XXX
Appliquée à l'économie et à la Justice, cette manié d'envisager les choses conduit à des solutions aussi in portantes qu'inattendues.
Sans examiner si les différentes races sont origi^air^ ment sorties de la même souche, comment ^Hauit sous l'influence du climat , elles ont reçu leurs physû nomies respectives : il' est certain au moins que chacui d'elles peut et doit être regardée comme indigène au s* où elle a été trouvée, ni plus ni moins que les plantes qi y croissent Q.t les animaux qui y vivent.
Par cet indigénat, l'homme et la terre deviennent im maneuts l'un à l'autre, je veux dire, non pas enchaîna comme le serf et la glèbe, mais doués des mêmes qua lités, des mêmes énergies, et si j'ose le dire, de la mêm conscience.
C'est ce qu'exprime ce principe d'économie et de droit
pour lequel il n'est plus besoin désormais d'épuiser le
ressources de la controverse : La terre appartient àj
race qui y est nécy aucune autre ne pouvant lui dô]
mieux la façon qu'elle réclame. Jamais le Cauci
pu se perpétuer en Egypte ;4|os races du Nord ne
sissent pas mieux en Algérie; fAnglo-Saxon s'étiolç e
Amérique ou devient Peau-Rouge. Quant aox croisenUhti
là où ils peuvent s'opérer, loin ae détruire l'indigéna'
ils ne font que le rafraîchir, lui dcyiner plus de ton et à
vigueur : on sait aujourd'hui ^ue les sangs «se mêlen
mais ne sejusionnent pas, et toujours une de^dëf^raci
fmit par revenir à son type et abso^ber l'autre.
De cette parenté de la race et* du sol, fondemeni é
uuire la posscs&ioi iwj'^ t 'j L*':ut . »* "iiui ï - -. . . **"'• •>* conditions i»eaucou: biu= '^.niiîJii.;--f^ 'ii*- . :•♦•-*:-• naiianak.
VD troisiène prui'-]i*-. l;**-- 'ii* •*.:: iw •*
UCKns legisiai'-'ur ^l■'■■;:- . ■. m? v - :■ •* .«. quia BOciéUniOLi*frii •- Tu: • i-'Tflrî. u»v ' ••\.^r is cfiorif^ dfSEesi«!f?^ . "f *- ^«;-»fDT:. if «rflia»/?;.. ^^ /.■
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tiotr lîf «t c/ifl'''' Thifc ;/«• :..''■.-.':' -'/,t.-'r. -?.•. kni Qfistiiiir' €:'^ U2::j •^'nrr luii:- * .'^" r' ••»?-
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cube, irunini^ij «iir:-.':— st. f:anm»^i rr -r ■ %vut alfiAi: 'it^r r::/- i--:-
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à la place de laquelle nous avons mis le divorce de propriété.*"
Le christianisme est la religion de la séparation universelle, de la scission sans fin, de Tantagonisme irré* couciliable, de Tisolement absolu, des abstractions impossibles.
Après avoir séparé Tesprit de la matière, comme le Dieu de la Genèse sépare le sec de l'humide, la lumière d'avec l'ombre; après avoir distingué les âmes d'avec les corps, posé le bon principe en face du mauvais, élevé le ciel au dessus de la terre, créé .dans l'homme une double conscience, et institué ce systènàe d'hypocrisie qui fait de Tartuffe un bienheureux et de Socrate un réprouvé, le voici qui scinde l'homme d'avec la nature, afin que, comme il l'a rendu malheureux dans sa conscieSice, il le rende fugitif et déshérité sur la terre.
La terre! comment le chrétien l'aimerait-il, cette terre sacrée, que les anciens entourèrent d'un culte plein de tendresse, et qui est pour nous, à elle seule, presque toute la nature? Aimer la terre, la posséder,. en jouir dans une légitime union, avec cette vigueur d'amour qui appartient à l'âmeliumaine, le chrétien en est incapable : ce serait de l'impiété, du panthéisme, un retour à l'idolâtrie primitive, pis que cela, une rechute dans le chaos, en horreur au polythéisme même.
La haine du monde extérieur est essentielle au christianisme ; elle découle du dogme même de la création , et des antinomies qu'il traîne à sa suite.
Pour le chrétien instruit par la Bible, la terre, comme le soleil, la lune et toutes les sphères, est chose morte» vile matière, instrument des manifestations divines, mais "^ui n'a rien de commun avec TÊtre divin, ni par con*
8é(iucnt arec rime de rhomme , sa fille immortelle. Car tel est le rapport que la religion établit entre Di'^a et l'univers; tel il sera, par la marche néctssaip' de Vidée, entre l'homme et la terre. La révélation ellemême a pris soin de nous le dire. Pourquoi lo Dt}ca!i>gue défend-il d'adorer rien de ce qui est en haut au ciel, ou en bas sur la terre , si ce n>st parce que le ciel et la terre, et toot ce qu'ils contiennent, si.^nt réputés créa- Inres, œuvres de Eabrique, dépouillées par conséquent de toute vie propre, de volonté, d'intelligence, de substance inème?Anibnd, ce sont des néants.
