CHAPITRE PREMIER
ObjectiocB îhéclogiqTiefi : ^'J-1 à'ag-A. 'zÀz.z. raoiiia os donner lea fonmales ds la Izs::L2a z^e d'en procurer l'obssirance, laqueBe ne se -pezn z,5^l^t de reHzizi:.
MOXSEIG.NELT.,
Féuelpn, an xix* livre du TéLétnaque^ conduisant son héros aux enfers, lui donne cette leçon de théologie :
aTélémaque, voyant les trois juges qui condamnaient un homme, osa leur demander quels étaient ses crimes. Aussitôt le condamné, prenant la parole, s'écria : Je n'ai jamais fait aucun mal ; j*ai mis tout mon plaisir à faire du bien ; j'ai été magnifique, libéral, juste, compatissant : que peut-on me reprocher? Alors Minos lui dit : On ne te reproche rien à l'égard des hommes; mais ne devais-tu pas moins aux hommes qu'aux dieux? Quelle est donc cette justice dont tu te vantes? Tu n'us manqué à aucun devoir envers les hommes^ qui ne sont rien ; tu as été vertueux, mais tu as rapporté toute ta vertu à toimême, et non aux dieux qui te l'avaient donnée : car tu voulais jouir du fruit de ta propre vertu, et te renfermer en toimême; tu as été ta divinité. Mais les dieux qui ont tout fait, et qui n'ont rien fait que pour eux-mêmes, ne peuvent renoncer à leurs droits. Tu les as oubliés, ils f oublieront; ils te livreront à toi-même^ puisque tu as voulu être à toi^ et non pas à
eux. Cherche donc maintenant, si tu le peux^ ta consolation dans ton propre cœur. Te voilà à jamais séparé des hommes, auxquels tu as voulu plaire; te voilà seul avec toi-même, qui étais ton idole. Apprends qu'il n'y a point de véritable vertu sans le respect et l'amour des dieux, à qui tout est dû. Ta fausse vertu, qui a longtemps ébloui les hommes, faciles à tromper, va être confondue. Les hommes, ne Jugeant des vices et des vertus que par ce qui les choque ou les accommode, sont aveugles et sur le bien et sur le mal : ici, une lumière renverse tous leurs jugements superficiels; elle condamne souvent ce qu'ils admirent, et justifie ce qu'ils condamnent. « A ces mots ce philosophe, comme frappé d'un coup de foudre, ne pouvait se supporter soi-même. La complaisance qu'il avait eue autrefois à contempler sa modération, son courage et ses inclinations généreuses, se change en désespoir. La vue de son propre cœur, ennemi des dieux, devient son supplice; il se voit, et ne peut cesser de se voir; il voit la vanité des jugements des hommes, auxquels il a voulu plaire dans toutes ses actions ; il se fait une révolution universelle de tout ce qui est au dedans de lui, comme si on bouleversait toutes ses entrailles; il ne se trouve plus lui-même : tout appui lui manque dans son cœur ; sa conscience, dont le témoignage lui avait été si doux, s'élève contre lui et lui reproche amèrement l'égarement et l'illusion de toutes ses vertus, qui n'ont point eu le culte de la divinité pour principe et pour fin : il est troublé, consterné, plein de honte, de remords et de désespoir. Les Furies ne le tourmentent point, parce qu'il leur suffit de l'avoir livré à lui-même, et que son propre cœur venge assez les dieux méprisés. Il cherche les lieux les plus sombres pour se cacher