OBSERVATION V
Hernie crurale étranglée. — Opération — Difficultés considérables de réduction. — Rupture de l’intestin. — Péritonite. — Mort.
Jeanne Tourel, âgée de soixante-trois ans, de Moissac (Gironde), est entrée à l’hôpital Saint-André le 7 janvier 1866, et a été couchée salle 3, dans le service de M. le professeur Azam.
Cette femme avait depuis douze ans une pointe de hernie à la région crurale du côté droit. Cette hernie rentrait et sortait sans difficulté ; aucun bandage n’avait été appliqué. Mais, il y a un an, la malade se fit appliquer un bandage qu’elle ne portait, du reste, que très-irrégulièrement.
Tel était son état lorsqu’elle fut atteinte, il y a
huit jours, d’une bronchite intense, occasionnant des quintes de toux très-fatigantes.
Sous l’influence des efforts provoqués par l’une de ces quintes, la hernie devint tout d’un coup plus volumineuse et ne put pas se réduire, malgré les efforts de la malade. Ceci se passait le 5 janvier
Le lendemain, 6 janvier, il y eut une selle légère, des éructations, des nausées, mais point de vomissements.
Le 7 janvier, la malade, voyant son état empirer, se décida à entrer à l’hôpital, ne parla que de sa toux à l’interne de garde et fut dirigée sur un service de médecine.
M. Caussade vit la malade le Bjanvier à dix heures, fit une tentative de taxis modéré et, n’en ayant rien obtenu, la fit passer en chirurgie.
A la visite du chef interne, à trois heures, et le même jour, nouvel essai de taxis également infructueux. Bain d’une heure. Nouveau taxis après le bain, toujours sans effet.
M. Azam, appelé, vit la malade le soir même et remit l’opération au lendemain.
9 janvier. — A ce moment, voici quel était l’étatde la malade : on trouvait à la région crurale une tumeur allongée, ovoïde, ayant son grand diamètre parallèle à l’arcade de Fallope, et s’étendant de l’extrémité externe du pli de la cuisse jusqu’à un centimètre au-dessous et en dehors de l’épine du
pubis. Cette tumeur était mobile, sans changement de couleur à la peau, et à peu près indolore. Au toucher, on trouvait plus de résistance à la partie externe. La percussion donnait de la matité dans toute rétendue de la tumeur. Depuis le 6 janvier, constipation opiniâtre, éructations, nausées, mais pas de vomissements. Le ventre un peu ballonné, mais indolore. Le pouls peu fréquent. Le faciès bon, la peau humide.
Une nouvelle tentative de taxis reste sans résultats; on procède sur l’heure à l’opération.
Les enveloppes herniaires sont successivement
incisées ; le sac, très-épais et infiltré de graisse, est
ouvert à son tour. Les parties herniées sont à nu.
En dedans, il y a une anse intestinale entière, mais peu volumineuse; en dehors, une portion assez volumineuse d’épiploon. M. Azam et M. Sintex examinent l’intestin et le trouvent sain, quoique un peu violacé. Du reste, le collet du sac paraît serrer fort peu l’intestin, et M. Azam peut faire sans grande difficulté des débridements multiples.
On tente alors de réduire l’anse intestinale, mais les efforts de réduction restent impuissants. M. Azam d’abord, M. Sintex ensuite, ne peuvent parvenir à refouler l’anse herniée dans l’abdomen.
M. Azam recherche si des adhérences n’existent pas entre l’intestin et le collet du sac ou le péritoine pariétal avoisinant, mais son doigt ne rencontre aucun obstacle. Il renouvelle alors ses tentatives
de réduction, et, sous cet effort, l’intestin se crève, laissant échapper un Ilot de matières fécales. Il ne fallait plus songer à réduire; on fixe l’intestin au dehors, de manière à établir un anus anormal. L’épiploon fut sectionné avec l’écraseur linéaire, le plus près possible de l’ouverture abdominale. Pansement à plat.
Le soir, poids petit, face grippée; le ballonnement du ventre a augmenté ; l’absence de douleurs persiste. Quelques mucosités intestinales ont sali les pièces de pansement.
10 janvier. — Symptômes évidents de péritonite généralisée. Mort à midi.
L’autopsie a été faite le lendemain ; on a trouvé les altérations ordinaires de la péritonite: injection, fausses membranes; puis on s’est aperçu que l’épiploon, tordu en corde au niveau de l’anse intestinale, passait au-dessous, de telle sorte que, lorsque l’on essayait de réduire, on repoussait l’intestin sur la face antérieure du grand épiploon, qui résistait et s’opposait absolument à la rentrée des parties herniées.