‹ De la kélotomie sans réductionChapitre 23 sur 59 · OBSERVATION XVII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XVII

Hernie scrotale étranglée. — Débridement. — Abandon de l’anse herniée dans la plaie. — Guérison 1 .

Un jeune homme fort et vigoureux me pria de lui faire l’opération d’une hernie qu’il portait depuis plusieurs années ; elle était de la grosseur d’un petit melon. Il en était quelquefois incommodé au point de ne pouvoir continuer sa profession ; mais ce ne fut pas ce qui m’engagea à lui faire l’opération.

Après l’avoir refusée pendant bien du temps, il tomba dans l’étranglement, et, loin de s’en affliger, il regarda ce mal comme un bien, puisque cela me déterminerait à lui faire l’opération. En effet, je la jugeai nécessaire, et je n’attendis pas les grands accidents. Ayant invité plusieurs de mes confrères, tant pour leurs conseils que pour leur main, j’incisai la peau, puis j’ouvris le sac ; je débridai l’anneau, et je procédai à la réduction. Mais, après avoir fait rentrer une partie des intestins (c’était le cæcum et une partie de l’iléon), je voulus réduire à proportion autant du mésentère, parce qu’il faut que l’intestin le

' J.-L. Petit, Mémoires de l’Académie de chirurgie, p. 111.

suive, et pour cela je fis tenir les intestins renversés sur le dehors du ventre, pour pousser dans l’anneau le mésentère qui était au-dessous ; mais il était trop gros : il aurait fallu couper plus de deux travers de doigt de l’aponévrose de l’oblique interne, outre ce que j’en avais déjà coupé pour débrider suffisamment l’anneau, ce qui aurait fait une ouverture si grande que le reste des boyaux, ou du moins une grande partie, serait sorti par là. Le conseil fut bientôt pris : je proposais de laisser les parties dans l’état où elles étaient. Après avoir rapproché la peau et le sac, j’enveloppai le tout avec des compresses trempées dans la décoction de guimauve, et je soutins ces compresses et la tumeur avec un simple bandage en forme de suspensoir. Les accidents de l’étranglement ne subsistaient plus, parce que j’avais fait un débridement considérable. J’avais mis les parties à l’aise, de manière que les matières stercorales prirent leur cours le soir même. Le malade fut saigné copieusement; il dormit une partie de la nuit. La personne que j’avais laissée auprès de lui avait humecté son appareil de deux en deux heures, avec la même décoction chaude. Je le fis resaigner, quoiqu’il n’eût ni douleur ni fièvre; je ne levai l’appareil que le soir, c’est-à-dire trente heures après l’opération, j’humectai les compresses avant que de les lever, et pour tout pansement j’en appliquai de nouvelles trempées dans la même décoction ; je continuai ce même pansement pendant cinq semaines,

au bout desquelles la plaie fut parfaitement guérie. Alors le malade put marcher au moyen d’un suspensoir plus fort que d’ordinaire, mais cependant trèsdoux et très-commode. Peu de temps après, il fut en état de reprendre ses travaux accoutumés ; il était domestique dans une auberge.

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