aux autres morts, ne pouvant se cacher à luimême ; il cherche les ténèbres, et ne peut les trouver : une lumière importune le poursuit partout; partout les rayons perçants de la vérité vont venger la vérité, qu*il a négligé de suivre. Tout ce qu'il a aimé lui devient odieux, comme étant la source de ses maux, qui ne peuvent jamais finir. Il dit en lui-même : 0 insensé ! je n'ai donc connu ni les dieux, ni les hommes, ni moi-même ! Non, je n'ai rien connu, puisque je
n'ai jamais aimé l'unique et véritable bien : Xo\i< nips |>ns mil été des égarements; ma sagesse nVt.iit qui' ft»lir; mii \rriii n'était qu'un orgueil impie et sacnlrgi' ; jViais moi uiriiir mon idole, m
Je ne puis dire quelle horreur saisit ma jiMuirss*; Inm que je lus pour la première fois cet rpouxaiitalib* ni'ii ceau. Voilà donc à quel délire la reli^'imi di: la yi^tn-. a conduit le plus doux, le plus v<>rtueux ibs linfiifiM::, «i Ton peut ajouter, un des plus raisorinabbts! i)ut\ bon heur que l'élève de Fénelon n'ait pas n'îjrii/? mm la |- r an/ <■ ' Le chaste duc de Bourgogne eût ét/j f»oiji t-M- itn\ |.,|.. pire que le voluptueux I^uis XV. Il n'ainait f,;j: mi j,/' i de lui une Pompadour, une Dubarrv, pour b: fJi-.ir.i./' '!' sa haine des philosophes : il eût f:\t.ftA -.j . .,-■.,.. i\t ,.■ ; ; justice de Minos. Sa mémoire, t-u Uhtt'.àt ^ b. ]-•.•• v, serait fêlée dans rÉtrli.Vî. Fén'-iorj r.'.é.'ji^ i "f-r ••. • cet édifiant épisode, que Rom': I': î:i j.i;/ M^ ? i •• i « / les jeux de la fortune : cVîI ]U'\/:îîj,:.\ h.v.v '. *' ; ; t rarclievôque de Cambrai, et ';*<- 1 J> '. '-^v'^ . glorifié, en mettant sa fjguj': îij .'•a'/.r; .•/ -, . i-. ■
Si j'avais été â la pla'M: du j f..*vv.«;''.< '.u! ?,» ;.c - ; i nelon, j*aurais répliqua au rxii.;. -l'c;'. .^î*:' .*
Fils de Jupiter, lu aï; pa.»U '-r. *t 'i-tv.-. .« 5.0' « » j , et tu viens de prou vei pa? Vr vkj.o": •)•-.« • «.i '■■,.. pas loi-même à Ja A erlu. ^>.«'ï Vi«m. .■ '.«m? \» n.t ;,..i.«
avec leur pro^id'rri'^e. a\«;'. i<;u' '« . -ni» *: .« . 1 .
tères, sont pc»ur rbuiiuiuil» . \i ji ..*;■: jnii , i.i ..., ■ ^'• . pétuel de scandale. Oiu»^ i kv: ti «.. j,< ...<,i, j .; ; 1. nos droits et de not ôvxoi*; . »il ij<j:'i i/..?.i.i.i.« 1 > ....1 tclligible. Par eux. nu nu^oi « iu^ 1.. •«.•,/.< ;:,. .w
science a double (a(;e. J< il^^ a hkc xy. . ...1 ,
que m'onl-ilh répoiitîi: M^iii *jiii -..1:1.1 (.» «. ...«:i -•,!, . des fortunefcf est U> lo; ù- ;-. i';M. ^i h ,j-« .j... m -^ . rauU.*rilé du priii'^j. élyiiîi» *!• «.iJi )/'i .. ■ : . 1
même, et ils blasphémaient; que, la raison étant douteuse, rhomme n*a de ressource que de s'en rapporter à leurs oracles, et ces oracles, je les ai convaincus d'imposture. Oh I si j'ai valu quelque chose là-haut, si je n'ai pas été un monstre, si j'ai mérité quelquefois l'approba-. tion de mes semblables, c'est bien malgré les dieux. J'ai réparé, autant qu'il était en moi, leur iniquité, ils se vengent de mon insolence. Allons, Tisiphone, conduismoi dans le Tartare ; etioi, Minos, fais savoir à tes maîtres qu'il y a ici, au fond des enfers, un homme de bien qui les méprise.
