‹ De la kélotomie sans réductionChapitre 10 sur 59 · OBSERVATION IV · texte numérisé non relu

OBSERVATION IV

Hernie inguinale étranglée. — Opération. — Difficultés considérables de réduction. — Établissement d’un anus contre nature.

— Péritonite. — Mort.

Esclamadon (Antoine), âgé de cinquante-quatre ans, de Blanquefort, est entré à l’iiôpital Saint-André le 23 octobre 1866, et a été couché salle 11, service de M. le professeur Azam, M. Labat, suppléant.

Le malade est atteint depuis longues années d’une volumineuse hernie inguinale du côté gauche; elle n’était pas habituellement contenue, mais elle rentrait et sortait très-facilement.

Cet homme est charretier; hier, 22 octobre, et sous l’influence d’un effort, sa hernie est sortie plus volumineuse, dit-il, et ses essais pour la faire rentrer sont demeurés impuissants.

Le lendemain, comme sa hernie n’était pas rentrée pendant la nuit et qu’il ressentait quelques coliques, il s’est rendu à l’hôpital.

La tumeur occupe la région inguinale gauche ; elle est très-volumineuse et paraît descendre très-bas dans le scrotum. Du reste, pas de changement de couleur à la peau, matité à la percussion, pas de

douleur à la pression et symptômes généraux bons, sauf que l’appétit est perdu, qu’il y a quelques éructations, quelques nausées, pas de vomissements et une constipation qui remonte à trente-six heures. Le soir, à trois heures, taxis infructueux.

24 octobre. — Même état, légères tentatives de taxis. (Bains prolongés, onguent napolitain belladonè, en onctions sur le scrotum.)

25 octobre. — Pas de changement. Eu égard au volume de la hernie et au peu d’intensité des symptômes locaux et généraux, on considère cette hernie comme simplement enflammée.

Mais le lendemain, 26 octobre, la scène pathologique a changé de face : le malade n’a pas dormi ; il a eu toute la nuit des nausées, des éructations fréquentes, trois ou quatre vomissements bilieux. La tumeur herniaire a gardé le même volume ; mais la peau est rouge, la pression douloureuse; le ventre est légèrement ballonné, la constipation opiniâtre.

M. Labat fait une tentative de taxis qui n’a pas de suite. Le malade prendra un bain de deux heures.

Après le bain, de nouveaux essais de taxis étant demeurés impuissants, M. Labat procède sur l’heure à l’opération.

Les enveloppes herniaires sont successivement incisées; le sac est mis à nu, incisé en dédolant et fendu sur la sonde cannelée dans toute sa longueur. Les parties herniées sont ainsi constituées : en dedans, une anse intestinale longue de 10 centimètres, rou-

geâtre, un peu brune, mais ni noire ni plissée ; en dehors, une masse épiploïque grosse comme la moitié du poing, paraissant saine vers le pédicule, mais fortement congestionnée vers la partie médiane ei noirâtre inférieurement, avecdes extravasations sanguines.

L’anse intestinale paraît peu serrée par le collet du sac. Cependant M. Labat débride en haut et en dehors assez largement ; puis il passe à la réduction , mais alors tous ses efforts échouent. Il débride de nouveau et plus en dedans ; ses efforts de réduction demeurent encore vains.

Ces tentatives duraient sans aucun succès depuis plusieurs minutes ; l’anse intestinale paraissait se congestionner davantage ; il devenait urgent de prendre un parti. M. Labat ponctionne l’intestin avec un trocard explorateur, mais les fèces ne sortent que très-difficilement et goutte à goutte, et point de gaz.

Un essai de taxis ne réussit pas mieux que les autres. Alors l’opérateur fend l’intestin d’un coup de ciseau et donne ainsi issue à une abondante quantité de matière fécale; puis M. Labat dispose tout pour la formation d’un anus anormal. L’épiploon est enserré dans une puissante ligature, et toute la partie située en deçà est retranchée avec le bistouri, sans aucune hémorrhagie.

27 octobre. — Pouls à 110, très-petit; face grippée; langue large, jaunâtre; ventre ballonné et douloureux; vomissements bilieux; tous les symptômes d’une péritonite généralisée.

Le malade meurt le lendemain.

A lanécropsie, injection considérable du péritoine, surtout du grand épiploon; quelques fausses membranes ; le grand épiploon passe au-dessous de l’anse intestinale en dedans et va ressortir au dehors dans le sac herniaire; pas d’épanchement stercoral. J’estime que le volume assez considérable de la hernie et la tension des parois abdominales, exagérées par le météorisme intestinal, sont les deux causes qui ont rendu la réduction impossible.

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