‹ De la justice pénaleChapitre 7 sur 13 · HE LA JUSTICE · texte numérisé non relu

HE LA JUSTICE

Cette justice stricte, les anciens l'appelaient justice commutative, parce que c est dans les échanges ({neWe se manifeste le mieux, en procurant Tégalité entre les objets échangés. Ensuite, ce mot d'échange éveille ridée de deux termes indépendants, ce qui est une condition d égalité absolue dans leurs rapports. Nous savons, en effet, qu'entre personnes dépendant Tune de l'autre, il ne peut y avoir une égalité arithmétique ou de quantité, mais seulement une égalité géométrique ou de pmportion : ce qui est donné par une personne a autant de valeur, par rapport à elle, que ce qui est reçu par l'autre en a par rapport à celle-ci.

Res soluta : debitori soLventi : : res accepta : cre-^ ditori accipienti. (Cf. p. 65.)

La justice rigoureuse ou commutative s'étend aussi au respect de la propriété d'autrui, bien qu'il y ait alors absence de tout changement. D'abord, là encore, il faut exécution parfaite; et puis, la justice est alors commutative d'une manière indirecte : au cas où ses ordres n'auraient pas été respectés, elle exige un échange inverse, strictement égal, entre les deux patrimoines, de manière à les rétablir tous deux dans leur situation primitive.

A côté de la justice commutative,se place la justice distributive. Elle considère les relations des hommes, non pas eu égard aux biens qu'ils possèdent déjà, mais à ceux qu'un pourvoyeur commun tient en réserve, pour les distribuer entre tous. Ces richesses appartiennent à l'ensemble des individus ; elles doivent être réparties entre eux : ils y ont donc un certain droit. Toutefois, comme chaque partie peut échoir à Tun quelconque d'entre eux, aucune n'appartient déjà à aucun d'une manière personnelle et propre. Le droit des individus est donc un droit général. — Eh bien, la justice distributive détermine la règle d'après laquelle ce droit général va se convertir en droit propre. Elle détermine le droit de chacun au partage, c'est-à-dire la portion de la masse qui doit lui revenir en propriété privative.

Ici encore, sa formule est de rendre à chacun ce qui lui est dû. Elle n'exige point, cependant, qu'il soit donné à l'un exactement autant qu'à l'autre; une telle égalité serait la négation même de la justice.

La justice distributive consiste dans une égalité, au moins proportionnelle, entre ce qui est

reçu et ce qui est dû ou mérité. Or nous supposons, — chose qui doit fatalement arriver, — que tous ne soient pas dans la môme situation, n'aient pas les mêmes titres ou les mêmes besoins, ne soient pas également méritants. Le rapport ne s'établit donc point ici entre ce qui est reçu par les différentes personnes, mais entre ce qui est reçu par chacune et son propre mérite.

Quelle est la nature de ce rapport?

Considérons que, si la masse à distribuer était nulle, ou dix fois plus grande, ou dix fois plus petite, la part de chacun serait nulle, dix fois plus grande, dix fois plus petite. Cependant, la justice serait satisfaite. C'est donc qu'elle nexige pas une égalité arithmétique ou de quantité entre la chose donnée et le mérite lui-même. S'il en était autrement, il pourrait arriver que quelques parts épuisassent toute la masse (et alors une partie des membres seulement auraient part à la distribution); ou bien, chacun ayant reçu tout ce qu'il mérite, il resterait un reliquat qui ne pourrait être distribué.

La justice distributive demande uniquement que la part de chacun soit à lensemble des biens, comme

son mérite est à la somme des mérites en présence. En d'autres termes, elle exige une égalité géométrique ou proportionnelle (ï).

Cette revue des différentes branches de la justice paraîtra longue peut-être ; cependant, nous pensons qu'elle n est pas inutile. La notion de justice s'emploie dans des circonstances et dans des sens si différents qu'elle prête à confusion. Et puis, l'écho spontané quelle trouve dans notre conscience fait en sorte qu'une connaissance très vague de sa nature suffît à diriger pratiquement notre activité. La plupart des hommes s en contentent, et. sans pousser plus loin leurs investigations, ne cherchent pas à en dégager le concept exact.

Il importait donc de jeter un coup d'œil sur les différentes applications de la justice, d'isoler l'élément fondamental et permanent qui se retrouve en toutes, et de distinguer ce qui appartient à chacune, .... pour saisir enfin la portée exacte de celle qui soutient la peine.

(1) Suro., 1» pars, quœst. XXÏ. art. 1, in corp. ; — 2a 2«^, qnœst. LXI. art. 1. — Llb. 2 sentent., distinct. XXVÏÏ, art. 3, in ccrp. — Llb. 4 sentent., distinct. XLVI, quœst. 1, art.t, qviœ8t«"ia t, in corp.