Mais j'entends, comme la voix d'un concile, s'élever la réclamation des théologiens.
€ Vous n'avez rien compris à notre doctrine, me disentils, et vous ne comprenez pas mieux votre propre thèse. Voilà six longues conférences que vous nous entretenez de la Justice :
« Justice en ce qui louche les personnes ;
« Justice quant à la distribution des biens ;
« Justice dans TÉlat ;
(( Justice dans l'éducation;
u Justice dans le travail ;
c Justice dans la direction.de l'esprit.
« Vous avez, à votre manière, développé Tapplicatioo de cette Justice. A celte apparence de système, vous ava . opposé la discipline de l'Église, dont le fond et la pensée se retrouvent dans toutes Tes institutions de l'humanité J et qui s'impose à la raison du philosophe et du législateor i avec la même nécessité qu'une catégorie de rentende* I ment. Et pour avoir fait ce parallèle, vous vous imagiûtf ' avoir élevé, sur les ruines de la religion, ce que vonsif pelez la Justice révolutionnaire.
c Vous n'êtes seulement pas à la question.
c I. Quand votre théorie serait au^si irréf.rochable qu^ vous paraissez le croire, qu'est-ce qu'il s'ençuivfaitî
(( Que vous auriez donné une dfVJuclion de la J'j^tice, lellc à peu près qu'elle doit exister d n^ unfr rr-iViff saine, dans un sujet vierge et sortant des nj-iin^ de Ih'ri ; vous auriez montré la Juslic^r comme il '.--l -i'r f' i dari*; l'Église que l'homme la ^iO&^^'MJa au l'arrj.'iis l/rr^t^lr'-, avant qu'il se fût laissé corrompre à la hwu'^fzhU'.u •- j l«:filalcur.
« Dans cet état d'innocence, nouîs \ou!ofj'j Li* n ^o»;l'accorder, la Justice serait coufornie à ^o- d«:f;r;;i>^:,v Ce n'est pas à une [lareille morale que nou* div^n^ï h: uthème.
c Mais cetle virlualilé de Ju'-lî* e doLl \ou» if-jj-z U' ' de peine à développer les applical;o/i=ï, '.^rile hiif:!'^:*: •*' torieuse de notre faculté juridique. 'ii*l/:-l-«;lj'- a'j '/j.'.*. que votre théorie le «iupiXfse? I.a 'M h q*;*.- i.ofi. el '• l* question, vous ne l'avez pas mén.e loi-< ii» ';.
« Or l'Église, et tous les [jcruples ^iv--. *:.>. :\t. •: sentement unanime, altr'jsirrnt , el r«:xj^îi':r.': d': ^. -". l'histoire prouve, que la Ju.sli'.e 'ionl %0'j« p--*; / •••♦ :^ rdue, que 1 âme himi^ine e.-.t ink-cuî^:, que- '.«:;:■: jr.f . • profonde rend en elle le sentim'./jt du droit «.l -3 ; -':"./.• inefficace: qu'un supplément de sec/yu/t lui '. i ;:. J/ r^*:: sable pour faire le Lien que la My.iéi'': aU'r/rJ o ' J*: *:♦. •; lui commande son Auteur.