Qnâ cas pourrions-nous donc faire d'une nature que Uea dé6nit, non point comme partie de lui-même, mais œuvre de ses doigts ?
Comment y verrions-nous une mère, une nourrice, une KBOT, une épouse, alors que lui daigne à poinc la toiicher dabout dupied?
La terre est à Jéhovah , dit le psalmistc, ot tout son iDobilier : I>omf ni e5< terra et plénitude ejus. — Kt qu'ni Ut-il de cette terre, ô sublime chantre des praniltMirs do. Ueu? Admirez la réponse du Juif : Jéhovah, niaîtrr dt* toute la terre, y a choisi un petit coin, le mont Moriah, pour s'y faire bâtir un temple et y rendre ses oracles I... Quis aseendet in tnontem Domini ?
Ainsi, de Dieu à l'univers visible le rapport, selon h* chrétien, est celni d'un maître absolu sur sa choso. : r-'rst Je contraire de ce qu'affirment lo félirhisiiH! , h*, \i.\uthéisme, l'animisme, toutes les opinions (pii, y.um un-r absolument la Divinité, tendent à la faire rentrf:r (I.mih h-. système général des e.ûstenccs. Il ne [leut pii . tVw. rpirv. tioDaujourd'hnide ressusciter ces vieilles lli/^r»rie ., tu Uu «-. desquelles le christianisme devait se prorluÎM' ntiuiuf antithèse; mais toute antithèse, nV;t;int (i;ir t-Wi- uiftn*. qa*une face de l'idée, doit suivre 1^: norl de hi th/ :**.
se sauver avec elle ou périr : ce qui implique également que le dogme chrétien eafc insuffisant, et la morale qui s'en déduit fausse.
Pourquoi Thomme est-il sujet à la mort ? C'est, dit le spiritualiste, qu'il est composé d^esprit et de terre, le premier destiné au ciel, d*où il est tiré ; 4a seconde, a la masse inerte d'où elle est sortie : ReverttlÊur pulvis ad terram suam unde erat, et spiritus redeat ad Deum qui dédit illum. La terre cause première de notiré mortalité I quelle métaphysique !
Aussi le sacerdoce n'a*t-il rien négligé poi|r exalter le mépris du croyant envers cette vieille mère : il sentait qu'il y avait là, pour son fantôme, une rivale à craindre.
Que la terre te soit maudite^ dit la Genèll; qu'elle t$ pousse des ronces et des épines. Ceux qui ont visité les lieux où jadis régna le dogme biblique peuvent dira s'il ne semble pas que la malédiction ait passé par là.
La terre est une vallée de larmes, que notre plus ardent désir doit ôtre de quitter. ^
L'Ecclésiaste compte les joies dont la nature comble l'homme; il passe en revue les merveilles de la création, et ^ chacune il répète ce cri lamentable : Vanité ! Et de vanité en vanité il conclut par ce mot, qui donne le secret de sa tristesse : Souviens-toi de ton Créateur, Me* tnento Creatoris tuil II n'est pas gai, le Dieu de la Bible!
Le chriiitianisme enchérit sur cette isolation :
<K Yeux-tu être parfait, dit Jésus, ^'après le premier fivan* gilë; au jeune homme riche? Ya^ vê^ds tout ce que tu aS| donne-le aux pauvres, prends ta croix, et suis-moi. )»
Les mots Prends ta croix, mis dans la bouche de Jésus avant que la croisi^^t devenue le symbole de la sect6# indiquent assez qife ce n'est pas le Galiléen qui parler mais l'Église, la fille de la. Synagogue, race pure d'Aarott et d'Esdras,
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tait deTant lui sa bannière dans les batailles, et lui commanda d'attacher au bout d'une lance le drap dans lequel on devait l'ensevelir, de le lever comme l'étendard de la mort qui triomphe d'un si grand prince, et de crier, en le montrant au peuple : Voilà tout ce que le grand Saladin emporte de ses conquêtes. )>
Si le grand Saladin a fait cela, je déclare qu'il n'avait plus sa tête, sans quoi il faudrait avouer qu'il n'avait été pendant toute sa vie qu'un inabécile. Je passe sur les exemples du grand Charles-Quint, du grand saint François de Borgia, du grand Antiochus, du grand Balthazar, du grand pripce indien Josaphat,.ct sur une foule d'ailtres, tirés du Comte de Valmont et des Pères. Ces pitoyables rapsodies se vendent avec votre approbation, Monseigneur, et avec l'approbation de vos collègues : ce sont les leçons dont vous remplissez l'espfit du peuple, qui du reste en prend à son aise, et vous aurait bientôt et pour jamais abandonnés, si, destitué de capital, de crédit, de propriété, de science,.privé de toutes les garanties de la nature et de la société, dans ce système où il est forcé de vivre, le désespoir ne le ramenait sans cesse aux pieds de votre miséricorde.