§ 2. — Fondement et caractère obligatoire de la justice.

« Mais, pourrait-on nous dire, tout ceci, bien que s'appuyant sans cesse sur les idées reçues, est plutôt un exposé qu'une démonstration. Vous dites bien ce qu on entend par justice, quels en sont la nature, les espèces et les caractères. Si nous agissons contrairenienl à la justice, nous compromettons une exacte proportion, une appropriation de notre activité à celle de nos semblables. — Mais quil y a-t-il (Je commun entre celle-ci et nous ? De quel droit ses exigences s'imposent-t-elles à nous ? »

Cette observation est parfaitement juste. Pour faciliter Texposé en ces n^atières ardues, nous n avons fait jusqn ici que creuser la notion de justice, telle quelle flotte dans nos idées et nos sentiments. Nous avons réservé pour ici de voir son fondement ou son caractère obligatoire.

Toute justice revient à régler nos actions en considération d'autrui, de manière à lui rendre ce

qui lui est ou. — Le devoir^ ou l'obligation (envers autrui), telle est donc la règle et la mesure de la justice (i).

Comme elle, il suppose toujours une relation avec une autre personne. De plus, il exprime une sorte d'infériorité, de dépendance. Aussi, n y a-t-il pas de devoir envers soi-même (nous avons vu qu'il n'y a pas non plus de justice envers soi-même).

L unité de notre nature s*y oppose, et la dépendance vis-à-vis de soi-même, c est l'indépendance. Ce qu'on appelle improprement devoirs envers nous-mêmes, ce sont simplement des devoirs envers Dieu ou envers nos semblables, à propos de nous-mêmes. L'objet, la matière de ces obligations nous sont personnels ; leur fondement nous reste étranger.

Puisque la justice au sens large règle toutes nos relations avec autrui, et puisque, d autre part, le devoir nous suppose en relation avec d'autres personnes, il faut bien reconnaître que la justice seule implique la notion de devoir (2).

(1) Sum .la^œ, quœsl.LX, art. 3; — 2a «œ^quœsl.CXXn, art.l, In corp. — Contra Gentes, LIb. II, capll, 28, § oslendere. — LIb. 3 sentent., distinct. XXXIII. quœst. 3, art.4, quœslcmat,in corp.

(2) Sum., la 2£e, quœst. XCIX, art 5, ad lum.

Il y a plus : le devoir est le fondement même de la justice. C'est parce que une chose est due, qu'il faut la donner à autrui et satisfaire la justice (i).

Comme nous l'avons dit, Tidée de devoir renferme celle de notre dépendance vis-à-vis d'une action à poser. Elle exprime le fait en vertu duquel nous sommes tenus de réaliser la justice. Elle lafRrme, mais en donne-t-elle une raison justificative qui satisfasse pleinement notre curiosité inquiète?

Non, pas encore. Il faut donc scruter aussi la notion du devoir, il faut en étudier le fondement, pour comprendre la nature du rapport qui s établit entre nous et le bien d'autrui, de manière que nous soyons «îomme subjugués et forcés de travailler pour lui.

On dit qu'il faut rendre à chacun ce qui lui est dû. Que signifie cette expression : ce qui lui est dû?

Si nous voulons bien y réfléchir, nous verrons qu'on entend exprimer par là des choses qui ont avec l'être que j appellerai créancier des rapports excessivement

(1) Conf. Sum., 2» î», quœst. CVI, art. 1, in corp.

étroits. Tellement étroits, qu'on considère ces choses comme lui appartenant, voire même comme étant une condition de son existence ou une partie de luimême. Ce qui est dû à un être, c'est ce qui eslsien{i). Voilà pourquoi le sentiment de justice est révolté de le voir en la possession d'autrui.

Prouvons par les applications que telle est bien la signification du devoir.

Rien n'appartient plus à un homme, rien n'est plus sien que son essence, c'est-à-dire ce qu'il est eti luimême, ce qui le constitue un tel homme et non pas un autre être. Puis sa substance, c'est-à-dire le fond intime qui subsiste à travers tous les changements ou accidents, et leur sert de point d appui. Ensuite ses propriétés naturelles, les facultés inhérentes à sa nature, et les actes de ses facultés ; ceux d'entre eux qui sont nécessaires à la conservation du sujet lui sont propres à un double titre. — Eh bien, la Vie, r intégrité de son être et de ses facultés, ne sont-ce pas les premières choses que nous devons respecter dans un homme, les premières qui lui sont dues ou auxquelles il adroit?

(1) Sum., 2a, 2*, quœsl. LVHI, art. 11.