« Voilà ce que dit l'Église, et que ^ou* ne "iO'ii / : entendre. Niez-vous, par hasard, l'exiitenc/: du luhi, > . qui l'imputez à la religion 5
« Or, si le mal exisU^ si le mal déborde, commetti Vetpliquez-vousdans votre théorie? b'irn ik immanente ne le refoule [la»? Qa*eftl-ee criio Justice? Qui rend la conscience é
si morte?... Accuser la religion de celle inertie, de ceil^ mon par le péché, ce n'est pas un logicien de votre force qui se permettrait un pareil sophisme. La religion, ceci résulte de vos propres paroles, est née du sentiment que la conscience a de son impuissance; c'est le cri de Tânie en détresse, qui, sentant défaillir sa Justice, appelle à son aide la Justice de Dieu. Récuserez-vous un pareil témoignage? récuserez-vous le témoignage de tant de nations que la barbarie couvre de sa rouille, uniquement parce que leur prétendue Justice est demeurée inefficace? Où donc la civilisation a-t-elle fleuri, si ce n'est chez les races que le christianisme a purifiées, ou qui, à une époque immémoriale, reçurent les premiers rayons de la révélation anlérieure? Récuserezvous le témoignage de tant de philosophes, païens ou apostats, tous étrangers à TÉglise ou ses ennemis, et qui ont reconnu cet esclavage de la conscience, incompréhensible sans une cause surnaturelle? Platon, dans sa République, écrite pour mettre un terme aux débordements de la liberté ; Aristote, déclarant à la fîn de sa Morale à Nicomaque, l'impuissance radicale de la théorie à déterminer les hommes à la pratique; Cicéron, avouant que la vertu est un don des dieuxj les stoïciens, qui recommandent à leur disciplette se placer sans cesse sous le regard de Dieu 5 Hobbcs, Spinoza, Hegel, et tant d'autres, en qui la désertion de la foi n*a servi qu'à les faire aboutir au plus effroyable despotisme ?
« L'homme est esclave, Spinoza le confesse. — Et de qui esclave? — De ses,passiens, répond cet incrédule. — Quoi! esclave des passions qui sont l'apanage de sa nature, des passions que Dieu lui a données ! Se peut-il rien de plus absurde? Plutôt que de s'entendre avec l'Église, Spinoza préfère mettre Dieu à la place de Satan dans
Thistoirede la cliiilc, Taire l*aiilonr do loulo Justiro att« téur du péché!...
« Et quel remède à cet csclavngo, graïui pinlosopho? Quel sera, contre Dieu qui nous perd, nolro iVdomptfMU ? — Un redoublement do servitude, répond lo moino df^ La Haye. Spinoza en effet propose h Phonuno, d*un oiMiS pour la direction de son esprit, la j)hilosophio qui W^ veugle; de l'autre, pour Féquilibro do sa~u>lonlé, lodospotisme de rËtatl... Ce n'est pas à cette cnnrhision du spinozisme, sans doute, que vous ponsoz nouA conduir<\ Prouvez donc alors que la consciencro est douéi^ d*uno ' force suffisante, et que sa juslincation par ello-m^nio ost possible. Bannissez le i)éclié, après Tavoir nxpliipH^ fouiefois.
c Cette difficulté n'est pas la seule.
c II. La Justice, dites-vous, est la faculté que nouN avons de sentir notre dignité en autrui. A morvcilli*. MaiSy quelle que soit cette faculté, et en lui accordant toute l'énergie possible, elle n'aboutira pas, vi la JuMliro, conçue dans la conscience, ne se réalisera point dans I(*m actes, sans la certitude d'une réciprocité. Quchpitm vci (un obstinées se résigneront peut-être h n^spectcr In droit quand même, à payer cr*ux qui les volent, h glorifier ceux qui les calomnient, à tendre la main aux brigands qui Ich assassinent. La philosophie a eu ses martyrs, la JuKticr; ' quand même peut bien avoir aussi les siens. Mais ces / rares exemples n'auront pas le [>ouvoir d'entraîner tes/ m^SèseSTFour qu'elles respectent le droit et obéissent au devoir, il faut, à tout le moins, qu'elles aient une garantie quelconque de retour. Où trouvez-vous cette garantir;, qui dans votre système doit jouer le même rôle que In religion dans celui de l'Église? Quand la méfiance, devenue universelle, aura rendu l'iniquité générale et inémédiaUe, avec quoi ramènerez-vous la confiance? hien
ne se produit en vertu de rien, c'est votre deuxième axiome. Auriez-vous en réserve quelque influence prémouvante, qui sollicite la foi antérieurement à la Justice, et tienne pour vous Heu de grâce? Quelle est cette influence? Dites d'où elle vient et comment elle opère?