XXXI r
La terre, dit l'Église à ses enfants, vaut-elle la peine que vous vous querelliez pour sa possession? mérite-t-elle votre amour? Hommes d'un jour! que vous importe que pendant votre courte vie ce lambeau soit inscrit sous votre nom ou sous le nom d'autrui? Qu'y a-t-il dans cette boue, dans celte roche, dans ces buissons, dans ces ajoncs, qui vous charme? La mangerez-vous, cette vile matière? En fercz-vous votre maîtresse, votre reine? Quoi de commun enOn entre l'homme, être spirituel, fait pour aimer et servir Dieu, et cette terre, propre tout au plus à produire de Therbe pour votre bétail, du pain dur pour
WDtre BBtiBnac, et qni ne yrmv coavnrii votn- jadtvm^
£1, avec œ raisomiemeiit l a. SéD':;au( l'tiamxn' :. perdu k sentinicnldf L natun . il !^«tf.: (tumziu d «iii< camme d'un ixnpnT iimoL. A a niac- U' c-: ariiou- irin' que tout êtr£>TiTant i nou: le' r-rioçe Macée aaxi hni nsBgfcet 50E accontumonct. s-sodi û^'veiopfie' ae M*nimentf iacticeB. deBxnœur-'etraiure. : fy rionr avuT- lusult' Il xiatJirb, nouF aron^ vi (j'Hciili:* ci* iiiu *ij uni ^n BOUB-mêmeE l'inteliiizcDL'^ ç- l. juhi:"*
Lmtelligenct d auorL.
Le philofioplie-xtireiiei es- mcauaij}' lari a* j resi* dans la foi, dt- f'éieve: i. un'- oouoii '.'lu'I' U' • ui 'j* • uuxjraiiî«er&, et cansèauemuicn' <}' u riicn^*'.
Dd piincipt, €L efie: au* i- uj'.iiiu- i '.i* ':ni:: .• sui qu'il ot créé iJOU' uik iii =ur:iûi!:"l»'. i; in u* * «tî* deranl être «l ranuor avt" h ['tuiv-mh -i- " *!•• «; ;.n' cxjreBsiozi conjDi*;nK'niair-. l'ui^- ':»":::riM;Tî ^tj;! ujj. loaofifakf gui cii'iT'cii'.Tiir a :ii •• ' ••.•.tmt «v -t^-iw^., sérail en conirarii'niui i'Vir »■ :'•■;■'.;«•' -..;.,. hardinifizil Icimiuif ij:r l^:- .•-■.. *: • ::; ■ ' .■ i;M' ■• dosé* n'est a u* ** ti**v-»iHiif.Ti- ::.
chose gn'uL nnniunt'^n vj'*".* :
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C*eSt IIE ih7* L ''liitnU' ^.c^' -îi'I»..: .« y,* •■ '.- '/ « ■
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le souffle de D'.eu .'i aîi'-^u» '! :ii.- ;i -■ < : . »■/■■
de tomber. Supposer, ce qu'a démontré Laplace, que Tunivers subsiste par lui-même, et qu'il sufRt, pour en produire les meryeilles, du jeu d'^||hpetit nombre d'élé* ments, c'est faire disparaître la Divinité, et avec elle la religion.
De cette idée étrange d'une finalité ultrà-mondaine du monde, ou de la non-existence en soi et pour soi de l'univers, est sortie l'opinion de la fin du monde, qu'Ovide, par une fiction ingénieuse, fait surgir pour la première fois dans le cerveau de Jupiter. Il convenait en effet que le Dêmi-ourgos tirât lui-même les con|^quences de son principe, et usât des droits que lui assure son titre. Jupiter, dit le poète, voyant les crimes des homnujis, se disposait, de concert avec les dieux, à les foudroyer. Mais, il réfléchit qu'il courait le risque d'incendier le ciel ; que d'ailleurs un jour viendrait où, les destins étant accomplis, la machine du monde devait se briser et être livrée aux flammes; en conséquence, au lieu du feu, il se contenta d'employer l'eau. Ceux que la Providence n'a pas su gouverner, elle les noie : était-ce la peine de clianger de religion pour transformer en 'article de foi celte légende bouflbrine?
Esse quoque iu fatis reminiscitur affore tempus Que" mare, quo tellus correptaque regia cœli Ardeat, et mundi moles operosa laboret.
XXXII r
Mais ce qui n*est qu'absurdité en philosophie, tranS' porté dans l'ordre de la Justice, devient dépravation. T^^ dogme, telle morale : comme Ja terre est aux regards ào Dieu, elle sera pour le législateur.
De toutes les distinctions qu'a engendrées le principe théologique, la plus funeste peut-être est celle qui, apr^^ avoir séparé dans le droit civil la possession de La pro**
priéAé, a «a Im piéleiitkiii de pounanro daos la imlîque josqa'i ses defuîftiBt eoméqnenees eette disUnelioa.' ,
Le droii qminiaire^ fait périr b répuMique ramait : c*est loi qui menace d'eaglootir la flociélé moderne.