Ce qui appartient encore à riiomme, ce sont les objets de ses actes. 11 est vrai qu'ils ne font pas partie de son être, ni en essence ni en activité; mais ils ont avec lui des rapports très étroits. Etant nécessaires à son action, ils le sont indirectement à la conservation et au perfectionnement de ses facultés et de sa nature. *— Eux aussi lui sont dus : chaque homme a le droit d'exercer son activité.

Viennent enfin les qualités et les choses légitimement acquises. Elles sont nécessaires au maititien d'une situation actuelle. Celle-ci, il est vrai, n'existait pas à l'origine; mais aujourd'hui elle appartient définitivement et véritablement au sujet, car c'est la destinée naturelle de tout être de s'augmenter et de se perfectionner sans cesse. Or, l'inviolabilité des situations légitimement acquises est une condition et un stimulant nécessaires au développement de l'activité de l'homme. — Tous nous reconnaissons qn'il y a droit ou qu'elle lui est due.

En résumé donc, ce qui est dû à un être, c'est ce qui lui appartient, ce qui est « sien » d'après sa nature, ou plutôt à raison de V intégrité de sa nature, considérée en elle-^mêine et dans ses développe^

ments [{). La justice consiste à respecter cette intégrité, cest-à-dire à agir avec un être, de manière que sa nature sorte de nos mains parfaitement indemne sur la voie de sa destinée (2). Nous verrons bientôt pourquoi elle est respectable.

Envisageons maintenant la question non plus du côté de celui à qui il est dû quelque chose, mais du côté des choses qui sont dues. On admet que cela est dû à chaque être, qui existe pour lui. L'homme a droit aux choses que la nature elle-même lui a destinées, qu*elle a faites exprès pour lui. Aussi lui sontelles propres au premier chef.

Voici comment on le prouverait au besoin. Tout être a trois causes. La 1'® est son essence; grâce à elle, il est quelque chose, et il est ce qu il est : un homme par exemple. La 2* est l'être qui a fait cette essence, et qui ainsi est cause qu'elle existe. La 3^ enfin est le but auquel elle est destinée. Ce but ou cette destinée est la cause première ou fondamentale de la chose, parce qu elle précède et domine les deux

(1) Lib. 4 sentent., distinct. XLVI, quœst. 1, art. 2, quœslcu'» 1, In corp et ad a»"». — Contra Gent., Lib. II, capit. 28, § licet. (î) Sum., 2a, 2œ, quœst. LVIII, art. 11.

autres. C'est elle, en effet, qui a inspiré lactivité de l'agent et Ta mise en mouvement; ainsi elle est cause (le son acte et de l'existence de Tobjet. C est elle encore qui a dirigé l'acte créateur, car tout agent règle son action daprès le but qu'il veut atteindre. Celui-ci a donc déterminé aussi la nature de la chose produite ; il l'a façonnée, et la appropriée à soi : il se Test appropriée. Quelles relations plus intimes pourraient exister entre une chose et sa destinée? Quels liens plus étroits pourraient mieux justifier l'appartenance de Tune à Tautre? (i).

Il est donc vrai que les choses naturellement destinées à un être lui sont propres au premier chef. Il est naturel que leur absence entrave sa marche progressive vers rétat parfait. Le respect de leur destination rentre donc dans la définition que nous avons donnée de la justice, comme veillant à l'intégrité de la nature des êtres, considérée en elle-même et dans ses développements.

Le devoir implique chez ceux qui y sont soumis

(1) Sum., 1» pars, quœst. XXXI. arl. I, ad 3'»"»; — ^a, ix , qaoBsl. XLIV, art. 1, in cor p.

une sorte d'infériorité ou de dépendance, d'où découle la nécessité de Taccomplir (i). Il est plus que l'intégrité naturelle de chaque être, ou la possession par chacun de ce qui lui appartient : il est Yexigence de cette intégrité ou de cette possession. Cela n'a rien que de rationnel. L'être pour lequel la chose a été faite et auquel elle a été approprie'e, celui qui a été la cause régulatrice à laquelle lacté producteur a obéi en quelque sorte, cet être nest-il pas supérieur par nature? Et la chose produite n'est-elle pas vis-àvis de lui dans un état nécessaire de dépendance?

Il en est de même de cet être vis-à-vis de sa destinée à lui, c est-à-dire vis-à-vis de l'état final et parfait pour lequel il est fait, et vers lequel il s'avance progressivement.

Mais tout cela, il faut le reconnaître, ne sont <jue des rapports logiques. Certes, d'après notre façon de comprendre les choses et de raisonner, ce qui est destiné à un être et lui appartient — doit lui être laissé.La supérioritéd unterme, découlant de la dépendance de l'autre, appelle de notre part une activité

(1) Conlra Genl., lîb. II, capit. 28, § praeterea ; — capit 29, § sî autem (in med.).

qui soit en harmo^iie avec ces relations respectives.