« Ce n'est pas tout.
« 111. Le péché n'a pas d'existence objective. Les actions de l'hoprime, de même que les créatures qui l'environnent, sont, au point de vue de la morale, en elles-mêmes indifférentes ; elles ne deviennent répréhensiblcs que par l'intention qui y préside. Or, si les actions sont indifférentes par nature, comment deviennent-elles condamnables par Tinlention ? Qui peut juger de cette dernière? Qui nous dira où l'intention vertueuse Onit^ où l'intention criminelle commence? Quelle science humaine peut affirmer que les intentions ne sont pas, comme les actions, indifférentes? Et puis, qu'est-ce qu'une intention? Vous qui raillez si agréablement l'absolu, ne sacriflez-vous pas ici à l'absolu, contre vos propres maximes? Où trouvcz-vous, enfin, ce critère du bien et du mal sans lequel il vous est impossible d'établir une accusation, de formuler un jugement, d'appliquer une peine? Eh quoi! à force de vouloir réaliser, selon votre expression, la Justice en l'humanisant, voici que vous l'évaporez dans les secondes intentions^ comme dit votre auteur favori, Rabelais! Vous n'avez rien sur quoi vous puissiez établir volrc législation; et votre Raison pratique, séparée de la religion, qui seule peut lui donner Yexequatur, s'évanouit dans le néant.
a Ainsi, sans parler de Tinnéilé ou immanence, sur laquelle il est. inutile de prolonger le débat, vous ne prouvez nullement, ce que d'abord vous eussiez dû faire, refficacité, dans l'homme, du sentiment ou de la faculté qu'il a de la Justice. Non-sonlcmnnt vous no prouvez pas
cette efBcacité, vous étés forcé de reconnaître que le fait du péché, fait universel s'il en fut, la dément. Puis vous ne pouvez pas, dans votre système d'immanence, vous passer d'une excitation supplémentaire qui agisse sur l'âme à la façon de la grâce. Et quand vous vous passeriez de cette excitation, votre théorie tomberait encore^ par l'impuissance radicale où vous êtes de formuler une loi et de discerner le bien d'avec le mal. Ajoutez qu'il vous reste à rendre raison de l'existence du péché, et à dire ce que devient chez vous la religion, qui ne peut pas aboutir à néant, selon vos axiomes.
« Que s'il est ainsi, poursuivent mes adversaires, des conceptions purement rationnelles de la morale, ne devons-nous pas avec le sentiment universel tirer celte conséquence : que le gouvernement de l'humanité par la Justice seule est chimérique ; qu'à des cœurs incirconcis et conténébrés il faut autre chose que Véconomie politique et la presse libre; autre chose que ce prétendu droit de Vhomme et du citoyen^ qui vaut sans doute en tant que confession de la nécessite d'une loi morale, mais qui hors de là est une pure déception, un indigne char* latanisme? Et pour conclusion, ne sommes-nous pas forcés de reconnaître que pour parler aux hommes de désintéressement, de fidélité à la parole, de chasteté, pour leur faire accepter ces fortes maximes, il est besoiji d'une raison supérieure qui les appuie, d'une grâce, enfin, qui les rende douces, précieuses, aux âmes les plus rebelles?
c Car, quoi que vous fassiez, quelque lumière que vous apportent vos sciences de fraîche date, économie politique, philosophie de l'histoire, ethnographie et psychol<^ie, il restera toujours ceci, que le lien moral, cette obligation de droit que vous invoquez, est, tout aussi bien que la foi qui Tassure, un mystère: qu'au iotid, II 24
l'homme ne possède sur son élat mental aucune connaissance , et que vouloir le ramener à la morale pure est une utopie pure, un crime de lèse-majesté divine et humaine, que la religion à juste titre a déclaré inexpiable.