CeA ee domaine émimmt, imité de romnipoflfeDoe dirâie, qui» fMidé mûquement for la voloiilé, aaeonaenraiit par la Yolooié, ae Innaieltaot par la voloDlé^ ne poovaql aa perdre qoe par la déEnrt de Toienté; cTest oe droit d'aaer et dTalmer, que le siècle s*eflbroe de retenir et aveeleqod 0 ne peut plus vivre, qui produit de nos joori la Âéserlkm de la^tare et la déaotalion de la société.
La métaphysique de la propriété a dévasté le sol français, découronné les montagnes, tari les soaroeai changé ks rivièna an torrents, empierré les valiéea : l^taiiavae du gouvernement. EBe a nndu l'apiiallnn au pajsan, plus odieosaaaaarela patrie.
Son qoe Texploitation s* arrête : la néoeasité de la sobmlanee mettra toujours à la meici de l'exploitant mofaae plus de travailleiirs qoe Tàntique propriété n*eut d'cKlaves; et Tagriculture, s'induslrialînnt de jour en jour, saura bien faire rendre au sol«-ailti«é même par des ■ûs serriles, tout ce qu'elle peut donner.
Je veux dire que lliomme, riche comme pauvre, propriétaire aossi bien que colon, se détache cordialement ^ la terre. Les existences sont, pour ainsi dire, en Fair : ^ ae tient plus au sol, comme aut^e^oi^^ parce qu'on IVhite, parée qu'on le cultive, qu'on en respiire les ôira- ■Hioos, qu'on vit de sa substance, qu'on Ta Te(;u de ses Rères avec le sang, et qu'on le transmettra dans sa race ; l*ne qo'on j a pris son corps, son temf^raroenU ses in- ^^Kta, ses idées, son caractère, et qu'on ue pourrait f»as ^CB séparer sans mourir. On tient au sol comme à un ^^*lil> moins qoe cela, à une inscription de rentes au
on perçoit chaque annc«, sur la masse
commune, un certain revenu. Quant à ce sentiment pro* fond de la nature, à cet amour du sol que donne seule la vie rustique, il 8*est éteint. Une sensibilité de convention particulière aux sociétés blasées, à qui la nature ne se révèle plus que dans le roman, le salon, le théâtre, a pris sa place. Si quelques cas de nostalgie s'observent encore, c'est chez de bons bourgeois qui, sur la foi de leur feuilleton ou par ordonnance du médecin , étaient allés prendre retraite à la campagne. Après quelques semaines ils se trouvent exilés : les champs leur sont odieux; la ville et la mort les réclament.
Cette scission entre l'homme et la terre, dont la cause première est dans le dogmatisme théologique et ses interminables antinpmies, se manifeste par les pratiques les plus diverses, souvent même les plus opposées : l'agglomération et le morcellement, la mainmorte, le colonat, Temphytéose, le fermage, le métayage, l'abandon des cultures, la dépopulation spontanée, la vaine pâture, tour â tour autorisée et défendue, la conversion du sol arable en pacage, le déboisement, l'industrialisme, l'hypothèque, la mobilisation, l'exploitation en commandite.
Tous les économistes en ont f(|it la remarque : le fléaa qui perdit autrefois l'Italie, la démoralisation de la pos^ session foncière, sévit sur les nations modernes avec UB surcroît de malignité. L'homme n'aime plus la terre* propriétaire, il la vend, il la loue, il la divise par action^» il la prostitue, il en trafique, il en spécule ; — cultivateur» il la tourmente, il la viole, il l'épuisé, il la sacrifie à soB impatiente cupidité, il ne s'y unit jamais.
C'est que nou» avons perdu le goût de la nature : comité la pie aime l'or qu'elle dérobe, ainsi notre génération aime les champs et les bois. On les recherche comto^ placement d'espèces, fantaisie bucolique et maison de santé ; ou bien pour l'orgueil de la propriété» pour djre '
Ced est à moi ! Mais ces attractions puissantes, cette communauté de yie que la nature a mise entre elle et l'homme, nous ne les sentons plus : le sirocco chrétien, en passant sur nos âmes, les a desséchées.
Antée est mort, le géant, fils de la Terre, qui, chaque fois qu'il touchait sa mère, reprenait une nouvelle force ; il a été étranglé par le Brigand, et ses fils maudissent la glèbe à laquelle ils sont attachés. Qui ressuscitera Antée? Qui délivrera ses enfants?
Et cependant il y a dans le cœgr de l'homme, pour cette nature qui l'enveloppe, un amour intime, le premier de tous; amour que je ne me charge pas d'expliquer, — (pi m'expliquera l'amour? — mais amour réel, et qui, eemme tous les sentiments vrais, eut aussi sa mythologie.
Qu'est-ce, je vous prie, que ce culte adressé au Ciel, Mil astfes, à la Terre surtout, cette grande mère des dibses; magna parens rerum^ Cybèle, Tellus, Yesta, Rhée, Ops, si ce n'est un chant d'amour à la Nature ?
Que sont ces nymphes des montagnes, des forêts, des ioQtaines, ces fées, ces ondines, et tout ce monde fantastique, si ce n'est encore l'amour?
