist qu'ils i. «. çaràt £ aiUeusê d*iui'^dire, piÛBgii^ik emsliiuein îl tu mèmi àt ïl muassit^ die profeiBci, ûÉ^ k msDK maanialili de mojSssme^ qu'à rëprd âcE «siâeE : àt seu. paim sot leçofi: ^Ik k

Dofls 13» Ptmdilipife, b ioi piâiLgiie est «ssin^ ai en ce gni loin^ k-^ jnlérëié iwuéraizx ôc ^onnb. Dès Ion» «B -oBbL gut it: ^nnivemaiiein m^ îkitih: ^ ôeMsminer «I lUmiirBr Ax Tiq^iiaslE. sa» aKsiiiioii d'u^umuu et de |aal&, il iTj n }^ift, j«iiir ini ii puor ^terauuiie, û€: tnliiscB à emmàn:. p» jiiiiE giH: k «snosiil h ^s.i&s.

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OjtaïuaA les jMiEiié^, ee» efmnll/çmn «lon^^. ôtn n»r«:iil'il^ afîréis le ODOp dTlal de irsaosôi^ ^re^j-^ Vjut ^^o^LOsl Cesl ipi'aTec kv sf«ril«dûi&e. kcr Dr^e sx»fprêffle, lem^ wépàblËqae tmt et ÎBdnrîssiije. «««r ^c^çrié'^ vjQiahke^ kw âû<nrerainelé da fKsnpk, €l Uiul«§ Veur^ ir. t:^.

entités métaphysiques renouvelées de l'ancien régime, ils juraient, non par la Justice et la Vérité, mais par TAbsolu. Il leur eût fallu une grâce spéciale pour rester quand même dans leur républicanisme. Bonaparte se couronnait empereur, faisait disparaître une à une toutes les libertés: ils affectaient de ne voir en lui que Thomme de la démocratie; c*était, disaient-ils, répée delà Bévoluiion!

Mais Mirabeau, dont le jacobinisme voudrait effacer le nom de nos fastes révolutionnaires, Mirabeau, pensionnaire secret de Louis XVI, ne fut point apostat. On peut Taccuser d'inconduite et désapprouver une tactique dans laquelle entrait la stipulation de ses intérêts personnels; il ne vendit pas sa pensée et sa conscience; il ne se prosterna jamais devant l'absolu ; il le força, au contraire, de ployer devant son programme, qui n'était autre que la Révolution pour principe avec la monarchie constitutionnelle pour organe. Mirabeau voulait fortement une chose, dans laquelle l'absolu n'entrait réellement pour rien : l'unité monarchique, comme résultante de la pondération des forces sociales. Le nom de Mirabeau est synonyme de monarchie domptée : il n'y paraît nulle part autant que dans sa correspondance avec M. de la Marck. ' Les événements ont depuis justifié les prévisions de Mirabeau : rien, d'abord, n'a pu s'établir en France contre la Révolution ; et quant à la constitution du pouvoir, de tous les gouvernements qui se sont succédé parmi nous jusqu'à ce jour, celui qui a le plus mal servi la liberté et Fégalité a été celui des républicains.

Descendons de ces hauteurs. Il y a loin de mon individualité chétive à celle de Mirabeau ; je n'ai pas plus la puissance de ses vices que la puissance de son génies Mais il est une vertu modeste qui sied aux petites gens.

G*est la franchise; et je tiens à ce qu'amis et ennemis sachent, le cas échéant, sur quelles données ils devront instruire mon procès.

Je trouve dans ma biographie cette espèce d'éloge, dont l'expression trahit suffisamment Torigine :

« Renonçant à poursuivre Proudhon, les ministres de Louis- Philippe cherchèrent à le séduire. C'était dans les mœurs gouvernementales du jour. On lui offrit une chaire à son choix, chaire d'histoire ou d'économie politique. Pierre-Joseph, comme on le devine fort bien, se donna la gloire de trancher de l'incx^rruptible. »

Non, Monseigneur, je n'ai pas tranché de Vincorrupiible, attendu qu'on ne m'offrit jamais de chaire, et que personne du gouvernement de Louis-Philippe ne tenta de me séduire. Cette déclaration très-sincère diminuera sans doute de ma gloire dans l'opinion de certaines gens; soit, j'aime mieux cela. J'ajouterai même, pour l'entière édification de mes lecteurs, que si, en 1843, le gouvernement de Louis-Philippe, à qui M. le préfet de police Delessert m'avait signalé comme un homme dangereux, m'eût offert une chaire d'économie politique, j'aurais accepté, quitte à donner ma démission, comme Michelet et Quinet, le jour où ma parole n'eût plus été libre.