« C'est pour cela que l'Église, instruite de plus haut que la raison, non contente de refréner les passions et de mortifier les sens, use, envers les facultés de l'âme les plus élevées, de la même coercition. Sans s'arrêter aux vaines curiosités d'une casuistique ambitieuse, elle nous dit que Thomme, avant tout, veut être dompté, et que cet appel à une Justice savante et rigoureuse, de la part d'un sujet de si mauvais vouloir, est rouerie d'orgueil, ruse de Satan, sophisme de l'envie et de la révolte.
« Que la distribution des biens s'opère d'après une balance un peu plus ou un peu moins exacte; que le commandement soit soumis à un contrôle un peu plus ou un peu moins sévère, le niveau moyen de l'instruction un peu plus ou un peu moins élevé : la belle affaire ! Supposant toutes ces équations démontrées et réalisables dans la pratique, il s'agit de les convertir en obligations pour la volonté, ce qui sort de la compétence de votre mathématique. Ah ! vous qui parlez de raison humaine, de conscience humaine, de vertu humaine, qui sur cette base fragile élevez l'édifice de votre droit et de votre devoir, méfiez-vous plutôt de ces puissances de perdition : rien de bien n'en sortira, si la religion ne les gouverne. Refoulez ce génie opiniâtre, si vous ne voulez qu'il vous consume. 11 n'est rien que son indiscrétion respecte, et que ses philosophèmes n'ébranlent. Lâchez-lui la bride: vous le verrez arriver à la négation de l'univers et de lui-même. Brisez celte conscience , qui ose se porter principe et arbitre du juste et de l'injuste. Pour peu que vous lui laissiez de champ, elle se haussera jusqu'au sommet d'où fut précipité le père du péché, lorsque, se
prévalant de la sublimité de ses prérogatives, il en vint à s'égaler à TÉternel : Similis ero Altissimo. Éteignez ce courage, de peur que se regardant avec complaisance il ne se glorifie d'une vertu qui vient toute de Dieu, et ne se fasse lui-même Dieu. Car Dieu seul est juste, qui seul peut dire ce qu'est la Justice ; Dieu seul peut nous iml)Oser la loi, qui seul juge les intentions, sonde les reins et les cœurs* Dieu seul, par conséquent, peut nous donner la force d'opérer le bien, alors même que notre cœur le renie et que notre bouche le blasphème. »
Je ne sais, Monseigneur, si j*ai rendu à votre gré la pensée de la théologie. Mais tel qu'il vient de se produire sous ma plume, j'avoue que l'argument a de quoi donner à refléchir à de plus fortes inlelli^'ences que la mienne, et je ne m'étonne pas que tant de penseurs s'y soient brisés.
Car enfin le péché existe. Si le péché existe, de quelque façon qu'il se produise, la Justice parait inefficace; si la Justice est inefficace, c'est qu'elle ne trouve pas dans la conscience le principe qui l'assure ; si cette force d'équilibre enfin n'existe pas dans la conscience , il faut que celle-ci. la reçoive d'ailleurs. Rien ne pouvant être équilibre par rien (ax. 4), ce qui nous ramène à la religion. Sinon, l'homme se démoralise, et la société est en péril.
LejusiCy dit l'Écriture, tombe sept fois le jour. Qu'attendre dès lors de ceux qui ne sont pas justes? Qu'attendre môme de ceux qui ne sont justes qu'à moitié? Des nations entières, de grandes et puissantes nations, d'abord vertueuses, ont péri par la défaillance de la Justice. Cela ne veut-il pas dire que chez elles, compensation faite de la^vortu et du crime, la moyenne de Justice ne s'est pas trouvée suffisante pour les préserver de la dissolution
morale que devait suivre bientôt la dissolution matérielle? Or, la vertu n*est autre chose que Ténergie avec laquelle le sujet tend à réaliser sa loi (déf. 3) ; d*où suit, comme renseigne le dogme chrétien, que, Tattrait de Justice, qui seul produit la vertu, se trouvant trop faible, Thomme est au-dessous de sa destinée, ce qui est contradictoire.