Personnification des forces naturelles, direz-voUs, ido- Milrie! Soit; mais en personnifiant les forces, ou, ce qui devient au même, en prêtant une âme à chaque puissance (de la nature, l'homme ne fait que manifester sa propre *ine et exprimer son amour. Idolâtrie, culte des formes, <î*est précisément la morale. Pourquoi cette Cybèle est- ^e si bonne, si bonne qu'elle se laisse aimer des ber- Rers? Pourquoi ces nymphes soAt-ellcs si belles, ces E^ies si charmants, si ce n'est que Tâme humaine les Q^, comme le Dieu de l'Oraison dominicale, du plus purde ses affections?
Or, l'amour de la nature ne passe pas^ croyez-moi, avec la mythologie , pas plus que le sens moral do s'éteint avec la prière dans le cœur du philosophe » pas plds que le culte de la beauté ne se flétrit en présence du cadavre dans l'âme de Tanatomiste.
Quand M. de Humboldt mesurait le Ghimboraço, croyez-vous que ce chiffre de 6,000 mètres, — une lieue et demie, pas davantage, — détruisit en lui le sentiment de l'infini qu'il éprouvait à la vue des Cordillères?
Quand Linnée, de Jussieu, par une patiente analyse, inventaient leurs classifications, pensez-vous qu'ils restassent insensibles à cette beauté impérissable qui, à chaque printemps, éclate avec tant de profusion dans les végétaux ?
Tous ces hommes, je vous le dis. Monseigneur, sont amants, ils sont idolâtres ; et c'est parce qu'ils sont idolâtres qu'ils sont moraux ; c'est parce qu'ils ont commencé par l'idolâtrie qu'ils ont porté si haut le culte de la science, et que l'humanité reconnaissante les plaeeà leur tour parmi les génies et les dieux.
Mais vous, iconoclaste par principe, insulteur des formes éternelles, blasphémateur d'idées, brûleur de livres, comment pourriez-vous reconnaître cette consanguinitérde l'homme et de la nature, condition nécessaire, premier degré de toute moralité?
Car si, cojnme je l'ai dit au commencement de ce chft' pitre, il n'y a pas communauté d'essence entre l'homme et le monde ; si notre âme, radicalement distincte de la matière, doit être conçue comme chose simple, et par conséquent amorphe, dont le mouvement en tous sens est Tunique attribut, il s'ensuit que l'homme, réduit à la liberté pure, ne doit se laisser conditionner par aucune loi ; que, comme Dieu même, qui, avant de produire pai sa toute-puissance la matière de l'univers, en avait pro-
ait lef km par mm intelligence, il n*a de morale que son on plaisir; eonséf|ueniment que la condition de rhomme ir la terre eal celle d'un tyran, ou plutôt, puisqu'il ne inraii détruire rpurre de Dieu, d'une âme captive et âchue; qu'ainsi sa personne n'a de dignité que celle u'elle reçoit de sa religion ; que du resie, comme la dolination de Tesprit pur sur la matière inerte et passive Bt absolue, il n'existe pas de formes authentiques et obli* atoires ni pour l'ordre économique ni |X)ur l'ordre poliique, et que l'état naturel des sociétés est Tarbitraire.
Faut^il que ce soit moi qui aujourd'hui vous donne de nmblables leçons! Faut-il qu'aprrs dvoir montré par quelle loi d'équilibre se lôgilime la propriété, j'aie à débndre encore, au point de vue de la |)sychologie, cette possession de la terre sans laquelle la vie de Thomme a'est-plus, comme la propriété elle-même, qu'une abstraction!
Rien de métaphysique, d'irrcçl , de purdhient abstrait tf jDominal, ne peut faire 'partie de Tordre pratique et positif (fes choses humaines. Cela se déduit nettement de nos axiomes , et la Révolution a mis fin à toutes ces iiclioDs de la transcendance.
Conception pure du moi, expression hautaine de son ^lutisme, la propriété, nous Tavons dit (Étude lir, di. vi), est indispensable à réconomie sociale; mais elle n'être dans le commerce du genre hiimuin qu'à deux conditions : Tune, de se soumettre à la commune balance 4» valeurs et des ser\ ices ; l'autre, de se réaliser dans tine possession effective. Sans celte condition, elle restenit immorale.
Eh quoi! le Pouvoir social, cette puissance de collectivité qui, sous les noms mystiques de monarchie, aristo-
eratic, gouvernement, autorité, etc., a été prise si longtemps, tantôt pour une action du ciel, tantôt pour une fiction de Tesprit, nous l'avons trouvée chose réelle; rÉconomie, nous l'avons reconnue pour une science réelle; la Justice elle-même nous est apparue comme une réalité : ce n'est qu'à cette condition de réalisme que nous avons pu jeter les bases du droit et de la morale, et nous dégager de la corruption antique, et la propriété resterait à Tctat de fantôme, ce ne serait toujours qu'un mot, servant à exprimer le dévergondage du cœur et de l'esprit, une négation!... C'est inadmissible.