J'en dis autant de la prétendue tentative d'acheter ma conscience moyennant une place de rédacteur du journal de la préfecture.

Toutes ces histoires de corruption pratiquée sur des hommes de doctrine, dont se repaît l'imagination populaire, sont l'effet de la mauvaise conscience créée et entretenue par le vieil esprit chrétien.

En 1843, je n'étais pas devenu l'homme d'un parti, j'étais simplement l'homme d'une idée. Et comme le gouvernement jje Louis-Philippe, malgré ses tendances fâcheuses, n'avait pas cessé d'appartenir à la I\évolution,

j'aurais f je Tavoue, regardé comme du plus heureiu augure Toffre qui m*aurait été faite par un ministre d< développer, sous le couvert du pouvoir, mais bien en tendu en dehors de son inspiration et sous ma propn responsabilité, le résultat de mes recherches.

En fait de corruption gouvernementale, je fais profes sion de croire que le pouvoir ne séduit que ceux qui s*of frent eux-mêmes, des gens qui ne portent pas d*idée ou qu*une faute secrète livre à sa discrétion. Les un ni les autres ne valent le prix qu'on en donne; ils m servent qu'à la montre, à peu près comme au spectaei les figurants.

Mais rhomme dont le cœur est plein d'une idée, qa ne vit, ne respire que pour cette idée, ne peut être cor rompu contre elle, puisque ce serait être corrompu con tre lui-même, ce qui Jmplique contradiction. Pour qu'ui tel homme trahit ses convictions, ilïaudrait, je le répète de deux choses Tune : ou qu'il y fût contraint par la hont d'une plus grande infamie, ou qu'il existât en lui une re ligion supérieure à l'idée, ce qui sort de Thypothèse.

11 est, je le sais, des hommes de plume et de langt» a8scz infatués de leur faconde pour s'imaginer qu'ils fon & volonté le vrai et le faux; qui se fbtlent, comme Un sophistes, de plaider tour à tour le blanc et le noir, et ai gagner toutes les causes. Ces artistes, que les partis in* .demnisent et que les gouvernements achètent, ne saveni le plus souvent ce dont ils parlent, et n'ont pas d'idées; leur tatent ne fait illusion qu'aux aveugles; et le jour oil ils changent de maître, ils rendent service à la cause qu'ils désertent et qu'ils purgent, sans profit pour k nouvel acquéreur ni pour eux-mômes.

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j'aurais f je Tavoue , regardé comme du plus heureux augure Toffre qui m'aurait été faite par un ministre de développer, sous le couvert du pouvoir, mais bien entendu en dehors de son inspiration et sous ma propre responsabilité, le résultat de mes recherches.

En fait de corruption gouvernementale, je fais profession de croire que le pouvoir ne séduit que ceux qui s'offrent eux-mêmes, des gens qui ne portent pas d*idée, ou qu'une faute secrète livre à sa discrétion. Les uns ni les autres ne valent le prix qu'on en donne; ils ne servent qu'à la montre, à peu près comme au spectacle les figurants.

Mais l'homme dont le cœur est plein d'une idée, qui ne vit, ne respire que pour cette idée, ne peut être cor* rompu contre elle, puisque ce serait être corrompu contre lui-même, ce qui Jmplique contradiction. Pour qu'un tel homme trahit ses convictions, ilïaudrait, je le répète, de deux choses l'une : ou qu'il y fût contraint par la honte d'une plus grande infamie, ou qu'il existât en lui une religion supérieure à l'idée, ce qui sort de Thypothèse.

Il est, je le sais, des hommes de plume et de langue assez infatués de leur faconde pour s'imaginer qu'ils font à volonté le vrai et le faux; qui se fbtteut, comme les sophistes, de plaider tour à tour le blanc et le noir, et de gagner toutes les causes. Ces artistes^ que les partis in- ^demnisent et que les gouvernements achètent, ne savent le plus souvent ce dont Us parlent, et n'ont pas dHdées; leur talent ne fait illusion qu'aux aveugles; et le jour où ils changent de maître, ils rendent service à la cause qu'ils désertent et qu'ils purgent, sans profit pour le nouvel acquéreur ni pour eux-mêmes.

i^uc les hommes qui de nos jours apporlent à la démo*

cratic le concours de leurs convictions religieuses y réfléchissent : abstraction faite de la solidité de leur vertu , que je ne mettrai jamais en doute, ils sont, par leur religion même, dans Toccasion toujours prochaine du péché.