Mais quelle est la portée de ces jugements ? Sontr ce de simples considérations spéculatives : des rap* prochements eqtre les concepts des choses envisagées en elles-mêmes : des rapprochements qui ont pour but de créer des relations s adressant uniquement à la raison, des relations destinées simplement à être connues et à feire mieux comprendre la nature des choses?

Si môme ce ne sont que des rapports logiques, quel en est le fondement? Que Tinférieur dépende du supérieur, que tout ce qui est nécessaire à l'intégrité d'un être lui appartienne..., ce ne sont point là des principes que la raison pose on ne sait trop pourquoi. Ils expriment des rapports fondés sur la nature des choses. Mais pourquoi celle-ci n est-elle pas autre? Doii vient qu'elle est comme rivée à ellemême d'une façon nécessaire etabsolue, de manière à donner aux rapports en question une base inébran^lable?

Ceux-ci cependant ne seraient-ils pas quelque chose de plus que das rapports logiques? Ne seraient-ils pas des jugements pratiques ? La raison ne les for*

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niuierait-elle pas pour guider notre activité dans l'emploi que nous faisons de ces choses, pour nous faire flgf/r conformément à eux, et réaliser dans nos actions et dans nos œuvres le beau qui est répandu partout dans la nature?

Sont-ce enfin des rapports moraux, exprimant non seulement le beau, mais le bien ? Dans ce cas encore, ils devraient guider nos actions vers un but; mais, de plus, ils se présenteraient à la raison avec le caractère obligatoire qui distingue le bien de tous les autres buts de notre activité. Et ce caractère lui-même d'où vient-il ? Pourquoi suis-je obligé de respecter et de favoriser la nature en progrès d'un être qui m'est étranger? Comment même cela m'estil possible? Tout être, en effet, travaille pour luimême. Il ne vainc son inertie et ne s'impose le labeur de l'action que sous Tattrait d une chose qui lui plaise, le satisfasse, lui convienne et constitue un bien pour lui.

C'est ici le nœud de toute la question de la justice, et par conséquent aussi de la peine qui en est une application. 1" La justice est-elle obligatoire pour nous, et comment peut-elle l'être? — 2^ Quelle

est la dernière assise de cette nature des choses qui établit entre elles les rapports que nous connaissons? Quel est le fondement du caractère moral qui rend ceux-ci obligatoires en eux-mêmes et ^r^a omnes?

Commençons par la première question.

Nous portons en nous, comme guides de nos actions vers le bien, la conscience et la raison.

La conscience nous dit, d'une voix implacable, que nous devons laisser à chacun ce qui lui appartient, et laisser tout être suivre sa destinée ; que la subordination naturelle des choses doit trouver un écho dans nos actes. Elle proclame que ces rapports sont bons, qu'ils sont un bien nécessaire, c'est-à-dire obligatoire, que leur violation est un mal qu'il faut éviter.

Ne demandons pas à la conscience d'explication ultérieure; elle est faite pour agir en dehors de toute donnée philosophique et de toute réflexion. C'est la ressource suprême de ceux qui sont privés de ces lumières; c'est un guide précédant la raison des savants eux-mêmes dans les questions

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délicates de la casuistique, et un garde-fou contre les écarts que leur perspicacité n aurait point remarqués. 11 entre donc dans son rôle de ne prendre conseil que d'elle-même, d'imposer son jugement, et de remuer profondément nos sentiments moraux pour nous pousser plus sûrement à Taction.

La raison, à son tour, nous dit que la justice est obligatoire.

La raison est le porte- voix à la loi naturelle, quand elle nous en présente les règles fondamentales sous de vives clartés: Or, ces jugements, dont tous les préceptes de la justice dérivent comme des applications : « qu'il faut laisser à chacun ce qui lui appartient^ et chaque être à sa destinée ; que Tiriférieur doit, en action, dépendre du supérieur, » ces jugements ont le caractère de spontanéité et d'évidence qui dislin-^ gue les premiers principes de la loi naturelle. Ils sont donc obligatoires.

Considérons maintenant la faculté intellectuelle non plus dans ses intuitions, mais dans ses raisonnements ; là encore, nous lui verrons reconnaître à la justice le caractère d'obligation. Elle démontre que, si les relations de justice ne devaient pas

être respectées eo pratique, notre existence et notre perfectionnement seraient sérieusement menacés, du côté des autres d'abord; et même de notre part, car notre activité manquerait du stimulant nécessaire pour devenir lagent de notre conservation et de notre progrès. La justice est donc liée à notre bien et à la réalisation de notre fin. Par cela même elle est obligatoire pour nous.