Je dis donc que, si la propriété est, comme elle doit être, quelque cïiose de réel, elle le devient par cette possession, que le Code et toute la jurisprudence distinguent nettement de la propriété; possession que j'ai toujours défendue, cl qui n'a rien de commun avec le J vieux droit caïnitc, né d'un faux regard de Jéhovah. C'est par la possession que Thomme se met en comma* nion avec la nature, tandis que par la propriété il s'en sépare ; de la même manière ^que Thomme et la femme sont en communion par l'habitude domestique, tandis que la volupté les retient dans Tisolement.
Car il ne suffit pas, pour le succès du laboureur et pour la félicité de sa vie, qu'il ait une connaissance générale de son art, des différentes natures de terrain, et des cléments chimiques qui le composent; il ne lui suffit pas même de ce titre de propriétaire, si cher à l'orgueil ; il faut qu'il connaisse de longue main, par tradition patrimoniale et pratique quotidienne, la terre qu'il cultive; qu'il y tienne, si j'ose ainsi dire, à la manière des plantes, par la racine, par le cœur et par le sang : tout comme il ne suffit pas à un homme, pour faire ménage avec une femme, de connaître la physiologie du sexe et de porter le titre de mari ou servant; il faut
8on épouse» qa*il la sache par cœur, qu'il d*iB8tiiict, de telle sorte que, présent ou ab- -elle ne pense que lui» ne reflète que son action et Ycrionté. Que ne puis-je évoquer ici le témoignage de ( millions d'ftmes rustiques et simples, qui, sans se Pllider. d*où leur viennent la santé et la joie, vivent M raCEBCtion de la nature, et ne se doutent pas que le tédiiiwne et le Code soient justement les deux ennemis 1 sans cesse travaillent à la leur fiiire perdre! Voua avez étudié la psychologie au séminaire, Monseiair ; aussi vous ne connaiiaei rien à Tâme du peuple. ma ne Faves pas vue, cetteiitte, lortir de terre, comme graine semée par les venta d*aiitoinne^ et qui lève au intemps ; vous n'en avez pas suivi, comme moi, Tefflopeenoe : car vous n'avez pas vécu avec le peuple, vous Il0i pas de lui, vous n'êtes pas lui. Permettez donc que I vous cite, en ma personne, un échantillon de cette dMenoe que l'Église, depuis dix-huit siècles, s'efforce *ko^Êkr sous ses badigeopnages. C'est plus intéressant, t^ùoB assure» que vos^Ugoes, vos cloches, vos vitraux inlB, vos ogives, et tonte votre aidiitecture.
XXXTI
HipB biographe m'adresse cet étrange reprodie :
^^f4k eoDége^ comme plus tard à Tatelier, il refuse de parifpnfes jeux de ses camarades, fait bande à part^ dédaigne ^Mnis, se livre^ entré les heures de travail, à des promenades lltamres, ele. 9 ' ■
^||Bajj)oiite je médiiais dès lors la destruction de la SttÉle et de la propriété. La sottise réactionnaire ayant ik de moi, en 1848, un ogre» il a bien fallu me trouver ■e jeanemed'(^[re, et je ne serais point surpris qu'il se SMontiit des gens prêts à jurer qu'ils m'ont connu pBlon.
Au fait, j'ai pu paraître, de douze à vingt ans, un peu farouche. La faute n*en était pas à mon cœur, mais au système chrétien, qui, pervertissant les notions, atrophiant les instincts, travestit l'homme et lui impose des sentiments factices, à la place de ceux que lui a donnés la nature.
Qu'il me serait aisé, en elTaçant ce que la malveillance a mis de fausses couleurs dans ce tableau de ma jeunesse, de me poser en philosophe imberbe, fuyant la corruption des villes, et méditant dans la solitude sur les misères de rhumanité!
La vérité m'est beaucoup moins favorable ; c'est pour cela qu'elle est plus instructive, et que je tiens à la rétablir.
Jusqu'à douze ans, ma vie s'est passée presque toute aux champs, occupée tantôt de petits travaux rustiques, tantôt à garder les vaches. J'ai été cinq ans bouvier. Je ne connais pas d'existence à la fois plus contemplative e( ])lus réaliste, plus opposée à cet absurde spiritualisme qui fait le fond de Téducation et de la vie chrétienne, que celle de l'homme des champ?. A la ville, je me sentais dépaysé. L'ouvrier n'a rien du campagnard; patois i part, il ne parle pas la même langue, il n'adore pas les mêmes dieux ; on sent qu'il a passé par le polissoir; il loge entre la caserne et le séminaire , il touche à l'Académie et à l'hôtel de ville. Quel exil pour moi quand il me fallut suivre les classes du collège, où je ne vivais plus que par le cerveau , où, entre autres simplicités, on prétendait m'initier à la nature que je quittais, par destÉk^ rations et des thèmes ! . . .
