‹ De la justice la révolution et dans l'église;Chapitre 36 sur 45 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Iléfùtaiioh du pyrrhonisme thëclogiqae : réalité da 8ên6 motal.

J^ai remarqué ailleurs que la théorie d'une grftce auxiliaire, théorie qui a pris dans le christianisme un si grand développement, est essentielle à toute religion. Le paga*» nisme rapportait tout aux dieux : Gcdc {^(k>xcv, un dieu Fa donné, dit Homère; comme la Bible, nathan lehovah.

Les partisans de la religion naturelle tiennent le même langage : c*est la seule chose que le public a retenue des deux premiers volumes de M. Jules Simon. ^

Eh bicn|! Monseigneur, savez-vous ce que vous, et tous les religionnaires vos prédécesseurs et vos copistes, vous professez par cette belle théorie ? Ce que Ton peut imaginer de plus immoral, le pyrrhonisme.

Humainement, vous ne croyez point à la Justide. G*est uniquement par votre foi en la Divinité que vous vous rendez compte d'une loi qui sans cela n'existerait pas pour vous, suivant ce que dit Befgieir, appuyé par Mgr Gousset :

(( Aucune raison puremeût humaine ne peut établir la distinction du bien et du mal; et s'il n'avait plu à Dieu dé notts faire connaître son intention^ le fils pourrait tuer son père sans être coupable.

Otez Dieu, vous n'avez plus ni foi ni loi; vous êtes par* ricide, voleur, faussaire, traître à la patrie, incestueux, pédéraste.

Et la philosophie spiritualiste est d'accord avec vous. Elle aussi nie Tefficacité do la conscience, le didca*nejnent du bien et du mal ; et sans la connaissance qu'elle

prétend avoir de Dieu par le sens intime, ^le dirait, comme vous, que Tathée honnête homme est une franche dupe, tandb que le fils qui empoisonne son vieux ])ère pour économiser la pension qu'il lui paye est un praticien qui raisonne juste.

Eh quoi! vous ne reculez pas devant celte effroyable doctrine qui a versé sur le monde plus de crimes (jue le sacerdoce n*en a jamais absous; qui vous a fait mécon* naître» violer, sous prétexte de discipline, tous les préceptes de la Justice; à laquelle vous sacrifiez sans remords les droits de Thomme, du citoyen, de Touvrier, de Tenfant, de la femme!...

Certes, quand le christianisme se présenta au monde avec son triple dogme d*un Dieu révélateur et rédemp* tcur^ d'une prévarication originelle et d'une grâce nécessaire, il ne se doutait guère qu'il élevât sur la Justice un doute cent fois plus désastreux, plus immoral, que celui de Pyrrhon. Il se croyait si sûr de sa foi! Son espérance était si vive, et la raison humaine semblait si faible!...

Pardonnons au christianisme, et jugeons-le comme luimême nous juge, sur l'intention. Le christianisme, damnant les héros et les sages, ceux qui pratiquent la Justice gratuitement et pour elle-même, tandis qu'il ouvre lo ciel aux âmes basses à qui la peur de l'enfer arrache un hypocrite Peecttvi^ a cru servir la Justice : s'il eût manqué à son oeuvre, qu'explique d'ailleurs la loi du développe* ment humain, c'est alors qu'il eût été immoral*

Preuve par le sens intime.

La situation faite à la Justice par la pensée religieuse étant la même que celle faite à la certitude par Pyrrhon, c'est par l'argument qui a défait Pyrrhon que je con^menco ma réponse aux objections de la théologie.

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