Le christianisme, qui ne croit pas à la vertu humaine ; qui n'admet la science libre que sous bénéfice de conciliation avec la foi ; qui ne voit dans les idées trouvées par la raison que des probabilités, de pures fantaisies , indignes par elles-mêmes de*la considération de Tesprit; qui prétend les faire servir toutes, bonnes et mauvaises, à ses desseins; qui trouve habile, en conséquence, d'avoir dans toutes les écoles, dans tous les gouvernements, des hommes à lui, de s^allier à toutes les causes, de fraterniser avec toutes les opinions, dVganiser sa propagande sons tous les drapeaux ; qui jure tantôt par la Constitution et tantôt contre la Constitution; qui prêche la croisade en faveur de rislam, après Tavoir prêchée pendant douze siècles contre Tlslam; qui, en 1855, canonise la Pucelle, brûlée par lui eu 1431 ; qui un jour défend le prêt à intérêt, et un autre jour soutient le prêt à intérêt ; qui dans la même chaire tonne contre l'exploitation bourgeoise, et puis fulmine contre Tinsoumission du prolétaire; le christianisme qui appelle liberté tout ce zigzag, et s'en sert comme d'un carreau contre la liberté; le christianisme, dis-je, croit naturellement à la corruption des consciences; il croit que l'idée est vénale ; il ne peut pas ne le pas croire, puisque toute idée autre que la conception de l'absolu est vaine à ses yeux, matière à dispute, sujette au doute, aux restrictions, aux transactions, par conséquent viciée dans son principe, suspecte à elle-même, et toujours dans la disposition de se sacrifier sur Fautel de la religion ou de l'intérêt.

Sans doute il est des âmes que la moindre indélicatesse

révolte et qui croiraient outrager leur religion s'ils lui demandaient Texcuse de leur inconstance; mais la multitude ne prend pas pour modèles ces types chevaleresques, et c'est pour la multitude que sont faites les institutions. Qui ne sent que leâ variations populaires seront d'autant plus rares que les idées seront mieux déGnies, la moyenne vertu hésitant toujours plus devant une proposition scientifiquement établie que devant une proposition qui implique dans ses termes la dévotion à un absolu?

Nos hommes d'État le comprennent tous : avares pour . le peuple d'instruction positive, ils lui prodiguent la religion ; d'autant plus hostiles contre l'idée, qu'ils ne con* naissent qu'elle d'incorruptible.

Encore un apologue, et je termine.

En 1853, après le rétablissement de Tempire, j'eus occasion de voir le ministre de l'intérieur, M. de Persigny. Il s'agissait d'une afîaire administrative dont je n'ai pas à entretenir le lecteur. M. de Persigny m'accueillit avec bienveillance; puis, la question qui faisait l'objet de ma visite épuisée , entra en propos. — Gomment vous, monsieur Proudhon, me dit-il, n'avez-vous pas compris en 1848 que la tradition napoléonienne serait cent fois plus puissante sur le peuple que la vôtre? — Je l'ai si bien compris, monsieur le ministre, répondis-je, que c'est précisément à cause de cela que j'ai fait une si vive opposition à Louis Bonaparte. — Je ne vous comprends plus alors ; ne sommesnous pas aussi la Révolution, la démocratie? — Non, monsieur le ministre, répliquai-je, vous n'êtes pas la Révolution, vous n'êtes pas la démocratie , vous n'êtes pas même dans la tradition impériale. Vous êtes fatalement, bon gré malgré, une réaction , et vous ne semblez pas vous en apercevoir. Napoléon l", cet enfant des circonstances, et que les circonstances réduisirent en définitive, malgré son génie et ses victoires, à jouer le rôle de Monck, n'au-

rail pas demandé mieux que de jouer celui de Mahomet. Il n'aurait pas chassé Tange Gabriel et mis la jument Alborak à la porte de ses écuries. Tout en restaurant, faute de mieux, le clergé et les nobles, il s'entourait tant qu'il pouvait des philosophes de la Révolution, des régicides et des terroristes, comme des thermidoriens. Ainsi il faisait entrer au sénat Volney, l'auteur des Ruines, Volney, monsieur le ministre, c'est mon maître; Volney, Dupuis, Fréret, Diderot, d'Alembert, Voltaire, les physiocrates, Condillac, Molière, Bayle et Rabelais, voilâmes pères, voilà ma tradition. Voulez-vous me faire sénateur? J'accepte.

A cette brusque proposition le ministre sourit, me fit im geste d'adieu, et je le quittai, pensant en moi-même que le gouvernement du 2 décembre croyait trop aux idées pour s y prendre, et que l'Église était mieux son fait : avec elle, il cultive l'absolu. Dieu le protège!

HniIÈME ETUDE

COHSCIEMCE ET LIBEKTÉ.

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