Puisqu'elle est nécessaire pour que nous atteignions notre état final et parfëit, elle est certainement ordonnée par la loi naturelle; car celle-ci a précisément pour but dassurer le développement progressif de tout être selon sa nature. Elle a pour effet de le conduire à sa destinée, par l'acquisition successive de tout ce qui lui revient d'après sa nature.

La raison est encore confirmée dans son jugement sur la justice, quand elle en étudie le fondement métaphysique ainsi que nous le ferons plus loin.

Enfin, les principes « de rendre à chacun ce qui lui appartient pour laisser chaque être suivre sa destinée, et de respecter pratiquement la subordination natui*elle des choses », ces principes sont encore les

premières conditions de Tordre. La justice est plus qu'une condition de Tordre, elle y contribue puissamment. Que chaque chose appartienne à ce à quoi elle est destinée, que chaque être soit en possession de son état final, que les subordinations naturelles soient respectées et nous aurons Tordre,... réalisé dans son parfait épanouissement !

On peut vérifier Texactitude de ces considérations abstraites en les appliquant à nos devoirs sociaux. - La raison dit que, sans le respect de la justice, le bien social et Tordre social sont impossibles. — Le règne de Tinjustice compromettrait la fin sociale ou le but de la société. — Aussi le respect de la justice est-il ordonné par la loi. — Pour toutes ces raisons, il est obligatoire.

Il est facile maintenant de comprendre comment la justice est possible : en visant directement le bien d'autrui, elle procure indirectement le nôtre. Noiis savons qu'elle est nécessaire pour que nous atteignions notre destinée, qu'elle nous est très avantageuse. Dabord, elle est la sauvegarde du bien social dont nous profitons, et aussi des droits particuliers

de chaque membre delà société (et nous en sommes). Ensuite, de par la raison, la conscience et la loi, tout acte de justice constitue une bonne action. Gomme telle, elle donne satisfaction à nos tendances les plus nobles; elle est un bien pour nous. Elle nous évite un châtiment, et, comme toute bonne action, elle porte en elle-même une certaine récompense et un certain mérite. La considération publique est le mode ordinaire dont la société reconnaît celui-

Cette espèce d'infériorité qu'implique le devoir, cette dépendance vis-à-vis de nos semblables qui semble contraire aux privilèges de notre personnalité, sexplique d'une manière analogue. Nous dépendons du bien d'autrui et, par conséquent, de l'être à qui il est destiné ; il nous lie et nous subjugue. Mais c'est parce que cela rentre dans notre destinée à nous, soit au nom du bien social, soit au nom de notre bien particulier. De telle sorte qu'au fond, c'est toujours notre destinée propre qui nous domine et nous commande. Le bien et la personne de nos semblables ne sont que des intermédiaires; toute la puissance qu'ils ont sur

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nous nest qu'une force d'emprunt. A vrai dire, ils sont plutôt l'objet que la cause de nos actes (i).

Passons à la deuxième question, à savoir : quel est le dernier fondement de la nature des choses, de rimmuabilité de leurs rapports et du caractère obligatoire de ceux-ci. A cause de son caractère métaphysique, nous la traiterons aussi brièvement que possible. 4^11e ne rentre pas proprement dans le cadre des études juridiques; on nous permettra" cependant de l'effleurer pour remplir complètement le programme que nous nous sommes tracé.

Tous les êtres que nous connaissons sont finis et ilpicrminés dans leur essence, c est-à-dire limités à lolle somme de perfection ; ils ne réalisent pas toute h beauté, la bonté... possibles. Leur existence ne s impose pas d'elle-même. Elle est réalisée, mais elle élirait pu ne pas l'être : elle n'est pas nécessaire. Inur état n est pas stable, mais sujet aux vicissitudes.

Ce sont là des situations incomplètes qui, dans

(t) Sura., la pars., quœsl. XXI, arl. 1, ad 3um,

notre pensée^ appellent un état parfait comme terme de comparaison. Or, la métaphysique peut démontrer l'existence d'un Être possédant la plénitude infinie de toutes les perfections, et réalisant à la fois tout ce que Ion peut être. Elle peut démontrer la nécessité et Timmuabilité absolue de son essence, c est-à-dire qu'il est « ce qu'il est » par lui-même et sarts condition, d'Une manière nécessaire et absolue.

Ces qualités absolues nous expliquent la nécessité et Timmuabilité moins parfaites des autï*es êtres : elles leur servent de point d'appui. Les natures finies sont des déterminations particulières, contingentes et variables de l'Essence infinie, absolue, nécessaire et immuable, qui est comme la clef de voûte de l'univers. En d'autres termes, ces êtres ne sont que des imitations de l'Essence divine, parce que celle-ci étant infinie, épuise toutes les perfections possibles. Ils varient seulement suivant le degré et la manière particulières dont ils la réalisent.