Le paysan est le moins romantique, le moins idéaliste des hommes. Plongé dans la réalité, il est Topposé da ^ dilettante^ et ne donnera jamais trente sous du plus magnifique tableau de paysage. 11 aime la nature comma
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arrivé de quitter mes habits et de prendre sur la pelouse un bain de rosée. Que dites*yous de cette existence crot* tée, Monseigneur? Elle fait de médiocres chrétiens, je vous assure. A peine si je distinguais alors moi du nonmoi. Moi, c'était tout ce que je pouvais toucher de la main, atteindre du regard, et qui m'était bon à quelque chose ; non-moi était tout ce qui pouvait nuire ou résister à moi. L'idée de ma personnalité se confondait dans m tête avec celle de mon bien-être, et je n'avais garde d'aller chercher là-dessous la substance inétendue et immatérielle. Tout le jour je me remplissais de mûres, de rai-, ponces, de salsifis des prés, de pois verts, de graines de pavots, d'épis de maïs grillés, de baies de toutes sorteSt prunelles, blessons, alises, merises, églantines, lambrus* ques, fruits sauvages ; je me gorgcais d'une masse de crudités à faire crever un petit bourgeois élevé gentimentii et qui ne produisaient d'autre effet sur mon estomac q de me donner le soir un formidable appétit. L'aime turc ne fait mal à ceux qui lui appartiennent.
Hélas! je ne pourrais plus aujourd'hui faire de ces sa perbcs picorées. Sous prétexte de prévenir les dégfll l'administration a fait détruire tous les arbres fmi des forêts. Un ermite ne trouverait plus sa vio dansi bois civilisés. Défense aux pauvres gens de ramasser j qu'aux glands et aux faînes; défense de couper l'b des sentiers pour leurs chèvres. Allez, pauvres, allez Afrique et dans TOrégon :
Veteres migrale coloni!
Que d'ondées j'ai essuyées ! que de fois, trempé îufr qu'aux os, j'ai séché mes habits sur mon corps, à la bise ou au soleil I Que de bains pris à toute heure, l'été dans la rivière, l'hiver dans les sources! Je grimpais sur loi arbres; je me fourrais dans les cavernes; j'attrapais kl grenouilles à la course, les écrevisses dans leurs tronsi
u risque de rencontra une aiGneuse salamandre; puis je lisais sans désemparer griller ma chasse sur les char- ODS. U y a, de l'homme à la bCle, à tout ce qui existe, es sympathies et des haines secrètes dont h civilisation le le sentiment. J'aimais mes vaches, mais d*une affccioB in^iale; j*avais des préférences pour une poule, pour B mbre^ pour nn rocher. On m'avait dit que le lézard Il ami de l'homme, et je le croyais sincèrement. Mais ai toujours fait rude guerre aux serpents, aux crapauds t aux chenilles. — Que nCavaienUls fait ? Xuile </' r. Je ne sais; mais Texpérience des humains me les détester toujours davantage.
Aussi comme je pleurais en lisant les adieux de Philoc- Ile, si bien traduits de Sophocle par Fénelon :
« O jour heureux, douce lumière, (u te montres enfin, après Ht d^années ! Je f obéis, je pars après avoir salué ces lieux, iiea, cher antre! adieu, nymphes de ces prés humides! Je entendrai plus le bruit sourd des vagues de cette mer. Adieu, tige^ où tant de fois j'ai souiïert des injures de Tairl Adieu. [ttDontoire, où Écho répéta tant de fois mes gémissements ! Beu> douces fontaines, qui me fûtes si amères! Adieu, o 1(8 de Lemnos ! laisse-moi partir heureusement, puisque je Ib où m'appelle la volonté des dieux et de mes amis. »
Ceux qui, n'ayant jamais éprouvé ces illusions puisintes, accusent la superstition des gens de la campagne, b font parfois pitié. J'ét^s grandelct que je croyais enke aux nymphes et aux fées ; et si je ne regrette pas ces riyyances, j'ai le droit de me plaindre de la manière dont I me les a fait perdre.
fCertes, dans cette vie toute de spontanéité, je ne son- Lis guère à l'origine de l'inégalité des fortuiics, pas plus Iraiu: mystères de la foi. Point de famine, point d'envie. Itt mon père, nous déjeunions le matin de bouillie de
maïs, appelée gaudes; à midi, les pommes de terre; h soir, la soupe au lard, et cela tout le long de la semaine. En dépit des économistes qui vantent le régime anglais, nous étions, avec cette alimentation végétale, gros elforU Savez-vous pourquoi? Cest que "nous respirions l'air de nos champs et que nous vivions du produit de notre culture. Le peuple a le sentiment de cette vérité quand il dit. que l'air de la campagne nourrit le paysan, au lieu qori le pain qu'on mange à Paris ne tient pas la faim.
Sans le savoir, et malgré mon baptême, j'étais une sortffj de panthéiste pratique. Le panthéisme est la religion enfante et des sauvages ; c'est la philosophie de tous qui, retenus par l'âge, l'éducation, la langue, dans U A| sensitive, ne sont pas arrivés à Tabstraction et à l'idédi deux choses que, selon moi, il est bon d'ajounier le possible.
