‹ De la kélotomie sans réductionChapitre 20 sur 59 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Sommaire. — La réduction est une manœuvre dangereuse, mais ne constitue-t-elle pas une manœuvre nécessaire? — Innocuité de la non-réduction démontrée par les faits. — Conclusion : la réduction est inutile et dangereuse; donc il ne faut pas réduire.

Dans la première partie de ce travail, consacrée à la recherche des causes qui font de la kélotomie ordinaire une opération désastreuse, j’ai fait ressortir l’innocuité de ses trois premiers temps : incision des enveloppes herniaires, ouverture du sac et débridement. J’ai montré leur importance capitale, ne permettant dans aucun cas de passer outre à leur exécution. Puis, arrivant à l’étude du temps de l’opération

qui a trait à la réduction de l’intestin dans le ventre, j’ai fait voir que cette manoeuvre avait pour conséquences fréquentes la persistance des phénomènes de l’étranglement, la péritonite, l’épanchement stercoral dans le péritoine, et que, favorisant le développement d’accidents presque toujours irrévocablement funestes, la réduction pouvait être considérée comme la cause presque exclusive des insuccès de la kélotomie.

Ceci étant acquis, j’aborde le deuxième point du problème que je me suis proposé de résoudre : tracer des règles pour rendre la kélotomie moins désastreuse.

Eh bien ! la cause des insuccès de la kélotomie résidant bien manifestement dans la réduction de l’intestin, je propose de ne pas réduire, de laisser l’intestin dans la plaie après avoir débridé, et de supprimer du tout au tout le quatrième temps de la kélotomie. Mais le droit de tirer déjà cette conclusion un peu hâtive pourrait bien m’être contesté. Au demeurant, quelque dangereuse que soit la réduction de l’intestin, elle peut constituer une manœuvre d’utilité première, dont on ne saurait s’affranchir. D’autre part, l’abandon pur et simple de l’anse intestinale dans la plaie pourrait avoir pour le malade de graves inconvénients, immédiats ou consécutifs.

Il importe donc, avant de conclure définitivement, de démontrer l’inutilité de la réduction et l’innocuité de la non-réduction.

L’inutilité de la réduction ! mais elle éclate, elle est manifeste, elle se montre dans tous les points de ce procès.

La réduction avait pour but d’assurer le retour des selles, et c’est la réduction qui constitue le plus souvent l’obstacle à ce que la constipation prenne fin. Par la réduction, on se proposait d’arrêter et de faire se dissiper l’inflammation dont l’anse intestinale, jadis étranglée, est constamment le siège, et on a vu que la réduction est l’agent le plus actif de la péritonite généralisée à tout l’abdomen. Enfin, par la réduction on s’était flatté d’arrêter les progrès d’une gangrène commençante et d’empêcher la formation d’un anus contre nature, et voilà que la réduction doit être considérée comme l’agent le plus actif de la rupture, de la gangrène et de l’épanchement stercoral dans le ventre.

Mais je n’ai pas tout dit au point de vue de l’inutilité de la réduction; en effet, je n’ai démontré que ses dangers, et, quelque importante que soit cette notion, elle serait restée lettre morte, au point de vue de l’intérêt que les malades pourraient en retirer, si, dans l’opération de la hernie étranglée, les idées généralement admises sur la gravité de la non-réduction étaient vraies et légitimées par l’observation.

La réduction est une manoeuvre dangereuse ; mais l’abandon de l’anse intestinale dans la plaie ne produira-t-elle pas des accidents mortels*? Telle est la question que je dois me poser et chercher à résoudre;

car, si la dernière proposition est vraie, si la nonréduction est fatale par ses conséquences, quelque grands, quelque nombreux que soient les dangers attachés à la réduction, il faut réduire; c’est un axiome vieux comme le monde que de deux maux il faut choisir le moindre : Melius est anceps quam nullum remedium.

D’ailleurs démontrer l’innocuité de la non-réduction, ce serait affirmer avec une force bien plus grande, et par un argument bien plus concluant, l’inutilité de la réduction, que je cherchais tout à l’heure à démontrer en comparant ses résultats à ses promesses.

Les faits seuls pouvaient trancher cette difficulté et fournir cette preuve ; mais ici un empêchement se présentait : la réduction étant considérée par tout le monde comme absolument indispensable, il pouvait se faire qu’il fût impossible de trouver dans la science des observations de herniotomie où l’anse intestinale n’ait pas été réduite.

Heureusement, s’il est permis d’ainsi parler, l’étranglement herniaire est un accident si fréquent, et il existe une telle diversité dans l’état des parties qui constituent la hernie, le mode de l’étranglement, l’état de l’intestin, etc., que dans certaines circonstances cette réduction tant cherchée est devenue impossible à obtenir , et que, devant cette impossibilité bien constatée, l’opérateur a dû se résoudre à abandonner l’anse intestinale dans la plaie ou à créer de

toute pièce un anus contre nature. D’ailleurs, je me hâte de dire que c’est à cette dernière opération que les chirurgiens ont donné la préférence dans l’immense majorité des cas, parce qu’ils avaient peur que, par l’abandon pur et simple de l’anse intestinale dans la plaie, le cours des matières intestinales ne se rétablît pas.

Je dirai plus loin, en condamnant cette façon de faire, que porter le couteau sur un intestin déjà malade et prédisposé à la gangrène est une mesure grave, qu’un danger pressant, immédiat, mortel, peut seul justifier.

Quoi qu’il en soit, il est certain que, dans un trop petit nombre de cas, le chirurgien, dans l’impossibilité de réduire, s’est décidé à laisser l’anse intestinale dans la plaie de l’opération et à attendre ainsi, dans une expectation absolue, ce qui pouvait survenir.

Je me suis dès lors préoccupé de rechercher les observations de ces derniers faits contenues dans les divers traités sur la matière et recueils scientifiques, et c’est ainsi que j’ai pu inscrire le chiffre important de vingt-sept cas dans lesquels, pour un motif ou pour un autre, la réduction de l’intestin n’a pas été effectuée.

Je n’ai pas cru devoir fournir un simple extrait de ces observations; leur importance me paraît si grande et si décisive au point de vue de la thèse que je soutiens, que je les ai fait reproduire m extenso dans les pages suivantes :

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