D'ailleurs, les choses que nous connaissons ne se suffisent pas à elles-mêmes. Elles sont dépendantes dans leur consert)ation et leur développement, et par conséquent aussi dans leur naissance. Leur existence

est un fait qui demande sa cause. Que certaines d entre elles dépendent des autres, et trouvent en celles-ci leur raison suffisante; soit. Mais, à moins de reculer indéfiniment la question, par un procédé purement illusoire, il faudra bien s'arrêter une fois à un être qui se suffise pleinement à lui-même, et qui soit la cause première de tous les autres.

En les produisant, l'Être absolu et infini a dû, comme tout être agissant, avoir un but à son action. Cette fin, en vue de laquelle il a agi, devait être en proportion avec son activité et sa nature ; par conséquent elle devait être infinie. Etant le seul infini, il est donc lui-même le but de son action et des choses qu'il produit.

Comment celles-ci peuvent-elles répondre à ce but et lui être utiles ? Ce n'est certes pas en exerçant une influence quelconque sur son être, car il est infini, parfait et immuable ; il ne peut plus rien acquérir. Mais elles peuvent servir à publier sa gloire, à manifester ses perfections en les montrant réalisées avec une variété et une richesse infinies. On sait d'ailleurs que la chose produite dépend toujours du but que l'agent poursuit ; qu'elle le reflète

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et participe de sa nature, au moins d une certaine manière.

Nous comprendrons maintenant pourquoi la nature-type ou la nature vraie des choses est immuable, et leurs rapports logiques nécessaires. Elle est ce qu elle est, — tel ensemble de qualités ou de perfections et rien autre chose, — parce quelle doit reproduire d'une certaine manière TEssence divine. Elle l'est d'une façon nécessaire et par conséquent immuable, parce quelle exprime une Essence qui possède ces caractères. — Si la nature des choses est nécessaire et immuable, si, pour être des choses de u telle espèce », elles doivent nécessairement et immuablement être « ceci ou cela », il est tout naturel que leurs relations et leurs rapports aient, eux aussi, les caractères de nécessité et d'immuabilité. Dans une équation, une proportion ou en général une relation quelconque, aussi longtemps que les termes ne changent pas, le rapport qui les unit reste vrai et invariable.

L'Essence divine, telle est donc la base solide de la nécessité et de Timmuabilité de ces vérités fondamentales de la justice : « telle chose est requise

pour Tintégrité de la nature de tel être, » — « ce qui fait partie d'un être et lui est destiné, cela lui est propre et lui appartient, » — « il appartient lui-même à sa destination, » — « l'inférieur dépend du supérieur, » — ce et nous sommes soumis à ces rapports », car nous sommes appelés à exprimer les perfections de l'Essence divine aussi bien par nos actes que par notre nature.

L'Essence divine, avec son immuabilité, est non seulement le fondement de la nature des êtres et de la nécessité de leurs rapports ; elle est encorde la source de la bonté des choses et du caractère obligatoire de nos actes.

Elle possède une bonté infinie, qui épuise la plénitude de la bonté possible. Comme toutes les perfections, cette qualité ne se trouve dans les choses que comme reproduction de l'Essence divine. Aussi, ces choses-là seules sont bonnes, qui sont d'accord avec celle-ci et qui Texpriment. Voilà pourquoi la * nature immuable des choses et les relations nécessaires qui en découlent sont bonnes; au contraire, ce qui n'est pas conforme à cette nature et à ces rapports est mauvais.

Et maintenant, pourquoi la justice est-elle obligatoire, c'est-à-dire nécessaire à notre destinée et à Tordre, commandée par la raison, la conscience et la loi? Encore une fois, à cause de son origine. Notre destination, comme celle de tous les êtres, est d exprimer les perfections divines par notre essence et par notre activité. La nature des choses en est la reproduction fidèle. Voilà pourquoi nous devons les laisser conformes à cette nature et respecter son intégrité. Voilà pourquoi ces guides de nos actions, qu'on nomme la raison, la conscience et la loi, nous parlent impérativement.

Voilà donc pourquoi la Justice est obligatoire pour la volonté; mais comment la lie-t-elle? D'où vient la force de ce lien dont elle l'enserre ? — Nous sommes convaincus, quant à nous, qu'en vertu des privilèges de notre personnalité, notre activité n est liée que 4>ar sa propre fin ou sa destinée, par cet aimant vainqueur qui est à la fois son maître et la source de son bonheur : Notice nature est à elle-même sa loi (i). — Cette propriété de notre activité, qui

(1) \okte fliie nous^vons dit plus haut (p. 92 el sutv.) de la possibllHé de la justice.

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nous lie à notre bien et ne nous lie qu'à lui, est une double perfection. Par conséquent, elle aussi doit avoir son point d'appui dans la nature divine.

§ 3. — La réparation (i).

