‹ De la kélotomie sans réductionChapitre 14 sur 59 · OBSERVATION VIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION VIII

Hernie crurale étranglée. — Kélotomie. — Réduction. — Mort.

Elisabeth Taffard, âgée de cinquante-sept ans, de Royan, est entrée à l’hôpital Saint-André le 2 mars 1865, et a été couchée salle 3, dans le service de M. le professeur Azam.

Cette malade porte une hernie crurale double depuis vingt-cinq ans environ ; celle du côté droit est grosse comme une noix ; la gauche avait le volume d’un œuf. La malade n’avait jamais été incommodée par cette infirmité. Le 1er mars, il y avait trois jours qu’elle n’avait pas eu de selle; aussi, vers le soir de ce même jour, elle s’aperçut que la tumeur avait augmenté de volume. Douleurs vives dans l’abdomen, vomissements de mucosités. Elle se décida alors à entrer à l’hôpital Saint-André, le lendemain

2 mars.

La tumeur, cylindrique, oblongue dans la direction du pli de l’aine, s’étend de l’épine du pubis jusqu’à

3 centimètres de l’épine iliaque; on diagnostique une hernie crurale.

Le taxis avait déjà été pratiqué sans succès en ville; de nouvelles tentatives faites par M. le Chef interne restent infructueuses, même avec le secours

du chloroforme. Bains, sangsues. Nouveaux efforts sans résultat.

Le 3, à la visite du matin, M. le professeur Azam se décide à opérer. Le sac mis à découvert, on constate que la tumeur s’est repliée au-dessus du ligament de Fallope ; de plus, une sorte d’appendice en forme de doigt de gant se porte en haut et en dehors et est constitué par un paquet épiploïque. Le sac ouvert, on reconnaît l’intégrité de l’anse intestinale étranglée; la réduction en est difficile à cause de l’existence d’anciennes adhérences; finalement elle est obtenue.

On réunit la moitié interne de l’incision, l’anneau est bouché par l’épiploon, qu’on laisse au dehors.

4 mars. — Etat satisfaisant ; rien de particulier.

5 mars. — Deux selles ; vomissements bilieux ; pouls un peu fébrile. Le ventre n’est pas douloureux.

6 mars. — Pouls fébrile; face grippée; langue sèche; vomissements de matières fécaloïdes; selles abondantes ; le ventre n’est pas douloureux. On retranche une portion d’épiploon sphacélé, et le pus est étanché avec soin. (Onguent napolitain sur le ventre; embrocations d’eau de guimauve tiède.)

7 mars. — Pouls filiforme, vomissements, hoquets. Mort le 8 mars, avant la visite.

L’autopsie, faite le lendemain, a montré que l’intestin n’avait pas été directement et entièrement refoulé dans le ventre. En arrière de la branche

horizontale du pubis se voyait une poche formée par

un décollement du péritoine. Le décollement avait été produit par les efforts tentés pour réduire l’intestin. La résistance éprouvée par l’opérateur avait été attribuée par lui à des adhérences. Une portion de l’intestin était donc étranglée dans cette cavité, mais une moitié de son calibre permettait encore la circulation des matières.

Les autres désordres constatés consistaient en une perforation intestinale, des adhérences tout à l’entour avec la paroi abdominale, une épiploïte circonscrite.

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