Accuser de ce manque de vertu les institutions, la tyrannie des grands, Tindignité de la multitude, la corruption du prêtre, c'est prendre les symptômes de la maladie pour la cause. Comment la tyrannie a-t-elle pris naissance, comment plus tard a-t-ello été soufferte, sinon par la complicité de la masse? CoHunent l'homme, que la nature, suivant nous, a créé digne, tombe-t-il ensuite dans l'indignité? L'animal est fidèle à son instinct : d'où vient que l'homme seul trompe son propre cœur, qu'il se montre lâche, immoral, et, malgré le vœu de son flme, insocial?
En deux mots , si , comme la prévalence du* péché induit à le croire, la Justice est inefficace, la Justice est une chimère; elle n'est pas de l'humanité, et il ne nous reste qu'à ployer les genoux. Telle est l'objection.
Je laisse de côté l'opinion de quelques théologiens mitigés, qui m'accuseront peut-être d'avoir forcé le sens du christianisme, et pensent que T homme déchu est encore doué de quelque capacité pour le bien, soutenant seulement que cette capacité eût été incomparablement plus grande sans le péché originel.
Ces théologiens de juste milieu, en croyant sauver leur foi des dangers du rigorisme, ne s'aperçoivent pas qu'ils la livrent. Si peu que vous accordiez d'efficacité propre à la conscience, elle n'a plus besoin de grflce supplémentaire; rhomme peut marcher seul, et la religion devient inutile. Car, de même que ce n'est pas tant par la force physique que l'ouvrier triomphe de la fatalité du travail,
mais par rintelligence de son industrie ; do nn^uit^ \v ii'<M pas tant par son énergique sainteté que riKHimw» ^ |w<^^ serve du mal, mais par son intelligence de U Ju$U\v« |>Mr la prudence de sa conduite , par les garaiilie« «iVmW^ dont il s'environne. Toute sa puissance morale e«l |wM* sèment dans cette étincelle, qui n'attend |H>ur remlurMiMr que le souffle de l'intelligence...
Nous touchons aux profondeurs do la psyoliologie^
Le fait du péché ou de l'esclavage do IWnio f^lev^^nl K^ doute sur l'efficacité de la Justice, la Justice est nieii<iei^ dans sa réalité et son immanence, et to\it le 8y»U^me de la Révolution se trouve compromis.
Après avoir montré» dans les précédentes h^lttiden» tnm^ bien l'idée de Justice, telle qu'elle ressort Av VUy\M>\\\im> révolutionnaire, est supérieure à Tidén (pfen donne la révélation, nous avons donc à prouver eneoroi iHmUv l'instance des théologiens :
l^* Que la Justice est réellement, comme nous Tnvonn définie, une faculté positive, la faculté prépoiidi^rAUte de l'âme ;
2<> Qu'en raison de cette faculté l'homme disoorno nettement le bien du mal, et que ce disc<Tnoment tmt h\ phis certaine de ses connaissances ;
d« Qu'il est libre;
4* Que sa conscience est douée de toute rofficacitù mW cessaire, et qu'en fait cette efficacité est attestée par In progrès constant de la Justice.
ô^ dû* Nous expliquerons ensuite la production du péché, et nous dirons ce que deviennent, dans la société défiDÎtivement constituée, la religion et la grâccu
7* Enfin , la Justice étant une fonction de la vie tuN roaine doit avoir, comme toutes les fonctions , son orga- Disme : nous rechercherons quel il est.
Ce aéra Toh^ de cette Étude et des trois suivantes* II. 24.