Il est une face spéciale de la justice que nous devons étudier particulièrement, car la peine en est l'application directe. C'est comme une extension de la justice, fondée sur sa nécestité absolue et inéluctable.

Il faut respecter la nature eHa destinée des êtres, il faut les laisser ce qu ils sont et ce qu'ils doivent être dans cette voie. Cela suppose que nous les trouvions tels. Mais en est-il toujours ainsi ? Non certes. Les êtres avec qui nous sommes en relation peuvent se présenter à nous autrement que dans cet état normal; et nous-mêmes, nous sommes soumis à mille influences, tant personnelles qu'étrangères. C'est qu'en effet, nos semblables et nous, nous agis-

<t) Conlra Geales, Lib. H, capU.28, § praterea ; — § licet. — Sum., la î», quœst. CXI, art. 1, ad. «um; . quœsl. XCIX, art. 5, in corp.; — 2a îœ, quœsl. XXXI, art. 3, ad 3um; . quœst. LXXX, art. 1, ta corp.; -- quœst. CVI, art. 1, in corp.; — quœst, CLXXXVIII, art. 4, in corp. — Lib. 4 sentent, quœsl. XV, art. 1, quœstcuia. 2, in corp.

sons réciproquement les uns sur les autres par l'intermédiaire des choses, objets communs de nos actions.

Procédons par exemples. Cest moi qui ai agi, et j'ai pris pour objet de mon activité la chose d autrui. Contrairement à la justice, je ne l'ai pas traitée selon le droit de celui-ci; j'ai enlevé un bien qui lui appartenait. — Cette chose ne lui reste pas moins due, car il sera toujours vrai qu'elle lui revenait par sa nature. Donc, en droit, elle lui appartient encore.

Qu'importe, en effet, à une vérité d'être connue ou méconnue, à une règle d'être observée ou violée? En existent-elles moins pour cela? Non, c'est tout le contraire. Elles nauraient pas de raison d'être, si elles n'étaient au-dessus de notre activité, pour la dominer et la gouverner. La nature des choses détermine la manière dont elles doivent être traitées; elle ne dépend nullement de la manière dont elles le sont. Elle reste ce qu'elle était ; restent aussi les devoirs qui en découlent.

Toute action promet un avantage pour prix du labeur quelle impose. La justice m ordonnait de régler d'après les droits d'autrui, et dans son intérêt.

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une action portant sur sa propriété. Je devais viser avant tout son utilité à lui, et veiller à lui rendre ce qui lui était dû. — Au lieu de cela, j ai agi en vue de mon profit exclusif, j'ai détourné vers moi, je me suis approprié le (Vuit de cette action. Je le possède maintenant, mais ce fait matériel est sans influence sur sa nature et sur les rapports qui l'unissent à autrui. En réalité, il lui appartient encore et lui est toujours dû.

La conséquence, la voici : aucun de nous n'est dans l'état normal. L'un a moins que ce qui lui appartietit par nature; l'autre a plus. Or, c'est la môme chose qui, par son absence ou sa présence indues, rompt cette double égalité. Elle est la cause de deux injustices déi)endant l'une de l'autre.

Eh bien, puisque la justice exige que nous rendions à chacun ce qui lui est dû; puisque, d'autre part, voici deux ôtres qui, par le transport d'une même chose de l'un à l'autre, tiiéconnaissent cette exigence, cette môme justice, é\idemment, cotiimande d'enlever à l'un ce qu'il détient en trop, pour le rendre à l'autre qui l'attend. Que fait-on en effet par là, sinon traiter la chose suivant son apparte-

nanee ou sa destination, et les deux êtres suivant les nécessités de leur développement normal? Or, c'est là, nous lavons vu, lobjet de la justice.

Telle est la réparation ou satisfaction (i). La nature elle-même nous révèle cette face de la justice. Selon les circonstances, elle donne au même sentiment de justice deux formes différentes, changeant notre amour du juste en haine de l'injuste; elle excite en nous comme un appel à un agent assez puissant pour faire disparaître celui-ci et rétablir celui-là. Le terme de satis-factio nous assure de retrouver dans la réparation Texactitude et la perfection mathématiques qui caractérisent la justice.

Nous ne sommes pas tenus cependant de rétablir toute relation de justice que nous trouvons violée autour de nous , pas plus que nous ne devons veiller à ce que toutes les actions humaines soient justes. La justice est une vertu de notre activité, elle concerne nos propres actions. A part donc le cas où il aurait mission de la faire régner et de la rétablir chez ses subordonnés, chacun de nous doit simplement agir selon la justice, c'est-à-dire la respecter dans

(1) Lib. 4 sentent, quœst. I, art. 1, quœstona. ^^ in corp.

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ses actions et l'y rétablir au besoin. Les autres actions et les autres manquements lui sont étrangers.