Je ne suis donc pas de l'avis de Rousseau, qui, de ci de superstition, voulant précisément fonder la foi sur raisonnement et la conscience, défendait de parler de à son élève avant la vingtième année, puis le livrait théologie : excellente méthode pour éterniser la su tion ! La notion de Dieu, comme celle de substance et cause, est primitive, propre surtout aux iirtelligi inexercées, et doit perdre son empire à mesure qu' s'élèvent à la vraie science. Laissez donc les parler à leur aise, tout leur soûl, de Dieu, des anges, âmes, des fées, des griffons, des hejrcules, comme des et des reines; laissez leur entendement jeter sa gourma condition nécessaire aux spéculations positives de la virilité. Pendant le premier âge, les conceptions du mysti* cisme, si facilement reçues par l'imagination, servent m supplément et comme de préparation à la métaphysiqtkBi Veillez seulement à ce que ces conceptions, tournant H fanatisme , n'usur|)ent dans leur cœur la place que li
Ditmf — Eh-! ififpMi jBiia&inise. .e .m ii»iLtniift:ru i non
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El qn*al<e qat b Monï^. ^rês iiivc. Aa k< ^i;v» i le frottcflaenl de knrs «cai.j;iioe^ c'i (ds eaeicve la notion oacte des nzoDiu et àérr^oppé le 5<cs sinon cet amour uniicirsc^* irÈ^pni dissicpie, FaTOue, el encore moins romantique, (leu riûiiH\ («eu «entimental, mais iéd« sonrerain, fêccHid : où se îxxmé le génie, oà se trempe le caractère, où se constitue la per- ^Wmalité, où s'éteignent la superstition et le mysticisme ; imonr divin, qui ne se réduit pas à toucher du bout des lAvres cette mère nature, comme la religieuse qui n\oii riioatie, ou comme P^ranie donnant un baiser à Thisbé à travers la grille du jardin.
• X^JLVIll
Sorti des études, j'avais atteint ma vingtième année. ■on^père avait perdu son champ; rhy|MUhèi[ne l'avuit iévoré. Qui sait s'il n'a pas tenu à rexistcnce d'une bonne
inslituiion de crédit foncier que je restasse toute ma v paysan et conservateur? Mais le crédit foncier ne foa< tionncra, d^une manière vigoureuse, que si la Révolatic y met la main.... Force me fut de prendre un état. D4 venu correcteur d'imprimerie, que vouliez-vous que j fisse entre les heures de travail? La journée était de di heures, il m'arrivait quelquefois de lire» dans cet inter valle, en première épreuve, huit feuilles in-12 d'ouvrage de théologie et de dévotion : travail excessif, auquel j( dois d'être devenu myope. Empoisonné de mauvais air, de miasmes métalliques, d*émanations humaines; le cœui aiïadi d'une lecture insipide, je n'avais rien de plus pressa que d'aller hors de ville secouer cette infecUoD. Vilesvous jamais paysans sortir de la grand'messe aa momeni du sermon? Ainsi je fuyais, à travers champs, cette ofScinc ecclésiastique où s'engloutissait ma jeunesse. Pom avoir Tair plus pur, je scandais^ terme de collège, lei hauts monts qui bordent la vallée du Doubs, et no lOU' quais pas, quand il y avait de l'orage, de m'en domitif t spectacle. Blotti dans un trou de rocher, j*aimais à 19 garder en face Jupiter fulgurant, cœlo tonantenty sansi braver ni le craindre. Croyez-vous que je fusse là en savant ou en artiste? Pas plus l'un que l'autre. Je ne déci derai point lequel des deux est le plus digne de mon admi ration, du peintre qui se fait attacher au grand mât d'in navire afin de mieux saisir l'ouragan, ou du physiciei qui reconnaît et enchaîne la foudre; du paysagiste qui m montre sur un mètre carré de toile une vue des Alpes ou de Saussure qui caleole à quelques toises près la hau teur du Mont-Blanc. Ce que je sentais, dans ma conten plation solitaire, était autre chOSe. La foudre, me disais-ji et son tonnerre, les vents, les nues, la pluie, c'est eg.çoi moi.... A Besançon, les bonnes femmes ont l'habitud quand il éclaire, de se signer. Je croyais trouver la râ
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avoir vendus; si le Dieu soi-disant trois fois saint n*es pas au contraire le Dieu trois fois impur; si, tandis qu vous nous criez : La tête en haut, Sursùm , regardez 1 ciel, vous ne faites pas précisément tout ce qu'il fai: pour nous jeter, la tête en bas, dans le puits.
Voilà, et depuis longtemps, ce que je me demande, e sur quoi j'appelle instamment. Monseigneur, votre atten tion. Montrez-moi, au point de vue des intelligences e des caractères, des relations de famille et de cité, di monde intérieur qui est la conscience, et du monde extérieur qui est la nature, montrez-moi la moralité et l'efficacité de l'édiication ecclésiastique; et non-seulement vous aurez bien mérité de la civilisation et du peuple, mais, ce qui vaut mieux pour vous et ne sera pas moins décisif, vous aurez arraché à l'incrédulité son argument le plus pércmptoire.