A notre avis, la réparation est tellement dans la nature des choses, qu'elle s'impose même aux actes à titre gracieux. En elle se trouve résumé tout le code delà reconnaissance.

Quelqu'un reçoit un bienfait, c'est-à-dire un avantage qui ne lui est pas dû, auquel il n'a pas droit naturellement. Aussitôt, il nest plus strictement dans letat fixé par sa nature. Et moi, bienfaiteur, dans quelle situation suis-je par rapporta la mienne? Elle est un fond de perfections destiné à s'augmenter sans cesse par une activité progressive. Pour cela, la première condition serait de conserver ce qu'il a légitimement acquis. Et, cependant, je viens de perdre une chose qui m'appartenait ; un acte produit par moi a tourné au profit d'autrui!

L'avantage qu'il devait me rapporter m'en est-il moins dû parce que je ne l'ai pas ? La nature de cet acte dépend avant tout des relations qui l'unissent à moi son auteur ; et elle reste ce qu'elle était. Aussi longtemps il sera vrai que l'acte vient de moi, aussi

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longtemps on pourra dire qu'il m'appartient avec l'avantage y attaché. De même, il restera toujours vrai que la chose donnée par moi a été enlevée à un état légitime de ma nature, pour être donnée à une autre dont elle dépasse les exigences.

Au nom de la justice il faut une double réparation.

Quelle monstruosité, semble-t-il, d'assimiler aux plus graves méfaits les actes de désintéressement qui font la gloire de l'homme! Oserions-nous les proscrire et nous mettre au ban de la philosophie? Loin de nous cette pensée ! Non seulement ils sont bons en eux-mêmes, mais ils sont méritoires pour celui qui les pose. Ils répondent même, chez ceux qui en profitent, sinon à un droit, du moins à un besoin ; car que deviendrait la société, si tous ses membres nes'aidaientmutuellement?Et,nVùt-on aucun intérêt eu vue, les sentiments d'humanité auraient raison des théories égoïstes.

Cependant, qu'on veuille bien nous suivre un instant. Chez le bienfaiteur la perte d'un avantage est immédiatement compensée par un droit à la reconnaissance. Le gratifié à son tour paie son acquisition

i06 CHAPITRE II

d'un devoir corrélatif : véritable dette. La reconnaissance active ou passive devient ainsi le substitut de la chose détournée ; elle comprend un état affectif ou un sentiment de gratitude, et, de plus, la disposition à rendre service soi-même, à l'occasion.

Ici, la réparation se fait d elle-même, immédiatement; elle est dans la nature des choses; « elle va de soi > , comme Ton dit. Voilà pourquoi nous envisageons toujours le bienfait avec cette conséquence naturelle, et alors nous ne lui trouvons rien que de bon. L'indignation que nous ressentons à la vue de ringratitude prouve cependant que, considéré en luimême, abstraction faite de ses conséquences immédiates, un acte de générosité enlève une chose à celui à qui elle appartient, et qu ainsi il compromet une intégrité naturelle, dont la justice demande le rétablissement.

La justice qui régit les actes de bienfaisance est bien différente, toutefois, de celle qui concerne les faits dommageables. Cest une justice large et d'un caractère particulier; une justice qui n exige pas le payement matériel par identique, ni même par équivalent. La récompense consiste donc plutôt dans un

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seûtimenl de bienveillance proportionné au bienfait, joint à une volonté de le traduire en acte d après les circonstances.

D'où vient cette particularité? Nous croyons pouvoir lexpliquer comme suit. L'individu gratifié n'est point lauteur du bienfait; il n'est point i*esponsable du transfert de la chose, ni tenu de le réparer comme sil était sort fait, — Quant au bienfaiteur, le caractère gracieux qu'il a voulu donner à l'aiîle indique son intention de ne pas poursuivre directement un avantage matériel, mais d'y renoncer au coùtraire. C'est cela même qui en fait un acte de libéralité. Toutefois, la nature des choses exige absolument que la perte d'un bien lui appartenant ait une compensation. Comme il renonce à lavoir matérielle, le gratifié la devra d'ordre moral. — Ensuite, puisque les actes de bienfaisance sont nécessaires à l'humanité, les choses données ont une certaine destination à ceux qui les reçoivent et en ont besoin. Ainsi, il n'est pas absolument vrai de dire que ceuxci ont reçu ce qui ne leur appartenait pas. Cela n'est pas exact à tous points de vue.

Remarquons, pour finir, que le bienfaiteur ne peut

dispenser du devoir de la reconnaissance. Il ne peut que changer la forme de la compensation ou réparation. C'est que celle-ci est exigée par la nature des choses.

Mais laissons là ces considérations. Il est temps de tliire application à la peine de nos connaissances sur la justice.

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